Décroissance @2

Allez Marcel !Dans mon envie de lire des textes sur la décroissance, j’ai lu des écrits de Paul Ariès et de Serge Latouche, censément deux des penseurs sur le sujet… Vaste déception et impression nette d’une escroquerie intellectuelle. Ces livres enfilent, comme d’autres surfant sur la même vague, des perles d’inculture. Ils nous expliquent doctement comment il conviendrait d’agir en agitant des chiffres ne disant pas grand-chose, en classant les individus par grandes catégories et en affirmant des poncifs.
Ainsi, ils nous assènent contre la diabolique société de consommation, les belles valeurs gratuites de l’amitié, l’amour, l’échange, etc. Ah, bon, l’amour et l’amitié sont purement gratuits ?! Mais, n’y a-t-il pas une économie liée à ces rapports humains ? L’amour et l’amitié se nourrissent de dons, d’échanges, de contre-dons (sans avoir lu les œuvres de Marcel Mauss on le sait, alors d’autant plus  quand on est politologue ou économiste). L’argent n’est pas forcément central, mais il intervient.
Je ne parle pas forcément des relations où l’argent donne du sens dans des couples où l’un donne de l’argent à l’autre par principe même de la relation, légalement dans un cadre marital, de concubinage ou de filiation. Combien de femmes (plus rarement des hommes) ne travaillent pas et vivent de ce que leur mari ou compagnon (voire compagne) leur attribue ou laisse gérer ? Combien de couples ne se séparent pas sur des bases en partie ou totalement liées à des considérations financières.
Amicalement ou affectivement, préparer un gâteau ou une tarte aux pommes, c’est passer du temps, avec plaisir, mais aussi des ingrédients qui ont un coût. Offrir quelque chose, c’est bien souvent offrir quelque chose qui a un coût. On peut le déplorer, crier que c’est la faute à la société-de-consommation, mais à moins d’être artiste et ne travailler que sur des objets de récupération, je ne vois pas comment ça peut se faire autrement. D’ailleurs, ce n’est pas un problème en soi si chacun y trouve son compte. Ce qui a un coût pouvant être échangé contre ce qui n’en a pas d’officiellement quantifié.
Parfois, il y a dérapage, quand il y a déséquilibre ou quand les rapports se substituent à des rapports payants. Je ne parle pas forcément de prostitution et de « devoir conjugal ». J’ai plusieurs fois eu l’occasion de discuter avec des femmes pas forcément malheureuses, mais plus tellement amoureuses ou désirantes qui sont passés par des rapports sexuels vécus comme des devoirs ou du moins comme des moments acceptés pour être tranquille au quotidien, dans un certain type échange… C’était souvent des étapes avant la rupture et le divorce. Là encore, ce n’est pas en soi problématique. Chacun s’arrange comme il peut et bricole son chemin, l’essentiel est que le consentement réciproque prime.
Mais, il y a aussi les rapports où l’autre devient psy, plombier, électricien au lieu d’en payer un.
Rien n’est simple dans l’équilibre amical, affectif, familial. Il y a des coûts, financiers, émotionnels, de temps, mais ce n’est pas un souci en soi. Le souci à mon sens est de faire croire que tout est gratuit dans cette sphère par manichéisme. Je n’ai pas toujours, et ne suis encore sans doute pas, lucide ou claire sur ce qui est à l’œuvre dans ces relations ou n’en suis pas toujours reconnaissance. Toutefois, ne pas se leurrer est un premier pas dans une prise de conscience plus respectueuse et plus juste.
En jouant les pseudo-naïfs, bien des « intellectuels » simplifient à l’extrême leurs thèses pour mieux l’étayer, comme si, en soi, elles n’étaient pas suffisantes. Au risque, très contreproductif, d’arriver à l’inverse de leur démarche en décrédibilisant toutes leurs théories.

1 réflexion sur « Décroissance @2 »

  1. Cécyle

    Je ne travaille que sur des objets de récupération : les mots ! Ils sont si… peu gratuits ! Alors Isabelle, de temps en temps, me bricole une tarte aux pommes. C’est très très rare… mais ça arrive. Et quand Isabelle me donne ses mots, je lui bricole de la pâte de haricots rouges.
    Vous ne croyez tout de même pas que l’on vous régale gratis ?

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