Archives par étiquette : Cri

Entendu @34

Entendu ce matin dans un flash d’information à la radio.
Le cadre ? Un reportage sur le dernier jour d’inscription sur les listes électorales avant les élections municipales de mars (le mois, pas la planète).
Une jeune fille surprise par cette info témoigne.
La jeune fille : « C’est compliqué d’avoir les informations. C’est comme si seuls ceux qui s’intéressent aux élections pouvaient trouver ces infos. »
Moi en écoutant ça, les bras tombant : « Euh… Ben oui. »
Bon, finalement, on est peut être sur Mars.

 

 

Cliché @15

Cent un féminicides depuis le début de l’année et lancement aujourd’hui du « Grenelle contre les violences conjugales ». Quant aux actions à la hauteur de ces crimes…
À cette « occasion », reportage sur une chaîne française : une jeune femme morte sous les coups de son ex conjoint. Le « reportage » débute par la description de la victime « jeune, douce, attentionnée et généreuse ». Ouf ! Si elle avait été une fieffée salope, sans doute aurait-elle mérité son sort !

 

 

 

 

 

 

 

Colère @13

Monsieur et Madame C. sont en vacances.
Monsieur et Madame C. pourraient tout à fait aussi s’appeler Monsieur et Madame A. ou encore Monsieur et Madame D. mais Monsieur et Madame C., c’est quand même le nom qui leur va le mieux.
Monsieur et Madame C. sont sympas. Et en plus, Monsieur et Madame C. aiment la nature. La preuve : pendant leurs vacances, ils découvrent la Corse et plus précisément, les magnifiques lacs des montages nichés entre les sommets de l’île de beauté. Ils aiment d’ailleurs tant la nature que Madame C. ne peut retenir un cri du cœur en découvrant les pozzines, ces épaisses pelouses gorgées d’eau vieilles de 10 000 ans : « Il faut préserver ça, c’est clair. C’est tellement beau, on ne peut pas détruire ça ».
Bon, évidemment, il faut préciser que Monsieur et Madame C. lancent ce cri du cœur depuis les pozzines eux-mêmes… et tant pis si marcher sur les pozzines, c’est les détruire. Car comme le dit Monsieur C en piétinant bien le trésor naturel : « Il serait probablement opportun de rester sur le chemin mais c’est tellement tentant. On se sent tellement bien là à marcher en souplesse. C’est spongieux, c’est tout mou. On sent que c’est extrêmement  fragile. »
Pas de doute, Monsieur et Madame C. portent vraiment bien leur nom !

Découvrez Monsieur et Madame C. en action (à 4 minutes 50 pour les plus impatients)

Indignés @12

— Tu regardes quoi Petit Koala ?
— Un c’d’trucs à vomir, c’est pas des incivilités, c’est bien pire qu’pire !
— Quoi ?
Regarde.
— Oh ! putain, les connards, bandes de moules à gaufres, j’arrive vous foutre des coups de roulettes, bachibouzouks de satanés ordures que vous êtes comme vos gravats dans la nature…
— Caddie !
— Vous allez prendre de la roulette que vous en regretter et je vais vous faire ramasser tout jusqu’au moindre grain, putain de salauds !
— Caddie ! Pas de gros mots devant les Mouton !
– C’est quoiiiiii connaaaaaaaard ?
– Euh, non l’a dit corner.
– Et p*uuuuuu*tain de s*aaaaaaa*la*uuuu*ds ça veut dire quoi ?
– Hein, quoi ? Le moule à gaufres ? Y a un gars qui s’appelle Bachi qui a cassé le moule à gaufres de Cécylou. Et c’est qu’Caddie va aller en racheter un.
– C’est pour ç*aaaaaa* qu’il est tr*èèèèèèèèè*s f*âââââ*ché !
– Pauuuuuuvre Cécylou !
– 😍 Monmon ! 😍
– Oui, Fifille, c’est pour Monmon.
– Ces foutu connards, j’vais leur péter leur bagnole à coups de roulettes !
– Ça veut diiiiiire quoi foutuuuuu ?
– Y a p*eeee*té dans le c*oooo*rner ?
– Foutu, c’est du suédois, comme connard, ça veut dire un corner au foooot. Et d’ailleurs les Mouton, ça vous l’dit pas une p’tite partie ? Allez, on part sur l’terrain.
– Caddie vaaaaa acheter un mouuuuuule à rouleeeeeettes ?
– C’est ça, c’est qu’ça tourne un moule à gaufres, c’est comme d’roulettes. Bon allez foooot, sinon, j’vais croire qu’vous voulez pas y aller.
– Siiiiiiiii !
– S*iiiiiiiiii* !
– Ben attendez-moi les Mouton !
– Et pendant ce temps-là, je vais aller foutre des coups de roulettes….
– Ah ! Caddie…

