Archives par étiquette : Cannelé

Tonton @16

Je ne sais pas trop ce qu’évoque le Panthéon pour les uns et les autres mais, à moi, il me fait à peu près le même effet que le tombeau de Napoléon soit l’idée d’un vieux truc moche qui fait partie de notre histoire mémorielle. Mais cela doit être plus que cela, Tonton lui-même s’y étant rendu après son élection en mai 1981. Mon bac que je passais à Montpellier était quelques semaines plus tard mais je m’étais débrouillée pour y être, près de lui ; je suis restée coincée rue Saint-Jacques, loin, très loin… Moins loin que Montpellier !
J’avais participé il y a trois ou quatre ans à une manifestation pour que Olympe de Gouge y entre au nom d’une parité qui y est totalement absente ; j’ai vu passer la candidature de Verlaine et Rimbaud retoquée par la famille qui ne souhaitait pas trop afficher leurs amours (c’est ça ?) ; et voilà que désormais, c’est le tour de Gisèle Halimi.
Je crains qu’elle n’y repose pas tant en paix tant ce tombeau national doit receler de machistes brutassons (c’est une hypothèse au vu de l’âge du capitaine et de la prégnance de la domination masculine) et surtout, je ne comprends pas bien la démarche. Certes, le Panthéon a « vocation à honorer de grands personnages ayant marqué l’Histoire de France hormis pour les carrières militaires » (Wikipédia).
Ils sont actuellement quatre-vingt-un ; la liste de ceux qui n’y sont pas est d’autant plus longue ! Alors bien sûr, on peut y installer des symboles, Gisèle Halimi comme tant d’autres, et les débats de qui-y-va-qui-n’y-pas pas avèrent que les oubliés sont tous légitimes à un titre ou à un autre. Je reste néanmoins assez dubitative sur le fait de mobiliser nos forces sur ces entrées, ce d’autant que les décideurs de cela sont de bons petits soldats de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste.
La question demeure : comment honorer celles et ceux qui ont « marqué l’histoire de France », surtout celles, depuis la Révolution ? En n’oubliant pas ce qu’elles (ou ils) ont dit et fait, déjà ; et ne pas réinventer l’eau chaude à chaque combat. En se levant chaque matin avec l’idée de poursuivre leur action plutôt que de se complaire dans un quotidien domestique.
— En pétant sa gueule à l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste qui nous opprime…
Caddie ! On ne parle pas comme ça sur le blogue, c’est important, la mémoire.
— Pas moins que la révolution !

Incyclicité @37

Il y a quelques jours, Frédéric faisait un billet sur un son et lumière aux Invalides, pointant un commentaire tendancieux à propos de Napoléon (le premier) et son tombeau, je cite : « Lorsque l’on entre en ces lieux (comprendre « pour visiter le tombeau de Napoléon »), on oublie toutes les controverses pour entrer dans une méditation profonde… » J’ignore à quelles « controverses » il était fait référence, Frédéric a pensé au fait que l’Empereur était un esclavagiste ; c’était aussi un fou sanguinaire, à la pensée totalitaire, etc.
Cela dit, au moins pour l’esclavagisme, je ne sais pas en quoi ce serait une « controverse », euphémisme sans doute de la part des auteurs du son et lumière tant ce me semble un fait incontournable. Même en ignorant l’euphémisme, je ne vois pas trop comment ledit tombeau pourrait porter à la méditation. L’endroit est froid, tapageur, pompeux et, pour le moins, dans une esthétique qui m’échappe totalement.
J’avoue d’ailleurs que je n’aurais jamais eu l’idée de visiter ledit tombeau sans une envie urgente de faire pipi.
— T’as fait pipi sur le tombeau de Napoléon ?
Presque, Caddie, presque. Tu connais la chanson, « Pas pipi à Paris » ? Cette fois-là, j’étais également avec Sarah et, faute de trouver des sanisettes, nous sommes entrées dans le musée des Invalides dans lequel j’accède gratuitement avec ma carte d’invalidité. Nous en avons profité pour regarder vite fait une expo sur… je ne sais plus, il y a avait des uniformes et objets militaires ; et faire un crochet par le tombeau de Napoléon, puisque nous y étions.
Je garde un souvenir soulagé de ma miction, c’est tout. Pour ce qui est de ma méditation, chaque fois que je remonte l’avenue de Breteuil, je fais une triangulation « à plat » avec mes tours et on se régale d’apostropher le dôme des Invalides pour traiter l’esclavagiste qu’il héberge. Le dôme n’y est pour rien, bien sûr ; mais ça nous amuse, avec mes Tour, surtout quand il nous raconte qu’il fuit un peu et fait pipi sur le tombeau à la moindre occasion.
— Justice est faite !
Il faudrait plus que ça, Caddie ; mais c’est un bon début.

