Archives par étiquette : Forêt

Exposer @19

Quand j’ai préparé ce billet souvenirs, j’ai cherché une photo prise à l’école Frédéric Mistral, dans ces années-là. Je n’en avais pas. J’ai demandé à maman si elle en avait ; elle n’en avait pas non plus. J’ai regardé les photos de mon album prises à Avignon autour de l’année 70 ; j’en ai cinq ; sur les trois, je suis en slip de maillot de bain ; deux au bord d’une piscine et une allongée à plat ventre sur un lit sans drap ; sur les deux dernières, je suis en robe dans ce bac à sable.
D’emblée, je n’ai pas eu envie de choisir celle où je suis allongée sur ce lit. Je l’ai trouvée trop intime, et « voyeuse » ; idem pour les deux prises au bord de la piscine. C’est étrange. Une enfant de quatre ans en culotte de maillot de bain au bord d’une piscine n’a rien de tendancieux ; et sur la photo où je dors, j’ai une culotte sur les fesses. Pourquoi quelque chose m’a gênée pour choisir celle dans le bac à sable où je suis plus habillée ?
La tendance est à la mise en lumière des crimes et atteintes sexuelles sur les enfants ; je n’ai pas souvenir d’en avoir subi ni ne peux identifier dans ma vie d’adulte des indices indiquant que j’ai refoulé quelque chose de cet ordre. J’en conclus que cela ne m’est pas arrivé mais je sais depuis longtemps que cela arrive à plein d’enfants (maman m’en parlait car elle prenait en charge des enfants victimes de toutes sortes de violences). Je m’oppose par exemple à la publication de photos d’enfants sur les réseaux sociaux, comme la page de mon club de judo. Au club, je suis très attentive, à mes gestes, à ceux des autres adultes et au respect de l’intimité et du corps des enfants.
Est-ce dans ce contexte que je n’ai pas envie de diffuser une photo de moi à demi nue sur un lit en train de dormir ? Cette photo, particulièrement, me semble un pousse-au-crime. Je ne vous la montrerai donc pas ; on ne pourra pas en discuter même si ce serait intéressant. Quoi qu’il en soit, si vous avez le moindre doute sur des faits de violences sur des enfants, agissez !

 

Forêt @13

Je suis dans une file d’attente. Une mère et sa fille, d’environ huit ans, arrivent derrière moi. Elles parlent de religion, la mère expliquant différentes fêtes. La fillette demande alors « Et Halloween ? »
La mère lui explique alors que ce n’est pas une tradition en France, mais qu’elle le fêtait tous les ans quand elle habitait au Canada. La fillette dit qu’elle aimerait le fêter cette année.
La mère explique alors qu’elle et le père de la petite fille manquent d’énergie. Ils sont trop fatigués pour une telle fête.
L’échange était calme et je n’ai pas tout entendu. J’ai trouvé très serein, intelligent et affectueux cet échange. Pas festif, mais l’époque ne l’est pas, et bien moins sereine, intelligente et chaleureuse.

Paris @62

Le second jour de l’arrivée de Helgant, nous avons fait une promenade pour aller dans une boutique spécialisée lui acheter des affaires, dont un harnais qu’il devait essayer. C’était un trajet aller-retour un peu long, mais je ne pouvais pas d’emblée prendre le métro avec lui, il faut qu’il s’habitue déjà à moi et à sa nouvelle ville.
En passant pour rentrer, j’ai vu un affichage, que j’ai photographié, sans être en mesure de trop réfléchir à ce que je lisais et comment y réagir. Tout est nouveau aussi pour moi avec la responsabilité d’un chien à promener en ville, je me devais de me concentrer sur sa sécurité et son bien-être.
Quelques jours plus tard, j’ai envoyé un tweet avec ma photo, qui m’avait remuée. Le collage jouait sur un collage féministe pour le détourner en « Osez l’inceste ». En soi, l’inceste n’est pas forcément synonyme de domination et de violence, si la relation est entre deux adultes consentants (frère et sœur par exemple), mais il a été assimilé dans notre société à une la violence sexuelle d’un parent, le plus souvent d’un père, sur un enfant, le plus souvent sa fille. L’auteur de ce texte le savait pertinemment. C’était donc une incitation au viol familial.
J’ai envoyé ce tweet juste avant de partir en balade avec Helgant. Il a suscité une réaction de Cécyle puis des réactions en chaîne. C’était là aussi un peu compliqué à gérer en balade.
Très vite, il a été question d’un « Dans ma rue », une élue municipale arguant que la Ville pourra déposer plainte puis nettoyer. Je n’y avais pas pensé. Il m’était compliqué de retourner sur place, car c’était un peu loin de chez moi. Voilà que Frédéric se propose d’enfourner son vélo et s’y rendre. Je lui donne les indications sur le croisement où je me rappelle avoir pris ma photo. Il part. Une autre personne dit savoir où est le collage et avoir utilisé ma photo pour le signalement. Frédéric arrive sur place et en fait un direct. Frédéric m’a envoyé la photo quelques jours plus tard du résultat de l’action de la Ville : collage retiré.

Chouette @40

Le week-end dernier, j’ai quitté la région parisienne pour la première fois depuis plus de quatre mois. Direction ma Picardie natale. C’est avec plaisir que je partage avec vous le chant des oiseaux au bord des étangs dans la vallée de l’Avre.

