Archives par étiquette : Intégrité

Bigleuse @136

Affiche électorale de Olivia Polski ; sa photo, et les mentions habituelles (présentation, partenaires, etc.)Me voilà de retour sur le blogue. Quel plaisir ! Je suis chez moi, assise derrière mon ordinateur, un café, ma musique et rien d’autres à faire qu’un billet ! Écrire, en sécurité, en sérénité.
Je résume.
Du 14 mai au 20 juin, j’ai dirigé une campagne électorale à Paris. J’étais tranquille, mon agenda calé au rythme que j’aime bien, judo, permanence pour le médiateur, sandwich du mardi avec Isabelle, balade du dimanche avec Sarah, kiné le vendredi, commissions avec Caddie, sorties avec des amis… et paf ! après l’hommage à Olga Bancic et une discussion chaleureuse, j’ai vécu six semaines en immersion totale en Hétéronomie. Dur dur.
Je reviendrai sur ces six semaines qui m’ont été une grande source de joies et de satisfactions. Je ne peux pas dire que j’ai souffert, au sens clinique du terme ; mais cela a été difficile, très difficile, pénible parfois, de vivre H24 dans ce monde où être une femme déficiente visuelle lesbienne de presque 60 ans reste un combat permanent contre le normativisme et la collusion ordinaire avec l’ordre établi.
La fierté que je ressens aujourd’hui, en plus de la joie, est à l’aune de ce que j’ai affronté, un peu comme dans Le Salaire de la peur quand on arrive au bout de la route : je l’ai fait ; j’ai su faire ; plus que jamais, je me suis adaptée dans des conditions extrêmes ; pride ! Vous souriez à me lire, avec un petit quelque chose comme « Mais ce n’était quand même pas si terrible ? » Quand même… Si le vous pensez alors que vous m’avez côtoyée ces six semaines, c’est que vous n’avez rien compris. Tant pis pour vous, je ne prendrai pas le temps de tout réexpliquer.
Merci Olivia Polski de m’avoir permis de faire cela en m’accordant d’emblée ta confiance en dépit de mon incompressible Unheimliche. Merci à Isabelle, à Sarah, à Johnny, à la bande de Caddie et de Petit Mouton de m’avoir protégée et soutenue. Merci aux militants de la circonscription 7511 qui m’ont fait don de leur affection ; je n’ai pas besoin de les nommer, ils se reconnaîtront. J’aurai aussi l’occasion de remercier maman qui ne cesse jamais de me donner les moyens de ma liberté.
J’ai néanmoins un regret : je n’ai pas croisé le joli minois que chaque campagne électorale d’ordinaire m’offre. Je le regrette. La peur se consume si bien dans la jouissance. Ce sera pour une autre fois.

 