Entendu @31

Une poignée de députés de l’opposition propose de supprimer les vols intérieurs lorsqu’il existe une alternative ferroviaire pertinente (ici). Thierry Juin, président de l’Union des Aéroports français dit, à la surprise de toutes et tous : « C’est une très mauvaise idée ! »
Limitation de la vitesse à 80 km/h, le président du lobby automobile est, à la surprise de toutes et tous, contre.
Justice : l’avocat de l’accusé affirme, à la surprise de toutes et tous : « mon client est innocent ! »

Euh, est-il possible de se passer d’enfoncer les portes ouvertes et de ne pas considérer que donner la parole à deux parties opposées, c’est donner les éléments pour se faire une opinion fondée et donc non caricaturale ?

Entendu @30

Après la Journée du Souvenir de la Déportation (ici), la cérémonie du 8 Mai, à la mairie du 14e, a également été émouvante cette année (). J’en suis sortie les larmes aux yeux, guillerette, ravie de deviser avec des élus présents et des concitoyens. De fil en aiguille, la conversation a bifurqué sur la mise en cause de six pompiers de l’arrondissement pour des faits de viol en réunion.
J’avoue que cette affaire m’a secouée ; l’idée que des secouristes puissent violer une jeune femme de 20 ans m’est insupportable, l’argument de l’alcool n’en étant pas un. Mon effarement me semblait tellement légitime que la réaction d’un homme de soixante-dix ans passés à l’allure bourgeoise présent sur le parvis de la mairie m’a fait redescendre d’un coup de mon petit nuage de paix et de liberté (« Ami entends-tu… la la la lalala… »)
— Elle devait bien savoir ce qui allait se passer…
— Pardon ?
— On ne suit pas des hommes à quatre heures du matin si on ne veut pas…
— Si on ne veut pas quoi ?
— Ben… vous savez. Elle était consentante. C’est un mauvais procès fait à ces pompiers !
Je dois bien avouer que ce monsieur m’a sonnée. Pas longtemps. Je suis sitôt partie en vrille, je ne l’ai pas insulté ni giflé mais ce n’était pas loin, laissant fuser ma colère sur fond d’arguments d’usage. Une dame que je ne connaissais pas est intervenue quand cet homme insistait sur le consentement qu’il présumait, expliquant plus calmement que moi que consentir c’est dire « oui », ce n’est pas être abusée de force. Elle a eu cette phrase, terrible.
— Ils lui sont passés à six dessus ; vous croyez vraiment qu’elle a dit oui ?
Autour de nous, un vide étrange s’est fait, comme si chacun ne voulait pas être obligé de prendre position. L’homme ne lâchait pas. J’ai monté le ton d’un cran et l’ai sommé de quitter le parvis de la mairie, considérant que ce qu’il disait était une honte aux Morts pour la France. Il a fini par partir, en maugréant.
Je sais bien que cet homme n’est que l’expression de la domination masculine qui cherche toujours à légitimer le viol en en faisant reposer la responsabilité sur la victime ou les circonstances. Ce n’est pas la première fois que j’y suis confrontée ; j’en ai entendu du même genre lors du viol de l’une de mes voisines. Je ne m’y fais pas. Je suis très en colère. Quant aux Pompiers de Paris, il ne s’agit bien sûr pas de faire une généralité mais quand même ; des secouristes. Puis-je leur faire totalement confiance désormais ? L’avenir le dira.

Note : Et, bien sûr, alors que je rédige ce billet, une voiture de premiers secours pompiers se gare sous ma fenêtre… Au secours la synchronicité !

