Archives par étiquette : Intégrité

Gamine @31

J’ai découvert sur un réseau social local un nouveau « service » de restauration à domicile. Le concept est simple : une personne fait à manger chez elle, vous avez faim, vous commandez sur l’appli et vous venez chercher votre plat. N’est-ce pas une bonne idée ? Quand je dois faire deux litres de soupe parce qu’il y a urgence à cuire des invendus et que mon congélateur est plein, ce serait pratique, non ? Et elle est si bonne ma soupe !
— Vrai de vrai !
Merci Caddie. Mais tu sais, parfois, les idées simples sont particulièrement délétères. Pour celle-ci, j’y vois d’emblée de nombreux biais.
* Une communication sexiste et âgiste. Bah oui, c’est une femme qui fait à manger, on la nomme « mamy » alors même que dans la vidéo elle est plus quadragénaire (c’est quand même plus sexy !), il s’agit de valoriser vos talents de « cuisinière » (et non de cuisinier) et la personne qui vient chercher à manger est un homme, bien sûr. Regardez au passage les quatre « mamy » proposés : deux hommes, deux femmes ; la parité ? De façade, car quoi qu’on en dise, qui n’aurait pas choisi spontanément « mamy Juliette », pardon, son bœuf bourguignon ?
* Une « rémunération » sous forme de « récompense ». Voilà la version moderne de Elle est bonne ta poule, ma poule ; une bonne claque sur les fesses et un pincer (une pincée ?) de nichon et « mamy Juliette » est contente d’avoir régalé Édouard. Une petite pipe pour le dessert ? C’est une autre qui s’en charge au vu de la promiscuité de la femme qui apparaît déjeuner avec Édouard, qui garde sa posture dominante devant l’ordinateur… J’exagère, bien sûr, mais comme il n’est nulle part fait mention de la forme fiscale de cette « rémunération » et que le verbe « récompenser » n’est pas neutre, on peut imaginer que les pires systèmes d’exploitation sont au menu.
Voilà exactement le genre de concept que les confinements et autres couvre-feux sont en train de produire, un mélange de high-tech, de retour aux sources et de déréglementation tous azimuts sous couvert de nécessité économique. On est mal barrés, c’est sûr !

Indignés @14

Je regardais lundi 15 février 2021 un documentaire sur LCP consacré aux « petites phrases » qui ont fait tache dans l’image publique de François Hollande et d’Emmanuel Macron, avec plus de dégâts pour le premier que pour le second. Il a ainsi été question des « sans-dents ». Aux commentaires faits par les personnes sollicitées dans le documentaire (dont une remarquable Marylise Lebranchu), j’ai compris qu’il s’agissait pour l’ancien président de la République de faire référence aux personnes qui n’avaient effectivement plus de dents, faute de moyens de les faire remplacer.
Ce n’est pas ce que j’avais jusqu’alors compris. Je pensais qu’il faisait référence à des personnes qui n’auraient pas le courage d’entreprendre, pas de niaque, qui ne mordraient pas dans la vie et seraient des assistés ; un peu les mêmes que ceux « qui ne sont rien » chers à Emmanuel Macron. Isabelle m’a confirmé qu’elle avait bien vu des personnes physiquement édentées et que l’image était terrible. J’imagine… mais ne visualise pas ; parce que je ne l’ai jamais vu, ou jamais remarqué ; ma déficience visuelle ne fait pas forcément la différence au sens où c’est le genre de détail que je ne vais pas « aller chercher » trop occupée par ailleurs à voir l’essentiel.
Cela ne change finalement pas grand-chose à ma perception du quinquennat de François Hollande, prélude de la politique antisociale d’Emmanuel Macron qui, ne l’oublions pas, lui doit son émergence sur la scène politique. Les chiens ne font pas des chats… Pardon, c’est l’inverse !

NB. Pardon Helgant, toi, t’es pas un chien ; t’es un chouchou d’amour !

