Archives mensuelles : août 2011

Pauvres enfants ! @6

Ce tee-shirt me rappelle une autre « affaire » dont je suis assez fière (j’avoue !) tant j’ai réussi, ce jour-là, à instrumentaliser un grand nom de l’industrie agroalimenta en relais de l’action du réseau « Encore féministes ! »
Voici le courrier, tout en fourberie, que j’avais adressé le 8 juin 2001 à la direction commerciale de la société qui produit une célèbre pâte à tartiner, espérant que l’implication de cette marque permettrait, pour une fois, d’avoir gain de cause, ce d’autant qu’elle diffusait à l’époque une publicité où il était question d’ « Instant [nom de la pâte à tartiner] » où des enfants étaient très présents. Je retire le nom du produit et le nom de l’humoriste, parce que je n’ai pas envie de leur faire de la publicité.

« Sur l’antenne de RTL, ce lundi 4 juin, à 8 h 30 en direct et à 12 h 30 en rediffusion, [un humoriste] a raconté une « blague » particulièrement choquante qui implique directement l’un de vos produits phares (…) dans ce qui me semble constituer une apologie de l’inceste voire de la pédophilie. Je cite :
« Un homme se plaint à un autre :
« — Ma femme veut pas me sucer.
« T’as qu’à t’enduire de [pâte à tartiner], tu verras, ça ira mieux.
« Deux jours après, ils se revoient :
« — Alors, avec ta femme, ça a marché ?
« — Non, elle a pas aimé, mais les enfants, eux, ils ont adoré ! »
« J’imagine que vous partagerez ma profonde indignation face à cette utilisation scabreuse de votre pâte à tartiner et de son association avec ces crimes qui détruisent des vies, celles d’enfants que nous avons tous le devoir de protéger.
« J’ai exprimé à titre personnel ma révolte à Robin Leproux, directeur de RTL — sans réponse de sa part à ce jour. Sachez également qu’à l’initiative de Florence Montreynaud, écrivaine et féministe, une demande collective d’excuses publiques a été adressée à [cet humoriste] et à Robin Leproux — démarche sans suites à ce jour.
Puis-je espérer que [votre société] soutiendra ces initiatives ? Je vous avoue volontiers que je ne conçois pas qu’elle s’abstienne au minimum de protester : nous sommes bien loin des « Instants [nom de la pâte à tartiner] », vous ne trouvez pas ? »

Suite à ce courrier et l’action du réseau « Encore féministe ! », le CSA avait sévi. Libération s’en est fait l’écho dans un article du 21 juin 2001, en oubliant de parler des féministes à l’origine de cette action. Dans le même ordre d’idées, la société en question, qui m’a écrit puis téléphoné, m’a presque raccroché au nez quand elle a compris l’instrumentalisation dont elle était l’objet de la part du réseau « Encore féministe ! »
C’est Benoîte Groult qui disait : « Je dis Je suis féministe et on me regarde avec compassion. » Je crois que c’est encore pire que ça !

Credo @4

Viens par là pauvre pêcheur !À Mortemart, village limousin, l’expression « laver les pêchés » a été prise au pied de la lettre. Un des deux confessionnaux a été transformé… en placard à balais. Allez, ouste les mauvaises pensées !

Colère @1

Récemment, une potentielle relation amoureuse s’est soldée par des échanges tendus, dont la phrase finale que j’ai reçue est « Cela te donnera l’occasion d’être totalement en colère envers moi et ce sentiment qui a bien des défauts peut aussi avoir la qualité de nettoyer. ».
Lorsque je lui en parlais sur son répondeur, Cécyle m’envoya un texto où elle écrit « Cultive un peu ta colère. C’est bon pour toi. », puis « Sarah dit que c’est très bon la colère. Et je suis d’accord. Ça permet de sortir une partie de ce qui ronge. ».
Aucune ne m’a convaincue. Dans ma vie adulte, j’ai souvent été énervée, mais seulement une ou deux fois vraiment en colère. Je me rappelle très bien de l’une, il y a une quinzaine d’années. Plus récemment, je me souviens d’une montée de colère que j’ai maîtrisée. À chaque fois, la colère était liée à une usure, une impossibilité de répondre autre chose tant en face, il y avait un mur, le dialogue n’était plus possible. Je n’ai jamais trouvé positive la colère, j’en ai le souvenir d’un épuisement et d’une perte de maîtrise qui m’avait fait peur. C’est une forme de violence contre l’autre, mais aussi contre soi.
Peut-être est-ce parce que je n’ai jamais vécu cette colère positive, voire salvatrice ? Peut-être la vivrai-je un jour, j’ai presque envie d’espérer tant on me la vend si bonne…

