Archives par étiquette : Emotion

Bigleuse @136

Affiche électorale de Olivia Polski ; sa photo, et les mentions habituelles (présentation, partenaires, etc.)Me voilà de retour sur le blogue. Quel plaisir ! Je suis chez moi, assise derrière mon ordinateur, un café, ma musique et rien d’autres à faire qu’un billet ! Écrire, en sécurité, en sérénité.
Je résume.
Du 14 mai au 20 juin, j’ai dirigé une campagne électorale à Paris. J’étais tranquille, mon agenda calé au rythme que j’aime bien, judo, permanence pour le médiateur, sandwich du mardi avec Isabelle, balade du dimanche avec Sarah, kiné le vendredi, commissions avec Caddie, sorties avec des amis… et paf ! après l’hommage à Olga Bancic et une discussion chaleureuse, j’ai vécu six semaines en immersion totale en Hétéronomie. Dur dur.
Je reviendrai sur ces six semaines qui m’ont été une grande source de joies et de satisfactions. Je ne peux pas dire que j’ai souffert, au sens clinique du terme ; mais cela a été difficile, très difficile, pénible parfois, de vivre H24 dans ce monde où être une femme déficiente visuelle lesbienne de presque 60 ans reste un combat permanent contre le normativisme et la collusion ordinaire avec l’ordre établi.
La fierté que je ressens aujourd’hui, en plus de la joie, est à l’aune de ce que j’ai affronté, un peu comme dans Le Salaire de la peur quand on arrive au bout de la route : je l’ai fait ; j’ai su faire ; plus que jamais, je me suis adaptée dans des conditions extrêmes ; pride ! Vous souriez à me lire, avec un petit quelque chose comme « Mais ce n’était quand même pas si terrible ? » Quand même… Si le vous pensez alors que vous m’avez côtoyée ces six semaines, c’est que vous n’avez rien compris. Tant pis pour vous, je ne prendrai pas le temps de tout réexpliquer.
Merci Olivia Polski de m’avoir permis de faire cela en m’accordant d’emblée ta confiance en dépit de mon incompressible Unheimliche. Merci à Isabelle, à Sarah, à Johnny, à la bande de Caddie et de Petit Mouton de m’avoir protégée et soutenue. Merci aux militants de la circonscription 7511 qui m’ont fait don de leur affection ; je n’ai pas besoin de les nommer, ils se reconnaîtront. J’aurai aussi l’occasion de remercier maman qui ne cesse jamais de me donner les moyens de ma liberté.
J’ai néanmoins un regret : je n’ai pas croisé le joli minois que chaque campagne électorale d’ordinaire m’offre. Je le regrette. La peur se consume si bien dans la jouissance. Ce sera pour une autre fois.

 

Agit-prop’ @46

On me voit de dos, le cahier d'émargement gros caractère posé devant mmoi.C’est fini !
— Fiiiiiniiii ?
Oui, fini, fini de chez fini. On récupère ma ménagère albinos.
— On v*aaaaaaaaa* po*uuuuuuu*voir se rep*oooooo*ser…
— Aller tous les ouafjours en ouaforêt !
— Faiiiiire des gâââââââteauuuux.
— Co*uuuuuuu*per les ch*eeeeeeeee*veux.
— Ouafnon ! Pas la ouaftondeuse !
— Vous rigolez l’zamis ? Vous croyez qu’l’ménagère d’Caddie va s’reposer ? Déjà, elle a fait c’t’truc encore plus chouette qu’l’campagne.
— Pourtant, c’est ouafchouette la ouafcampagne !
— T’as raison Helgant, mais c’t’pas l’même.
En tout cas, elle n’est pas près de lever le pied. Elle a fait un super exploit et comme on la connaît, mon exceptionnelle ménagère, elle ne va pas vouloir s’arrêter là.
— C’est elleeeeee la mééééééédaille d’ooooor de France FSGT ?
— Non, l’champion, c’st son Johnny !
— Elle a faaaaait quoiiiii alooooors ?
Un exploit : elle a tenu un cahier d’émargement dans un bureau de vote parisien avec une chouette présidente de bureau, Cécile Bossavie !
— B*eeeeeee*n, e*uuuuu*h, elle a p*uuuuu* l*iiiiiii*re ?
Ne traite pas ma ménagère de bigleuse. Le problème, ce n’est pas elle, c’est le cahier ! Alors, elle a fait imprimer par la Ville un gros cahier d’émargement.
— Av*eeeeee*c des gr*ooooo*s c*aaaaaa*r*aaaaaa*ctères !
— C’est quoi un ouafgros ouafcaractère ?
C’est la différence entre un bâtonnet pour te laver les dents et un os pour t’occuper la journée.
— Qu’est-ce que c’est ouafchouette !
Je mets les photos pour que les Hétéronautes apprécient aussi cet événement. On n’oublie pas la description en texte alternatif, et on vous dit à bientôt pour suivre les aventures de notre ménagère !