Bigleuse @129

Un lundi, j’avais rendez-vous avec un médecin de l’hôpital Saint-Joseph. Je me présente à l’accueil, canne en main : je connais bien l’hôpital (et peux donc m’y orienter) mais sais que si j’arrive non accompagnée dans un service de consultation, les écrans vidéo d’appel seront aussi inaccessibles que les guichets. Je me présente à l’accueil et demande un accompagnement. La dame appelle sa collègue qui aide les usagers à utiliser les bornes numériques installées à cinq mètres de là et lui demande de s’occuper de moi.
— Vous voulez quoi ?
— J’ai un rendez-vous…
— Il faut vous enregistrer sur les bornes.
Le temps que j’ouvre la bouche, elle a déjà le dos tourné.
— Madame ! Je ne peux pas les lire. Pouvez-vous m’aider ?
Elle se dirige sans un mot vers une borne. Je décide de la suivre. Elle me demande les trois premières lettres de mon nom puis me tend un ticket. Je le prends. Elle est déjà partie vers une autre borne. Je l’interpelle encore.
— Je vais où ?
Elle revient, me prend le ticket des mains.
— Porte 1. Vous prenez l’ascenseur qui est là.
— Non, je…
— L’escalier qui est là.
— Là ?
— Vous voulez qu’on vous accompagne ?
— Ce serait gentil…
Elle disparaît dans un couloir, en ressort deux minutes plus tard.
— Vous avez une pièce d’identité ?
— Pour être accompagnée ?
— Pour votre nom.
Je lui donne ma carte vitale. Elle revient deux minutes plus tard.
— On vient vous chercher dans vingt minutes.
Je ne comprends pas. D’habitude, une personne de l’accueil m’accompagne jusqu’au guichet suivant, ça prend trois minutes et c’est plié. Je lui demande pourquoi vingt minutes, précise que mon rendez-vous est dans dix ; elle ne dit rien… Elle part, revient…
— Dix minutes alors. Vous attendez là. Quelqu’un va venir.
— Je ne comprends pas. Qui doit venir ?
— Vous ne pouvez pas prendre l’ascenseur ni l’escalier ; il faut quelqu’un.
Je suppose alors qu’elle a compris que je ne pouvais utiliser l‘un et l’autre et a, au vu des délais, mandé un brancardier. Je proteste, expliquant que je suis debout, que je marche, que je suis malvoyante, que «  » n’est pas une information pertinente, que j’ai juste besoin que l’on m’oriente. C’est son tour de protester.
— Vous m’avez dit non pour l’ascenseur.
— J’ai dit non pour dire que je ne sais pas où il est.
— Je vous l’ai dit, il est là [très exactement dans mon dos, je ne vois même pas si elle a fait un geste pour le désigner].
— Mais je ne sais pas où est là. Cela ne veut rien dire, là.
Je vous passe les quelques phrases dignes de Devos sur le « où est là » ; je réclame qu’elle me dise où est la porte 1 à partir de l’escalier, que je vais me débrouiller.
— Vous prenez l’escalier là [dans son dos] ; vous montez, vous allez en face…
— Vers l’église ?
— Oui, non, d’abord vous allez à droite puis tout droit. Mais l’assistance ?
Je la remercie, lui souhaite une bonne journée et rejoins l’escalier ; la porte 1 est en haut tout de suite à gauche, et non à droite ni près de l’église. Je tombe sur deux soignantes qui fument une cigarette. Je leur demande confirmation. Elles confirment en chœur. Une me dit de regarder mon numéro sur l’écran. L’autre lui fait remarquer que je suis malvoyante. La première rit.
— Avec le bonnet, j’ai cru un bâton de marche !
On m’avait déjà fait le coup chez Décathlon, mais dans un hôpital ? Au moins, elle rigole. On rit ensemble. Elle donne sa clope à sa collègue et m’accompagne à l’intérieur jusqu’à un guichet. Ouf !