Princesse @3

À l’occasion de ma revue de presse sur Media-G.net, je tombe sur un article du Midi Libre du 11 août 2011 qui fait état d’agressions à caractère homophobe dont est victime une boîte gay nîmoise. Et je lis que le patron dépose une plainte pour « agression à caractère xénophobe liée à l’orientation sexuelle de son établissement ».
J’ignorais jusqu’à ce matin que les établissements pouvaient avoir une « orientation sexuelle » autant qu’ils auraient un sexe, donc. Je suis récemment allée au Fox club « un » (masculin) bar « lesbien » ; je croyais naïvement que ce « lesbien » désignait l’orientation sexuelle de la clientèle. Mais si c’est bien le bar qui l’est, lesbien, quel bonheur ! Cela veut dire que Caddie, lui aussi, peut l’être ! Ma vie sentimentale s’éclaire ! Enfin.
Caddie ! Caddie ? Mais où est-il passé ? Bizarre…

Charité @3

On a fait une longue promenade avec Isabelle afin de découvrir la Coulée verte du Sud parisien, depuis Massy jusqu’à Châtillon. Après avoir trouvé en tâtonnant le départ, nous avons très vite pris un chemin bis, puis un chemin ter, petit sentier foulé au pied qui longeait la voie ferrée au milieu des ronces. Nous n’étions pas inquiètes, la route était juste en bas du haut talus à la végétation très dense et nous entendions distinctement le bruit de la circulation.
Et puis, très vite, nous avons trouvé des mûres ! Isabelle s’est souvenue de Pornic, moi des bords de route héraultais et des boîtes vides de Benco que nous remplissions du précieux fruit à confiture. Nous avons donc continué à avancer, concentrées sur notre cueillette (surtout Isabelle qui marchait devant), plaisantant sur la découverte possible d’un cadavre (surtout moi qui lis les pages Faits divers du Parisien). Puis, sans prévenir, le décor le long de la voie a changé. À la place des ronces sont apparues les charpentes en bois de « maisons » encore à demi recouvertes de bâches en plastique… Les lieux n’avaient visiblement pas été habités depuis un moment déjà, la nature avait repris une partie de ses droits.
Cette dizaine de constructions alignées comme à la parade avait pourtant un air inquiétant. On imaginait volontiers qu’elles auraient pu être encore occupées et même si je ne suis pas peureuse de la misère et des personnes qui la vivent au quotidien, d’un coup, la route m’a paru si loin, presque inaccessible… Et l’idée que des gens, des hommes sans doute, aient pu vivre là, reclus, cachés, si loin et si proches de la ville, m’a remplie d’effroi ; j’ai pensé à Sangatte et j’étais triste de cette misère dont notre économie a besoin pour prospérer, triste autant de mon impuissance à ici changer le monde.
Et j’étais aussi soulagée que les « maisons » fussent vides car je n’aurais pas aimé croiser leurs habitants dans un lieu si reculé. Cette peur me chagrine mais je ne peux la nier. J’ignore où sont ces gens aujourd’hui. Cachés quelque part, ou expulsés, à coup sûr. Et j’en suis affligée aussi. Ah ! la contradiction des sentiments selon le point de vue duquel on se place. Comment faire pour les concilier ?

Ailleurs @3

Le Pays des Belles VachesLes clichés et « l’image » à laquelle sont de plus en plus attentifs les responsables de tourisme, sans compter les citoyens, mènent parfois à des contorsions… Les Côtes-du-Nord sont devenues les Côtes-d’Armor il y a une vingtaine d’années, la Corse est découpée en Haute-Corse et Corse-du-Sud. Il ne faut surtout pas de Corse-du-Nord et de Basse-Corse.
Lors d’un séjour en Haute-Vienne, j’ai vu sur la carte touristique les différents territoires, dits pays, du département. On trouve par exemple le Pays du Haut Limousin et le Pays de Saint-Yrieix, dont le nom complet comporte la mention Pays du Sud de la Haute-Vienne.
De quoi en perdre la boussole !

