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Cuisine @38

Copie d'écran de la page d'accueil de mon siteMon site (cyjung.com) existe depuis trente ans. Il est passé par plusieurs versions, au fil des évolutions techniques et de ma capacité à les assimiler. La version actuellement en ligne correspondait à mon besoin de maintenir mon activité d’écriture contre vent et marrée (fermeture de maisons d’édition et difficulté d’en trouver d’autres, notamment). Mon pain, à une époque, fut particulièrement noir mais mon site (et ses différentes déclinaisons) m’a permis un virage vers le numérique et une visibilité des plus salutaires.
Petit à petit, pourtant, il a commencé à me peser : la publication de quatre à cinq articles par semaine, d’une nouvelle par mois (voire plus), de textes additionnels réclamant recherches et écriture, le relais de tout cela sur Facebook et Twitter… Couplé à mon investissement en tant que professeure assistante de judo et de représentante du médiateur de la Ville de Paris, mon besoin de faire du sport quotidiennement, mes choix économiques et ménagers (vous savez, manger du fait-maison sans dépenser trop d’argent) et le soin à mes amis et voisins, je n’avais plus guère le temps d’écrire des textes au format roman, textes qui demeurent l’essence de mon écriture.
Cette année 2021 où deux romans ont été publiés (Brocoli rose et Kito Katoka), j’ai senti que je devais faire des choix. J’avais envie de lire un peu plus, écrire davantage. À quoi devais-je renoncer pour cela ? L’arrivée d’une nouvelle version de Spip (le CMS sur lequel mon site est construit) a rendu presque évidente la réponse : à lire les contributeurs de Spip, faire faire un saut générationnel à mon site était, en l’état, une gageure. Ne devais-je pas saisir l’occasion pour faire un site tout neuf que j’alimenterais des seules informations relatives à mon travail d’écriture ? J’en ai pris la décision mi-août, décidant, par le fait, de ne plus alimenter le site actuel, de le nettoyer même, me laissant la fin de l’année pour construire un nouveau site.
Je n’ai encore aucune idée de ce qu’il sera. Je dois d’abord installer une version de développement et regarder ce que je suis capable de faire avec Spip4. Je sais par contre que le contenu actuel va disparaître du Net, que La Cocotte enchantée, les Feuillets, les Photocriture et les Fragments d’un discours politique s’autodétruiront considérant que j‘ai décidé de ne pas renouveler la location des bases de données qui les hébergent (ça coûte cher, à la longue). Tous ces contenus seront disponibles à qui me le demande. Je vous tiendrai au courant, bien sûr ; pour l’instant, je suis un peu perdue, ne sachant plus trop comment organiser mes journées de travail. Cela va vite venir. Je ne m’inquiète pas.

