Archives mensuelles : octobre 2011

Pauvres enfants ! @10

Interception, le magazine de la rédaction de France interDans une émission dont j’ai déjà parlé, Corons alternatifs, un des artistes occasionnels interviewés est Samuel, douze ans. Le garçon semble assez débrouillard, s’exprime avec aisance et plutôt bien, faisant preuve d’une capacité de réflexion associée à une certaine sensibilité.
Il a conçu pour le projet une « véranda bancale ». Il explique que l’idée lui est venue lors de son cours d’éducation civique sur les discriminations : « Tous différents, mais égaux ». Il donne des exemples plus liés à la question de l’égalité, mais assez dans la lutte contre les discriminations (incohérence des versements de prestations sociales, cas de racisme), à part le premier…
En fait, Samuel donne « comme par exemple, à la cantine. Ceux qui ont deux mille euros de salaire, ils payent cinq cents euros la cantine, alors que ceux qui n’ont que mille euros de salaire, ils payent deux cents, c’est une discrimination dans un sens ». Sans tenir compte des chiffres peu probables, la conclusion est assez déroutante et sans doute peu conforme à l’idée de la discrimination telle qu’on peut penser qu’elle est présentée dans les cours d’éducation civique.
Soit le professeur est mauvais ou partial, soit il y a encore du travail pour clarifier quelques notions comme l’égalité, la discrimination et l’équité… Courage Samuel, on est avec toi !

Déo @2

J’ai vu récemment une publicité pour une enseigne discount : un homme se sèche les cheveux alors qu’il est chauve. La voix off cherche à savoir pourquoi il a acheté ce sèche-cheveux…
C’est vrai, ça : pourquoi ?
Mais c’est simple ! L’appareil ne vaut « que » 9,90 euros ! C’était une raison suffisante pour l’acheter (c’est bien l’argument de la publicité).
Et moi qui croyais que l’on consommait désormais autrement, parce que l’on avait compris qu’il fallait sauver la planète, parce que l’on s’oppose par nos comportements mêmes à la mondialisation, parce que l’on n’avait pas d’argent à jeter par les fenêtres, parce que… Moi qui croyais…

Visibilité @2

Courant octobre, je me suis rendue à l’Ena, oui, bien à l’École nationale d’Administration. J’allais y écouter un oral d’admission pour avoir une idée de ce que pouvait être une épreuve d’entrée dans cette institution. Le public autorisé est de douze personnes, essentiellement d’autres prétendants à l’entrée à l’école.
Nous attendions avec le candidat dans une salle, en fait un passage, avec des sièges et un distributeur de boissons chaudes. En attendant, je regardais les locaux environnants et tombais sur une affiche posée sur une des faces de la machine, bien visible : celle, ci-contre, de la campagne nationale contre l’homophobie à l’université.
C’était la seule affiche dans cet espace. Cela m’a fait plaisir de la trouver dans cette école aussi réputée comme normative et dans la plus grande reproduction sociale. Je ne pourrais pas féliciter le candidat que j’ai écouté pour la qualité de sa prestation (en raison de la piètre qualité de ladite prestation), mais pour cet affichage, là, j’écris bravo !

Grand homme @4

Danielle Charest, écrivaine et militante lesbienne, est morte le 13 octobre dernier, à Paris. Je n’avais pas d’affinités personnelle ou littéraire avec Danielle Charest ; mais comment ne pas remarquer que sa mort est passée totalement inaperçue dans nos médias LGBT que sont Têtu.com et Yagg ? Cela m’afflige, car une fois de plus preuve est faite que ces médias méprisent la littérature LGBT et les engagements lesbiens.
La décence au moins aurait voulu… la décence. Savent-ils de quoi il s’agit ?

Course @17

Tee-shirt courir au féminin masculinJ’ai déjà abordé la question des tee-shirts roses distribués aux femmes quand les hommes ont le droit à des tee-shirts noirs ou bleus dans les courses organisées (ici et là). En faisant du tri et du rangement pour réponde à la demande de Cécyle d’avoir des tee-shirts blancs pour le judo, j’en ai retrouvé deux roses auxquels je n’avais pas échappé.
L’un est pour une course intitulée Courir au féminin masculin que j’avais courue avec un ami. Je ne sais pas si l’organisation accepte les couples de même sexe. Mais, bon, là n’est pas le sujet (ce sera pour une prochaine fois, quand j’aurai essayé de m’y inscrire avec une sportive). Le dessin représente un homme et une femme. L’homme semble plus dans l’effort que la femme, la seule à sourire. Elle est reconnaissable avec son débardeur plus fin que celui de l’homme et ses cheveux longs. Autre indice : son débardeur est rouge, celui de l’homme est bleu. Étrangement, ils ne sont pas à la même hauteur, lui est sur le un chemin et elle un peu au-dessus, mais pas sur le chemin. Le tout donne l’impression qu’elle est… derrière lui. Bref, en tous les cas, la distinction des genres est bien nette.
L’autre tee-shirt rose est celui d’une édition de la Route du Louvre (course dont j’ai déjà parlé ici). Cette fois, les deux coureurs sont des silhouettes au trait, sans remplissage de couleurs. Ils sont côte à côte. J’ai eu beau regarder attentivement, tout désigne… deux hommes.
Par curiosité, j’ai regardé les tee-shirts mis de côté pour Cécyle : sur neuf où des coureurs sont représentés, sept représentent exclusivement… des hommes.
Les femmes, que dis-je, les féminines, peuvent toujours courir, pour la représentation, elles repasseront (les tee-shirts de leur homme bien sûr !)

