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Métro @28

Je n’ai jamais trop aimé prendre le bus : il est difficile de s’y repérer (trouver les arrêts, voir le bus arriver, savoir quand on descend) ; les trajets sont longs et soumis aux aléas de la circulation ; il faut attendre (parfois longtemps) dans le froid. Le retour progressif à la marche après la fracture de ma cheville m’a porté à les utiliser plus pour éviter les marches du métro (qui me font encore très peur). Sur certains trajets, cela s’est révélé une très bonne solution ; sur d’autres, la galère m’a vite découragée !
En matière d’accessibilité, des progrès ont été faits : les arrêts « parlent » (quand cela fonctionne) et de plus en plus de bus également. Par contre, les plans RATP et les informations de circulation (notamment les arrêts reportés) sont une gageure. Pour ce qui est du temps de trajets, au mois d’août, c’était parfait ; dès septembre venu, les durées annoncées sont devenues erronées. Quant à l’attente, un peu longue, toujours ; il fait encore beau mais cela ne va pas durer !
J’ai néanmoins persisté, ma peur contraignant mes descentes dans le métro. Et puis il y a eu ce samedi où aucun bus ne pouvait me ramener chez moi avec un laconique « arrêt non desservi » sur l’appli sans solution alternative ; Sarah m’a mise sur le quai de la 4 et je suis remontée seule par un Escalator à Alésia. Ouf ! S’en est suivi la reprise des cours de judo. J’avais décidé d’y aller en bus et de rentrer en PAM. La RATP en a décidé autrement.
Après avoir attendu un quart d’heure le 91 à son terminus, le voilà qui annonce qu’il s’arrête Gare de Lyon. Il ne pouvait pas le dire plus tôt ? Bah non. Les diverses simulations que j’ai faites sur l’appli me mettaient à plus d’une heure quinze de Jourdain (sans garantie, bien sûr) alors que j’étais déjà partie de chez moi depuis plus d’une demi-heure. Près de deux heures pour aller donner un cours de judo : de la pure gourmandise !
Je me suis ainsi rabattue sur le métro, la trouille au ventre. J’ai pris la 5 devant la Salpêtrière (au cas où, l’hôpital n’était pas loin) et fait mon changement à République. En gérant les flux de voyageurs (plus délétères encore que les marches), je suis arrivée à destination aussi fière que si j’avais gravi l’Everest ! Quand je pense à tous ces gens qui traversent la planète en quête d’aventure ! Réduisez votre acuité visuelle et cassez-vous la cheville, la RATP fera le reste à prix modique avec un taux d’émission de CO2 tout à fait raisonnable !