Note. J’ai clairement manqué de pédagogie, dans ma réaction sur son « » à propos de l’ascenseur ; j’en ai ri sous mon masque mais à cet instant, j’aurais d’emblée dû demander à être accompagnée plutôt que de chercher à ce qu’elle comprenne que « » n’était pas signifiant. Cela aurait-il changé quelque chose ? Je ne sais pas.

Pour la blague (pas si blague), je vous fais la suite.
J’attends dans la salle d’attente ; le médecin appelle.
— Madame Jung ?
Je me lève, le rejoins, toujours canne en main.
— Madame Jung ?
— Oui.
— Madame ? [sur un ton de mise en doute de ma propre affirmation]
— Il y a un problème ?
— C’est que… avec le bonnet…
Décidément !

Pucer @50

On se plaint beaucoup du complotisme dans les parages alors qu’on y trouve de nombreux avantages.
La preuve : je me suis fait dépister à la Covid-19 avant de rejoindre mes parents pour Noël. Un long coton-tige dans le nez, un œil qui pleure un peu mais surtout je capte désormais très bien la 5G.
Joyeuse année 2021.

Pucer @49

Je vous avais promis un troisième épisode dans le feuilleton « Paris Habitat au pays des hackers », le voici. Je vous renvoie au premier, et au second, si vous n’avez pas suivi.
Toute correspondance étant couverte par le secret, je ne peux pas reproduire la réponse qui a été faite par une responsable de mon bailleur à mon interpellation sur la préservation de mes données personnelles après l’attaque subie par son réseau informatique. Mais j’ai eu une réponse, très vite, qui m’a fait rire. Celle-ci, en trois lignes, avait vocation à m’assurer que mes données personnelles n’étaient pas sorties des disques durs mais une coquille s’est glissée dans le texte, perfide coquille qui faisait dire à mon interlocutrice le contraire de ce qu’elle souhaitait.
Dois-je considérer que la coquille dit l’indicible, soit que des données personnelles ont été volées, ou que les gestionnaires des réseaux ignorent si tel a été le cas ? Je n’ai pas l’habitude de considérer que les institutions publiques, par principe, mentent ; elles s’arrangent parfois avec la réalité mais guère plus. Je n’ai de toute façon pas le moyen de vérifier. J’accorde donc volontiers le bénéfice du doute à mon bailleur en restant vigilante, bien sûr.
L’affaire est close ? J’espère.

 

Question @9

Lundi dernier, le ministère de l’Intérieur annonçait la glaçante augmentation de 16 % des violences conjugales en 2019. 142 000 victimes dont 88 % de femmes. Et tout porte à croire que ces violences seront encore plus nombreuses cette année en raison des deux périodes de confinement.
Ce même lundi midi, je regarde les infos et ces chiffres sont repris. Étant en train de préparer mon déjeuner, je prends moins de dix secondes pour m’assurer que rien ne brûle sur le feu et me retourne vers les infos pensant y trouver un reportage sur cette augmentation… Et effectivement, il y avait bien un reportage sur les violences mais pas du tout sur les violences conjugales : il s’agissait d’un reportage sur les violences à l’encontre des forces de l’ordre (par ici la police). Alors surtout, pas de méprise : je suis aussi révolté par les violences à l’encontre des forces de l’ordre que par les violences conjugales mais je me suis retrouvé bien circonspect en me demandant comment (et pourquoi) en moins de 10 secondes, on avait pu d’une part passer de l’un à l’autre (en cliquant ici à 4’26 de la vidéo) et d’autre part consacrer aussi peu de temps aux premières pour, du coup (si j’ose dire), en passer autant aux secondes.