Entendu @5

http://albert-kahn.hauts-de-seine.net/Avec Cécyle, nous avons visité récemment le jardin Albert Kahn. Dans la file d’attente, nous avons eu le droit aux discussions d’un groupe d’amis constitué de couples hétérosexuels avec enfants. Deux femmes papotent, l’une s’exclame « Quand je suis fatiguée, je me dis, merde, je suis enceinte ! ». Ah ! le plaisir et l’épanouissement de la maternité….

Charité @4

Je regardais l’autre soir par hasard un reportage sur la misère (Complément d’enquête, France 2, 11 octobre 2011)… C’est dur, la misère : un homme de 50 ans dort dans sa voiture ; une femme vit dans une caravane et vole de la viande ; les métallos de Metal Europe perdent leur emploi. C’est dur. Mais en général, je me blinde, avec des pensées pas forcément très généreuses à l’égard de ces personnes ; j’ai globalement confiance dans le système d’aide sociale de mon pays et dérive parfois à considérer que certains ne sont pas loin de l’avoir cherché…
Ce n’est pas bien de penser ainsi, mais c’est comme ça, un contre-effet de l’idéal méritocratique qui a bercé mon enfance… Et alors que je me retenais à ces pensées antisociales, le reportage a posé sa caméra dans une chambre d’hôtel, 10 m2, deux lits, une femme et sa fille, pas de chauffage, pas d’eau courante, un cabinet de toilette sur le palier où il faut apporter son eau, 5° dans les parties communes… 800 euros par mois !
À l’étage du dessus, toute une famille dans deux chambres séparées par un couloir… 1500 euros dont la moitié payée par la Ville de Paris. Au rez-de-chaussée, une femme de 75 ans et sa fille de 55 ans dans une pièce sans fenêtre ni aération, un seau de toilette et le gardien de cet « hôtel » qui les harcèlent…
Je connaissais les marchands de sommeil. Là, j’ai vu. Mon seul mot a été « C’est dégueulasse » et je ne comprends pas que la Ville de Paris n’ait pas trouvé d’autre moyen pour aider ces personnes que d’encourager l’enrichissement de ceux qui profitent de la misère des autres. En me couchant dans mon lit provisoire, j’ai pensé au monsieur qui dort dans sa voiture. Que ferais-je si je devais dormir dans une voiture ? J’y dormirais, si je n’ai pas le choix.
Avoir le choix… Promis. Quand je regarderai un reportage sur la misère, j’oublierai mon idéal méritocratique ! En plus d’être aidées par les pouvoirs publics, ces personnes ont aussi besoin de mon indignation et de ma compassion. De la nôtre. Vraiment.

Arc-en-ciel @4

http://www.tsigalem.com/index.htmlFin août, je suis allée à Montpellier participer à Tsigalem, Tournoi sportif international gay et lesbien de Montpellier, ouvert à tous, organisé par Chemin des cimes, association multisports de la région. Des compétitions de natation, volley et badminton étaient proposées. La remise des médailles se déroulait le samedi soir dans un kiosque à musique allée Jean de Lattre de Tassigny, en plein centre-ville. Ce n’était pas le seul événement dans le secteur et de nombreux passants passaient à proximité de la cérémonie qui a duré une bonne partie de la soirée. C’était dans la ville un événement public comme un autre.
Des officiels représentaient des collectivités territoriales associées au tournoi (mairie, conseil général…). La maire soutient particulièrement le Tsigalem, mais n’avait pu être présente et avait délégué son adjointe aux sports.
Non seulement, ces officiels évoquèrent les institutions dont ils étaient partie prenante pour en vanter l’action, mais ils restèrent tout au long de la remise. Passant les médailles au cou des sportifs, ils n’hésitèrent pas à faire la bise aux champions. Avec naturel, spontanéité et franchise, ces hommes et femmes eurent la simplicité de féliciter les médaillés, quels que soient leur genre et leur orientation sexuelle. C’est tout simple, non ?… Non !…