Agit-prop’ @45

La fin d'un feu sur la chaussée, sans doute une poubelle ; Je voulais absolument participer au défilé du 1er Mai ; une semaine après la réélection du président ni social ni très démocrate, il me semblait important de défiler aux côtés des organisations syndicales pour pousser à une union des forces de gauche aux législatives. J’avais un peu les pétoches, mon dernier 1er Mai s’étant achevé au milieu des lacrymogènes même si j’avais pu quitter in extremis le cortège avant que les forces de l’ordre ne nassent complètement les manifestants pour mieux les réprimer.
Depuis que je suis ado, je n’ai jamais frappé personne (hormis un gars qui avait fait preuve de violences à l’égard d’une copine en cité U) ni détérioré un bien public (hormis un camion militaire et une route nationale sur le plateau du Larzac en 1980). Par contre, j’ai participé à de très nombreuses manifestations, j’en ai organisé (des autorisées et des plus interlopes) pour défendre mes droits, mes idées, la liberté. Je n’ai jamais reçu un coup de matraque, j’ai inhalé beaucoup de lacrymogènes, j’ai quelques fois été portée à bras de policiers casqués et bottés alors que je refusais d’évacuer un bâtiment public.
Jusqu’à il y a une dizaine d’années, j’estimais que la police était là pour me protéger ; si je respectais les règles, je ne risquais rien. Les manifs sur les retraites (et d’autres) m’ont contrainte à changer d’avis et à désormais chercher systématiquement la protection des services d’ordre de la CGT. Que l’on ne s’y trompe pas ! Ce n’est pas des « casseurs » dont j’ai peur ; mais de la police de mon pays ; celle de Charonne qui ressurgit à chaque mouvement social et politique que les gouvernements ne savent pas gérer autrement que par une répression policière qui instrumentalise la violence de certains mouvements politiques.
Ce 1er Mai 2022 n’a pas échappé à la règle. Je suis passée avec le cortège après les feux et les cassages : je n’ai pas senti de lacrymogènes mais beaucoup de shit ! J’en ai conclu que la police avait des ordres pour que cela ne se passe pas « trop » mal. J’ai vu le reste du fameux « feu de palettes » qui a déclenché tant de passions. J’ai vu la vitrine de l’agence immobilière pleurée par la gent épicière. J’ai vu les Abribus. J’ai fait quelques microbillets Twitter que vous pouvez lire. Et j’ai vu, lu, les « retours médias » de cela mais pas un mot sur la sortie au compte goutte de la place de la Nation, les centaines de policiers en rangs serrés, la démonstration de force d’un pouvoir qui ne sait pas gérer la contestation sociale au point d’en solliciter la violence.
J’ai été fouillée à la sortie de la place de la Nation, si bien d’ailleurs que ma canne blanche qui, repliée, a un air de matraque, n’a pas été trouvée. Je n’ai pas eu peur. J’étais prête à affronter la violence policière avec les méthodes que je connais : s’asseoir, se protéger la tête avec les bras, serrer les dents. Et j’y retournerai. Je ne veux plus avoir peur. Je ne veux plus donner raison à l’autoritarisme d’un ordre public au service du libéralisme en restant chez moi. J’ai le droit de manifester. L’État à l’obligation de me protéger et de protéger ce droit. Peut-être vais-je prendre des coups ? Je m’y prépare.

Paris @72

Facsimile non lisible du courrier reçuIl y a quelques semaines, j’ai reçu un courrier personnalisé de mon bailleur et de celui de l’immeuble d’en face me proposant d’héberger des réfugiés ukrainiens en précisant les conditions légales de cet hébergement (accompagnement par le Centre d’action sociale, occupation à titre gratuit, etc.). Mon bailleur insiste sur sa « mobilisation » depuis « le début de la guerre ». C’est-y pas gentil ? Et généreux ?
Ma première réaction a été de me dire « Tiens, ils veulent vérifier les déclarations faites dans les enquêtes logements », considérant que ces déclarations bisannuelles permettent d’établir l’occupation du logement, les revenus des locataires, donc de mener des calculs savants sur le montant du loyer et le maintien (ou non) du droit au bail. Cette réaction témoigne de la confiance que j’accorde d’emblée à mon bailleur.
J’ai pensé ensuite à tous ces locataires qui réclament à mon bailleur (ou à un autre) qu’il fasse des travaux dans leur logement parfois insalubre, mal chauffé, mal isolé, infesté de nuisibles… Ce n’est pas bien de penser cela ; les réfugiés ukrainiens ont des problèmes autrement plus compliqués que les nôtres et les souris qui se promènent dans un logement ne sont rien face au vécu dans le métro de Kiev ; quant à ces locataires qui vivent dans des appartements parsemés de gouttières… cela leur rappellera les caves de Kharkiv.
Je sais, je ne devrais pas faire de l’humour noir avec un sujet si difficile ; il y a bien sûr des locataires dont les logements sont confortables (le mien, par exemple) dans des immeubles en bon état (le mien, si je fais exception de l’ascenseur, de ma cave ouverte quatre fois en six mois, des soirées deal et conso tous les soirs dans les parkings…). Il y a donc des locataires qui peuvent héberger des réfugiés ukrainiens et j’imagine que beaucoup n’ont pas attendu que notre bailleur le suggère pour le faire.
Ce qui achève de me porter à l’ironie pourtant c’est que, de mémoire (vous me dites si je me trompe), mon bailleur ne m’a jamais suggéré d’héberger des réfugiés syriens, libyens, somaliens… ; pourquoi donc ? Vous dites ? Ils sont noirs et pas très chrétiens ? Je ne peux imaginer que c’est la raison, le « racisme institutionnel » étant une vue de l’esprit gauchiste. Non ?
— Gauchiste !
Caddie !

