Féminité @1

http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/J’ai toujours été gênée par l’association revendiquée des homosexuels, bisexuels et transsexuels, le fameux LGBT, qui de façon ridicule devient maintenant le LGBTH, voir LGBTHI. Cette volonté forcenée de vouloir concilier les intérêts de ceux qui revendiquent une orientation sexuelle et ceux qui défendent une identité sexuelle aboutit à une aberration : certains nient ce que d’autres revendiquent, dans une pseudo-communauté d’esprit. J’affirme pouvoir être une femme sans correspondre aux stéréotypes de la féminité, contrairement à ce à quoi renvoie la majorité des trans.
J’avais essayé d’écrire un billet sur ce sujet, sans arriver à me détacher d’une sorte d’auto-censure de la critique de ce qui est présenté comme une telle évidence de communauté de combat. J’ai trouvé sur un blog un article exposant exactement ce que je pense sur le site d’Agnès Giard intitulé Les 400 culs.
Dans mes premières années de militantisme, j’ai rencontré des trans avec lesquelles j’ai sympathisé, alors que d’autres avaient un discours dans lequel je me sentais niée, rejetée. Même si les queer studies peignent ce regroupement d’une « légimité » intellectuelle, aucun argument en ce sens ne m’a jamais convaincue. Comment est-il possible de prétendre que la transsexualité est à la pointe de l’avant-garde théorique ? Comment arguer qu’elle met en question le genre alors qu’il s’agit avant tout de faire coller du ressenti avec des apparences ? Celles-ci se fondent sur des clichés, codes, normes, stéréotypes étiquetés sur les femmes pour qu’elles rentrent dans le moule social. Ce sont des prescriptions liées au modèle hétérosexuel dominant. L’opération et le changement d’état civil demandé signifient que la femme se réduit à un corps et une étiquette de genre. Personnellement, je trouve cela au mieux conservateur, au pire particulièrement rétrograde.
Je n’oublie pas la différence entre transsexuels et transgenres. Le point commun est de revendiquer un droit à s’habiller « comme » ceux de l’autre genre. Par là même, ils renvoient l’autre sexe à l’image sociale qui correspond : les femmes sont féminines, les hommes sont virils. Les trans voulant « devenir femmes » doivent être identifiées d’emblée comme des femmes, donc correspondre à ce qui leur est arbitrairement attribué : les jupes, le maquillage, les talons, la mise en avant des seins, etc., mais aussi une certaine délicatesse, voire une préciosité, bref, tout ce qui est de l’ordre de la représentation arbitrairement renvoyée à une essence du genre féminin.
Je n’ai pas plus d’arguments pour ou contre les choix à effectuer. Simplement, cela m’a fait du bien de lire un texte se permettant une critique au fond féministe d’un discours peu mis en question. D’autant plus que j’ai affronté des critiques, voire des attaques, parce que je ne rentrais pas dans ce fameux moule de la féminité. Les trans disent souffrir de ne pas être en adéquation avec ce qu’ils sont eux-mêmes. J’ai souffert de ne pas pouvoir vivre en adéquation avec ce que je suis à cause d’une foutue représentation caricaturale de la féminité que la majorité cherche à imposer aux femmes ou utilise pour les rabaisser. Il m’est donc difficile d’accepter un combat qui revient à défendre cette imagerie.
J’ai rencontré des trans avec lesquels je pouvais mener un combat commun, car leur discours ne visait pas à dire ce qu’est la femme, mais à aspirer à vivre leur choix individuel. C’est certainement plus difficile à défendre à certains moments, mais cela ne les a pas empêchées d’arriver à leur fin : devenir des femmes. Que cette expression est ambigüe… Quelle différence alors ? Celle entre un individu qui souhaite devenir une femme parce qu’il ne se sent pas homme dans une société comme la nôtre où il faut « être » d’un genre social défini, avec les attributs, activités, etc. socialement accolés. Ce n’était pas des femmes prônant une vérité en soi de la féminité. Il existe un autre moyen de défendre le principe essentiel de l’épanouissement de chacun. C’est une façon de pouvoir concilier les intérêts, les souhaits, les envies, les besoins de chacun sans être au détriment les uns des autres.

1 réflexion sur « Féminité @1 »

  1. Valérie

    Je me retrouve dans ces mots … oui je n’entre pas non plus dans le moule de la féminité telle que la société le conçoit … je ne pense pas qu’être une Femme ou être féminine se résume à porter une jupe et à passer des heures dans la salle de bain … la féminité est bien plus subtile que cela … je crois cependant qu’il faut respecter la manière et l’envie d’être de chacun chacune …
    C’est un billet qui mériterait un long débat …

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