Kendo @1

Un club de kendo du Val d’Oise, mené par un maître tout petit (1,40 maximum) qui grandissait d’au moins deux mètres dès qu’il parlait de son art, a invité plusieurs clubs d’autres arts martiaux pour une après-midi d’échange de savoir-faire… savoir-être. J’y étais avec mon club de judo dont le maître (le sensei de mon sensei, monsieur C.) est aussi un grand monsieur qui œuvre pour l’intégration des personnes handicapées, notamment non et malvoyantes.
On m’a mis une épée fictive entre les mains, montré la garde, puis invitée à « armer » puis « couper », la tête (« Men »), le poignet (« Kote ») et le flanc (« Do ») d’un adversaire fictif d’abord, en chair en os ensuite en arrêtant le geste, en chair et en os avec armure enfin. Au moment de porter le coup, il me fallait crier, sortir du ventre le fameux « Kiai ».
Monsieur C. m’avait demandé de venir sans trop me laisser le choix. Il était à mes côtés, mon partenaire étant un autre sensei de mon club. Tous deux ont fait tout ce qu’ils ont pu pour que mon désarroi (le mot est faible) se dissipe au fil de l’après-midi… J’ai senti à plusieurs reprises que j’allais pleurer et je sens encore à écrire ces lignes que mon émotion est grande. Ce n’est pourtant pas si… si…
Deux choses m’ont pétrifiée : l’idée de porter un coup ; je ne craignais pas de blesser l’autre mais avais le sentiment qu’à le frapper, même fictivement, je me blesserais moi-même. Et la perspective de ce cri ; j’ai très vite senti que si je le lâchais, j’allais m’effondrer sur le plancher du dojo et offrir à l’assistance quarante-huit ans de larmes et de résistance. J’ai donc serré les dents, accepté de faire le geste en le retenant, travaillé mes équilibres (la posture de départ était très difficile pour moi), râlé tout ce que je pouvais…
J’ai compris plus tard que je considère le judo comme un sport et non comme un art martial. J’ai beaucoup parlé le soir de cette inhibition à « porter un coup » (j’ai gardé pour moi l’affaire du cri) : un autre sensei du club (nous en avons cinq !) m’a dit « Mais tout ton corps est une arme. », j’ai répondu « Ça, je sais que je suis une bombe ! » La pirouette était faite mais je sais que je ne m’en tirerais pas comme ça ! Monsieur C. m’avait dit dans l’après-midi « Tu seras un samouraï ! »
Il va être long, le chemin…

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