Foot @16

Je suis allée sur la page Facebook de la Fédération française de judo au début du confinement chercher des infos sur les clubs. Les cours enfants reprendraient-ils après les vacances ? pourrions-nous faire du street-judo ? Il n’y avait rien. Cela ne m’a pas tant étonnée, la FFJDA s’intéresse peu aux clubs, hormis pour compter les licences.
J’allais quitter la page quand quelque chose m’a frappée : l’image du bandeau. On y voit à gauche deux garçons censés, je suppose, être en posture judo. C’est sans doute tout « mimi » pour la photo qu’il nous regarde, pardon regarde en l’air mais ce n’est pas ce que l’on apprend aux enfants : soit ils regardent leur partenaire, soit l’endroit où ils vont le faire chuter. On en est loin, si loin que cela fait très « chiqué ».
Si l’on regarde mieux, on se rend compte que celui de dos prend une garde croisée à gauche (on attrape normalement le revers en face de sa main, revers gauche main droite, donc, et inversement). En combat, la garde croisée est passible d’un Shido (point de pénalité) si elle n’est pas immédiatement utilisée pour attaquer. Pour les enfants, le démarrage des combats se fait « garde prise », non croisée ; et nos deux judokas n’ont pas bien l’air d’être en plein combat ni en mode attaque. Je remarque également que celui de face est mal fagoté ; il a l’air torse nu sous son kimono ; ce qui est normal pour un garçon. Pour le coup, on voit ce qui doit être son slip dans l’entrebâillement de son kimono. Est-ce bien raisonnable ?
Les enfants ont du mal à attacher pantalon et ceinture ; c’est donc l’un des premiers enseignements judo ; être bien habillé, par respect pour son partenaire, et pour sa propre intimité. Si un enfant est ainsi habillé sur mon tatami, je lui en fais sitôt la remarque et il ne reprend le judo que quand son kimono est bien mis. La petite fille qui fait du judo avec le haut gradé, à la droite de l’image, elle, est bien habillée et tient correctement la garde. Ouf ! Par contre, elle a conservé ses lunettes ; pas terrible ! Avec la chute annoncée, elle va les casser, se blesser… On apprend donc aux enfants à faire du judo sans lunettes. Ils les mettent lors de l’explication ; et les retirent pour les exercices et les combats.
Ma dernière remarque sera sociologique : deux garçons qui font du judo ensembles (un blanc, un plus noir, pour la petite touche « melting-potes » qui ne correspond à aucune réalité) et une petite fille qui s’éclate sur la cuisse d’un haut gradé, un homme bien sûr ; elle ne doit en effet pas rêver ; elle ne le sera jamais.
C’est ça l’image que la FFJDA est capable de donner d’elle-même et du judo ? Je le crains.