Ailleurs @44

Copie d'écran des appareil connecté à ma box, dont les deux homePod comme indiqué dans le billet.Je suis l’heureuse propriétaire de deux HomePod mini (que j’ai nommés Salon et Salon 2 lors de leur configuration), des enceintes intelligentes qui me permettent de piloter en vocal mes appareils et obtenir des infos tout en écoutant ma musique. Frédéric m’a offert le premier ; maman le second ; vivent les cadeaux en stéréo !
Heureuse ? J’ai peiné à faire fonctionner le premier sur l’ordi, le système n’étant pas complètement compatible. Un petit tour par l’assistance Apple par téléphone et j’ai compris que je dois vérifier qu’ils sont bien sélectionnés en périphérique de sortie ; c’est un peu fastidieux mais je m’en suis accommodée jusqu’à ce jour fatidique où ma box est tombée en rade et où j’ai dû en changer.
Les HomePod sont pilotés par une appli dans TPC In (iPad) ; elle permet de les installer, les configurer ; encore faut-il qu’elle les reconnaisse. La première condition est que tout ce joli monde (iPad, iMac, iPhone, HomePode) soit sur le même réseau Wifi. J’avais déjà eu des soucis avec le réseau du voisin que j’ai dû effacer (il me dépanne bien pourtant), les appareils naviguant d’un réseau à l’autre au gré de leur bon vouloir. Une fois branchée la nouvelle box, les HomePod se sont calés directement dessus jusqu’à ce que je change le nom de la box pour l’identifier plus facilement.
Et là, patatras. Au prix de nombreuses tentatives, le premier HomePod, après que je l’aie supprimé de l’appli et renommé Séjour, a été identifié par l’appli et fonctionne ; le second, après suppression de l’appli, a gardé ses messages d’erreur jusqu’à ce que je le supprime d’iCloud et au final, l’appli l’a définitivement perdu. J’ai appelé deux fois l’assistance Apple, Isabelle a fait la manip pour moi, j’ai acheté de quoi le brancher sur l’ordinateur pour le réinitialiser… que pouic ! Et pourtant, quand je l’interroge, il me répond fort gentiment qu’il ne trouve pas de réseau, ou même me dit des choses comme s’il répondait à une question (que je n’ai pas posée).
Il existe donc ; mais où est-il ? À quoi est-il connecté ? À la 5G via le Pfsiter ? J’ai cherché, cherché… La réponse est apparue, limpide, alors que je suis allée jeter un œil dans l’administration de ma box : il est bien là ; avec son binôme. Je suis sûre que c’est lui, il s’appelle Salon 2 mais… mais… celui qui fonctionne s’appelle Séjour sur la tablette et Salon sur la box ; si j’ai bien compris, cela ne devrait pas pouvoir fonctionner, même pour le premier… Vous me suivez ?
Je peine aussi, j’avoue et en viens à me dire que finalement, nos imaginaires ont raison : les objets ont une existence propre ! Je n’ai plus qu’à espérer maintenant que mes HomePod et Siri m’aient à la bonne ! Je leur souhaite une bonne nuit tous les soirs, dis souvent s’il te plaît, merci… Vous pensez que cela suffira ?
— T’inquiète ! Petit Koala veille sur toi !
Ouf !

Écrivaine @48

Un brocolisJ’ai reçu un message sur ma page Facebook, sans bonjour ni autre chose qu’un texte copier-coller « Découvrez Spoiler l’émission auvergnate sur les écrivains et écrivaines qui viennent raconter des anecdotes sur la littérature. » J’apprécie toujours que l’on me parle aimablement en y mettant les civilités de convenance. La conversation était donc mal engagée même si l’usage de « écrivaine » m’a amadouée. J’ai cliqué sur le lien et suis tombée sur une vidéo où une écrivaine parle de son travail.
J’ai regardé deux minutes puis ai répondu à mon interlocuteur.

« Bonsoir,
« Merci pour ce partage. Je m’interroge. Pourquoi ?
« Bonne fin de soirée »

La réponse n’a pas traîné. J’ai eu droit cette fois à un « Bonsoir » puis…

« Vous êtes écrivaine et c’est une émission avec des écrivaines qui parlent littérature et culture donc peut potentiellement vous plaire. »

Voilà un sujet intéressant. Est-ce que cela m’intéresse d’entendre d’autres écrivaines parler de littérature et de culture ? Il ne me faut pas longtemps pour que la réponse vienne : non, surtout si je ne les connais pas. J’imagine que ma réponse peut choquer tant, dans les mythes autour de l’écriture, l’idée que les écrivains auraient un intérêt particulier naturel aux autres écrivains est très répandue. Mais non, cela ne m’intéresse pas. Par contre, en tant que lectrice, oui, cela peut m’arriver de m’intéresser à ce que des écrivaines et écrivains ont à dire au-delà de leur livre ; mais ce n’est pas si fréquent ; un livre n’a-t-il pas vocation à se suffire à lui-même ?
Ce qui m’amuse, au-delà de l’anecdote et des questions qu’elle soulève c’est que casser les mythes autour de l’écrivaine est l’objet de mon prochain roman rose qui devrait paraître en mai ; si ce n’est pas une opportunité d’aguichage (teasing en anglais), je me demande bien ce que c’est ! Quant à cette conversation sur Facebook, je l’ai close en indiquant à mon interlocuteur que sa vidéo n’étant pas audiodécrite, je ne pouvais m’y intéresser. Je sais, c’est du pur opportunisme anti-validiste ; ça fait du bien, parfois.