Pauvres enfants ! @38

Mon passeportJe reviens sur ce billet où je raconte ma rencontre avec cette petite fille qui considérait son acte de naissance comme « une page de son livre ». Cela m’a rappelé une autre histoire, celle d’un enfant de 5 ou 6 ans que j’ai rencontré alors que sa maman d’adoption faisait face à des difficultés administratives et avait besoin d’aide.
Cette maman, sans enfants, l’avait ramené de son pays d’origine (membre de l’Union européenne) pour le « sauver ». De qui ? De quoi ? Je n’ai jamais bien compris ni cédé à la belle histoire qu’elle racontait car cet enfant, aux dires de ses papiers, avait des parents vivants. Je ne m’en suis pas mêlée mais il y avait (il y a) quelque chose qui me chagrinait (chagrine) sans que je ne susse (sache) quoi.
Lors de cette première rencontre où il s’agissait de mettre en œuvre une procédure d’adoption, cette dame a sorti la carte d’identité du petit à l’en-tête de la République européenne d’où il venait. À peine l’a-t-elle eu au bout des doigts que le garçon la lui a arrachée des mains, l’a mise contre son cœur, pleurant quand elle a voulu la lui reprendre.
Sans doute que le fait que mes origines n’ont jamais été bafouées participe de ma surprise face à cet attachement à un acte de naissance ou une carte d’identité. Je ne suis attachée ni à l’un ni à l’autre : je n’en possède d’ailleurs pas et fuis autant que faire se peut tout contrôle de mon identité que je ne rattache pas à ces « papiers ». Mais la détresse de ces deux enfants était telle que je ne peux en ignorer le caractère essentiel.
J’espère que cette petite fille saura forcer la France à lui faire la place qu’elle doit faire à chacune. Quant à ce petit garçon, il a 25 ans aujourd’hui. Il vit dans une souffrance absolue, faisant de nombreux séjours en hôpital psychiatrique à la demande de ses parents adoptifs. Pourquoi cela ne m’étonne-t-il pas ? Parce que j’ai lu le remarquable Une poupée en chocolat, d’Amandine Gay ? Pour cela, et parce que j’ai encore l’image de ce petit garçon criant et pleurant « C’est moi ! » accroché à cette carte avérant l’identité que d’aucuns étaient en train de lui voler.

À table @81

Un terrain de tennisOn apprend plein de choses sur Twitter (si on choisit bien qui l’on suit), par exemple qu’il va s’ouvrir un « food court géant à Paris ». D’accord, ce n’est en soit pas très intéressant ne serait-ce que parce que le terme de « food court » fleure d’emblée la branchouille commerciale. Mais cela m’a quand même intéressée car la chose se passe à 500 mètres de chez moi.
De quoi s’agit-il ? Je me suis amusée à aller chercher sur France termes la traduction de cet anglicisme aux allures de terrain de tennis (j’avais lu au départ « fond de court »). Le mot y est bien référencé, preuve s’il en est que je ne suis pas « up to date » en matière de vocabulaire commercial… ni de mode de consommation d’ailleurs (les deux vont si bien ensemble).
J’apprends donc que va s’ouvrir au « cœur du 14e » (pas moins), sur « 3 500 m2, 15 restaurants, deux bars… » ; j’ignore ce que représentent les points de suspension ; un point de distribution des Restos du cœur ? un comptoir de récupération des invendus ? une cuisine collective pour les résidents du foyer Vercingétorix qui perdent la leur sous prétexte de rénovation immobilière ? des aires de pique-nique pour les sans domicile ? des ateliers-cuisine pour apprendre à récupérer du pouvoir d’achat sur le dos de l’industrie agroalimentaire ?
Ce serait sans doute plus utile que des restaurants dont le quartier regorge déjà. Le libéralisme s’en moque, ce n’est pas une surprise. Par contre, ce qui m’étonne vraiment, c’est que ce projet ne semble pas tirer de leçons de la pandémie, enfermant des milliers de clients dans un vaste espace clos avec un risque majeur de fermetures pour cause de virus émergeant.
— C’est que le Covid n’a pas tant coûté aux restaurateurs… Peut-être même qu’ils en ont tiré profit !
Caddie ! Ne dis pas des horreurs !

