Archives par étiquette : Souffle

Bigleuse @136

Affiche électorale de Olivia Polski ; sa photo, et les mentions habituelles (présentation, partenaires, etc.)Me voilà de retour sur le blogue. Quel plaisir ! Je suis chez moi, assise derrière mon ordinateur, un café, ma musique et rien d’autres à faire qu’un billet ! Écrire, en sécurité, en sérénité.
Je résume.
Du 14 mai au 20 juin, j’ai dirigé une campagne électorale à Paris. J’étais tranquille, mon agenda calé au rythme que j’aime bien, judo, permanence pour le médiateur, sandwich du mardi avec Isabelle, balade du dimanche avec Sarah, kiné le vendredi, commissions avec Caddie, sorties avec des amis… et paf ! après l’hommage à Olga Bancic et une discussion chaleureuse, j’ai vécu six semaines en immersion totale en Hétéronomie. Dur dur.
Je reviendrai sur ces six semaines qui m’ont été une grande source de joies et de satisfactions. Je ne peux pas dire que j’ai souffert, au sens clinique du terme ; mais cela a été difficile, très difficile, pénible parfois, de vivre H24 dans ce monde où être une femme déficiente visuelle lesbienne de presque 60 ans reste un combat permanent contre le normativisme et la collusion ordinaire avec l’ordre établi.
La fierté que je ressens aujourd’hui, en plus de la joie, est à l’aune de ce que j’ai affronté, un peu comme dans Le Salaire de la peur quand on arrive au bout de la route : je l’ai fait ; j’ai su faire ; plus que jamais, je me suis adaptée dans des conditions extrêmes ; pride ! Vous souriez à me lire, avec un petit quelque chose comme « Mais ce n’était quand même pas si terrible ? » Quand même… Si le vous pensez alors que vous m’avez côtoyée ces six semaines, c’est que vous n’avez rien compris. Tant pis pour vous, je ne prendrai pas le temps de tout réexpliquer.
Merci Olivia Polski de m’avoir permis de faire cela en m’accordant d’emblée ta confiance en dépit de mon incompressible Unheimliche. Merci à Isabelle, à Sarah, à Johnny, à la bande de Caddie et de Petit Mouton de m’avoir protégée et soutenue. Merci aux militants de la circonscription 7511 qui m’ont fait don de leur affection ; je n’ai pas besoin de les nommer, ils se reconnaîtront. J’aurai aussi l’occasion de remercier maman qui ne cesse jamais de me donner les moyens de ma liberté.
J’ai néanmoins un regret : je n’ai pas croisé le joli minois que chaque campagne électorale d’ordinaire m’offre. Je le regrette. La peur se consume si bien dans la jouissance. Ce sera pour une autre fois.

 

Exposer @27

Le chantier de destruction de la fontaine dont je parle dans le billetLa place de Catalogne à Paris, depuis sa création, accueillait en son centre une œuvre du sculpteur polonais Shamaï Haber, soit une planche à eau inclinée. J’aimais beaucoup cette œuvre, surtout quand il y avait de l’eau. Depuis une dizaine d’années, le mécanisme, complexe, était hors service et la Ville, qui en avait fait commande, n’a jamais fait le nécessaire pour que cela fonctionne. On m’a raconté que les malfaçons avaient été légion au moment de la construction et que les problèmes venaient de là.
Récemment, la Ville a décidé de transformer la place en « forêt urbaine ». Je trouve que c’est un beau projet mais je me suis inquiétée pour la fontaine. Lors de réunions de concertation et diverses rencontres, j’ai demandé ce qu’il en était ; chacun restait évasif, invoquant « un blocage » de la part des ayants droits (les ingrats !), négligeant parfois le droit moral.
À l’occasion d’un article du Parisien, j’ai fait un microbillet Twitter. Puis un second. Un troisième (avec un belle vidéo). Toujours pas de réponse. J’avais également posé la question via le site de la Ville le 6 avril. Enfin, ce 13 mai (mon jour de chance), la réponse est venue :