Bigleuse @92

Je participe depuis l’année dernière à une « enquête accessibilité » organisée par la RATP. Cela me prend du temps, mais j’espérais que cela ferait avancer les choses. Il semble que non. J’ai donc décidé d’y renoncer. Voici le mail que j’envoie à la RATP pour le lui dire. N’hésitez pas à faire suivre autour de vous. Il faut que son incurie soit publique !

« À la mission accessibilité de la RATP
« & à l’enquête accessibilité

« Mention préalable. Je suis albinos, donc en basse vision et forte photophobie.

« Bonsoir,

« Le samedi 24, je devais me rendre gare de Lyon pour prendre un train à 17 h 37. J’habite près de la ligne 13 (75014).

« J’avais l’intention de prendre la 6 à Egar Quinet jusqu’à Bercy. Ayant connaissance des manifestations en cours dans la capitale, j’ai regardé l’appli RATP sur ma tablette (qui ne fonctionne qu’en Wifi). Elle indiquait avec un point rouge le trajet que je comptais faire. Un point orange était sur le trajet par la 13 et la 1. L’appli indiquait en vert le trajet avec le 91 depuis Montparnasse 2.
« Mon petit doigt, lui, m’a suggéré de partir le plus tôt possible; J’ai donc quitté mon domicile à 15 h 30. Arrivée à 15 h 40 au terminus du 91, il n’y avait aucun bus, aucun agent ; des personnes attendaient depuis un certain temps. D’autres surveillaient leur téléphone où des bus étaient annoncés. J’ai attendu 5 minutes et ai décidé de prendre la 13 à Gaité jusqu’à Duroc pour prendre la 10 jusqu’à Austerlitz et finir à pied (j’ai un plan de métro gravé dans le cerveau, ceux en station étant illisibles ; et un GPS dans mon téléphone).
« En arrivant (en nage) à la station, j’ai espéré un agent au guichet pour mieux me renseigner. Le panneau d’information ressemblait à un sapin de Noël orange et rouge, mais je n’en lis pas plus. L’appli sur mon iPhone n’est pas lisible. J’ai pris la 13. Premier arrêt, Montparnasse. Le machiniste indique un colis suspect à Liège. Attente de 5 minutes. Il indique que le train repart dans l’autre sens. Que faire ? Je me dirige vers la 6, appelle une amie qui pourra regarder sur son téléphone. La communication est coupée, manque de réseau. Sur le quai, deux passagères m’indiquent qu’a priori, ça a l’air de rouler. Et j’arrive à Bercy, et finis à pied.
« Temps de trajet : une heure trente (contre quarante minutes ordinairement). Avec un sac et une valise, bien sûr.

« Je comprends parfaitement que la RATP ne soit pas responsable des stations fermées pour cause de manifestation, des bagages abandonnés ou autres voyageurs malades. Par contre, la RATP est responsable de la lisibilité ou non de ses applis, de la qualité des informations données et de leur lisibilité en station, de la présence de ses agents aux guichets… Autant vous dire que je suis très en colère. J’ai construit mon trajet à partir de fausses informations. Cela n’est pas rare. En chemin, je n’ai eu que le secours d’une amie pour m’aider.
« Je trouve que la RATP traite ses voyageurs, notamment ceux en situation de déficience visuelle, avec un mépris coupable qui frise la discrimination. Depuis l’année dernière, je participe à vos enquêtes accessibilité. Il faut dix minutes pour remplir un questionnaire trajet, le double en cas de correspondance. Je fais cela avec application mais vos questionnaires, en dépit des commentaires que j’ai pu faire l’année dernière, sont tout à fait inadaptés pour mesurer la détresse et l’énergie dépensée par la voyageuse que je suis en cas d’incident de parcours. Les remarques que j’ai pu faire l’année dernière sur l’accessibilité visuelle n’ont eu aucun effet. L’illisibilité est toujours la règle.
« Tous ces éléments font que je renonce à participer à cette enquête. Vous pouvez en revanche compter sur moi pour faire grande publicité de l’incurie dont la RATP fait preuve à mon égard, notamment sur les réseaux sociaux, via mon blogue et mon association de personnes albinos (dont je mets la présidente en copie de ce mail). Je ne manquerai pas non plus d’en informer l’UFC Que Choisir et le Défenseur des droits. Je mets également en copie monsieur Nordman en charge de l’accessibilité à la Ville de Paris et monsieur Najdovski en charge des transports afin qu’ils aient connaissance de cette situation qui renvoie les personnes en situation de handicap à l’an zéro de l’inclusion. Il faut que tout le monde sache que votre politique d’accessibilité relève de la fake news à l’instar des informations voyageurs diffusées sur vos applis et sites.