Vroum @29

Copie de ma carte PAMPendant mon court séjour à l’hôpital suite à la fracture de ma cheville, j’ai occupé mon temps libre à m’assurer le maximum d’autonomie pour mon retour chez moi. J’ai déjà évoqué l’aide ménagère, la livraison de repas, le fauteuil roulant, la mobilisation de mes amis et voisins… J’ai pensé aussi que j’aurais besoin de sortir au-delà de ce que je pourrais faire en fauteuil. J’ai cherché (puis testé) les services de taxi PMR qui coûtent très cher pour un service médiocre et ai pensé « PAM75 ».
Il s’agit d’un service de transport public collectif sur réservation pour les personnes handicapées ou dépendantes : il est très utilisé par tous les enfants et adolescents qui passent leurs journées dans des centres ou écoles spécialisées et des travailleurs handicapés qui ne peuvent pas prendre les bus, trams et métros RATP. Les déplacements sont payants, mais leur coût reste raisonnable en mode loisir si on ne sillonne pas Paris tous les jours, bien sûr (dans le cadre d’un déplacement professionnel ou scolaire, des aides prennent en charge tout ou partie de ce coût).
Ma cheville cassée ne m’ouvrait pas droit à les utiliser, ma carte d’invalidité basse vision, oui. J’ai donc déposé un dossier début juin sans indiquer le fauteuil, considérant que j’utiliserais ce service une fois que je serais déplâtrée. Cinq semaines plus tard, je recevais mon « Pass PAM75 » et je réservais ma première utilisation pour rendre visite à la maman de Sarah à l’Ephad. Dimanche 18 juillet 2021. À l’aller, le véhicule est à l’heure, au retour pareil. C’est un bon début considérant la mauvaise réputation de la PAM côté respect des horaires.
Pour ce retour, ce n’est pas un véhicule PAM mais un taxi (quand il n’y a pas de véhicule « maison » disponible, des taxis prennent le relais, pour un coût identique pour moi). Nous devisons avec le chauffeur ; c’est jour d’arrivée du Tour de France ; ne passe-t-il d’ailleurs pas pile entre l’Ephad et chez moi ? C’est le cas mais, dans un premier temps, le chauffeur ne s’en inquiète pas. Puis nous nous mettons à tourner dans le 14e arrondissement pour tenter de contourner l’incontournable et nous retrouver bloquer à l’angle de la rue Friant et de l’avenue Jean Moulin, pile derrière une voiture de police qui empêche de traverser, le Tour devant passer là dans un délai inconnu.
Nous sommes à 1 km de chez moi. Je suis déplâtrée depuis six jours, je ne suis pas capable de le faire à pied. De toute façon, mon chauffeur est catégorique.
— Vous êtes sous ma responsabilité, je vous déposerai devant votre porte.
Dont acte. Il appelle sa centrale téléphonique, se fait confirmer qu’il n’y a pas d’alternative, et nous voilà bloqués plus d’une heure à attendre les coureurs qui passent si vite que je n’ai pas le temps de me concentrer sur le spectacle. Quand le chauffeur me dépose enfin devant chez moi, son compteur indique 80 euros… il m’en coûtera 8,20 euros, tranquillité comprise. Cela sert à quoi l’argent public ? Cela sert aussi à cela.
Merci.