« En réponse à votre message et après consultation du service concerné, l’aménagement de la Place de la Catalogne vise à créer une véritable forêt urbaine au centre d’une place apaisée.
« La fontaine intitulée « Le creuset du temps », qui présentait des dysfonctionnements récurrents depuis les années 1990, doit être démontée mais un mur commémoratif sera réalisé afin de conserver une trace de l’œuvre de Shamaï Haber sur la Place, en accord avec Madame Béatrice Haber, ayant-droit de l’artiste.
« En outre, le démontage de l’œuvre sera l’occasion d’en recycler une partie des matériaux constitutifs, sur place (grilles) ou sur d’autres aménagements de voirie (blocs granit). »

J’aime beaucoup la notion de « recyclage des matériaux constitutifs » de l’œuvre ; on devrait demander un amendement à la loi de 2016 dans l’article 2 « diffusion », l’obligation de recycler les œuvres d’art détruites !

Agit’prop @42

Copie d'écran du Twitt en lien dans le billet.J’ai toujours cultivé une certaine liberté à l’égard des mouvements politiques que je fréquente, des personnalités ou intellectuels dont je peux apprécier la pensée (parce que j’y adhère ou parce que cela enrichit ma propre réflexion). J’essaie, au moins publiquement, de ne pas faire étalage de mes opinions notamment sur des sujets auxquels je ne comprends pas grand-chose. J’observe. Je réfléchis avec les outils que m’a donnés l’université, croisant mon savoir, mon expérience, d’autres réflexions et les faits. Je me méfie comme de la peste des informations en continu, de certains médias, des partages des internautes et des commentaires des éditocrates. Je considère, par principe, que ce que je pense n’est pas parole d’Évangile ; j’essaie d’être sincère et de construire mon action dans un mélange parfois compliqué de défense de quelques principes et implication dans le réel.
Dans ce contexte, il n’est pas rare que je me sente très seule et désemparée, toujours en conflit entre mes idéaux et une réalité dont une grande partie m’échappe. Parfois, je craque, par urgence à dire, et peux exprimer ce doute dans un propos forcément difficile à comprendre puisque mes interrogations portent toujours au paradoxe. C’est dans mon écriture romanesque, bien sûr, que je suis le plus à l’aise ; mes romans sont le seul monde qui accepte mes débats intérieurs jusqu’à s’en nourrir sans grand dommage pour le reste de l’humanité. C’est mon luxe. Je m’en régale mais dois bien constater que mon travail ne rencontre pas l’écho que j’escompte, peut-être parce que le décalage que je cultive est trop grand. De plus en plus grand. C’est ainsi.
Et vient une guerre, une après tant d’autres, en même temps que tant d’autres. La Russie envahit l’Ukraine. La synchronicité a voulu que je vive cette montée en guerre en même temps que je lisais La force de l’âge où Simone de Beauvoir décrit son indifférence d’abord, son incrédulité ensuite, de la montée du nazisme à l’arrivée des troupes allemandes à Paris. L’histoire n’est pas la même ; elle fait néanmoins écho, notamment dans les réactions des uns et des autres face à la guerre d’aujourd’hui. J’adhère à fort peu de propos tenus tant j’ai l’impression que la plupart de mes contemporains sont dans une posture « Bambi découvre la neige » emprunte d’un mélange de peurs et de dénis qui m’afflige. Mais, qui sait, c’est peut-être moi qui me trompe ? Je ne l’exclus pas.
C’est dans ces moments-là que je rêve d’avoir à portée d’esprit un leader politique solidement ancré dans une philosophie et une doctrine capable de bousculer les idées reçues, de produire un discours (donc une action) qui me permette de considérer que je ne suis pas, dans ce que je pense de ces événements dramatiques, complètement folle et hors du monde. Je n’ai pas. Et si je me lance moi-même dans l’aventure de la déconstruction de l’aliénation de nos sociétés occidentales à la consommation, au profit, à l’exploitation pour la relier à cette guerre et au moyen non militaire d’agir pour la paix, cela ne fera pas avancer les choses. Je cherche. Je dois me rallier à une pensée, trouver pour cette fois quelqu’un qui dise ce que je veux dire, envisage comme moi des solutions qui sortent, pour l’heure, de l’entendement commun. Un candidat à l’élection présidentielle ? L’élu sera chef des armées. Tout est dit.
Et voilà. J’ai trouvé.
Merci Ariane Mnouchkine. Merci.