Noël @49

Le formulaire de Logue de Soldarité transport, illisible n basse visionIl y a quelques années, je disposais d’un « ticket guide RATP SNCF » qui me permettait d’être accompagnée gratuitement dans les transports franciliens. Je l’utilisais peu, les personnes m’accompagnant disposant pour la plupart de leur propre titre de transport. Avec la généralisation du Navigo, je n’ai plus entendu parler de ce ticket. Je ne me suis pas renseignée. Récemment, j’aurais eu besoin d’un accompagnateur gratuit, la personne m’accompagnant fonctionnant aux tickets ; j’ai donc cherché de l’info sans en trouver ; parce que le ticket de métro disparaît en 2022 ? L’explication ne me satisfaisait pas car ce guide est de droit.
J’en discute avec Isabelle qui, la veille même de Noël, ouvre la boîte de pandore. Non ? Si si. Je vous raconte (installez-vous confortablement, boisson chaude et carré de chocolat obligatoire).
24 décembre. Isabelle m’envoie un mail avec un lien sur « Solidarité transport » qui gère désormais l’octroi d’un guide gratuit (ci-contre le site très accessible basse vision de cet organisme).
25 décembre. Je vais sur le site. Je remplis les critères. Je lance une demande en ligne. 1/ Je renseigne ma situation. 2/ Je télécharge ma CMI et un justificatif de domicile. 3/ Je remplis un formulaire qui se termine par ce message : « Informations concernant l’accompagnant. Votre situation vous permet d’être accompagné par une personne circulant gratuitement. Votre accompagnant, qui peut changer à chaque voyage, devra se munir du passe Navigo « accompagnant » à votre nom et devra impérativement voyager en votre compagnie. Vous ne pouvez associer qu’un seul passe Navigo « accompagnant » à votre dossier. (…) »
Et comment je fais pour disposer d’un Navigo « accompagnant » ? Le site n’en dit rien ; celui de la RATP non plus. Je fouille le Net et tombe sur un article de Handirect.fr qui m’explique tout (merci !) et m’en vais sur le site de Navigo pour faire une demande en ligne. Je commence par me créer un compte… qui ne se crée pas car « aucune coordonnée n’est associée » à mon passe. Il s’est passé plus d’une heure, je lâche l’affaire.
27 décembre. Je vais dans ma station de métro demander ce qu’il se passe avec mon Navigo. La dame ajoute mon téléphone et mon mail. Elle ne peut rien faire pour le Navigo accompagnant (dont elle ignore tout) et m’invite à faire la demande en ligne ou à revenir la voir.
28 décembre. Je crée mon compte Navigo. Je cherche comment demander un Navigo accompagnant. Je ne trouve pas. Je sollicite Isabelle qui ne trouve pas. Je me résous à appeler Solidarité transports qui commence à me proposer une demande en ligne… la conversation coupe. Je rappelle. Mon nouvel interlocuteur me parle comme à une demeurée et me renvoie sur Navigo. J’appelle. Ce n’est pas le bon numéro. Je cherche et rappelle. Je suis bien chez Navigo, cette fois. Un monsieur ne sait pas de quoi je parle. Il me renvoie à un « guichet club RATP » en m’indiquant que je les trouve en ligne. Je cherche. Je ne trouve pas. Je rappelle Navigo. Une dame m’écoute, me fait patienter et me donne la liste des guichets club RATP près de chez moi. Ma station en fait partie. Il s’est encore passé plus d’une heure.
29 décembre. Je retourne à ma station de métro. L’agent au guichet ignore tout du Navigo accompagnant. Il appelle une collège qui sort un carnet car elle a « déjà vu ça » ; elle trouve la page où elle a noté que je dois me rendre à Châtelet ou Gare de Lyon. Je commence à saturer. Je dois déjeuner avec Isabelle le 31. Je lui propose une brasserie à Châtelet ; à ce stade, je crains le pire.
30 décembre. Isabelle me suggère de vérifier les heures d’ouverture de l’agence commerciale RATP de Châtelet. J’appelle la RATP : service téléphonique hors service. Je pose la question sur Twitter à Clients RATP. Réponse (rapide) : l’agence est fermée le 31…