 

Dixit @15

Fin août, je me suis rendu nuitamment aux Invalides pour un spectacle en son et en lumière sur l’histoire du lieu au travers les âges.
Je n’insiste pas sur la beauté formelle de ce spectacle, elle était indéniable. Le fond du propos m’a semblé lui plus problématique, c’est le moins que l’on puisse dire.
Déjà, rapprocher graphiquement sur une même façade la fleur de lys de la monarchie (Louis XIV ayant fait bâtir les premiers bâtiments), l’aigle impérial de Napoléon et la croix de Lorraine de de Gaulle était audacieux quoi que l’on pense des uns et des autres mais entendre des propos comme : « Lorsque l’on entre en ces lieux (comprendre « pour visiter le tombeau de Napoléon »), on oublie toutes les controverses pour entrer dans une méditation profonde… », c’est un peu fort de café comme auraient pu dire les esclavagistes !

Pucer @40

Reprendre le métro après neuf semaines de grève, au-delà de la sensation de retrouver un vieil ami tout en me disant que je l’utiliserai avec modération pour le plaisir de marcher, réserve des surprises. Est ainsi apparue à la station Invalides une borne fort étrange.
J’envoie une photo à Isabelle qui me répond dans la foulée :
— C’est pour aspirer les données des téléphones et les revendre ?
C’est à peu près ce à quoi j’avais pensé. J’ai fait cinq minutes de recherches et n’ai rien trouvé sur le site de la RATP, juste cet article d’un blogue qui confirme qu’il s’agit d’une borne pour se connecter en Wifi et recharger son téléphone (et aucune n’est annoncée à Invalides). C’est donc bien secret, cette affaire ; et quand c’est secret… J’espère lancer là une nouvelle théorie du complot, celles qui entourent le 2019-nCoV devenant franchement insupportables, surtout quand elles portent à la discrimination et à l’exclusion des personnes qui auraient un lien quelconque avec la Chine et l’Asie.

Ailleurs @40

Alors que je fais des courses dans un supermarché de mon quartier, j’avise dans le congélateur de poissons une boîte de sushis. Sur cet emblème de la gastronomie japonaise est apposé un bel autocollant promotionnel. Il y a écrit dessus « Nouvel an Chinois » (sic).
Ah ! sans doute que pour ceux qui ont voulu profiter de cette aubaine de toutes les fêtes et de leur potentiel capitaliste tous les Asiatiques se ressemblent et ils sont si proches, juste une mer entre eux. N’est-ce pas un beau résumé d’un racisme latent ? Celui de certains qui sont prompts à hurler si on confond deux AOC de régions différentes et s’étrangleraient si on apposait sur une boîte de cassoulet « Fête de la bière Munichoise » (je reste dans le ton typographique) mais pour lesquels les « bridés » sont tous un peu pareil, pas de quoi en faire un fromage. De quoi surtout couper l’appétit.

Grand homme @28

Une grande femme est célébrée pour son courage : Rosa Parks. Elle incarne la lutte pour les droits civiques et contre la ségrégation raciale. Qu’une station de métro ou un collège portent son nom permet de le faire connaître aux plus jeunes et de rendre hommage à son action.
Récemment, en marchant dans Paris (activité très prisée ces derniers temps), je découvre une chaîne de restaurants Rosaparks. Quoi ? Oui, oui. Et le site l’assume « Savourer de délicieux burgers, dans un lieu inspiré par l’histoire, c’est ce que nous avons imaginé pour vous. Nous rendons hommage aux grands de ce monde et aux burgers! Un concept original, des burgers savoureux, une cuisine maison, saine et bio, un combo parfait! » (je laisse la typographie d’origine). Tout est à l’avenant, de la cuisine bio (issue de « l’Agriculture biologique » dont je vous laisse apprécier la majuscule), du fait maison, du zéro déchet alimentaire, l’éloge de l’authenticité factice du moment (inventons des lieux avec des objets du passé)… pour des hamburgers. Pauvre Rosa Parks, mise à toutes les sauces, avec son nom agglutiné pour devenir une marque.
Je privilégie le fait maison avec des produits bio, mais une telle démarche commerciale ne m’apparaît que comme une récupération lamentable. Aucune chance que je mange dans un tel endroit. Et bien sûr la livraison à domicile est vantée, avec Deliveroo. Ce n’est plus une question de place dans le bus, les livreurs sont en deux-roues à leurs risques et périls. Le combat pour les droits, sociaux cette fois, continue.

