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Thalasso-« thérapie » @4

Partager une semaine de thalassothérapie avec Cécyle y donne une tonalité que personne d’autre ne pourrait procurer. Caustique, résistante à tous crins aux différents soins, Cécyle tranche radicalement avec le public acquis du centre.
Nous étions ensemble assises dans un couloir quand une femme est sortie d’une « douche à jet » en s’exclamant pour l’amie qui l’attendait : « Un pur moment de bonheur ! » Nous sommes dans un lieu de bien-être à une cure baptisée « bien-être » et on peut comprendre que certains soient ravis. De là à s’extasier sur un « moment de bonheur » alors qu’il s’agit de recevoir un jet puissant sur les fesses, le dos et le ventre… Qu’il y ait du bien-être après, lors de la détente, je peux l’entendre, mais que la séance elle-même provoque de telles envolées renvoie à l’emphase qui court dans les salles d’opéra, les réceptions chics et les spectacles en vue au théâtre de la ville.
Le besoin d’exprimer, si possible en public, un avis tranché, planant dans les hauteurs de la félicité ou les profondeurs de la condamnation, est toujours d’un ridicule achevé. Plus essentiellement, cela renvoie à une normativité que Cécyle et moi, dans une moindre mesure, interrogeons en n’étant pas d’un enthousiasme sans borne ni d’une conviction implacable quant au plaisir et à la satisfaction totale procurés par les soins thalassothérapiques. C’est cette normativité qui fait grogner Cécyle dès qu’elle reçoit un mél l’exhortant d’un « Profites-en bien ! »
Au moins, si je ne trouve pas le bonheur, je m’amuse. À chaque nouveau soin, je ris toute seule à imaginer comment je vais le décrire à Cécyle et je me délecte… de ses commentaires. Le rire est une excellente source de bien-être, pour ça, notre cure de thalassothérapie porte bien son nom.