3 janvier. Je décide d’aller à Châtelet. Cela me fera ma balade. J’appelle la RATP : « — Je suis déficiente visuelle, je dois aller à l’agence commerciale de Châtelet, quelle est l’entrée la plus proche ? » ; « Bah, vous entrez où vous voulez… » J’explique que je vais me perdre dans la station. Le monsieur finit par comprendre et me dit que c’est aux Halles, porte Berger*.
Mon GPS me guide de chez moi jusqu’au à la porte Berger via le Pont-Neuf (jolie balade). Une fois là, je sors ma canne et descends un premier Escalator, tourne un peu avant de trouver l’Escalator pour descendre dans le métro. Je repère la lumière verte de machines RATP. J’y vais. Un guichet est là, fermé. À cet instant, j’ai envie de pleurer. Un chaland me bouscule. Cela me réveille. Je tourne en cercles concentriques (comme un chaton qui découvre son territoire) et finis par arriver devant l’agence commerciale. J’attends mon tour dehors avec d’autres gens. J’entre. La configuration des lieux m’échappe. J’entends un « Monsieur ? » ; je ne bouge pas. Puis « Madame ? » J’y vais. Un agent est là. Je formule ma demande en deux phrases. Il prend mon Navigo et s’active sans un mot. Puis me demande de retirer mon masque et mon chapeau…
— Regardez la caméra.
— Je ne sais pas où elle est.
Il soupire et s’agite. Il fait glisser mon Navigo et un autre jusqu’à ma main posée sur son comptoir. Je prends le tout. Je lui fais alors remarquer que j’ai eu du mal à trouver l’agence, qu’aucune info n’est disponible sur le site de la RATP, etc.
— Vous pouviez aller dans les clubs RATP…
— J’y suis allée, mais on m’a dit que non.
— Avec le covid, on manque d’agents.
Je lui dis à peine au revoir. À la vue de la photo, je fais un microbillet Twitter en rentrant chez moi. Elle dit tout de mon désespoir. N’aurait-il pas pu me dire de sourire ? Me préciser quand il prenait la photo ? Où était la caméra ? Non, je suis malvoyante ; pour cet agent, un poids.
Dès que je suis chez moi, je vais sur le site de Transports solidarité et fais ma demande en ligne. Je reçois un accusé de réception. Suis-je arrivée au bout de la route ?
5 janvier. Je reçois un mail avec un mot de passe. J’essaie de me loguer, cela ne fonctionne pas. Un second mail m’indique « Après vérification, le nom et prénom du porteur de cette carte ne correspondent pas strictement au nom et prénom figurant sur l’attestation ou dans les fichiers de l’organisme social. » avec une série de recommandations. J’appelle Navigo. Les informations sur le Navigo accompagnant correspondent à celle de mon Navigo. J’appelle Solidarité transport. La dame regarde mon dossier (quelle peine à trouver, ce qui me vaut un « Vous n’existez pas. » merci madame) et me dit que je me suis trompée dans mon formulaire de demande, mettant mon prénom à la place de mon nom. Elle corrige : cela n’aurait-il pas pu être fait avec les justificatifs que j’ai envoyés ? Passons. Elle me confirme en direct que le guide gratuit m’est accordé pour trois ans (ma CMI, elle, est à perpétuité). Je lui indique que je n’ai pas réussi à me loguer. Il semble que ce soit parce que je suis blonde (le système refuse les copier-coller). Je me fâche. Elle finit par m’envoyer un mail de logue que je peux utiliser. Encore une heure de passée…
J'essaie de lire l'écran de la machine. 6 janvier. Je reçois un mail indiquant que je peux aller charger mon Navigo accompagnant au guichet de mon choix. Je dîne le soir même avec Isabelle, lui demande de m’accompagner au cas où…
Au cas où quoi ?
Je pose mon Navigo accompagnant sur la machine, Isabelle lit l’écran pour moi, et mon Navigo accompagnant se charge. Mais de quoi je me plains ?

