Archives par étiquette : Bienveillance

Rencontre @10

Une trappe de désemfumage avec un skydome, et une vue partielle du pallier du 7e étage avec son échelle de secours et ses dispositifs incendie.Maintenant que ma cheville cassée-réparée va mieux, j’utilise de nouveau les escaliers de mon immeuble, en montée uniquement ; en descente, j’ai encore peur, ce d’autant que les marches sont souvent humides sur les deux premiers étages : pipis de chiens, lies de chaussures mouillées, lavures de l’homme de ménage… Je m’accroche bien à la rampe et je monte, espérant me refaire un peu de ce souffle perdu depuis le premier confinement.
Ce lundi-là, il pleut à seaux. Je fais attention. Je passe le troisième. Des gouttes tombent sur ma main ; je ralentis. Quelques marches encore et la rampe est trempée. Je m’arrête et touche le mur ; l’eau y ruisselle, il est trempé ! Je connais la cause de ce déluge intérieur. J’appelle sitôt mon gardien, il ne répond pas. Je lui envoie un texto « Il y a de l’eau qui ruisselle sur le mur de la cage d’escalier ». J’arrive chez moi. Cinq minutes passent. J’entends un bruit strident et grinçant de rouages ; je monte jusqu’au septième.
Mon gardien est là, ruisselant de pluie et de sueur. Il mouline pour refermer l’extracteur de fumée qui s’est ouvert après que la fumée d’une cigarette a chatouillé le détecteur de fumée. Un classique. On blague. Je l’encourage. On va pour reprendre l’ascenseur. En sort le gamin du premier. Mon gardien soupire ; nous savons lui et moi qu’il va fumer sous le fameux détecteur et que dans cinq minutes, il va falloir mouliner encore.
Le gamin en question n’est pas d’un abord facile ; mon gardien le suit ; je reste près de l’ascenseur. Il lui explique le principe de la trappe de désenfumage, lui dit qu’il sait que ses grands-parents chez qui il vit ne veulent pas qu’il fume, qu’il comprend son besoin d’un coin tranquille…
— Ouais, quand je vais dans les parkings, je me fais engueuler ; là, je suis tout seul ; j’embête personne.
Je les laisse discuter. Le gamin se laisse convaincre (pour cette fois) et revient vers l’ascenseur. On blague de nouveau, en mode pédagogique. Je le remercie d’avoir renoncé à sa cigarette (euphémisme, bien sûr) pour garder les escaliers secs. Il me demande des nouvelles de ma cheville ; je lui réponds qu’elle va bien, qu’elle est solide avec la ferraille dedans mais que l’autre est fragile…
— Ce s’rait mieux de pas vous casser l’autre !
Oui gamin, ce serait mieux.

Année @16

Docteur Mouton masqué pique Copain Mouton.— Beeeeen, il y a encooooore des piqûûûûres à doooonner ?
— Tu crois que ce sont des cadeaux ?
— Qu’ça non, mais avec l’Doc’Mouton, c’st un plaisir de s’faire piquer.
— Pour ma candidature, je propose que tout le monde puisse se faire piquer par l’exceptionnel docteur Mouton.
— Mon Caddinounet, ç’va pas ? Tu vas nous l’épuiser !
— C’est ouaftrop !
— Ah ! oui, surtout avec les rappels de vaccin tous les trois jours !
— Euh, j’crois qu’t’a encore mélangé tes fiches…
— Tu crois ? Bon, ce n’est pas l’essentiel. L’enjeu, c’est d’instaurer un nouveau rapport de confiance entre chaque Français et l’autorité présidentielle, que j’incarne naturellement, avec un charisme indiscutable, une force indéniable,… Oh ! vous êtes où ?
— Ils se préparent au ouafoooot de nouvelle ouafannée !
— Et ma campagne ? Et mes vœux numériques ? On était d’accord pourtant ! Bon, j’assume donc seul, roc indestructible face à l’adversité : chères compatriolettes, chers électeurs, et éventuellement les autres, très heureuse année 2022 ! Celle de mon élection, celle de la bonne tournure de la roue de la fortune, celle de ma roulette dans la gueule de ceux… ça y est, je m’emballe encore, j’ai la roulette qui s’échauffe avec toute cette pression.
— Allez, on ouafcourt rejoindre la ouafbande et fêter la ouafamitié ?!
— Oui, pour 2022, première résolution : revenons à l’essentiel. Et que le reste roule.

Bigleuse @134

Une photo de moi, à 6 ans, devant un gateau. Je souris largement.Un soir de la semaine, je reçois un texto de ma cousine avec une vieille photo, rephotographiée au téléphone avec d’autres. Je ne connais pas cette photo. Si ma cousine me l’envoie, je suppose qu’y figure elle, moi, sa mère, la mienne… ? Je ne sais pas. Je lui pose la question. Elle me répond sitôt que c’est moi, à 6 ans, en train de manger un gâteau.
Le lendemain, je télécharge la photo sur mon ordinateur. Je grossis l’image. Non seulement je ne me reconnais pas sur la photo mais en plus, je n’arrive pas à imaginer que c’est moi. J’en suis terrifiée. Je sais bien que je ne reconnais pas les gens, que dans mon album j’ai demandé à maman de tout légender car je ne savais pas trop qui sont mon père, ma mère, mon frère, moi et d’autres mais…
Je le sais.
Cela me peine, pourtant. Beaucoup.
Et vous qui faites la lippe ou me considérez comme bégueule car je n’ai pas la bonté de vous reconnaître, ça vous inspire quoi ?