Route @18

Le lendemain de l’épisode dit « de la banane » (retrouvez ledit billet en cliquant sur ce lien), je repars à l’assaut de La Défense sans encombre cette fois-ci.
Arrive le moment du retour. S’il a plu dans l’après-midi, le ciel semble plus clément pour reprendre la route. Le début du trajet est toujours agréable : ce qui était à l’aller une côte un peu pénible à monter en fin de parcours devient une descente bienvenue au retour.
La piste cyclable est protégée mais je reste prudent tout de même car il y a deux croisements avec les véhicules motorisés et les conducteurs de voitures ayant tendance à penser qu’ils sont non seulement les seuls usagers de la route mais aussi qu’ils ont toujours tous les droits et toutes les priorités, c’est potentiellement dangereux. Le premier de ces croisements est la sortie de la station-service où j’avais trouvé la veille la fameuse clé à molette. Je ralentis donc à son approche et j’aperçois un véhicule qui s’avance de la sortie. Il marque l’arrêt au « Stop » juste devant la piste donc je continue. Mais au moment où je passe, il avance brusquement et vient heurter mon vélo sur la roue avant. Je ne peux alors rien faire d’autre que d’essayer d’accompagner la chute. Je viens heurter le capot du véhicule, tombe puis glisse sur la route. Le feu en face est rouge donc, ouf, aucun véhicule ne vient vers moi. Avant de comprendre ce qu’il s’est passé, je me relève, récupère mon, vélo et me mets sur le trottoir. Le chauffeur de taxi (oui, c’était un taxi) sort de son véhicule et une personne qui était à la station vient vers moi. Tous deux me demandent si tout va bien, si ma tête a heurté le véhicule, si j’ai mal ailleurs. Ma tête n’a rien heurté, j’ai un peu mal à la jambe, pas celle que le véhicule a touché mais l’autre, celle qui a d’un côté heurté la route et, de l’autre, reçu le vélo. Rien de grave apparemment mais je suis un peu sonné, un peu groggy. J’engueule le chauffeur et là, j’ai droit à une série d’explications de sa part qui, si je l’avais eue avec moi, aurait donnée à la clé à molette une utilité toute pratique. Attention, c’est un festival :
– « Je savais ce matin que je n’aurais pas du prendre la route car je ne le sentais pas. »
– « D’ailleurs, je voulais rentrer chez moi car rien ne va depuis tout à l’heure. »
– « J’étais justement en train d’en parler au téléphone avec un ami lorsque je vous ai heurté. » (je n’en croyais pas mes oreilles alors je lui ai fait répéter plusieurs fois et à plusieurs moment !)
– « J’ai appris aujourd’hui un décès dans ma famille. »
Je lui ai demandé en quoi ça l’autorisait à venir me couper la route et à être un danger public… J’attends toujours la réponse.
Au final, plus de peur que de mal (quelques beaux hématomes). Le chauffard de taxi a payé la réparation du vélo (la roue avant était morte) et m’a ramené chez moi dans son taxi. Pour la petite histoire, on a mis bien plus de temps dans son véhicule que je n’en mets à vélo pour faire le même trajet. Pour la grande histoire, la prochaine fois (j’espère qu’il n’y en aura pas), j’appelle les flics.

Bigleuse @126

Les travaux liés au changement des fenêtres dans notre Îlot (celui des Janissaires, vous l’aurez compris) ont duré trois mois et compliqué mes déplacements à l’intérieur de mon immeuble, et aux abords. J’ai même dû faire intervenir la DPSP pour que l’espace public ne soit pas transformé en entrepôt sauvage après avoir embrassé une brouette à fenêtres (pas si sexy qu’on peut l’imaginer). Mon gardien est également intervenu à plusieurs reprises pour qu’un cheminement à peu près sécurisé existe dans le hall et sur mon palier ; souvent en vain.
Cet hiver, on nous promet une « réfection des halls » dont je vous reparlerai. Première étape des travaux : le changement de la façade de l’ascenseur au rez-de-chaussée. J’en suis avertie, comme les autres locataires, par trois affiches illisibles pour moi (et d’autres) apposées par le prestataire. C’est dommage, je n’ai pas pris de photo. J’appelle mon gardien qui n’était pas au courant de l’imminence de ces travaux… Il se démène sitôt pour mettre en place un système de portage (ascenseur arrêté plus de trois jours) et s’inquiète de la présence pendant cette première semaine de vacances de nos deux locataires en fauteuil électrique. Le prestataire, lui… !
Le mardi, les travaux commencent. Je rentre de la médiation à 12 h 30. Je passe la porte du hall quand un homme m’arrête à grands cris. Je stoppe. Il tape sur l’épaule d’un deuxième homme, en train de travailler sur la cabine à demi descendue. Sitôt, il se met debout et fait rempart de son corps devant le puits de l’ascenseur. Celui qui m’a arrêtée me demande si ça va aller, pousse des objets au sol au fur et à mesure de ma progression, s’inquiète de l’accès à ma boîte aux lettres et me guide par la voix jusqu’à l’escalier.
Le soir, je m’arrête à la loge et raconte cela à mon gardien, mon petit doigt (et Caddie !) me disant qu’il n’était pas étranger à cela. Il ne l’était pas en effet et était tout content que les ascensoristes aient tenu compte à ce point de ses recommandations. Et moi donc ! Je suis si peu habituée à cela que j’en suis toujours très émue. Dans la discussion, il m’explique que si ma box était en rade le week-end précédent, c’est parce qu’un technicien d’un autre FAI avait mal rebranché mon accès. Mais comment sait-il cela ?
— Quand j’ai vu le jeune qu’on vous a envoyé, je me suis dit, je reste avec lui le temps qu’il répare ! Il débutait et était guidé au téléphone par un autre. Je ne l’aurais pas laissé partir sans que votre accès soit rétabli.
J’en suis convaincue.
Merci monsieur. Vous êtes décidément un homme et un gardien remarquable.