* La station Châtelet-Les Halles voit se croiser trois lignes de RER et cinq lignes de métro. La circulation en sous-sol m’y est impossible. Je n’y fais jamais aucune correspondance ni n’y prends jamais le métro.

Galère @17

Copie d'écran de l'appli de la banque poste, mode d'emploi. Je ne peux pas vous dire ce qu'il y a dessus, je ne lis pas.LBP — Épilogue ?
Il est important de lire l’Épisode 1, puis l’Épisode 2 pour bien comprendre ce feuilleton.

J’attendais donc la réponse de ma banque à mon message « Certicode défaut d’accessibilité » pour désactiver ce système de certification que je ne pouvais pas utiliser. Elle a mis quelques jours à venir. En voici les trois premières phrases :

« Dans votre message ci-dessous, vous souhaitez activer le service Certicode Plus.
« Nous vous informons que nous ne sommes pas en mesure de prendre en charge cette demande depuis la messagerie.
« Nous tenons toutefois à vous préciser que ce service n’est obligatoire que si vous souhaitez consulter vos comptes via l’application mobile. »

J’ai donc confirmation que l’activation de ce service n’est pas obligatoire pour l’utilisation de mon compte et des paiements en ligne contrairement à ce que laissait supposer le message initial et les insupportables fenêtres intruses (français de l’angliscisme « pop up ») qui s’activent à chacune de mes connexions. Je lis néanmoins la longue suite du message, espérant y trouver un mot sur la question de l’accessibilité qui était au centre de mon message d’origine. Il n’en est pas question, bien au contraire ! On me ressert la procédure pour activer Certicode+ sans tenir compte de mes remarques initiales.
Je me fends donc d’une réponse, un peu colère.

« Bonjour, Je crois que vous n’avez pas bien lu mon message… Ce n’est pas très grave ; le juge administratif sera sans doute plus attentif à mes demandes. Bonne journée ! »

Pour cette fois, la réponse vient dans l’heure…

« Dans votre message ci-dessous, vous souhaitez obtenir des informations concernant le service Certicode Plus. (…) Pour vous assurer toujours plus de sécurité dans la gestion de vos comptes en ligne, La Banque Postale propose le service : Certicode Plus. Ce service gratuit vous donnera un accès simplifié à toujours plus de fonctionnalités (ajout de bénéficiaires, virements, gestion de vos cartes…) depuis votre Espace Client… »

Blablabla blablabla… Je remarque que l’on me sert cette fois un « accès simplifié » alors que mon souci est que ce service n’est pas accessible ; la notion de « simplification », dans ce contexte, m’échappe. Ignorant sans doute ce que signifie « basse vision », cette réponse pousse le vice validiste à m’inviter à me rendre dans mon bureau de poste si « Si vous ne voyez pas ce cadenas » ; à chaque opération ? Mais non, juste parce que ça voudrait dire que mon téléphone n’est pas le bon.
Je réponds encore, plus pédagogique.

« Non, je ne souhaitais pas d’information sur Certicode+ ; je souhaitais dénoncer le défaut d’accessibilité RGGA [je mets le lien] de votre application ce qui m’empêche de l’utiliser (ce qui constitue une discrimination). Je vous invite à continuer à répondre à côté de ma question, le juge administratif va s’en régaler.
« Très bonne fin d’année !
« Je souhaite à la banque postale pour 2022 d’appliquer la loi en matière d’accessibilité numérique. »

Cela fait dix jours ; je n’ai pas de réponse… Je n’en aurai sans doute pas.