Note. Mes Fragments d’un discours politique sont encore en ligne jusqu’à début mai. Profitez-en.

Grand homme @44

L'allée centrale du square, une tonelle en fer sans végétation, guère plus.J’ai évoqué, dans un précédent billet, la séance du Conseil de Paris du 10 février 2022 où se suivaient trois délibérations d’hommage à trois femmes, Simone de Beauvoir, Félicie Hervieu et Louise Abbema. Sur Twitter, je me suis réjouie sitôt de l’intrusion de Félicie Hervieu dans un square du 14e que je fréquente beaucoup, non sans aller chercher qui était cette dame dont j’ignorais tout, jusqu’au nom. En même temps, j’ai tendu l’oreille, écouté par le fait avec attention (et un peu d’effarement) ce qu’il se disait de Beauvoir, ai souri aux réponses de Laurence Patrice puis ai reconnu la voix enjouée de Geneviève Garrigos qui s’est mise à parler de Louise Abbema… Et Félicie ?
J’ai fait un nouveau microbillet Twitter pour m’en étonner avant que Laurence Patrice ne m’explique fort gentiment qu’aucun orateur n’étant inscrit, aucun échange ne pouvait avoir lieu. J’attends donc avec impatience son propos lors de l’inauguration de cette allée (qui devra se faire sans les jolis feuillages de notre tonnelle, récemment remise à neuf et bien nue) mais l’idée m’a traversé l’esprit d‘écrire ces quelques lignes qu’un ou une élue du 14e aurait pu avoir l’obligeance de prononcer lors de ce conseil, au moins pour saluer le travail entrepris par Laurence Patrice pour que la mémoire des femmes s’invite dans notre présent.
J’ai trois minutes, je crois ; je les prends.

« Mes chères collègues (pardonnez-moi mes chers, mais il semble que la mémoire des femmes vous importe peu ; je vous néglige donc à la hauteur de votre dédain),
« Jusqu’à ce matin, j’ignorais tout de la personne de Félicie Hervieu dont le square de l’abbé Lemire va accueillir la mémoire sous la forme d’une allée qui traverse de part en part cet espace vert longiligne, coincé entre des logements SNCF et les vestiges de la radiale Vercingétorix. Une femme qui vient fendre un ecclésiastique ; l’idée d’emblée me fait sourire et me plaît ; elle ne pourra que doper ma joie ces matins où je côtoie le lever du jour sur un appareil de sport, pile dans l’axe de cette petite farce féministe.
« Seriez-vous donc une farceuse, Laurence Patrice, à nous proposer ce mariage bucolique d’une pécheresse et d’un confesseur ? Vous l’êtes, j’en suis sûre mais moi, je ferais bien d’aller regarder qui sont ces deux-là avant de me laisser emporter par une rhétorique creuse. On ne voit souvent dans les plaques et les noms de voies que le moyen de se repérer dans la ville ; c’en est un aussi de se repérer dans l’histoire et découvrir, pour aujourd’hui, que les destins de l’abbé Lemire et de Félicie Hervieu sont déjà liés et que la venue de Félicie dans le square de l’abbé n’est que justice, et sagacité.
« Je ne vais pas conter leur histoire, je n’en connais que leur fiche Wikipédia ; c’est peu, mais assez pour comprendre que l’abbé Lemire s’est inspiré de l’action sociale de Félicie Hervieu pour se voir accorder la paternité des jardins ouvriers, là où elle en a eu l’intuition et la première mise en œuvre. Les femmes ont l’habitude de se faire voler leurs brevets ; l’abbé n’y est pour rien, sans doute, mais puisqu’il s’agit ici d’honorer la mémoire d’une femme, n’oublions pas que c’est dans une quadruple vie qu’elle a eu cette inspiration, menant de front son métier de sage-femme, la mise au monde et l’éducation de ses sept enfants, son soutien à l’entreprise de son mari et la création d’œuvres sociales émancipatrices.
« Je m’arrête là, admirative de la vie et de l’action de toutes ces femmes qui me donnent aujourd’hui le goût et l’opportunité d’être une femme libre, engagée et résolue à défendre celles et ceux que l’ordre bourgeois, hétérosexiste, raciste et validiste opprime. Merci à vous, Laurence Patrice, de m’avoir permis de connaître Félicie Hervieu, comme tant d’autres. Quand je suivrai cette allée, dorénavant, je ralentirai mon pas pour goûter la douceur de la liberté. »