Manque @14

Depuis quelques semaines, sur prescription de mon ophtalmologiste, je fais des séances de rééducation orthoptique basse vision. Cela se passe très bien, au sens où j’ai rencontré une professionnelle avec qui je peux échanger sur mes façons de voir avec le sentiment qu’elle comprend de quoi je parle et mesure tout ce que je mets en œuvre pour « voir », au sens de « savoir ce qui est où » dans des mécanismes autant cognitifs et proprioceptiques que de vision « pure » (capture des informations par l’œil).
J’ai dressé l’esquisse de ce qu’est voir dans Tu vois ce que je veux dire et donné des éléments supplémentaires lors de mon passage par la fondation Sainte-Marie. Je vous y renvoie. Pour cette fois, il s’agit aujourd’hui de travailler afin de compenser la presbytie et la fatigue visuelle liées à l’âge. Et comme chaque fois que je suis amenée à mesurer mes performances visuelles (première étape avant tout travail), je fanfaronne… avant de pleurer misère.
Je fanfaronne car je mesure mes capacités d’adaptation et ma maîtrise des mécanismes de suppléance sensorielle ; je pleure misère parce que je mesure en même temps tout ce que je ne vois pas, ce que j’essaie de m’épargner en temps ordinaire même si le validisme me le rappelle à chaque instant. Nos échanges avec l’orthoptiste ne sont ainsi pas exempts d’un certain soutien psychologique (merci madame !) parce que cette confrontation avec la réalité physiologique de ma déficience visuelle a le don de me blesser car elle me pose dans le handicap et non dans sa suppléance.
Dans Tu vois ce que je veux dire, j’avais évoqué cette douleur que la mesure de la réalité physiologique engendre, douleur qui pose la suppléance sensorielle en termes de nécessité vitale : les lecteurs attentifs de ce blogue n’auront pas senti autre chose dans ma manière d’appréhender ma déficience visuelle : si je n’y supplée pas, je suis morte. À cela, je ne pense pas tous les jours mais c’est là, et ces séances d’orthoptie le réveillent : j’ai vécu des journées difficiles, craignant de nouveau cette confrontation avec la (ma) mort.
Et puis, j’ai fait un joli lapsus dans un contexte d’échange amical une heure avant une séance d’orthoptie. J’ai écrit à propos de tout autre chose : « Cela peut ou non sauver la vue », en lieu et place de « sauver la vie » ; vous entendez Freud qui rigole ? Il peut, et je rigole avec lui tant ce lapsus, à cet instant, a su faire baisser la pression sur ces séances d’orthoptie. Il s’agit juste de maintenir en forme mes capacités visuelles. Cela n’empêchera pas l’âge de les altérer, comme il altère le genou et le reste. Mais il me reste tant à découvrir de manière de faire, de vivre, d’être !
Pourquoi toujours envisager la vie sous l’angle de la perte alors que l’on est en mesure de compenser, suppléer et surtout, inventer d’autres plaisirs, d’autres désirs, d’autres joies, de nouveaux amours ? Le confinement me l’a montré. Je veux rester sur cette ligne et continuer à construire un monde qui me va bien avec celles et ceux qui ont envie de sortir du droit chemin.