Sainte Marie Joseph ! @17

Montage photo, deux au sqaure où on vois mes pieds sur des appareil avec les cannes au loin, une dans un fauteil à l'hopital.Le 4 août 2021, j’ai publié sur Twitter et Facebook le montage photo ci-contre. À Isabelle à qui je les avais envoyées en direct, j’ai ajouté ce commentaire « Quand je pense que je devrais encore être hospitalisée à Sainte-Marie ! » ; soixante-huit jours après l’opération de ma cheville ? Cela résonne comme une blague, qui en serait une si tout cela n’était pas pathétique. Je vous raconte.
En mars 2020, juste avant le premier confinement, j’ai envoyé un dossier de préadmission à l’hôpital Sainte-Marie où j’avais déjà fait un séjour en hospitalisation de jour en 2015 pour me remettre à niveau dans le service de déficience visuelle. Il s’agissait d’évaluer mon autonomie et de me donner des outils supplémentaires. J’en gardais un bon souvenir et, il y a dix-huit mois, j’ai ressenti le besoin d’une nouvelle évaluation.
Je n’ai eu une réponse qu’en août 2020, sous la forme d’un appel m’indiquant qu’il manquait le certificat de l’ophtalmo. J’ai répondu que je ne paierais pas une consultation chez un spécialiste pour établir ce qui l’était depuis 58 ans, renvoyant mon interlocutrice au courrier de ma médecin traitante qui disait l’essentiel. Silence radio les onze mois qui ont suivi jusqu’au lundi 31 mai 2021, 9 heures du matin.
Je suis assise sur mon lit à l’hôpital Saint-Joseph, voisin de Sainte-Marie. J’attends l’ambulance qui va me ramener chez moi pour quarante-cinq jours de plâtre sans appui avant une rééducation qui m’inquiète : qu’en sera-t-il de mon équilibre ? mon handicap visuel ne sera-t-il pas un frein à ma rééducation ? Je réfléchis à contacter le service de soins de suite qui se trouve à l’étage en dessous de celui des déficients visuels pour une rééducation adaptée ; et mon téléphone sonne.
— Bonjour, c’est la fondation Sainte-Marie. Je vous appelle pour votre rééducation…
Il me faut une bonne minute pour comprendre qu’il s’agit de ma demande de mars 2020 et qu’ils ne savent rien de ma cheville cassée. Je décide de profiter de l’opportunité, accepte le rendez-vous que l’on me donne huit jours plus tard, y vais. Le médecin comprend que je n’ai pas besoin aujourd’hui de rééducation sensorielle (j’ai vu entre temps une orthoptiste tip top qui a fait le travail) mais d’une rééducation fonctionnelle adaptée basse vision.
— Je vous propose une hospitalisation complète de six semaines…
Il m’explique qu’il est impossible, en hospitalisation de jour, de prendre en charge un mixte rééducation orthopédique rééducation basse vision. Je refuse cette hospitalisation, me fais confirmer par mon kiné, ma médecin traitante et mon médecin du sport que ce n’est pas nécessaire, et relance ce médecin à deux reprises ; il m’a promis de chercher une solution. Huit jours avant le retrait du plâtre, la secrétaire m’appelle et me demande si j’accepte une hospitalisation de six semaines. Je refuse de nouveau et me prépare à la reprise de la marche : abdos tous les jours, séance d’électro musculation chez mon kiné, sollicitation maximale des muscles de la jambe plâtrée…
Le 12 juillet, c’est la peur au ventre que je fais mes premiers pas, chez moi, sous les encouragements de Frédéric. Ça passe. Kiné. Vélo à la maison. Petits exercices. Abdos toujours. Dix jours plus tard, je me déplace chez moi sans cannes ; et je commence les déplacements courts en extérieur en cannes. Dix jours de plus et je n’utilise plus le fauteuil que dans ma cuisine et pour faire des commissions. Quatre jours encore et je suis au square pour une première séance de sport où je n’ai certes pas transpiré mais où mon bonheur a été total. Si j’avais accepté la proposition, j’aurais encore deux semaines et demie à passer à l’hôpital (j’écris ce billet le 5 août). J’en suis de plus en plus abasourdie.
Une question demeure : pourquoi vouloir m’hospitaliser ainsi, alors que ce n’était pas nécessaire et que l’on peut même considérer que cela aurait été délétère pour mon autonomie ? Je n’ai pas la réponse ; juste une intuition qui renvoie aux enjeux financiers d’un tel choix « médical ». Quand je pense aux lits manquants en Guadeloupe, en Martinique, et ailleurs… Ça me met en rogne ; vous n’imaginez même pas !