 

Cuisine @38

Copie d'écran de la page d'accueil de mon siteMon site (cyjung.com) existe depuis trente ans. Il est passé par plusieurs versions, au fil des évolutions techniques et de ma capacité à les assimiler. La version actuellement en ligne correspondait à mon besoin de maintenir mon activité d’écriture contre vent et marrée (fermeture de maisons d’édition et difficulté d’en trouver d’autres, notamment). Mon pain, à une époque, fut particulièrement noir mais mon site (et ses différentes déclinaisons) m’a permis un virage vers le numérique et une visibilité des plus salutaires.
Petit à petit, pourtant, il a commencé à me peser : la publication de quatre à cinq articles par semaine, d’une nouvelle par mois (voire plus), de textes additionnels réclamant recherches et écriture, le relais de tout cela sur Facebook et Twitter… Couplé à mon investissement en tant que professeure assistante de judo et de représentante du médiateur de la Ville de Paris, mon besoin de faire du sport quotidiennement, mes choix économiques et ménagers (vous savez, manger du fait-maison sans dépenser trop d’argent) et le soin à mes amis et voisins, je n’avais plus guère le temps d’écrire des textes au format roman, textes qui demeurent l’essence de mon écriture.
Cette année 2021 où deux romans ont été publiés (Brocoli rose et Kito Katoka), j’ai senti que je devais faire des choix. J’avais envie de lire un peu plus, écrire davantage. À quoi devais-je renoncer pour cela ? L’arrivée d’une nouvelle version de Spip (le CMS sur lequel mon site est construit) a rendu presque évidente la réponse : à lire les contributeurs de Spip, faire faire un saut générationnel à mon site était, en l’état, une gageure. Ne devais-je pas saisir l’occasion pour faire un site tout neuf que j’alimenterais des seules informations relatives à mon travail d’écriture ? J’en ai pris la décision mi-août, décidant, par le fait, de ne plus alimenter le site actuel, de le nettoyer même, me laissant la fin de l’année pour construire un nouveau site.
Je n’ai encore aucune idée de ce qu’il sera. Je dois d’abord installer une version de développement et regarder ce que je suis capable de faire avec Spip4. Je sais par contre que le contenu actuel va disparaître du Net, que La Cocotte enchantée, les Feuillets, les Photocriture et les Fragments d’un discours politique s’autodétruiront considérant que j‘ai décidé de ne pas renouveler la location des bases de données qui les hébergent (ça coûte cher, à la longue). Tous ces contenus seront disponibles à qui me le demande. Je vous tiendrai au courant, bien sûr ; pour l’instant, je suis un peu perdue, ne sachant plus trop comment organiser mes journées de travail. Cela va vite venir. Je ne m’inquiète pas.