Noël @42

Salut, c’est Caddie. Avec les Mouton et Petit Koala, on a reçu un message le 30 novembre de Laurie qu’est au Japon depuis un an. C’est tout près de leur mère-patrie. Ça leur a fait des souvenirs ! Moi, ça m’a mis la roulette au court-bouillon ! Pensez ! Jusqu’au Japon on la harcèle de la magie de Noël ! Non, c’est pas possible !
Les Mouton sont partis faire un foooot pour se consoler et, avec Petit Koala, on fait le billet. On peut pas laisser le Grand Capital nous polluer encore la Planète ! Carolos en prison ! Carlos en prison !
— Caddie ! T’peux souhaiter à personne d’aller en prison ! L’blogue soutient l’OIP.
— T’es sûr ?
— J’suis sûr.
— Bon, si tu l’dis. Je vous laisse lire et m’en vais faire le boycott avec ma ménagère ; ce sera déjà ça que le Grand Capital n’aura pas !

« Noël donc…. le problème c’est qu’on est fin novembre. Et que les musiques de Noël résonnent partout depuis que Halloween est fini, c’est-à-dire depuis un mois… Si j’entends encore une fois Vive le vent aujourd’hui, je ne réponds plus de rien.. ! Ça me donne envie de fracasser un des sapins de ma rue à coups de manga tiens. Oui parce que, que Noël soit la fête commerciale par excellence, et que bientôt ils nous feront acheter des cadeaux de Noël en août, c’est un fait. Mais qu’est ce que ça vient faire au Japon ??? Je veux bien bouffer de l’esprit de Noël fin décembre en France, ce qui me donne au passage une excuse officiellement reconnue pour revenir en Europe, mais au Japon..? C’est tellement… inapproprié. Est-ce que les Français fêtent le jour de la mer, ou le jour des personnes âgées, qui sont fériés ici ?? Ah non ? Et bien c’est bien dommage, on y gagnerait. Noël c’est de la colonisation de l’Ouest pure et simple… Halloween déjà c’était ridicule, merci les Américains… Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, j’apprécie beaucoup le fait qu’au Japon, tous les mois il y a une excuse pour célébrer quelque chose, ça permet d’apprécier le temps qui passe, ça change les couleurs des magasins et des restos… C’est bon enfant et ça met les gens de bonne humeur. Mais là… Noël, c’est trop, c’est trop, c’est trop. »

Merci Laurie !

Écrivaine @45

Afin d’améliorer la qualité des publications automatiques des billets de ce blogue sur Facebook, notamment afin que les images soient publiées chaque fois, mon frère m’a proposé d’intégrer un nouveau plug-in de gestion du SOE. Le Special Operations Executive, service secret britannique qui a fait des merveilles pendant la Seconde Guerre mondiale ? Il y a de ça.
Non, le SOE dont il s’agit est le Standard Operating Environment, tellement standard que je n’en trouve pas de définition en français. Le standard dont il est question, donc, est un standard informatique destiné à faciliter la communication entre les blogues et les moteurs de recherche, standard qui ignore les spécificités locales et notamment la langue en usage dans chaque pays. J’en veux pour preuve les recommandations dudit plug-in pour que mes billets aient plus de, je cite, « lisibilité ». Exemple du billet « Agit-prop’ @27 ».
Les points noirs (pardon, rouge) :

« Hiérarchie des titres : Vous n’utilisez pas de titres alors que votre contenu est relativement long.
« Longueur des paragraphes : 1 des paragraphes font (sic) plus du maximum recommandé de 150 mots. Raccourcissez vos paragraphes !
« Longueur de phrase : 44.8 % des phrases contiennent plus de 20 mots, ce qui est au delà (sic) du ratio maximum recommandé de 25 %. Essayez de raccourcir vos phrases. »

En plus, il fait des fautes…
Je comprends par ailleurs que pour un texte d’une page et demie, il faudrait des intertitres, des paragraphes de cent cinquante mots et des phrases inférieures à vingt mots. Heureusement que Proust n’a pas connu la publication sur Internet ! Blague à part, on est bien dans la standardisation, celle directement issue de la langue américaine technique et commerciale (qui produit spontanément des phrases plus courtes que le français). On se croirait dans une de ces écoles où l’on apprend à écrire des romans selon des canevas si précis qu’aujourd’hui, l’ordinateur s‘en charge tout seul.
Je dois quand même reconnaître que j’ai des bons points (c’est en vert).