Décroissance @78

Un ventilateur branché sur un panneau solaire sollé à la vitre de ma fenêtre.Je suis dans la rue, casque sur les oreilles. Mon téléphone sonne, annonçant un numéro inconnu. Je décroche.
— Bonjour, Madame, je vous appelle pour les nouveaux tarifs de gaz et d’électricité.
— Ah ?
— Vous utilisez le gaz et l’électricité ?
— Bah non ! je n’en ai pas besoin.
— Vous n’avez pas besoin d’électricité ?
— Non.
— Vous faites comment pour la lumière ?
— J’ai des bougies
— Et pour charger votre portable ?
— J’ai un panneau solaire sur lequel je charge une batterie.
— Ah ? Et le chauffage ?
— Je fais du vélo. Avez une dynamo, ça fait l’eau chaude aussi.
— Vous n’avez donc pas le gaz ni l’électricité ?
— Non, désolée ; j’ai résilié mes contrats depuis longtemps déjà.
— Vous n’en avez donc pas besoin.
— Non, madame, c’est gentil de me l’avoir proposé.
— De rien. Bonne soirée madame !
— Merci. Bonne soirée.
Ni elle ni moi n’avons perdu notre sérieux. Que du bonheur !

Kendo @54

Je fais une chuttearriere en ceinture jauneLes cours de judo que je donne en tant que professeure assistante sont parfois difficiles (les enfants le sont parfois) mais il arrive toujours un moment où quelque chose vient me faire me rappeler que je m’y régale.
Ce mardi-là, j’étais un peu fatiguée et le cours des petits (4-6 ans) était compliqué comme chaque fois cette année. La saison 2020-2021 et ses multiples confinements et couvre-feux ne nous a pas permis de recruter une nouvelle génération de judokas ; les recrues de l’année précédente sont passées dans le cours supérieur ; nous n’avons donc que des débutants de 4 ans sans judokas de 5 ans qui les tirent vers le haut. L’année passée a également laissé des traces en termes de concentration, de rapport aux apprentissages, à l’autorité.
On s’y épuise donc et on entame souvent le cours suivant un peu dépités. L’échauffement est l’occasion de nous défouler (nous, professeurs et élèves) et la leçon elle-même commence, avec ses jours avec et ses jours sans. Ce jour-là, je manquais donc d’énergie ; nos élèves sont globalement sympas mais forcément un peu cossards. Je ne les poussais guère, m’intéressant plus, pour cette fois, à ceux qui travaillent volontiers. Parmi eux, un débutant de 8 ans, et sa partenaire déjà aguerrie (en jaune orange, ce qui pour cette classe d’âge constitue le top).
Après du travail au sol, on entame la dernière séquence du cours, les combats (randori). Elle m’appelle : elle peine à expliquer les règles à son partenaire. Je le fais et le randori commence. Sitôt, elle le pousse vers l’arrière, la seule chose strictement interdite (ça peut casser les chevilles), consigne de sécurité que je venais de rappeler. Je la gronde gentiment, elle s’excuse et lance, pour plaider sa cause.
— Je sais que c’est interdit ; mais je ne vois rien sans mes lunettes !
J’en rigole encore.

Paris @71

Helgant passe sa tête sous une grille.La tournée des pâtées de Helgant est une motivation incontournable et l’occasion de contorsions tout à l’honneur du papy qu’il est. En effet, si certaines denrées sont directement sur le trottoir, d’autres sont posées derrière les grilles d’une résidence.
Cela n’arrête pas Helgant, qui est prêt à de nombreux efforts pour laper quelques grammes de cette précieuse denrée. En grand chasseur urbain, il est prêt à donner de lui-même. Le voici donc prêt à s’aplatir, passer sa tête sous les grilles, jeter des coups de langue vigoureux. Un vrai spectacle !Helgant se contorsionne et jette sa langue vers la pâtée.

Paris @70

Je fréquente globalement assez peu mes voisins. J’ai déjà eu des voisins devenus des amis, mais c’est plus l’exception que la règle. Je suis parfois proche des membres du conseil syndical, dont j’ai fait partie dans un précédent immeuble et dans l’actuel.
Toutefois, depuis que j’ai adopté Helgant, j’ai bien plus de discussions avec mon voisinage. Il est admiré et apprécié. Plus encore, l’été dernier, alors que je m’étais organisée avec des amis pour le nourrissage. J’avais laissé ma clé à la voisine qui adore Helgant au cas où… (fuite ou autres problèmes matériels).
Elle est passée plusieurs fois pour vérifier que tout allait bien, arroser les plantes et même nourrir les poissons. On s’envoie de temps en temps des textos, on papote quand on se croise et elle a toujours une caresse pour Helgant qui le lui rend bien l’affectation qu’elle lui porte (même s’il est toujours assez intéressé par ses sacs où elle transporte de la nourriture pour les chats qu’elle nourrit en plus des siens chez des voisins du quartier).
Grâce à lui, mon rapport à plusieurs voisins a changé. Il est décidément très fort. Ouafmerci Helgant !