Le bureau de vote, avec trois assesseurs dont notre ménagère albios, et Cécile Bossavie, présidente, derrière l'urne.

Princesse @13

Les Mouton, Petit Agneau et Petit Koala découvrent Kito Katoka.Lors de l’une de mes permanences pour le Médiateur de la Ville de Paris, j’ai reçu une maman et sa petite fille de 6 ans. Elles sont toutes deux assises face à moi. La petite fille a un pistolet à la main ; je lui dis que je n’aime pas les pistolets. Elle le range et joue avec des pièces de monnaie. Après une discussion que la petite fille écoute attentivement (elle en est le sujet), la maman me présente l’extrait d’acte de naissance de sa fille et un certificat d’inscription dans une école. Je scanne ces documents et les repose devant elles deux. La petite fille s’en empare et me dit :
— C’est mon livre ; mais ça a plus d’une page un livre ?
Je défaille.
— Oui, un livre, cela a beaucoup de pages mais il faut commencer par une, deux, et plus on grandit, plus il y a de pages.
La maman récupère les documents. L’extrait d’acte de naissance établi en Italie est un peu élimé. Elle lisse le bord ; un petit morceau de papier se détache. La petite fille réagit sitôt !
— Tu déchires mon livre !
La maman la rabroue et range le document. La discussion continue. J’explique à mon interlocutrice que je ne vais pas traiter sa demande, que je suis juste un passeur. La petite fille m’interpelle de nouveau.
— C’est quoi un passeur ?
Je lui explique que sa maman me confie une demande et que je vais la faire passer à un monsieur qui va pouvoir l’aider ; que le passeur, c’est celui qui aide juste à passer un moment difficile, une démarche, un fleuve, une frontière…
— Tu vas mettre une page dans mon livre ?
J’en aurais pleuré !

NB. Si mon émotion vous échappe, c’est que vous n’avez pas lu Kito Katoka ; je vous y invite.

Exposer @26

Fragment d'une œuvre de charles Ray, une grande sculputre avec une dame allongée, le corps revouert de dessins de fleurs, sa main à son pubis.Je continue dans la rubrique musée, cette fois à partir d’une expo qui m’a touchée : Charles Ray au centre George Pompidou (jusqu’au 20 juin 2022). J’y suis allée avec Sarah, tout à fait par hasard ; nous devions nous balader ; il pleuvait dru ; nous sommes entrées à Beaubourg nous abriter ; et nous avons savouré ces sculptures et pas uniquement parce que « la dame se touche le zouzou ».
Oui, Sarah parle comme ça, parfois ; surtout quand elle veut attirer mon attention ! Il y a beaucoup de choses à voir dans un musée ; j’ai le zoom photo de mon téléphone pour m’aider (cela n’a pas toujours été le cas) ; mais si je suis occupée à gérer mon environnement et à chercher à voir (« savoir ce qui est où ») l’essentiel (la beauté ?) m’échappe. Notre rituel de visite est calé sans être véritablement explicité : elle me lit les présentations générales, puis je marche au centre des salles pendant qu’elle en fait le tour ; je m’imprègne et capture ce que je peux au passage.
Et puis, une main s’abat sur mon col ; Sarah me chope et me déplace (mieux qu’un judoka), me plante devant une œuvre, en dit ou non quelque chose et me laisse là. Parfois, je l’interroge, lui demandant des explications sur fond de « Qu’est-ce que c’est ? » ; il y a eu par exemple cette petite sculpture de Charles Ray, un petit tas grège au sol ; je n’étais même pas sûre que c’était une œuvre ; Sarah décrit, en toute subjectivité, s’aidant parfois des cartouches.
Et on repart… Parfois, on y revient ; le même jour ; ou un autre si cela nous a semblé important de revoir. Quand je m’ennuie, c’est que l’émotion ne passe pas. Je laisse à Sarah le temps de regarder, sans (trop) protester. Elle n’est pas du genre à s’appesantir devant les œuvres. Cela me va. Pour cette expo ce n’est pas le zouzou qui m’a le plus fasciné, mais la voiture et le pied que j’ai vu en nain. On y retournera.
À force de musées et visites, j’ai fini par demander à Sarah si le fait de nourrir mon œil ne portait pas préjudice à sa propre visite, ne contraignait pas ses émotions.
— Non, c’est un partage.
Oui, mais quand même. J’ai pris l’exemple de notre « visite » du camp d’Auschwitz-Birkenau, quand l’émotion est telle que parler est impossible. Ne la privé-je pas du plus intime en l’obligeant à me décrire ce qu’elle voyait ? Ma question l’a laissée dubitative, presque sans réponse tant cela ne lui était pas venu à l’esprit. Quant à moi, j’ai appris à voir ce que je ne vois pas à partir de descriptions qui m’ont été faites du monde et ce média ne gâche pas mes émotions ; je le raconte dans Tu vois ce que je veux dire. Que j’aime le monde de ceux qui aiment partager le leur ; une joie en cinq dimensions (trois pour l’autre, deux pour moi) ; pauvres sont ceux qui se privent de cela.