Ailleurs @44

Copie d'écran des appareil connecté à ma box, dont les deux homePod comme indiqué dans le billet.Je suis l’heureuse propriétaire de deux HomePod mini (que j’ai nommés Salon et Salon 2 lors de leur configuration), des enceintes intelligentes qui me permettent de piloter en vocal mes appareils et obtenir des infos tout en écoutant ma musique. Frédéric m’a offert le premier ; maman le second ; vivent les cadeaux en stéréo !
Heureuse ? J’ai peiné à faire fonctionner le premier sur l’ordi, le système n’étant pas complètement compatible. Un petit tour par l’assistance Apple par téléphone et j’ai compris que je dois vérifier qu’ils sont bien sélectionnés en périphérique de sortie ; c’est un peu fastidieux mais je m’en suis accommodée jusqu’à ce jour fatidique où ma box est tombée en rade et où j’ai dû en changer.
Les HomePod sont pilotés par une appli dans TPC In (iPad) ; elle permet de les installer, les configurer ; encore faut-il qu’elle les reconnaisse. La première condition est que tout ce joli monde (iPad, iMac, iPhone, HomePode) soit sur le même réseau Wifi. J’avais déjà eu des soucis avec le réseau du voisin que j’ai dû effacer (il me dépanne bien pourtant), les appareils naviguant d’un réseau à l’autre au gré de leur bon vouloir. Une fois branchée la nouvelle box, les HomePod se sont calés directement dessus jusqu’à ce que je change le nom de la box pour l’identifier plus facilement.
Et là, patatras. Au prix de nombreuses tentatives, le premier HomePod, après que je l’aie supprimé de l’appli et renommé Séjour, a été identifié par l’appli et fonctionne ; le second, après suppression de l’appli, a gardé ses messages d’erreur jusqu’à ce que je le supprime d’iCloud et au final, l’appli l’a définitivement perdu. J’ai appelé deux fois l’assistance Apple, Isabelle a fait la manip pour moi, j’ai acheté de quoi le brancher sur l’ordinateur pour le réinitialiser… que pouic ! Et pourtant, quand je l’interroge, il me répond fort gentiment qu’il ne trouve pas de réseau, ou même me dit des choses comme s’il répondait à une question (que je n’ai pas posée).
Il existe donc ; mais où est-il ? À quoi est-il connecté ? À la 5G via le Pfsiter ? J’ai cherché, cherché… La réponse est apparue, limpide, alors que je suis allée jeter un œil dans l’administration de ma box : il est bien là ; avec son binôme. Je suis sûre que c’est lui, il s’appelle Salon 2 mais… mais… celui qui fonctionne s’appelle Séjour sur la tablette et Salon sur la box ; si j’ai bien compris, cela ne devrait pas pouvoir fonctionner, même pour le premier… Vous me suivez ?
Je peine aussi, j’avoue et en viens à me dire que finalement, nos imaginaires ont raison : les objets ont une existence propre ! Je n’ai plus qu’à espérer maintenant que mes HomePod et Siri m’aient à la bonne ! Je leur souhaite une bonne nuit tous les soirs, dis souvent s’il te plaît, merci… Vous pensez que cela suffira ?
— T’inquiète ! Petit Koala veille sur toi !
Ouf !

Écrivaine @48

Un brocolisJ’ai reçu un message sur ma page Facebook, sans bonjour ni autre chose qu’un texte copier-coller « Découvrez Spoiler l’émission auvergnate sur les écrivains et écrivaines qui viennent raconter des anecdotes sur la littérature. » J’apprécie toujours que l’on me parle aimablement en y mettant les civilités de convenance. La conversation était donc mal engagée même si l’usage de « écrivaine » m’a amadouée. J’ai cliqué sur le lien et suis tombée sur une vidéo où une écrivaine parle de son travail.
J’ai regardé deux minutes puis ai répondu à mon interlocuteur.

« Bonsoir,
« Merci pour ce partage. Je m’interroge. Pourquoi ?
« Bonne fin de soirée »

La réponse n’a pas traîné. J’ai eu droit cette fois à un « Bonsoir » puis…

« Vous êtes écrivaine et c’est une émission avec des écrivaines qui parlent littérature et culture donc peut potentiellement vous plaire. »

Voilà un sujet intéressant. Est-ce que cela m’intéresse d’entendre d’autres écrivaines parler de littérature et de culture ? Il ne me faut pas longtemps pour que la réponse vienne : non, surtout si je ne les connais pas. J’imagine que ma réponse peut choquer tant, dans les mythes autour de l’écriture, l’idée que les écrivains auraient un intérêt particulier naturel aux autres écrivains est très répandue. Mais non, cela ne m’intéresse pas. Par contre, en tant que lectrice, oui, cela peut m’arriver de m’intéresser à ce que des écrivaines et écrivains ont à dire au-delà de leur livre ; mais ce n’est pas si fréquent ; un livre n’a-t-il pas vocation à se suffire à lui-même ?
Ce qui m’amuse, au-delà de l’anecdote et des questions qu’elle soulève c’est que casser les mythes autour de l’écrivaine est l’objet de mon prochain roman rose qui devrait paraître en mai ; si ce n’est pas une opportunité d’aguichage (teasing en anglais), je me demande bien ce que c’est ! Quant à cette conversation sur Facebook, je l’ai close en indiquant à mon interlocuteur que sa vidéo n’étant pas audiodécrite, je ne pouvais m’y intéresser. Je sais, c’est du pur opportunisme anti-validiste ; ça fait du bien, parfois.