Extravagance parisienne @58

Depuis hier, les parcs et jardins parisiens sont à nouveau ouverts au public. Le petit parc dans lequel niche notre jardin partagé a lui réouvert ce dimanche. Pas la grande foule dans l’après-midi mais quelques habitants du quartier qui y retrouvent leurs habitudes.
Cependant, dans l’allée menant au jardin partagé, une petite dizaine de gamins s’est installée. Ils devaient avoir entre 13 et 15 ans, pas plus. Certains sont assis sur les bancs attenants et d’autres ont apporté leur chaise pliante. Ne supportant manifestement pas la quiétude du lieu, ils font entendre leur musique mais pas trop forte (même si ça contraste vraiment avec l’ambiance locale mais bon).
Je suis resté environ 1 heure 30 à m’affairer et durant toute cette période, j’ai eu droit à une compilation musicale des années 80, 90 et 00. C’était assez drôle de voir ces encore enfants danser (oui, ils dansaient aussi) sur des airs que j’avais moi-même entendus plus jeune.
Par contre à leur âge, je ne fumais pas et moins encore dans des lieux interdits comme dans les parcs.
Ô tempora, ô mores !

Pauvres enfants ! @33

En passant devant des grilles à Porte Maillot, je vois des panneaux publicitaires pour de nouvelles attractions « Wild immersion ». Il s’agit de film pour une « première réserve virtuelle (…) au Jardin d’Acclimatation, en 360° et réalité augmentée » avec ours blancs, renards arctiques, bisons…
Les affiches montrent ces animaux avec des slogans. Pour les bisons, c’est « Nous, dans le Nord, on n’est pas commodes. » et pour les renards arctiques, c’est « Méchant, mais virtuel ! »
L’anthropomorphisme est un prisme usuel dans des présentations ludico-pédagogiques d’animaux à destination des enfants. Mais, faut-il mettre en avant ces dimensions « négatives » ? Les renards sont-ils vraiment méchants ? Ce n’est pas ce que je dirai. De nombreux hommes sont méchants, gratuitement violents et agressifs, ce qui ne me semble pas le cas des renards, attachés à se défendre et se protéger. Faut-il jeter l’opprobre sur les animaux sauvages pour que les enfants considèrent qu’ils sont tellement mieux en virtuels. Un moyen de neutraliser par avance toute critique de leur extermination par les futures générations ?

Souvenirs @17

Dimanche en fin d’après-midi, je vois passer dans mes alertes : « Le chanteur folk Graeme Allright est mort » (ici)
Qui connaît encore Graeme Allright aujourd’hui ? En tout cas, pour moi, c’est une série de chansons qu’écoutaient mes parents dont une qui ressurgit du fond de ma petite enfance.

 

 

 

Pauvres enfants ! @32

J’ai grandi avec des Playmobil. C’était mon jouet préféré. J’en avais des pompiers, des pirates, des cow-boys, des hussards… Avec mon frère, nous avons passé des heures à y jouer. Même si certains avaient des armes, ils étaient avant tout ludiques, permettant d’imaginer toutes sortes de scénarios et de mises en scène, sans esprit de violence.
Récemment, dans un rayon jouet d’une grande chaîne, je suis tombée sur une boîte de Playmobil bien loin de tout cet imaginaire heureux. Il s’agit d’une grande boîte, de la série « City action » avec un véhicule de police et trois policiers… chargés du maintien de l’ordre. Cette plongée dans une réalité aujourd’hui connotée dans le contexte français aux violences policières et à la répression de la contestation sociale m’a semblé plus violente que n’importe quel équipement de hussard ou de pirates de mon enfance. C’est comme si ce mode de travail policier était banalisé et intégré dans une normalité. Cette irruption du réel m’a fait froid dans le dos.

Souvenirs @16

Suite à la lecture du billet d’Isabelle sur la maltraitance d’un lapin parisien mort et abandonné sur le trottoir (ici), je partage une anecdote assez marquante concernant un autre lapin.
Lorsque j’avais entre un et deux ans, j’avais un lapin à moi. Il était tout noir et j’ai quelques photos où l’on me voit le nourrir.
Mes parents travaillant tous les deux, j’avais également une nourrice qui s’occupait de moi dans la journée. L’été, au moment de partir en vacances, mes parents avaient confiés mon lapin à ma nourrice.
A notre retour, mes parents et moi sommes donc allés récupérer le lapin mais au lieu de l’animal adoré, la nourrice nous tendit une terrine de pâté… de mon lapin. Le crime de l’animal : le père de le jeune fille faisait pousser des plantes exotiques. Le lapin en ayant mangé une partie, il a donc décider de l’occire… Je ne me souviens plus de mon chagrin mais depuis cet épisode, j’ai toujours eu une affection particulière pour les lapins. Il me reste d’ailleurs une unique peluche de mon enfance et c’est un lapin. Enfin c’est plutôt une lapine mais ça, c’est une autre histoire.

Souvenirs @15

Depuis mes années d’études, un vers d’Apollinaire trotte dans ma mémoire : « Soleil rouge, cou coupé » comme étant un poème à lui tout seul, le poète ayant écrit d’autres poèmes fulgurants d’un unique vers. Je ne sais plus si ce souvenir date du bac de français pour lequel j’avais étudié quelques poèmes d’Alcools ou s’il date de plus tard, lorsque je faisais des études de Lettres modernes. Dans les deux cas, cela date de quelques décennies.
Bref, il y a deux ou trois ans, j’avais entrepris de relire Alcools et quelle ne fut pas ma surprise en constatant que, d’une part, le vers en question n’est pas du tout « Soleil rouge, cou coupé » mais « Soleil cou coupé » et, d’autre part, qu’il ne s’agit pas d’un poème d’un vers mais d’un long poème pourtant assez connu, Zone.
Comme quoi, il faut toujours se méfier des souvenirs : ils racontent autant du moment passé que des époques traversées pour arriver à aujourd’hui.