Pauvres enfants ! @4

Sur le forum relatif à l’adoption auquel j’ai été abonnée, de nombreux messages d’encouragements circulaient. Une vraie sympathie et de la compassion se dégageaient de l’ensemble. C’était notamment le cas vis-à-vis de tous ceux attendant en terre étrangère des papiers, des décisions, un jugement, souvent ballottés par les événements, subissant des annonces contradictoires, espérant des rencontres et des découvertes, risquant à tout moment de se faire piéger…
Toutefois, j’ai toujours été gênée par l’utilisation omniprésente du possessif. on encourageait chacun par des propres rassurants tels que « Tu vas rencontrer TON enfant », « TON enfant t’attend », etc. L’écriture en majuscule était souvent de mise. Je n’ai jamais voulu avoir « MON » enfant, mais élever un enfant qui deviendrait juridiquement mien, c’est-à-dire dont j’aurais la charge et la responsabilité. L’insistance sur l’appartenance s’est révélée très symptomatique de la valeur attribuée à chaque terme : le « TON » devenait plus important que l’enfant, l’essentiel devenant ce rapport à soi.
Cela fait écho à un message assez marquant parmi tous ceux se plaignant de la façon très cavalière, voire méprisante, dont les autorités du pays pouvaient agir vis-à-vis des candidats à l’adoption internationale. Une femme écrivait que c’était inacceptable tant les postulants étaient déjà blessés et en souffrance. Cela m’avait fait bondir, car je ne me sens ni blessée, ni en souffrance. En tous les cas, rien de cela n’est moteur de ma démarche.
Il est vrai que beaucoup de couples ou de célibataires se tournent vers l’adoption par dépit et manque. Le besoin d’être parent peut être générateur de souffrance quand certains essayent pendant des années de procréer naturellement ou que l’échec d’une projection dans une relation de couple interdit le projet censément si évident de la filiation biologique.
Le besoin devenant névrotique d’« avoir » un enfant n’est pas que le fait de l’adoption. De nombreux parents biologiques sont aussi dans un tel rapport à leurs rejetons. Je vois parfois autour de moi de telles relations de dépendance des parents relativement à leur progéniture et les comportements aberrants qui en résultent.
Je plains les uns et les autres, tant pour la difficulté à être couvé et tant attendu que celle de surmonter les déceptions qu’une attente trop forte, trop viscérale peut engendrer. Le statut social du père et de la mère de famille est tellement valorisé qu’il semble peu concevable que cela change et que les souhaits d’élever un enfant puissent se départir du pathos, de la reconnaissance sociale et de la quête par tous les moyens de « SON » enfant.

1 réflexion sur « Pauvres enfants ! @4 »

  1. Cécyle

    Quand on constitue une liste de candidats pour des élections, on indique toujours leur profession. Je n’ai jamais lu « père de famille », mais « mère de x enfants » y est souvent, et pas uniquement sur les listes défendant les valeurs dites « familiales »…

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