Hétéro @2

Isabelle suggère que LGBTH soit écrit « ouvert à tous » (« Hétéro @1 »)… Bonne idée ! Mais peut-être pas assez « accrocheur » pour certains.
Ces temps-ci, je remarque que les associations conviviales et lieux commerciaux LGBT « s’ouvrent » soit sur l’argument du non-communautarisme, soit sur celui de la rentabilité commerciale… C’est ainsi que j’ai arrêté de fréquenter un bar de filles parce qu’il n’y a plus de filles tant le public est « friendly » à force de chercher des clients.
J’avoue. Quand je vais boire un verre au-delà du café du coin, c’est bien pour renifler les filles, me sentir entre congénères étiquetées « lesbienne » ou « bi ». Des hétéros, il y en a partout et plein ma vie. Et, à certains moments, j’ai besoin de m’en passer, d’être entre filles pour me cajoler dans mon homosexualité, ne pas être en alerte, être au chaud et, sans forcément être là pour draguer, simplement me sentir bien.
J’avoue. Et je revendique dans la foulée des lieux lesbiens (et bis) avec que des filles, sans mecs, sans hétérotes et leur brosse à cheveux. Dans ce monde hostile, mon homosexualité en a besoin.
Et alors que j’écris ces lignes, Anatomie bousculaire émerge de ma Playlist. C’est parfait !

2 réflexions sur « Hétéro @2 »

  1. Hélène

    C’est tout à fait simple, clair et compréhensible. Cette revendication a toutes les apparences d’une volonté plutôt « saine », comme on dit aujourd’hui d’un désir ouvertement exprimé. D’accord.
    Mais je voudrais bien comprendre pourquoi une revendication semblable dans la bouche d’un(e) hétéro susciterait de hauts cris scandalisés, et se verrait qualifiée, pour le coup, de malsaine.
    Pas sûre que ce soit une question de proportion de population : par exemple, des Noirs qui exprimeraient clairement leur envie des rester entre Noirs seraient aussitôt stigmatisés. Non ?
    Qu’en penses-tu ?

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    1. Isabelle

      Il me semble qu’il ne s’agit pas de minorité parmi tous les types de minorités. Je crois que la différence essentielle est dans le rapport à la sexualité et le drague.
      D’une façon générale, la drague des hommes est plus offensive que celle des femmes et la sexualité des femmes intéresse bien plus les hommes que la réciproque. Si des femmes regardent des vidéos pornos hétéros ou gays, c’est marginal par rapport aux nombres d’hommes regardant des films avec des scènes de sexe lesbien (ou pseudo-lesbien, mettant plus en scène des fantasmes d’hommes que des réalités dans la vie des lesbiennes).
      De fait, il est bien plus simple pour un homme de repousser les avances d’une femme. Elle peut être insistante, mais ne va pas tant gêner, mettre mal à l’aise ou « faire peur ».
      Quant aux hommes ou aux femmes entre elles, la question se pose bien différemment. Les gays vont plutôt aller dans des lieux pour draguer des mecs, où ils retrouveront des hommes mariés, censément hétéros, mais attirés par une relation sexuelle avec un homme. Côté femmes, les lesbiennes iront aussi plutôt draguer dans des bars lesbiens. Il y aura peut-être de la curiosité, peut-être de l’indifférence, au pire du rejet.
      En revanche, des hétéros draguant des lesbiennes, surtout quand ils savent qu’elles sont lesbiennes, peuvent être particulièrement pénibles pour la ou les filles. Ils peuvent être insistants tant on sait bien que si les lesbiennes couchent avec des femmes, c’est parce qu’elles sont mal baisées, ne connaissent donc pas le bonheur de la pénétration virile et qu’il ne manque pas d’hommes pour leur apprendre la vraie sexualité. Le spectre de la violence du viol n’est jamais loin.
      Il y a quelques années, un sex-club gay, situé en plein Paris, Le Dépôt, avait lancé des soirées pour les lesbiennes le mercredi soir. L’idée est que ce club est réservé aux hommes tout le temps (a priori homos, mais des « hétéros » viennent y chercher de nouvelles sensations), mais le mercredi, c’était ouvert aux femmes. Le club est sur deux étages : en haut, bar et piste de danse, en bas back-room. Le mercredi, les filles avaient accès au rez-de-chaussée, mais pas au sous-sol, réservé toujours aux hommes.
      Ces soirées étaient super. Elles commençaient vers 22 heures, ce qui permettait de s’éclater sans se coucher à point d’heure. Les meilleures DJ étaient invitées, comme Sextoy et Jennifer, parmi les pointures de la scène techno parisienne de l’époque. L’ambiance était assurée. J’adorais ces soirées appelées Lady Room.
      Mais, patatras, le propriétaire de la boîte s’est dit que ce serait une bonne idée d’en profiter pour gagner encore plus et s’est mis à diffuser la publicité plus largement, notamment sur des radios étudiantes, sans forcément annoncer la couleur. En peu de temps, ce sont devenus des soirées branchées… Je me rappelle d’un jour, où il y avait une entrée filles et une entrée garçons, sachant que tout le monde se mélangeait à l’intérieur. Les filles venues avec leur petit copain piaillaient, séparées pour quelques minutes de leur mâle. De nombreux couples hétéros sont venus et des hommes seuls. J’ai commencé à me faire draguer par un mec cherchant à mater des lesbiennes ensemble. Ces types regardaient les filles avec des attitudes de voyeurs, s’excitaient de nanas s’embrassant, se donnaient des frissons à regarder les filles se draguer, devenaient lourds, pénibles, insistants… Les soirées devenaient bien moins agréables, ont été désertées et se sont rapidement arrêtées.
      De façon plus anecdotique et drôle, je me rappelle d’un pauvre garçon cherchant à draguer une très jolie nana lesbienne. Il avait mis une chemise rose, peut-être en se disant que ça ferait pédé. Il était pathétique à chercher à danse avec elle et se faire remarquer. Elle l’ignorait superbement, préférant danser avec des filles ou des garçons qu’elle pouvait s’assurer être homos et qui ne cherchaient aucunement à la mettre dans leur lit à la fin de la nuit.
      La sexualité des femmes, notamment quand elles sont entre elles, émoustille les hommes hétéros. Quelle que soit leur attitude, elle peut rapidement devenir une gêne pour les filles, voilà pourquoi il est agréable de pouvoir fréquenter des lieux sans ce frein à la liberté. À ma connaissance, en revanche, peu de lesbiennes et peu de gays regardent en voyeurs les couples hétéros s’embrassant ou veulent convertir parfois de force les hétéros.
      D’ailleurs, de nombreux lieux sont de fait majoritairement hétéros, ils n’ont pas besoin d’en limiter l’accès…

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