Frayeur @8

Copie d'un test négatifFin novembre, un lundi après-midi, j’ai eu un appel de mon prof de judo, lui qui ne m’appelle jamais… L’affaire était grave, en effet : il était covid+, une autre prof du club itou. En trois minutes, je suis passée de l’état de la personne qui s’était découvert le matin au réveil une petite douleur en arrière-gorge caractéristique d’un début de rhume au statut de cas contact avec symptôme. À cet instant, je n’ai pas douté une seconde de ma positivité au Covid ; je porte le masque sur le tapis quand je suis prof, mais pas quand je suis élève ; je suis vaccinée bien sûr, et mon prof aussi ; nous aérons le dojo, désinfectons tout… Mais les enfants ne portent pas le masque, et si les deux autres profs du club étaient positifs…
J’ai sitôt appelé mon médecin qui a considéré que le judo était le must du « contact », filé sur ses indications faire un test antigénique et marché le temps du résultat en appelant Johnny en soutien, ne voulant alerter prématurément ni Isabelle ni Sarah. J’ai fait la liste des personnes que j’aurais à prévenir, évalué le contenu de mon réfrigérateur, considéré les rendez-vous que j’aurais à annuler dans les jours à venir… Il s’est passé deux heures entre l’appel de mon prof et le résultat ; une éternité !
Il s’est révélé négatif ! Ouf. J’ai fait deux tests PCR, un à trente-six heures, le second cinq jours plus tard ; les deux étaient négatifs. Re-ouf ! Pendant ce temps, mon rhume a fait son chemin s’aggravant au fil des jours. J’ai fait un nouveau test antigénique après une poussée de fièvre (toujours négatif). J’ai quand même réussi à faire ma troisième dose en dépit d’une extinction de voix et autres symptômes. Je suis toujours malade mais plus sereine ; c’est déjà ça !

Adieux @44

Facsimilé de la page décrite à la fin du billet.Chacun sait mon intérêt pour la chose politique, notamment au niveau local. Je viens pourtant d’apprendre le nom de ma députée, neuf mois après sa prise de fonction, le 14 janvier 2021. Il n’y a pourtant pas eu d’élections législatives en janvier ? Wikipédia me rappelle fort à propos que, par contre, celle que je pensais ma députée, Marielle de Sarnez, est décédée. J’en conclus que Maud Gatel était sa suppléante et que, prise par l’émotion, le troisième confinement et l’encombrement des terrasses, elle se présente enfin à ses électeurs dans un document de huit pages que j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres.
Il ne s’agit bien sûr pas d’un document électoral car je crois bien que l’utilisation du bleu blanc rouge est interdite dans les documents électoraux (en liseré sur les pages intérieures du document) mais j’imagine que la perspective de nouvelles législatives en mai 2022 pousse néanmoins madame Gatel à se faire connaître de ses électeurs avant que ses dépenses de campagnes ne soient prises en compte. C’est légitime mais je trouve que cela tombe un peu comme un cheveu sur la soupe (à moins que je n’aie raté un précédent tract, bien sûr).
Peut-être est-ce parce que je n’ai d’emblée visuellement pas accès au contenu de son huit pages, particulièrement illisible (petites polices, titres en grisé tout majuscule sans contraste) ? Je dégaine mon scan et regarde un peu en quoi madame Gatel peut proclamer en page de garde être « Avec vous » (donc moi). Un édito, la défense de l’Europe, la sécurité… ah ! c’est bien, ça, la sécurité, avec deux photos de commissariat (la circonscription couvre deux arrondissements), ça va plaire à mes voisins… Un point sur les associations puis une page « À votre rencontre », qui se décline en « Soutenir nos entreprises » et « Faire vivre la mémoire », photos de monuments aux morts à l’appui ; chapeau bas ; capitaliste ou mort, quel choix !
Et ce n’est pas la seule allusion à la mort. Marielle de Sarnez ? Je n’y vois aucune référence ; par contre, le point « Notre circonscription » est illustré par la tour de la Charité sise au milieu… du cimetière du Montparnasse ! Il fallait oser. Craindrait-elle que la fonction fût létale ? Rassurez-vous, madame, même si la mort nous est inévitable, la fonction de député n’y mène pas forcément directement sauf si vous enchaînez trop de mandats, bien sûr ! Je me dois donc de vous faire une promesse, pour vous éviter cela : pour vous, je ne voterai pas. Rassurée ?