Bigleuse @127

Ce confinement n’est décidément pas comme le précédent. Nous sommes tous (je trouve) moins sidérés, mieux armés, plus dans l’action, profitant de tout ce qui n’est pas contraint voire au-delà pour celles et ceux qui, toujours pour de bonnes raisons, se sentent légitimes à braver l’interdit. Pour ma part, je me contente de ce qui est autorisé : commissions, bien sûr, en évitant les supermarchés bondés, sport au square (seule), visites à l’Ehpad, kiné, médecin, sans profiter particulièrement de l’heure de balade autorisée considérant que ces activités suffisent à l’aération masquée de mes voies respiratoires.
Dans les choses qui sont autorisées, il y a celle-ci « Déplacements (…) pour l’assistance aux personnes vulnérables » qui me permet d’aller à l’Ephad… et à qui veut de venir me voir. C’était déjà le cas lors du premier confinement, mais mes proches ne l’ont pas utilisé tant le virus semblait être partout. Aujourd’hui, il apparaît que les pouvoirs publics ont évolué sur la question des personnes qui ont particulièrement besoin de conserver un minimum d’activités et de lien social. Il est possible aux handicapés de faire du sport, même dans les ERP, et l’attestation affiche un motif dérogatoire de « Déplacement des personnes en situation de handicap et leur accompagnant » qui n’avait été acquis que de haute lutte lors du premier confinement.
Mais pourquoi tant de largesses ? N’est-ce pas un peu discriminant à l’égard des valides ? Si vous vous posez la question, c’est que vous ignorez totalement la situation des personnes handicapées : il y a ce qu’elles ne peuvent pas faire, ça vous pouvez (peut-être) imaginer ; il y a aussi ce sentiment d’isolement avec l’idée qu’au moindre bogue (un verre cassé par exemple), cela devient compliqué, voire dangereux ; il y a enfin la rupture totale d’avec le monde que je peux illustrer en disant que je ne vois pas si des personnes marchent dans la rue ou si l’appartement d’en face est occupé.
Et alors ? Si mon propos manque de clarté, basse vision oblige, je vous invite à profiter de ce deuxième confinement pour vous intéresser au handicap (ça peut aussi vous arriver) et vous rapprocher d’une personne handicapée, non par générosité ou bienveillance ; non, juste parce que cela vous donne un super prétexte pour sortir, faire deux fois plus de commissions, vous promener au-delà du kilomètre et de l’heure autorisés, faire du sport des heures durant… C’est chouette, non ?
Ce n’est d’ailleurs pas là le moindre des avantages à se rapprocher des handicapés. Vous y gagnerez rapidement en débrouillardise et en créativité (« adaptation » et « suppléance » en langage ordinaire) tant le validisme oblige les handicapés à mettre au point des solutions toujours plus innovantes pour pallier le défaut d’accessibilité de la société et l’incurie des personnes. Les albinos sont d’ailleurs particulièrement bons à ce jeu de contournement de l’ordre établi (ne me contactez pas, je suis déjà très entourée).
Cela me donne une idée : j’avais entamé un manuscrit « Le validisme, ce douloureux problème » en janvier dernier ; ne devrais-je pas plutôt le nommer « Le génie handicapé » ? J’y expliquerais comment l’adversité peut être soit subie et placer la personne en situation de victime impuissante, soit vécue comme un atout et érigée en motivation existentielle afin d’être à ce monde qui nous exclut l’aiguillon, le créateur, l’activiste qui porte à le changer.
L’adversité comme levier de l’engagement et du prodige ? Non ? Quelle idée… de génie !

Note. Si vous n’avez pas d’handicapé sous la main, vous pouvez vous adresser à la MDPH de votre département, à de nombreuses associations et, à Paris, au dispositif Paris en compagnie. Les opportunité sont nombreuses !