« Bonne soirée »

Je vous dirai si j’obtiens une réponse.

Charité @21

La responsable du service adoption du département de Seine-Maritime a déclaré à France Bleue Normandie « Les couples homosexuels ne sont pas exclus mais ils ne sont pas prioritaires ». Ces couples sont « eux-mêmes un peu atypiques par rapport à la norme sociale mais aussi la norme biologique [donc il faut que] leur projet supporte des profils d’enfants atypiques, un enfant dont personne ne veut. » (ici).  L’information a largement été diffusée, commentée, et des actions administratives et judiciaires pour discriminations envers les couples homosexuels sont en cours.
Très bien.
Mais, au fait, qui sont ces « enfants atypiques » ? Il faut chercher un peu pour trouver des articles les définissant clairement ; et encore, la vérité sort de la bouche des parents : « On nous a dit que, pour avoir une chance, nous devions nous préparer à accueillir un enfant à besoins spécifiques, c’est-à-dire grand ou avec un problème de santé, un handicap. » ().
Et qui s’en est indigné ? Mais s’indigner de quoi, voyons ? S’indigner du fait qu’il apparaît normal à tous qu’un enfant handicapé ou malade soit défini par son handicap et sa maladie en ce qu’ils génèrent des « besoins spécifiques » et non par ce qu’ils sont avant tout, i.e. des enfants, vous savez, des êtres humains à peu près comme les autres ? Quels enfants n’ont pas de « besoins spécifiques » ? Tous les enfants sont-ils définitivement les parents pauvres de l’adoption, considérés comme des marchandises déjà en circulation que l’on se refile avec l’espoir que l’on n’a pas hérité du mauvais numéro ?
Eh bien, je m’indigne, en tant qu’enfant « atypique à besoins spécifiques » car il me semble que, dans l’affaire, ces enfants sont autant victimes de discrimination et de stigmatisation que les homos parents. J’aurais aimé que les associations homoparentales et tous les acteurs de la lutte contre les discriminations s’indignent de la manière dont ces enfants sont déconsidérés. Et les associations de personnes handicapées également. Je n’ai rien entendu de tel.
Ce silence collectif est coupable. Il m’indigne et me blesse. Quelqu’un va-t-il le rompre ?

Kendo @43

Johnny, mon champion, a participé aux championnats de Paris le 24 mars dernier. Il s’agissait pour lui de se qualifier pour les championnats régionaux, en vue des championnats de France. Romuald assure son coaching… sauf qu’il a eu un souci de vélo. Je me suis donc retrouvée sur la chaise, à côté du tatami, devant motiver Johnny à chaque pause, lui donner des conseils.
Conscient que je ne voyais pas trop ce qui se passe sur le tatami, même à trois mètres, il m’avait donné des consignes à réciter en boucle : « Les mains ! » ; « Concentration ! » ; « Déplace ! » ; « Fixe et attaque ! » Il y avait aussi un ordre magique en cas de coup de mou (je ne vous dis pas lequel, c’est secret). À chaque pause, je le voyais se tourner vers moi. Je me sentais d’une impuissance totale mais j’y ai mis le ton.
— Les mains, Johnny ! Les mains. Concentration…
Selon la longueur de la pause, j’en casais plus ou moins.
Un moment, j’ai vu qu’il faisait chuter son adversaire sur le côté. Waza-ari (soit un point qui marquait l’avantage) ? L’arbitre a levé la main du côté de son adversaire ; me serais-je trompée ? Le combat a continué ainsi. J’étais apeurée sur ma chaise à l’idée de mal faire ; je voulais l’encourager, le porter même ! C’est long un combat de quatre minutes, avec des interruptions ! Pause. Johnny s’est mis face à son adversaire.
— Concentration ! Johnny ! Déplace, déplace !
L’arbitre s’est placé entre les deux combattants et a désigné Johnny vainqueur en levant le bras. Ils se sont salués.
Avais-je raté quelque chose ?
Oui, juste la fin du combat !
Et que le waza-ari était bien pour lui.
Sore-made !