Rencontre @10

Une trappe de désemfumage avec un skydome, et une vue partielle du pallier du 7e étage avec son échelle de secours et ses dispositifs incendie.Maintenant que ma cheville cassée-réparée va mieux, j’utilise de nouveau les escaliers de mon immeuble, en montée uniquement ; en descente, j’ai encore peur, ce d’autant que les marches sont souvent humides sur les deux premiers étages : pipis de chiens, lies de chaussures mouillées, lavures de l’homme de ménage… Je m’accroche bien à la rampe et je monte, espérant me refaire un peu de ce souffle perdu depuis le premier confinement.
Ce lundi-là, il pleut à seaux. Je fais attention. Je passe le troisième. Des gouttes tombent sur ma main ; je ralentis. Quelques marches encore et la rampe est trempée. Je m’arrête et touche le mur ; l’eau y ruisselle, il est trempé ! Je connais la cause de ce déluge intérieur. J’appelle sitôt mon gardien, il ne répond pas. Je lui envoie un texto « Il y a de l’eau qui ruisselle sur le mur de la cage d’escalier ». J’arrive chez moi. Cinq minutes passent. J’entends un bruit strident et grinçant de rouages ; je monte jusqu’au septième.
Mon gardien est là, ruisselant de pluie et de sueur. Il mouline pour refermer l’extracteur de fumée qui s’est ouvert après que la fumée d’une cigarette a chatouillé le détecteur de fumée. Un classique. On blague. Je l’encourage. On va pour reprendre l’ascenseur. En sort le gamin du premier. Mon gardien soupire ; nous savons lui et moi qu’il va fumer sous le fameux détecteur et que dans cinq minutes, il va falloir mouliner encore.
Le gamin en question n’est pas d’un abord facile ; mon gardien le suit ; je reste près de l’ascenseur. Il lui explique le principe de la trappe de désenfumage, lui dit qu’il sait que ses grands-parents chez qui il vit ne veulent pas qu’il fume, qu’il comprend son besoin d’un coin tranquille…
— Ouais, quand je vais dans les parkings, je me fais engueuler ; là, je suis tout seul ; j’embête personne.
Je les laisse discuter. Le gamin se laisse convaincre (pour cette fois) et revient vers l’ascenseur. On blague de nouveau, en mode pédagogique. Je le remercie d’avoir renoncé à sa cigarette (euphémisme, bien sûr) pour garder les escaliers secs. Il me demande des nouvelles de ma cheville ; je lui réponds qu’elle va bien, qu’elle est solide avec la ferraille dedans mais que l’autre est fragile…
— Ce s’rait mieux de pas vous casser l’autre !
Oui gamin, ce serait mieux.

Galère @16

Copie d'écran de l'appli de la banque poste, mode d'emploi. Je ne peux pas vous dire ce qu'il y a dessus, je ne lis pas.LBP — Épisode 2
Pour lire l’épisode 1
J’installe donc l’appli et… bingo ! Impossible de m’en servir. Je zoome, j’active la lecture à l’écran, je sors le compte-fils ; je n’y arrive pas. Sitôt, je fais un microbillet Twitter, très agacée (au sens où chaque fois que je suis face à des configurations physiques et numériques qui me disent que je suis déficiente visuelle i.e. plusieurs fois par jour, j’en suis blessée et ai besoin d’exprimer la colère qui s’en ensuit).
Je dégaine donc un microbillet Twitter, en même temps que j’envoie un message intitulé « Certicode défaut d’accessibilité » via mon compte en ligne, indiquant la rupture d’égalité et mon intention de saisir le juge administratif (il y a bien un moment où je vais m’y résoudre !) La réponse ne traîne pas et me renvoie à une conversation en message privé. Les réponses toutes faites s’y succèdent mais, en insistant un peu, il m’est clairement indiqué que je peux désactiver Certicode+ et pourrai toujours consulter mon compte et faire des paiements…
Mais pourquoi m’avoir fait croire le contraire ?
Je n’ai pas de réponse sur le sujet.
Au passage, je tombe sur une page du site de ma banque « L’accessibilité sur le site Labanquepostale.fr » avec un contact dédié (le reste de la page dit tout du caractère compliqué de l’accessibilité). Très vite de nouveau, un monsieur m’appelle ; il me confirme que Certicode+ n’est pas obligatoire, convient que la vocalisation sur l’appli est difficile (il est déficient visuel et utilise Voice over) mais n’en dit pas plus, obligation de réserve oblige.
Je décide donc d’attendre la réponse officielle sur mon compte avant de désactiver l’appli… Suspense !

Exposer @24

Docteur Mouton masqué pique Copain Mouton.Mon kiné me raconte l’histoire suivante en s’activant sur ma cheville cassée-réparée qu’il couve de ses bons soins apaisants en compensation de tous les exercices que je lui inflige.
La veille (nous sommes le 29 décembre), un ami l’appelle pour lui proposer de venir au théâtre le soir même.
— Ma femme est covid+, j’ai une place en rabe…
— Désolé, je travaille tard ce soir.
La conversation s’arrête là. Mon kiné reprend ses activités puis, dix minutes plus tard, rappelle cet ami.
— Dis, si ta femme est covid+, tu es cas contact ; c’est 17 jours d’isolement quand on vit avec la personne malade.
— Ah ? Mais j’ai fait un test en même temps qu’elle et j’étais négatif.
Mon kiné renvoie cet ami sur les recommandations de la sécurité sociale. Est-il allé au théâtre ? Mon kiné l’ignore.
Prenez soin de vous ; l’inconscience rôde.