Manque @14

Depuis quelques semaines, sur prescription de mon ophtalmologiste, je fais des séances de rééducation orthoptique basse vision. Cela se passe très bien, au sens où j’ai rencontré une professionnelle avec qui je peux échanger sur mes façons de voir avec le sentiment qu’elle comprend de quoi je parle et mesure tout ce que je mets en œuvre pour « voir », au sens de « savoir ce qui est où » dans des mécanismes autant cognitifs et proprioceptiques que de vision « pure » (capture des informations par l’œil).
J’ai dressé l’esquisse de ce qu’est voir dans Tu vois ce que je veux dire et donné des éléments supplémentaires lors de mon passage par la fondation Sainte-Marie. Je vous y renvoie. Pour cette fois, il s’agit aujourd’hui de travailler afin de compenser la presbytie et la fatigue visuelle liées à l’âge. Et comme chaque fois que je suis amenée à mesurer mes performances visuelles (première étape avant tout travail), je fanfaronne… avant de pleurer misère.
Je fanfaronne car je mesure mes capacités d’adaptation et ma maîtrise des mécanismes de suppléance sensorielle ; je pleure misère parce que je mesure en même temps tout ce que je ne vois pas, ce que j’essaie de m’épargner en temps ordinaire même si le validisme me le rappelle à chaque instant. Nos échanges avec l’orthoptiste ne sont ainsi pas exempts d’un certain soutien psychologique (merci madame !) parce que cette confrontation avec la réalité physiologique de ma déficience visuelle a le don de me blesser car elle me pose dans le handicap et non dans sa suppléance.
Dans Tu vois ce que je veux dire, j’avais évoqué cette douleur que la mesure de la réalité physiologique engendre, douleur qui pose la suppléance sensorielle en termes de nécessité vitale : les lecteurs attentifs de ce blogue n’auront pas senti autre chose dans ma manière d’appréhender ma déficience visuelle : si je n’y supplée pas, je suis morte. À cela, je ne pense pas tous les jours mais c’est là, et ces séances d’orthoptie le réveillent : j’ai vécu des journées difficiles, craignant de nouveau cette confrontation avec la (ma) mort.
Et puis, j’ai fait un joli lapsus dans un contexte d’échange amical une heure avant une séance d’orthoptie. J’ai écrit à propos de tout autre chose : « Cela peut ou non sauver la vue », en lieu et place de « sauver la vie » ; vous entendez Freud qui rigole ? Il peut, et je rigole avec lui tant ce lapsus, à cet instant, a su faire baisser la pression sur ces séances d’orthoptie. Il s’agit juste de maintenir en forme mes capacités visuelles. Cela n’empêchera pas l’âge de les altérer, comme il altère le genou et le reste. Mais il me reste tant à découvrir de manière de faire, de vivre, d’être !
Pourquoi toujours envisager la vie sous l’angle de la perte alors que l’on est en mesure de compenser, suppléer et surtout, inventer d’autres plaisirs, d’autres désirs, d’autres joies, de nouveaux amours ? Le confinement me l’a montré. Je veux rester sur cette ligne et continuer à construire un monde qui me va bien avec celles et ceux qui ont envie de sortir du droit chemin.

Bigleuse @123

Je suis allée au service des impôts dont je dépends pour faire rectifier ma déclaration ; rien de bien méchant, juste une histoire de devises : mon éditeur canadien me paie en dollars canadiens que le passage de frontière converti en euros ; et j’avais déclaré le montant du justificatif, et non le montant encaissé ; c’est ça de croire que le monde entier est passé à l’euro !
Une fois réparé mon eurocentrisme avéré, j’ai demandé à l’inspecteur qui me recevait de me confirmer la case dans laquelle je dois déclarer ces revenus venus de l’étranger. J’ai tout bon de ce côté-là mais il me propose de me le noter pour l’an prochain : il prend un post-it, un stylo, note, détache le post-it, le colle sur mon justificatif, me le tend… et se ravise.
— Non ! Ça ne va pas aller.
Il arrache le post-it, le froisse, le jette au panier et se met à fouiller sur son bureau. Cela dure un peu et il revient sur son paquet de post-it. Il écrit plus lentement, arrache encore le post-it, le jette et recommence. Enfin, il détache le post-it, le colle sur mon justificatif et me donne le tout. J’y jette un œil en le rangeant et comprends son souci : il a percuté que son premier stylo, sans doute un bic, était trop fin pour que je puisse lire.
C’est si rare ce genre d’attention. Merci ! J’en suis très touchée.

