Archives de catégorie : Visibilité @

Visibilité @4

Le Magazine de la Santé a consacré la semaine du 28 mai 2018, sa série « In vivo » à un centre de la fondation du Sonnenhof qui accueille des handicapés mentaux en Alsace. Il y a là un foyer d’hébergement, une école, des ateliers de travail, et des logements individuels. Un jeune homme est très fier de nous faire visiter son studio. Un séjour-cuisine, une salle de bains, et une chambre. Dans celle-ci on entrevoit un lit d’une seule place.
Quelques plans plus loin, une jeune femme qui travaille à l’atelier pour 300 euros par mois (vive l’insertion !) rend visite à son amoureux rencontré deux mois plus tôt. Il est à la fenêtre du rez-de-chaussée du foyer où il loge. La jeune femme lui tend le bras. Il l’embrasse goulûment. La voix off nous parle alors d’amour, et de légitime besoin de tendresse.
Dans un lit à une place ?
Oups ! N’y aurait-il que moi pour imaginer que l’on peut être handicapé mental et avoir une sexualité ? Car l’amour et la tendresse, c’est bien mais… Bromure à tous les repas ?

Visibilité @3

J’ai récemment vu le film 120 battements par minute. Indépendamment de ce que j’en ai pensé, j’ai été agréablement surprise quelques jours plus tard de le trouver dans la sélection d’un avion long-courrier d’Air France.
C’est une visibilité positive, car on peut imaginer que ceux qui prendront la peine de le regarder ne seront pas des homophobes convaincus. Leur curiosité peut amener à des réflexions, des discussions, une nouvelle vision de l’homosexualité politique loin du mariage et de la parentalité. Cela ne peut que faire du bien.

Visibilité @2

Courant octobre, je me suis rendue à l’Ena, oui, bien à l’École nationale d’Administration. J’allais y écouter un oral d’admission pour avoir une idée de ce que pouvait être une épreuve d’entrée dans cette institution. Le public autorisé est de douze personnes, essentiellement d’autres prétendants à l’entrée à l’école.
Nous attendions avec le candidat dans une salle, en fait un passage, avec des sièges et un distributeur de boissons chaudes. En attendant, je regardais les locaux environnants et tombais sur une affiche posée sur une des faces de la machine, bien visible : celle, ci-contre, de la campagne nationale contre l’homophobie à l’université.
C’était la seule affiche dans cet espace. Cela m’a fait plaisir de la trouver dans cette école aussi réputée comme normative et dans la plus grande reproduction sociale. Je ne pourrais pas féliciter le candidat que j’ai écouté pour la qualité de sa prestation (en raison de la piètre qualité de ladite prestation), mais pour cet affichage, là, j’écris bravo !

Visibilité @1

Je suis en conflit avec une administration. « Je », c’est l’association pour laquelle je fais une demande de subvention. Le conflit est ancien. Mon interlocutrice s’échine, depuis quatre ans, à faire obstacle à nos dossiers en jouant sur les délais, les pièces manquantes ou les formulaires mal remplis. Pour cette fois, elle réclame « la liste des membres du bureau et du CA validée par l’association » ; j’avais joint cette liste, signée par notre présidente. Je vais peut-être lui en renvoyer une avec une crotte de nez scotchée dans un coin en guise de certification génétique… Passons — Isabelle n’aime pas les trucs pipi-caca ; trop hétéronocentrimaniaque ?
Ce qui m’intéresse ici c’est pourquoi cette dame s’acharne ainsi contre nous, petite amicale de locataires d’un quartier un peu chaud de Paris. Quand nous nous sommes rencontrées, je l’ai aussitôt identifiée comme lesbienne, et je pense que la réciproque est vraie. Je suis très visible, dans mon apparence physique, dans mes propos, ma façon d’être au monde, mon activité professionnelle. Elle ne l’est à l’évidence pas ; j’ai senti son malaise, sa gêne face à ce que j’interprète comme un rejet de ma visibilité, elle qui ne l’est pas, comme si mon seul regard posé sur elle la mettait en danger.
Je fais peut-être de la psychologie à deux sous mais je crois sincèrement que c’est là que le bât blesse : notre association et ses adhérents paient cher ma visibilité ; pour une fois que ce n’est pas moi qui encaisse ! Cela est très très loin de me consoler. Chacun est libre de sa visibilité, ou plus exactement chacun fait ce qu’il peut pour vivre son homosexualité du mieux possible dans ce monde toujours aussi homosexiste. Mais l’on sait que c’est la visibilité qui fait avancer les choses…
Merci à vous qui me réclamez une crotte de nez de ne pas me lancer la pierre. Ça fait mal ! une pierre dans le nez, plus qu’un pavé dans la marre. C’est dire !