Changement @29

Je suis en fauteuil avec un chapeau, une veste et un pantalon de pluis, le pied emballé dans un sac poubelle.J’ai suffisamment de proximité avec le monde des handicapés (un monde mis à part par le validisme ordinaire), par mon handicap visuel, bien sûr, mais aussi pour avoir fréquenté des handicapés physiques, pour savoir combien la vie en fauteuil roulant nécessite d’adaptations voire de renoncements. Couplé au handicap visuel, c’est un pur bonheur… c’est tout du moins ainsi que j’ai envie de le vivre durant ces six semaines de plâtre ; et le mois ou deux de marche compliquée à suivre.
J’ai un gros atout dans ma manche : je sais m’adapter. Je ne le mesure pas toujours vis-à-vis de ma déficience visuelle mais les trois confinements sont venus me le rappeler. La rupture a été plus brutale cette fois : je partais prendre un train ; en une fraction de seconde, j’ai perdu cette mobilité de proximité qui fait ma fierté et une bonne part de ma qualité de vie. J’ai tout de suite réclamé un fauteuil plutôt que les cannes qui m’étaient proposées : descendre d’un cran ne me pose pas de problème d’ego (l’image de soi, vous savez) et c’était le gage de pouvoir utiliser à fond ce qui me reste : deux bras, une jambe, un genou… et un cerveau au taquet.
Dès mon lit d’hôpital, j’ai commencé à faire des abdos dans mon lit, des pompes verticales sur le déambulateur, profitant de la moindre occasion pour adapter ma musculature de judoka. Rentrée chez moi, l’objectif a été d’aller chez le kiné en fauteuil : 500 mètres en faux plat montant sur la moitié. Il m’a fallu dix jours pour trouver le bon trajet, vaincre mes appréhensions. Aujourd’hui, ma position sur le fauteuil de location a changé. Mes abdos poussent les roues en même temps que mes bras ; et je fais le plus difficile en marche arrière avec la jambe valide en propulseur. Je ne vois pas où je vais, certes ; mais en fait, cela ne me change guère !
Je me prépare désormais à la reprise de la marche ; multipliant les exercices pour ne pas (trop) perdre de musculation dans la jambe immobilisée tout en ménageant mon genou. En même temps, j’ai pris soin de me garantir une alimentation riche en fibres, calcium et vitamines en dépit de l’insistance des repas livrés à me faire manger du trop gras trop salé. Je limite ma consommation de sucres ajoutés. J’espère ne pas avoir pris de poids et ce régime me garantit un transit que l’immobilité et le riz servi à gogo menacent.
Mon moral, forcément, suit le mouvement. J’ai des bons et mauvais jours, comme tout un chacun. Je crains la reprise de la marche. Être active physiquement et intellectuellement me dope ; mes amis et mes voisins me font un bien fou ! Je peux ainsi prendre prétexte de chaque chose pour mener une nouvelle expérience, qu’il s’agisse de faire ses courses en ligne, de vaincre un trottoir trop incliné latéralement, ou d’observer le monde à hauteur et vitesse de fauteuil. Je sors parfois uniquement pour cela tant cette observation est passionnante, tant les personnes sont des mines d’humanité dont je me délecte, que celle-ci me réjouisse ou me révolte.
Il est encore un peu tôt pour en faire le bilan mais je sais déjà que ma vision, déjà assez optimiste de la vie, vire au ravissement, dans mes joies comme dans mes colères. Mon écriture, forcément, s’en ressentira. Ma relation aux autres, aussi. Je ferai sans doute encore moins de cadeaux mais suis désormais en capacité d’accepter la moindre offrande avec l’idée de prendre le temps d’être à l’autre et l’aimer. N’y voyez aucun altruisme de ma part ; c’est juste que je mesure combien le moindre souffle d’air est une joie à qui sait s’en ouvrir les poumons.

Pauvres chéris @15

L’été indien de ce mois de février et le ras-le-bol du masque en extérieur m’ont portée à retourner faire du sport au square. J’ai pu ainsi savourer la caresse du soleil et la douceur de l’air sur la peau de mes joues ; un tel bonheur que je me suis retenue de ne pas finir en maillot de bain ! Blague à part, il a bien fallu un nouveau malotru pour venir gâcher mon plaisir et nourrir ma réflexion sur les effets délétères de la testostérone sur le genre humain.
Après une bonne demi-heure sur les différents appareils de muscu, je suis allée dans mon coin préféré, l’aire de jeux où trône une pyramide en corde parfaite pour accrocher ceinture de judo et élastique et simuler des uchi komi. Je n’y étais pas depuis plus de dix morote qu’un gars que j’avais repéré courir en boucle dans le square W se radine. Il me tourne un peu autour puis s’installe de manière à être dans mon axe de vision (le pauvre, s’il savait !), lance la musique sur son téléphone portable et entame une série de pompes verticales.
L’exercice est difficile ; il en fait cinq, s’arrête, se trémousse un peu sur la musique, et recommence. D’emblée, on s’en doute, sa musique a eu le don de m’exaspérer, une espèce de daube très rythmée. Le vent m’a aidée à ne pas trop l’entendre. Merci. En rentrant, j’ai demandé à Johnny pourquoi les gars qui ont un quart de biscotos à exhiber mettent de la musique dont le son est d’autant plus pourri qu’il est émis par des appareils qui ne sont pas faits pour les concerts en extérieur. Est-ce pour attirer l’attention ?
Johnny rigole : sans doute que oui. En tout cas, les corneilles étaient bien d’accord avec moi que sa musique avait aussi peu d’intérêt que sa paonaison (sic) ; elles se sont mêlées au vent pour faire taire les BPM. Les bienheureuses ! Et, si une autre hypothèse est que cela les encourage à pomper en rythme, force est de constater qu’ils n’ont pas grand-chose à mettre dans le piston !