Profil @4

En classe de quatrième ou de troisième, je ne sais plus, on nous a distribué des questionnaires pour préparer notre orientation ; bleus pour les garçons, roses pour les filles. Évidemment, les métiers proposés n’étaient pas les mêmes sur les bleus et les roses ; maçon contre coiffeuse ; ingénieur contre femme de ménage…
J’ai réclamé un questionnaire bleu. Et je l’ai eu. Je ne me souviens par contre pas de ce que j’avais coché ensuite. Pilote de chasse ? J’ai toujours aimé les mirages…

Pauvres enfants ! @5

La soeur d'Oedipe est demandée au rayon textile !Lors d’un passage à Angoulême, j’ai vu dans une librairie une série de tee-shirts pour enfants avec diverses phrases « tendres ». L’un d’eux arborait fièrement « Je suis la nana de mon papa ». Freud aurait peut-être hoché la tête d’un air entendu, sans bouffée de cigare pour cause d’interdiction de fumer dans les lieux publics.
Pour ma part, j’ai été consternée et me suis demandé quels pouvaient être les principaux acheteurs de ce genre de cadeau : les pères ? Les mères ? Les psys désabusés ? Il paraît que la pédophilie est une horreur absolue honnie par la société, pourtant son expression « symbolique » est en vente libre à la boutique du centre commercial… C’est de l’humour ? C’est vrai, c’est si drôle de jouer avec les enfants…

Réclamation @2

Je suis dans une période où la consommatrice que je suis réclame beaucoup, soit parce que le hasard me place en position de le faire, soit parce que je suis disponible à la protestation. Après La Poste, c’est un débit de boisson du Carreau du Temple qui a déclenché mon courroux.
Nous sommes deux. La carte annonce : « Perrier… 33 cl, 3,50 euros » et « Thé frappé… 25 cl, 4,00 euros ». Je demande si le thé frappé est maison…
— Bien sûr.
Nous commandons et le garçon nous apporte nos consommations dans deux verres identiques, un rempli de Perrier, l’autre d’un Ice tea industriel enrichi de glace pilée et d’une rondelle de citron. J’hésite à protester sur le mensonge de l’Ice tea (la carte ne précise pas qu’il serait maison). Par contre, lors d’un passage du garçon, je lui demande s’il est certain que le verre qui reçoit le Perrier fait bien 33 cl.
Il dit qu’il va demander au barman (je verrai plus tard en allant aux toilettes qu’il faisait lui-même office de barman), embarque le verre vide et revient, le verre rempli à moitié.
— Cela doit faire 33 cl, maintenant.
Si mes calculs sont bons, cela signifie donc que nos verres faisaient chacun 20 cl, soit loin de ce qui était annoncé. Qui plus est, le Perrier a été servi au verre, ce qui n’était pas indiqué sur la carte et constitue, de ce fait, une infraction.
En rentrant, j’ai hésité à faire un courrier à la DGCCRF ; l’idée de « dénoncer » ne me plaît pas mais ce bar n’avait pas de site et à ne pas protester on encourage ce type de pratique… J’ai finalement décidé de faire un courrier, pour le principe, et parce que je sature que les commerçants de la capitale jouent le gagne-petit qui frôle souvent l’arnaque plutôt que le bon rapport qualité-prix : à force, j’en viens à ne plus fréquenter les terrasses et je ne dois pas être la seule. Je serais pourtant ravie de « faire vivre le commerce local » ; il participe activement de la qualité de vie en ville… tant qu’il ne me prend pas pour une nouille !

Féminité @4

Le domaine national de RambouilletEn ce mois d’août, je suis allée avec une amie visiter le domaine national de Rambouillet avec le château, la laiterie de la Reine et la chaumière aux coquillages. Cette dernière fût construite pour la princesse de Lamballe comme cadeau de son beau-père pour la consoler d’être devenue veuve après la mort, de la syphilis, de son coureur de mari. C’est d’extérieur une chaumière plutôt simple, dans la veine de l’attrait pour le pittoresque campagnard, mais à l’intérieur, il y a dans la pièce principale un décor de coquillages et de nacre riche et recherché.
Nous avons d’abord suivi la visite du château durant laquelle l’agent nous a parlé de cette chaumière comme le lieu où la princesse se retrouvait avec ses amies pendant que les hommes allaient chasser toute la journée. Ensuite, nous avons suivi la visite de la laiterie puis de la chaumière.
Cette fameuse bâtisse ne comporte que deux pièces, la plus petite était conçue avec des petites niches renfermant poudres et autres nécessaires à maquillage, et des miroirs pour permettre aux dames de se « refaire une beauté ». Dans la seconde pièce, un visiteur demanda ce que faisaient ces dames entre elles. La guide précisa « ça n’a pas changé » avant de répondre ce que font donc, selon elle, toujours et de tout temps les femmes ensemble…
Vous voulez savoir ce que sont donc ces occupations ? Réponse : « maquillage et ragots » ! Ah ?! Et ça n’a pas changé ? Les autres visiteurs n’ont pas relevé. Le regard que nous avons échangé, les deux homosexuelles de ce groupe pourtant mixte, s’est accompagné d’un « sans commentaire » silencieux.