Bigleuse @127

Ce confinement n’est décidément pas comme le précédent. Nous sommes tous (je trouve) moins sidérés, mieux armés, plus dans l’action, profitant de tout ce qui n’est pas contraint voire au-delà pour celles et ceux qui, toujours pour de bonnes raisons, se sentent légitimes à braver l’interdit. Pour ma part, je me contente de ce qui est autorisé : commissions, bien sûr, en évitant les supermarchés bondés, sport au square (seule), visites à l’Ehpad, kiné, médecin, sans profiter particulièrement de l’heure de balade autorisée considérant que ces activités suffisent à l’aération masquée de mes voies respiratoires.
Dans les choses qui sont autorisées, il y a celle-ci « Déplacements (…) pour l’assistance aux personnes vulnérables » qui me permet d’aller à l’Ephad… et à qui veut de venir me voir. C’était déjà le cas lors du premier confinement, mais mes proches ne l’ont pas utilisé tant le virus semblait être partout. Aujourd’hui, il apparaît que les pouvoirs publics ont évolué sur la question des personnes qui ont particulièrement besoin de conserver un minimum d’activités et de lien social. Il est possible aux handicapés de faire du sport, même dans les ERP, et l’attestation affiche un motif dérogatoire de « Déplacement des personnes en situation de handicap et leur accompagnant » qui n’avait été acquis que de haute lutte lors du premier confinement.
Mais pourquoi tant de largesses ? N’est-ce pas un peu discriminant à l’égard des valides ? Si vous vous posez la question, c’est que vous ignorez totalement la situation des personnes handicapées : il y a ce qu’elles ne peuvent pas faire, ça vous pouvez (peut-être) imaginer ; il y a aussi ce sentiment d’isolement avec l’idée qu’au moindre bogue (un verre cassé par exemple), cela devient compliqué, voire dangereux ; il y a enfin la rupture totale d’avec le monde que je peux illustrer en disant que je ne vois pas si des personnes marchent dans la rue ou si l’appartement d’en face est occupé.
Et alors ? Si mon propos manque de clarté, basse vision oblige, je vous invite à profiter de ce deuxième confinement pour vous intéresser au handicap (ça peut aussi vous arriver) et vous rapprocher d’une personne handicapée, non par générosité ou bienveillance ; non, juste parce que cela vous donne un super prétexte pour sortir, faire deux fois plus de commissions, vous promener au-delà du kilomètre et de l’heure autorisés, faire du sport des heures durant… C’est chouette, non ?
Ce n’est d’ailleurs pas là le moindre des avantages à se rapprocher des handicapés. Vous y gagnerez rapidement en débrouillardise et en créativité (« adaptation » et « suppléance » en langage ordinaire) tant le validisme oblige les handicapés à mettre au point des solutions toujours plus innovantes pour pallier le défaut d’accessibilité de la société et l’incurie des personnes. Les albinos sont d’ailleurs particulièrement bons à ce jeu de contournement de l’ordre établi (ne me contactez pas, je suis déjà très entourée).
Cela me donne une idée : j’avais entamé un manuscrit « Le validisme, ce douloureux problème » en janvier dernier ; ne devrais-je pas plutôt le nommer « Le génie handicapé » ? J’y expliquerais comment l’adversité peut être soit subie et placer la personne en situation de victime impuissante, soit vécue comme un atout et érigée en motivation existentielle afin d’être à ce monde qui nous exclut l’aiguillon, le créateur, l’activiste qui porte à le changer.
L’adversité comme levier de l’engagement et du prodige ? Non ? Quelle idée… de génie !

Note. Si vous n’avez pas d’handicapé sous la main, vous pouvez vous adresser à la MDPH de votre département, à de nombreuses associations et, à Paris, au dispositif Paris en compagnie. Les opportunité sont nombreuses !