Courage @6

La sortie du livre de Camille Kouchner La Familia grande a mis sur le devant de la scène médiatique la prégnance de l’inceste, ces violences sexuelles subies par des enfants et commises par leur père, mère, oncle, tante, frère, sœur… Dans le même temps, un hashtag #metooinceste a permis (et permet encore) aux victimes d’inceste de faire converger leurs témoignages sur les réseaux sociaux. C’est dans ce contexte que la page Facebook de Nous Toutes a reproduit (sous forme d’images inaccessibles aux déficients visuels) des microbillets Twitter afin de relayer ces témoignages et de leur donner de la visibilité (sauf pour les déficients visuels, donc ; mais c’est un autre problème).
La plus lisible de ces infographies est celle que je reproduis ci-contre. On y lit « Attention contenu violent Tw inceste ». Pourquoi cette mise en garde ? L’inceste est par nature une violence et diffuser ces témoignages a vocation à ce que la collectivité assume cette violence pour la prendre en charge, aider les victimes, juger les coupables, réfléchir aux moyens de prévenir les violences futures ; non ? N’est-ce pas un véritable déni de ces violences que de mettre en garde les internautes puisque celle-ci suppose que c’est le témoignage qui est violent là où c’est l’inceste qui l’est quand le témoignage, lui, est résilience intime ? J’avoue que je ne comprends pas.

Foot @16

Je suis allée sur la page Facebook de la Fédération française de judo au début du confinement chercher des infos sur les clubs. Les cours enfants reprendraient-ils après les vacances ? pourrions-nous faire du street-judo ? Il n’y avait rien. Cela ne m’a pas tant étonnée, la FFJDA s’intéresse peu aux clubs, hormis pour compter les licences.
J’allais quitter la page quand quelque chose m’a frappée : l’image du bandeau. On y voit à gauche deux garçons censés, je suppose, être en posture judo. C’est sans doute tout « mimi » pour la photo qu’il nous regarde, pardon regarde en l’air mais ce n’est pas ce que l’on apprend aux enfants : soit ils regardent leur partenaire, soit l’endroit où ils vont le faire chuter. On en est loin, si loin que cela fait très « chiqué ».
Si l’on regarde mieux, on se rend compte que celui de dos prend une garde croisée à gauche (on attrape normalement le revers en face de sa main, revers gauche main droite, donc, et inversement). En combat, la garde croisée est passible d’un Shido (point de pénalité) si elle n’est pas immédiatement utilisée pour attaquer. Pour les enfants, le démarrage des combats se fait « garde prise », non croisée ; et nos deux judokas n’ont pas bien l’air d’être en plein combat ni en mode attaque. Je remarque également que celui de face est mal fagoté ; il a l’air torse nu sous son kimono ; ce qui est normal pour un garçon. Pour le coup, on voit ce qui doit être son slip dans l’entrebâillement de son kimono. Est-ce bien raisonnable ?
Les enfants ont du mal à attacher pantalon et ceinture ; c’est donc l’un des premiers enseignements judo ; être bien habillé, par respect pour son partenaire, et pour sa propre intimité. Si un enfant est ainsi habillé sur mon tatami, je lui en fais sitôt la remarque et il ne reprend le judo que quand son kimono est bien mis. La petite fille qui fait du judo avec le haut gradé, à la droite de l’image, elle, est bien habillée et tient correctement la garde. Ouf ! Par contre, elle a conservé ses lunettes ; pas terrible ! Avec la chute annoncée, elle va les casser, se blesser… On apprend donc aux enfants à faire du judo sans lunettes. Ils les mettent lors de l’explication ; et les retirent pour les exercices et les combats.
Ma dernière remarque sera sociologique : deux garçons qui font du judo ensembles (un blanc, un plus noir, pour la petite touche « melting-potes » qui ne correspond à aucune réalité) et une petite fille qui s’éclate sur la cuisse d’un haut gradé, un homme bien sûr ; elle ne doit en effet pas rêver ; elle ne le sera jamais.
C’est ça l’image que la FFJDA est capable de donner d’elle-même et du judo ? Je le crains.