« Test de lisibilité Flesch : Votre contenu obtient 73.5 au test, ce qui est considéré comme assez facile à lire. Bon travail !
« Voix passive : Vous utilisez suffisamment la voix active. C’est super !
« Phrases consécutives : Il y a suffisamment de variété dans vos phrases. C’est super !
« Mots de transition : Parfait ! »

Là, l’écrivaine que je suis est comblée ! Je vais proposer à mes camarades de blogue de faire un concours de celui qui aura le plus de points rouges ! Je ne vois que ça pour résister à cette standardisation faite au nom d’une meilleure communication entre les différents médias Internet si j’ai tout compris car tout cela reste abscons pour moi. Fort heureusement abscons ? Oui, fort heureusement.

Note. Je m’inquiète quand même. Le dernier billet (en date) des Mouton est en vert pourtant leur écriture est loin d’être standard. Seraient-ils à la pointe de la création contemporaine ? Je ne vois que ça.

Note 2. Mon frère m’écrit : « Attention, ce n’est pas « SEO » qui est coupable…. C’est « SE » = Search Engine = algorithme Google ! » Bigre. Mais bon, si c’est la faute à Google, cela ne m’étonne pas.

Note 3. Je découvre en publiant ce billet que j’ai inversé deux lettres, entre SEO et SOE… Misère. Je suis décidément rétive à tout cela.

Brosse @43

En passant sur le parvis de l’Hôtel de Ville, Isabelle a remarqué les oriflammes installées fin août par la Ville pour rendre visible les victimes des féminicides en France depuis le 1er janvier 2019. L’insupportable compte en est tenu par une page Facebook communautaire Féminicides par compagnons ou ex (ici). Elle m’a envoyé quelques photos où j’ai remarqué que « août » était accentué. Forcément, j’ai eu envie d’écrire au service de communication de la Ville qui, en plus de pratiquer le validisme, pratique le sexisme dans cette contribution typographique à l’ordre bourgeois, sexiste et raciste qui nous opprime. Les deux vont si bien ensemble…
Voici mon courrier, que j’ai également envoyé à Hélène Bidard et Célia Blauel, deux adjointes à la maire de Paris en pointe des luttes féministes. Je ne manquerai pas de vous dire si j’ai une réponse.

Madame,
Je tenais avant toute chose à vous remercier pour ces oriflammes apposées sur l’Hôtel de Ville énumérant les noms des femmes victimes cette année de féminicide, oriflammes qui, par leur puissance évocatrice, sauront, je l’espère, porter les Parisiens autant que les Parisiennes à se mobiliser contre ces violences.
L’écrivaine que je suis ne peut néanmoins vous épargner une remarque typographique qui, au-delà de l’anecdote, porte un sens politique majeur. Je remarque en effet que le nom de mois est écrit avec une majuscule, ce qui est une faute en français. La majuscule est un calque de l’américain, langue internationale qui symbolise le libéralisme mondial et l’exploitation des peuples qui va avec, donc des femmes. Cette majuscule vient donc ternir le message par son empreinte sexiste, considérant que le sexisme est un système d’oppression.
Cette faute typographique (et politique) est malheureusement très fréquente et je trouverais bien que la Ville de Paris n’encourage pas son usage.
Je vous remercie de l’attention que vous porterez à mon message.
Bonne journée
Cy Jung, écrivaine

Arc-en-ciel @15

Pendant mon court séjour à Berlin (trois nuits), j’ai beaucoup circulé en bus. Le deuxième jour, alors que le bus venait juste de fermer ses portes et était encore à l’arrêt, une femme toque à la porte côté chauffeur. Le bus part sans lui ouvrir. J’étais suffisamment près de cette porte pour constater que la femme laissée sur le carreau portait un voile. Coïncidence ?
Le lendemain, rebelote. Le bus est à son arrêt, la porte se ferme, s’ouvre, se referme, s’ouvre, se referme, s’ouvre enfin ; une femme et une jeune fille montent. La femme porte un voile. La prise de bec (en allemand) avec la machiniste (très blonde) est violente. La femme et la jeune fille vont s’asseoir au fond du bus. La machiniste éteint son moteur. On reste là cinq grosses minutes.
J’interroge maman. Elle m’explique que la femme portant le voile essayait d’ouvrir la porte avec le bouton ad hoc pendant que la machiniste s’énervait sur le bouton à sa disposition pour la fermer. À l’évidence, la machiniste ne souhaitait pas que cette femme monte dans son bus. Elle a fort heureusement perdu la partie mais semblait trop ébranlée pour repartir tout de suite. Aucun passager n’est intervenu. Maman m’a assuré avoir fait les très gros yeux à la machiniste. Je n’en doute pas.
Deux jours. Deux incidents racistes. Ça fait beaucoup, non, pour un pays qui se targue d’accueillir à bras ouverts les réfugiés ? Je n’en ai jamais constaté avec une telle fréquence à Paris. Mais, qui sait ? La France est aussi un pays raciste, je n’ai aucun doute là-dessus.