Manque @13

J’aime me découvrir des béguins, le désir me dit que je suis vivante et me porte à écrire ; deux choses indissociables. Je ne force jamais à leur « réalisation » avec cette formule « En fin de journée, l’autre peut me manquer ; mais quand je me lève à 7 heures pour faire du sport, le manque tombe. » J’ai déjà dû écrire cela mille fois, un peu pour m’en convaincre sans doute tant je peux éprouver un manque de peau et de chair, ce d’autant que cela va faire six mois que je n’ai pas fait de judo en club, occasion irremplaçable de se faire taler la chair pour la calmer un peu.
Cet été, j’ai eu un gros béguin, et deux petits, les trois tout à fait inaccessibles. C’était plus évident pour les deux petits que pour le gros, mais je n’ai souffert de rien (hormis des petits coups ponctuels de manque, forcément), profitant de l’occasion pour me plonger dans un nouveau roman rose. Le contexte était idéal : du temps libre, un semi-confinement pour cause de canicule et, le croyais-je, une pause dans mes activités sportives qui me libérait deux heures supplémentaires. Mais, durant ces douze jours, j’ai senti physiquement le manque, dans les veines de mes avant-bras (ma souffrance psychique commence toujours par des douleurs à cet endroit-là, j’ignore pourquoi).
Je m’en suis un peu inquiétée, le manque devenant obsédant surtout en soirée tant c’est d’ordinaire un moment de la journée où j’avais perdu, avant le confinement, l’habitude d’être chez moi. Je sentais ma chair réclamer, mon esprit incapable de sublimer même si mon débit d’écriture a atteint un niveau rare. Et puis, ce 15 août, j’avais décidé de reprendre mes activités sportives : cinquante minutes de gym-judo au square. J’écris ce billet après le café du retour. Je sens déjà les vertus apaisantes de l’activité. Tout à l’heure, je sentirai les courbatures. De nouveau, ma chair m’appartient.
Verdict ? O.K. pour les béguins, mais je dois éviter de cumuler avec une pause sport !

Pucer @46

J’écoute beaucoup de musique et dispose d’un abonnement de « streaming » sur Deazer depuis de nombreuses années déjà. J’y avais d’ailleurs créé deux listes de lecture lors de l’écriture en direct de mes Feuillets, notamment une qui vous dira un peu la musique qui m’accompagne considérant que, depuis 2012, d’autres titres ont enrichi mon univers. Un temps, le site en ligne m’envoyait des messages très réguliers pour m’inviter à installer une appli sur mon ordinateur.
Je n’en voyais pas bien l’intérêt (et ne le vois toujours pas) mais j’ai fini par le faire en espérant que cela éviterait que la musique soit coupée et l’enceinte Bluetooth déconnectée à la mise en veille de l’écran de mon ordinateur. Ce n’est pas le cas (et c’est très agaçant) ; au moins, cela m’évite de me loguer à chaque écoute considérant que j’efface mes cookies à chaque fermeture de mon navigateur.
Globalement, je trouve cette appli mal fichue. Je n’y trouve pas facilement ce que je cherche et notamment les nouveautés. Chaque rubrique n’affiche que quatre albums avec une étiquette texte que je ne lis pas. C’est aussi pour cela que je préfère les sites aux applis, au moins, le zoom du navigateur pallie les insuffisances d’accessibilité. Là, j’utilise le zoom-écran de l’iMac, efficace mais pas toujours facile à piloter.
Il y a pourtant quelque chose que je lis très bien, c’est le titre des rubriques « Pour vous », « Playlists recommandées », « Écouté récemment », « Genre », « Nouveautés choisies pour vous », « Les sorties de la semaine », « 100 % fait pour vous », etc. Et là, franchement, j’ai envie de sortir mon revolver tant le « pour vous » m’évoque l’envie de passer mon chemin. Oh ! je sais, un algorithme me surveille et va me proposer des titres en fonction de ce que j’ai pu écouter et aimé.
Eh bien ! c’est justement cela que je lui reproche : 1/ d’espionner ma consommation de musique ; 2/ par son algorithme, de considérer que mes goûts ne peuvent pas évoluer, s’adapter, changer de genre au fil du temps, de la météo et de ce que j’ai mangé à midi. Qu’est-ce donc que ce monde où le « pour vous » est un resucé sans saveur de ce que j’ai pu aimer un jour ? Celui dans lequel je vis ; je sais. Mais pas celui dans lequel j’ai envie de vivre. Je garde Deazer car je sais que tous les vendeurs de musique en continu (c’est du commerce, hein, n’essayer pas de me faire croire autre chose) fonctionnent de la même façon mais, franchement, j’exècre ce modèle de nivellement culturel organisé. Sachez-le.