Bonheur @51

Helgant au parc regarde la photographe.La vie au quotidien avec Helgant est une source de joies, de moments drôles et tendres. L’autre jour, je suis partie en forêt avec un ami et Helgant. C’était un peu loin alors nous avions prévu d’y pique-niquer.
Après deux heures de marche, nous avons pris le temps de déjeuner puis de nouveau deux heures de marche. C’était un long périple pour Helgant, avec parfois un terrain accidenté. Il a été très courageux.
Le soir, en plus de sa ration de croquettes, je lui ai mis deux des petits biscuits offerts par Cécyle. Helgant dévore toujours  ses croquettes en temps record. Mais cette fois, il a tout d’abord pris le premier biscuit dans sa gueule et est allé le manger sur le canapé. Puis il est allé prendre le second biscuit et est allé le manger dans son panier. Enfin, il a mangé ses croquettes comme d’habitude directement, et rapidement, dans sa gamelle.
Ces petits moments me font sourire et un bien fou.

Adieux @44

Facsimilé de la page décrite à la fin du billet.Chacun sait mon intérêt pour la chose politique, notamment au niveau local. Je viens pourtant d’apprendre le nom de ma députée, neuf mois après sa prise de fonction, le 14 janvier 2021. Il n’y a pourtant pas eu d’élections législatives en janvier ? Wikipédia me rappelle fort à propos que, par contre, celle que je pensais ma députée, Marielle de Sarnez, est décédée. J’en conclus que Maud Gatel était sa suppléante et que, prise par l’émotion, le troisième confinement et l’encombrement des terrasses, elle se présente enfin à ses électeurs dans un document de huit pages que j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres.
Il ne s’agit bien sûr pas d’un document électoral car je crois bien que l’utilisation du bleu blanc rouge est interdite dans les documents électoraux (en liseré sur les pages intérieures du document) mais j’imagine que la perspective de nouvelles législatives en mai 2022 pousse néanmoins madame Gatel à se faire connaître de ses électeurs avant que ses dépenses de campagnes ne soient prises en compte. C’est légitime mais je trouve que cela tombe un peu comme un cheveu sur la soupe (à moins que je n’aie raté un précédent tract, bien sûr).
Peut-être est-ce parce que je n’ai d’emblée visuellement pas accès au contenu de son huit pages, particulièrement illisible (petites polices, titres en grisé tout majuscule sans contraste) ? Je dégaine mon scan et regarde un peu en quoi madame Gatel peut proclamer en page de garde être « Avec vous » (donc moi). Un édito, la défense de l’Europe, la sécurité… ah ! c’est bien, ça, la sécurité, avec deux photos de commissariat (la circonscription couvre deux arrondissements), ça va plaire à mes voisins… Un point sur les associations puis une page « À votre rencontre », qui se décline en « Soutenir nos entreprises » et « Faire vivre la mémoire », photos de monuments aux morts à l’appui ; chapeau bas ; capitaliste ou mort, quel choix !
Et ce n’est pas la seule allusion à la mort. Marielle de Sarnez ? Je n’y vois aucune référence ; par contre, le point « Notre circonscription » est illustré par la tour de la Charité sise au milieu… du cimetière du Montparnasse ! Il fallait oser. Craindrait-elle que la fonction fût létale ? Rassurez-vous, madame, même si la mort nous est inévitable, la fonction de député n’y mène pas forcément directement sauf si vous enchaînez trop de mandats, bien sûr ! Je me dois donc de vous faire une promesse, pour vous éviter cela : pour vous, je ne voterai pas. Rassurée ?

Extravagance parisienne @69

La photo montre la boite d'emballage en carton avec le slogan "Artisan du vivant".Je suis retournée à la boulangerie végétale, même si j’y vais sans doute moins que cela me dirait en raison de l’employée désagréable. Elle n’y était pas, mais il y avait un jeune homme que j’avais vu lors d’un de ses premiers jours.
Il était seul, très gentil, très aimable, enthousiaste. À la caisse, alors qu’une personne arrivait derrière moi, il m’a demandé si j’avais senti le changement d’atmosphère en rentrant dans la boutique. Je n’ai pas trop compris, car il n’y a pas de climatisation… Puis il a continué sur sa lancée : oui, l’atmosphère, l’ambiance. Il s’y sent bien. Il avait d’abord choisi cette boulangerie pour les animaux, puis il a trouvé les produits très bons, très digestes. Et il aime venir à son travail… Il a continué sur sa lancée encore un peu puis j’ai laissé ma place à l’autre cliente.
C’était un plaisir de rencontrer un jeune homme enthousiaste et heureux de son travail. Un joli moment.