Manque @14

Depuis quelques semaines, sur prescription de mon ophtalmologiste, je fais des séances de rééducation orthoptique basse vision. Cela se passe très bien, au sens où j’ai rencontré une professionnelle avec qui je peux échanger sur mes façons de voir avec le sentiment qu’elle comprend de quoi je parle et mesure tout ce que je mets en œuvre pour « voir », au sens de « savoir ce qui est où » dans des mécanismes autant cognitifs et proprioceptiques que de vision « pure » (capture des informations par l’œil).
J’ai dressé l’esquisse de ce qu’est voir dans Tu vois ce que je veux dire et donné des éléments supplémentaires lors de mon passage par la fondation Sainte-Marie. Je vous y renvoie. Pour cette fois, il s’agit aujourd’hui de travailler afin de compenser la presbytie et la fatigue visuelle liées à l’âge. Et comme chaque fois que je suis amenée à mesurer mes performances visuelles (première étape avant tout travail), je fanfaronne… avant de pleurer misère.
Je fanfaronne car je mesure mes capacités d’adaptation et ma maîtrise des mécanismes de suppléance sensorielle ; je pleure misère parce que je mesure en même temps tout ce que je ne vois pas, ce que j’essaie de m’épargner en temps ordinaire même si le validisme me le rappelle à chaque instant. Nos échanges avec l’orthoptiste ne sont ainsi pas exempts d’un certain soutien psychologique (merci madame !) parce que cette confrontation avec la réalité physiologique de ma déficience visuelle a le don de me blesser car elle me pose dans le handicap et non dans sa suppléance.
Dans Tu vois ce que je veux dire, j’avais évoqué cette douleur que la mesure de la réalité physiologique engendre, douleur qui pose la suppléance sensorielle en termes de nécessité vitale : les lecteurs attentifs de ce blogue n’auront pas senti autre chose dans ma manière d’appréhender ma déficience visuelle : si je n’y supplée pas, je suis morte. À cela, je ne pense pas tous les jours mais c’est là, et ces séances d’orthoptie le réveillent : j’ai vécu des journées difficiles, craignant de nouveau cette confrontation avec la (ma) mort.
Et puis, j’ai fait un joli lapsus dans un contexte d’échange amical une heure avant une séance d’orthoptie. J’ai écrit à propos de tout autre chose : « Cela peut ou non sauver la vue », en lieu et place de « sauver la vie » ; vous entendez Freud qui rigole ? Il peut, et je rigole avec lui tant ce lapsus, à cet instant, a su faire baisser la pression sur ces séances d’orthoptie. Il s’agit juste de maintenir en forme mes capacités visuelles. Cela n’empêchera pas l’âge de les altérer, comme il altère le genou et le reste. Mais il me reste tant à découvrir de manière de faire, de vivre, d’être !
Pourquoi toujours envisager la vie sous l’angle de la perte alors que l’on est en mesure de compenser, suppléer et surtout, inventer d’autres plaisirs, d’autres désirs, d’autres joies, de nouveaux amours ? Le confinement me l’a montré. Je veux rester sur cette ligne et continuer à construire un monde qui me va bien avec celles et ceux qui ont envie de sortir du droit chemin.

Bigleuse @123

Je suis allée au service des impôts dont je dépends pour faire rectifier ma déclaration ; rien de bien méchant, juste une histoire de devises : mon éditeur canadien me paie en dollars canadiens que le passage de frontière converti en euros ; et j’avais déclaré le montant du justificatif, et non le montant encaissé ; c’est ça de croire que le monde entier est passé à l’euro !
Une fois réparé mon eurocentrisme avéré, j’ai demandé à l’inspecteur qui me recevait de me confirmer la case dans laquelle je dois déclarer ces revenus venus de l’étranger. J’ai tout bon de ce côté-là mais il me propose de me le noter pour l’an prochain : il prend un post-it, un stylo, note, détache le post-it, le colle sur mon justificatif, me le tend… et se ravise.
— Non ! Ça ne va pas aller.
Il arrache le post-it, le froisse, le jette au panier et se met à fouiller sur son bureau. Cela dure un peu et il revient sur son paquet de post-it. Il écrit plus lentement, arrache encore le post-it, le jette et recommence. Enfin, il détache le post-it, le colle sur mon justificatif et me donne le tout. J’y jette un œil en le rangeant et comprends son souci : il a percuté que son premier stylo, sans doute un bic, était trop fin pour que je puisse lire.
C’est si rare ce genre d’attention. Merci ! J’en suis très touchée.