Route @18

Le lendemain de l’épisode dit « de la banane » (retrouvez ledit billet en cliquant sur ce lien), je repars à l’assaut de La Défense sans encombre cette fois-ci.
Arrive le moment du retour. S’il a plu dans l’après-midi, le ciel semble plus clément pour reprendre la route. Le début du trajet est toujours agréable : ce qui était à l’aller une côte un peu pénible à monter en fin de parcours devient une descente bienvenue au retour.
La piste cyclable est protégée mais je reste prudent tout de même car il y a deux croisements avec les véhicules motorisés et les conducteurs de voitures ayant tendance à penser qu’ils sont non seulement les seuls usagers de la route mais aussi qu’ils ont toujours tous les droits et toutes les priorités, c’est potentiellement dangereux. Le premier de ces croisements est la sortie de la station-service où j’avais trouvé la veille la fameuse clé à molette. Je ralentis donc à son approche et j’aperçois un véhicule qui s’avance de la sortie. Il marque l’arrêt au « Stop » juste devant la piste donc je continue. Mais au moment où je passe, il avance brusquement et vient heurter mon vélo sur la roue avant. Je ne peux alors rien faire d’autre que d’essayer d’accompagner la chute. Je viens heurter le capot du véhicule, tombe puis glisse sur la route. Le feu en face est rouge donc, ouf, aucun véhicule ne vient vers moi. Avant de comprendre ce qu’il s’est passé, je me relève, récupère mon, vélo et me mets sur le trottoir. Le chauffeur de taxi (oui, c’était un taxi) sort de son véhicule et une personne qui était à la station vient vers moi. Tous deux me demandent si tout va bien, si ma tête a heurté le véhicule, si j’ai mal ailleurs. Ma tête n’a rien heurté, j’ai un peu mal à la jambe, pas celle que le véhicule a touché mais l’autre, celle qui a d’un côté heurté la route et, de l’autre, reçu le vélo. Rien de grave apparemment mais je suis un peu sonné, un peu groggy. J’engueule le chauffeur et là, j’ai droit à une série d’explications de sa part qui, si je l’avais eue avec moi, aurait donnée à la clé à molette une utilité toute pratique. Attention, c’est un festival :
– « Je savais ce matin que je n’aurais pas du prendre la route car je ne le sentais pas. »
– « D’ailleurs, je voulais rentrer chez moi car rien ne va depuis tout à l’heure. »
– « J’étais justement en train d’en parler au téléphone avec un ami lorsque je vous ai heurté. » (je n’en croyais pas mes oreilles alors je lui ai fait répéter plusieurs fois et à plusieurs moment !)
– « J’ai appris aujourd’hui un décès dans ma famille. »
Je lui ai demandé en quoi ça l’autorisait à venir me couper la route et à être un danger public… J’attends toujours la réponse.
Au final, plus de peur que de mal (quelques beaux hématomes). Le chauffard de taxi a payé la réparation du vélo (la roue avant était morte) et m’a ramené chez moi dans son taxi. Pour la petite histoire, on a mis bien plus de temps dans son véhicule que je n’en mets à vélo pour faire le même trajet. Pour la grande histoire, la prochaine fois (j’espère qu’il n’y en aura pas), j’appelle les flics.