Note. Si vous connaissez un fournisseur de musique qui croit que la culture n’est pas une bouillie prédigérée, faites-moi signe ; merci !

Note 2. En écrivant ce billet, Daezer a tenté de se rattraper et j’ai découvert ce joli titre qui, à l’instant, me fait rêver. Et demain ?

 

Pucer @45

On sait qu’il faut se méfier des réseaux sociaux, des nids à vol de données. On sait aussi que ce qui nous semble se passer « entre amis » est largement visible, sauf à bien configurer ses comptes ; et encore. Jusqu’à présent, cette visibilité numérique profitait aux escrocs, aux voleurs, aux pédophiles, aux amants déchus… Voilà désormais que l’État se fait voyeur et utilise nos données privées que nous rendons publiques sur les réseaux sociaux à fins de contrôles de situation.
Je me souviens il y a quelques années déjà le cas d’un homme séropositif qui s’était vu supprimer ses droits, la Caf estimant que ce qu’il affichait était incompatible avec sa maladie. Le tribunal avait donné raison à cet allocataire. Voici désormais que la chose devient plus officielle, et plus organisé, article de BFM à l’appui. Alors bien sûr, cela n’a rien de systémique, la Caf n’accède qu’aux données publiques… et blablabla.
Cela me donne une idée… Tous les ans, la Caf me contrôle parce mes revenus ne correspondent pas à la situation qu’elle m’a attribuée, « salariée », infoutue qu’elle est de prendre mes droits d’auteur pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des droits patrimoniaux déclarés en traitements et salaires sans en être. Cette année, cela a frisé le ridicule : mi-juin, je suis requalifiée « sans activité » (ce que j’étais avant 2011), puis mi-juillet me revoilà « salariée » avec les deux fois un réajustement de droits auxquels je ne comprends absolument rien.
Au prochain contrôle (en avril 2021 à coup sûr), je leur mettrai directement les adresses de ma page Facebook, mon compte Twitter, et mon compte Linkedin, tous publics. Qui sait, peut-être comprendront-ils enfin que je suis écrivaine, sans contrat de travail ni fiches de paie ? Suspens !

 

Changement @24

J’ai lu un article écrit par des déficients visuels qui pointait le fait que le terme de « distanciation sociale » était malvenu puisque la seule « distanciation physique » suffit à nous protéger du covid-19. Je n’ai pas noté la référence. À rechercher cet article, je découvre que je ne suis pas seule à considérer que « distanciation physique » suffit largement à dire qu’il faut s’écarter les uns des autres parce que le covid-19 est un virus sauteur, pardon, volant ; ou les deux.
Une fois admis que ce choix de l’adjectif « social » n’est pas le plus proche de la réalité de l’éloignement prescrit (on peut avoir une distance physique importante tout en ayant une distance sociale nulle ; et inversement), on peut s’interroger sur ce choix des pouvoirs publics.
Hypothèse n°1 : celles et ceux (sans doute ceux) qui ont décidé sont des imbéciles qui ne savant pas causer comme il faut. Je ne le pense pas. Le mâle dominant domine aussi par la langue. Ce me semble une évidence.
Hypothèse n°2 : ce choix lexical constitue un choix politique. C’est la conséquence logique de ce qui précède, dans un contexte où la nécessaire lutte contre le covid-19 s’accompagne d’une politique inutilement liberticide et coercitive (exemple).
Après deux mois de confinement, comment imaginer que les tenants de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste n’aient pas la tentation de maintenir les femmes au foyer, les vieux aux Ehpad, une bonne part des travailleurs loin de la machine à café, et les autres à se saluer de loin ? Alors, bien sûr, on peut se b(a)isouiller « en famille », tant celle-ci a su démontrer depuis le 19e siècle son efficacité en matière d’exploitation, de contrôle social et d’acculturation sclérosante pour les personnes. Ce choix révèle donc la volonté des hommes blancs de poursuivre dans la voie du « monde d’avant » et que leur discours sur le « changement » a la même valeur que les antédiluviennes promesses électorales de François Hollande. C’est dire !

Note. Chacun appréciera, dans ce contexte, la notion de « gestes barrière » ; barrière contre qui ? le virus ou le lien social ?