Courage @7

En rentrant du judo un mardi soir vers 22 heures, j’ai allumé le gaz sous ma casserole où m’attendait ma version de curry de légumes japonais. Je discutais au téléphone avec Sarah casque sur les oreilles. La fille de ma voisine a sonné : elle voulait de l’huile pour faire cuire des briks. On discute un peu, je n’ai que de l’Isio4 périmée. Elle n’est pas fan mais accepte. Je retourne dans la cuisine ; une fumée âcre m’y accueille. Par réflexe, je coupe le gaz, lui donne l’huile et elle repart en disant que ça sent le brûlé.
Je rallume le gaz. L’odeur augmente ; je ne vois pas vraiment de la fumée, à part une un peu blanche prêt du feu. Je coupe de nouveau le gaz, soulève la casserole… et découvre un dessous de plat en liège collé au fond en état de consumation avancé. J’attrape la casserole, fais tomber le dessous de plat dans l’évier et repose la casserole. Au téléphone, Sarah essaie de comprendre ce qui se passe, s’inquiète, me rassure… Je finis par faire chauffer mon curry dans un bol au micro-ondes ; on raccroche ; je la rappelle ; je pleure.
— Je me dis des fois que je pourrais être avec une fille ; elle me protégerait.
— Tu rigoles ?
— Non, j’ai peur. J’en peux plus d’avoir peur !
— Et tu accepterais quelqu’un près de toi en permanence qui te protégerait ?
— Ça me ferait chier…
Je ne pleure plus ; mais j’ai toujours peur, du feu, de me blesser, de ne pas voir ce qui aurait été nécessaire… Et toujours j’ouvre les épaules, je lève le menton, j’avance. Je vais moins vite, fais plus attention, mais j’avance. Parfois je suis fatiguée. J’avance. Parfois je craque. J’avance. Toujours j’ai peur. J’avance.
La liberté.

Bateau @11

Helgant et moi dans une barque sur un étang Durant les vacances de ce mois de juillet, j’ai passé une semaine dans un gîte avec étang privé. Mon neveu a passé quelques jours avec Helgant et moi, et tous les trois, nous avons vogué. Oui, un homme et une femme (sans compter le chien) dans une barque (pour le clin d’œil, cf. lien).
Nous avons passé de savoureux moments sur l’eau, et aussi dedans pour Helgant (involontairement en tombant d’un kayak) et pour moi (volontairement en plongeant du bateau) grâce au rameur, et quand de besoin sauveteur, hors pair que nous avions avec nous.
Helgant a pataugé dans l’eau et pour la première fois, je l’ai vu nager. Pas longtemps, mais sûrement.
Que du bonheur.