Rigolo @15

Comme vous le savez, depuis le déconfinement, je laisse ma place dans les transports en commun en me déplaçant quasi exclusivement à pied et surtout à vélo. C’est ainsi que je parcours plus de 23 kilomètres lorsque je travaille à La Défense.
Dans ce cas, je prévois toujours un en-cas avant de faire le trajet retour, notamment une banane. Parfois je la mange, parfois non. Le jour de la mésaventure que je vais vous narrer, je ne l’ai pas mangée et l’ai mise dans ma poche de Kway, mon sac-à-dos étant trop plein.
Je prends donc la route du retour et me rends vite compte que quelque chose ne va pas : un cliquetis inhabituel et surtout l’impression que la pédale gauche va me lâcher d’un instant à l’autre. Après un rapide examen, je constate que la vis sensée la maintenir solidaire au vélo se dévisse. Je tente tant bien que mal de la refixer avec mes doigts mais son emplacement m’empêche de la serrer suffisamment et après quelques mètres, l’opération est à renouveler.
Ayant repéré une station essence sur mon trajet, je m’y arrête et tente de trouver dans la boutique attenante un outil me permettant de mieux serrer la vis… évidement, aucun outil adapté à un vélo dans ce temple ultime de la voiture reine ! Je décide tout de même de prendre une clé à molette : elle ne me permettra pas de régler définitivement le problème mais, pensais-je, elle me permettra de mieux serrer la vis de la pédale qu’avec mes frêles doigts. Résultat : je gagne quelques mètres d’autonomie mais à ce rythme, la route va s’avérer longue : quelques dizaines de mètres parcourus puis arrêt pour resserrer le boulon avec la clé et c’est reparti…
J’arrive finalement Porte Maillot : il me reste alors les deux tiers de la distance à parcourir. Je me décide alors à finir le trajet en métro. Vélo sur l’épaule, je descends les marches de l’escalier, achète mon billet puis me présente au portique réservé aux personnes munies de bagages trop larges pour les portiques individuels. J’appelle une opératrice qui me répond que les vélos sont interdits dans le métro à l’heure de pointe mais que je peux prendre le RER… sauf que le RER Porte Maillot n’est pas du tout dans ma direction. Le seul RER pouvant m’être utile se trouve Place de l’Etoile. Je remonte donc à la surface, sors ma clé de la poche pour resserrer la vis avant de reprendre la route mais je sens alors un corps visqueux autour de l’objet. Je ne mets qu’une petite seconde pour comprendre qu’en portant le vélo, j’ai écrasé la banane qui se trouvait dans la même poche que la clé…
J’ai finalement fini mon trajet jusque chez moi, les doigts plein de crème de banane, revissant tous les cents mètres la vis de mon vélo avec une clé à molette elle-même enduite de crème de banane… Ô vélo quand tu nous prends !

Va chez l’gynéco @41

Depuis quelque temps, j’ai un genou « en vrac » ; le terme parlera aux sportifs ; il indique une douleur un peu chronique qui devient invalidante. J’ai tout ce qu’il faut pour m’en occuper en plus de mon rendez-vous kiné hebdomadaire qui gère mes douleurs posturales liées à ma déficience visuelle : pack de chaud, de froid, contention, huiles de massage, crèmes, rouleau de massage, etc. Et pourtant, je n’ai pas fait grand-chose, laissant la douleur s’installer alors que certaines choses me soulagent. J’ai traîné à aller voir mon médecin (qui a prescrit les examens qu’il faut), n’ai pas tant réduit mon activité sportive, ai tenté quelques soins sans les tenir dans le temps.
Pourquoi ? Ai-je envie d’avoir mal ? Je ne le crois pas et je sais que si je ne maintiens pas ce genou en bonne forme, mon judo en pâtira. Il m’est pourtant essentiel. Ce n’est pas la première fois que je ne fais pas grand-cas d’une blessure (et je l’ai toujours regretté), que je laisse traîner un rhume, que je ne m’intéresse pas à ces « petits maux du quotidien » qui peuvent être, au bout du compte, fort désagréables ; et je le regrette. Je procrastine peu, en général ; alors pourquoi rechigner à mettre du chaud sur mon genou, lui passer un peu d’huile de massage, adapter mes étirements si cela lui fait du bien ? Je l’ignore, et c’est d’autant plus absurde que ça fait mal. Vous avez une idée ?