Changement @29

Je suis en fauteuil avec un chapeau, une veste et un pantalon de pluis, le pied emballé dans un sac poubelle.J’ai suffisamment de proximité avec le monde des handicapés (un monde mis à part par le validisme ordinaire), par mon handicap visuel, bien sûr, mais aussi pour avoir fréquenté des handicapés physiques, pour savoir combien la vie en fauteuil roulant nécessite d’adaptations voire de renoncements. Couplé au handicap visuel, c’est un pur bonheur… c’est tout du moins ainsi que j’ai envie de le vivre durant ces six semaines de plâtre ; et le mois ou deux de marche compliquée à suivre.
J’ai un gros atout dans ma manche : je sais m’adapter. Je ne le mesure pas toujours vis-à-vis de ma déficience visuelle mais les trois confinements sont venus me le rappeler. La rupture a été plus brutale cette fois : je partais prendre un train ; en une fraction de seconde, j’ai perdu cette mobilité de proximité qui fait ma fierté et une bonne part de ma qualité de vie. J’ai tout de suite réclamé un fauteuil plutôt que les cannes qui m’étaient proposées : descendre d’un cran ne me pose pas de problème d’ego (l’image de soi, vous savez) et c’était le gage de pouvoir utiliser à fond ce qui me reste : deux bras, une jambe, un genou… et un cerveau au taquet.
Dès mon lit d’hôpital, j’ai commencé à faire des abdos dans mon lit, des pompes verticales sur le déambulateur, profitant de la moindre occasion pour adapter ma musculature de judoka. Rentrée chez moi, l’objectif a été d’aller chez le kiné en fauteuil : 500 mètres en faux plat montant sur la moitié. Il m’a fallu dix jours pour trouver le bon trajet, vaincre mes appréhensions. Aujourd’hui, ma position sur le fauteuil de location a changé. Mes abdos poussent les roues en même temps que mes bras ; et je fais le plus difficile en marche arrière avec la jambe valide en propulseur. Je ne vois pas où je vais, certes ; mais en fait, cela ne me change guère !
Je me prépare désormais à la reprise de la marche ; multipliant les exercices pour ne pas (trop) perdre de musculation dans la jambe immobilisée tout en ménageant mon genou. En même temps, j’ai pris soin de me garantir une alimentation riche en fibres, calcium et vitamines en dépit de l’insistance des repas livrés à me faire manger du trop gras trop salé. Je limite ma consommation de sucres ajoutés. J’espère ne pas avoir pris de poids et ce régime me garantit un transit que l’immobilité et le riz servi à gogo menacent.
Mon moral, forcément, suit le mouvement. J’ai des bons et mauvais jours, comme tout un chacun. Je crains la reprise de la marche. Être active physiquement et intellectuellement me dope ; mes amis et mes voisins me font un bien fou ! Je peux ainsi prendre prétexte de chaque chose pour mener une nouvelle expérience, qu’il s’agisse de faire ses courses en ligne, de vaincre un trottoir trop incliné latéralement, ou d’observer le monde à hauteur et vitesse de fauteuil. Je sors parfois uniquement pour cela tant cette observation est passionnante, tant les personnes sont des mines d’humanité dont je me délecte, que celle-ci me réjouisse ou me révolte.
Il est encore un peu tôt pour en faire le bilan mais je sais déjà que ma vision, déjà assez optimiste de la vie, vire au ravissement, dans mes joies comme dans mes colères. Mon écriture, forcément, s’en ressentira. Ma relation aux autres, aussi. Je ferai sans doute encore moins de cadeaux mais suis désormais en capacité d’accepter la moindre offrande avec l’idée de prendre le temps d’être à l’autre et l’aimer. N’y voyez aucun altruisme de ma part ; c’est juste que je mesure combien le moindre souffle d’air est une joie à qui sait s’en ouvrir les poumons.

Délice @9

Une assiette d'abricotsIl y a quelques années, un billet sur le prix des abricots m’avait valu une très belle rencontre amoureuse. J’en suis encore nostalgique même si j’ai bien conscience que le temps la commue en mythe et qu’il est essentiel que je sache ne pas m’en leurrer. L’été est là et les abricots avec lui. Cette fois, je les ai payés 4,99 euros le kilo, une fortune ! Je n’ai guère le choix. Je me fais livrer par une « grande enseigne » et il n’y a pas de prix bas en ligne.
Au départ, je pensais n’y prendre que de l’épicerie mais ma voisine, madame D, qui s’occupe du frais a déjà deux marmots dans sa poussette et un tour de reins. Je profite donc de la commande en ligne pour ajouter le plus lourd, comme deux kilos d’abricots. Mon invalidité surnuméraire me laisse le temps de turbiner après que la chair a fondu et que je suce le noyau… et de lancer des abricots comme d’autres jettent des bouteilles à la mer.
Je précise qu’ils étaient durs à l’extérieur, sucrés et juteux à l’intérieur. Ça vous inspire ?