Archives de catégorie : Solitude @

Solitude @6

La lune se reflète dans l'eau d'un lacPendant les vacances, j’ai passé une grande partie du temps avec Helgant. J’étais donc seule puisque sans autre bipède à proximité. Cela intrigue souvent les personnes des gîtes que je loue. L’une d’elles m’a demandé si je n’allais pas m’ennuyer seule.
Et là, scandale ! Je n’ai pas le temps de rêvasser qu’il est déjà le soir. Je lis un peu, me promène avec Helgant, nous flânons et le temps file, j’ai à peine un moment pour écrire des billets pour le blog. Sans regarder la télé ou autre distraction chronophage, je n’ai pas la possibilité de m’ennuyer !
Je me demande si je ne devrais pas poser une réclamation, je vais chercher à qui : seule, je ne m’ennuie pas alors que ça devrait être la norme, les promesses ne sont donc pas tenues. Pire, je n’ai même pas le temps de lire tout ce que j’ai apporté ou de marcher des heures. C’est n’importe quoi cet ennui.

Solitude @5

Marcher longtemps me fait du bien. Ma chair y trouve un équilibre. Mon esprit s’envole vite, au péril parfois de mes trajectoires et franchissements de carrefour. Il me fait vivre dangereusement. C’est ainsi.
Je pars souvent dans des conversations écrites ou verbales imaginaires, laissant mon désir s’exprimer, mes émotions se dire. J’ai ainsi entendu cette question traverser mes envies d’un baiser.
­— Mais sur quoi tes relations amoureuses achoppent-elles ?
J’aime bien les jolies phrases. La question n’a pas tout de suite été formulée ainsi. À force de la travailler, les réponses sont venues au nombre de trois.
— Parce que mon équilibre est fragile et que je mords dès que je le sens en danger réel ou supposé. Parce que mon mode de vie est une somme de choix politiques qui rend souvent difficile l’établissement d’espaces de partage ne serait-ce que parce que mes choix sont par nature sujets à contestation. Parce que la vie quotidienne à deux m’ennuie et que mon désir s’y corrompt vite.
J’ai bien aimé me sentir responsable du point d’achoppement. J’ai passé les arguments à la moulinette de ma vie sentimentale et des relations où c’est moi qui suis partie. Cela collait bien. Mon doute aujourd’hui n’en est que plus grand. Et, fort étrangement, mon espoir aussi.
Bigre.

Solitude @4

Métro, boulot, dodoJ’ai été surprise, l’autre soir, d’entendre un message audio de la RATP invitant les voyageurs à vérifier qu’ils n’avaient « rien oublié à bord ». Il s’agissait de faire de la prévention attentat, bien sûr, et surtout de la prévention contre l’afflux d’appels signalant des colis suspects : en moyenne sept par jour donnent lieu à une intervention des démineurs, celles-ci prenant en moyenne quarante minutes pendant lesquelles la circulation des métros sur la ligne concernée est stoppée. J’ai trouvé ces infos dans un article non daté, mais visiblement récent, qui a disparu depuis (20 mai 2017).
Donc, j’ai été surprise… par le texte de l’annonce. « À bord » m’évoque en effet plus un bateau ou un avion ; il est vrai pourtant que l’on dit aussi « à bord de ce train ». Antidote me confirme que « à bord » concerne tout véhicule même si cela évoque plus historiquement le bord d’un navire soit son côté. Il était un peu tard après une soirée où j’avais espéré quelqu’une qui n’est pas venue et je me suis mise à imaginer que mon métro devait affronter la grande crue, nouvelle arche de Noé… puis qu’il allait décoller et m’emmener à l’autre bout du monde pour des retrouvailles câlines avec la Soufrière.
L’hiver me rend décidément bien nostalgique, la fatigue aussi. Le printemps transformera-t-il la nostalgie en renaissance ? C’est le lot du printemps non ? Gageons qu’il n’oublie pas que je suis une belle plante même si je pique beaucoup et fleurit peu !

Solitude @3

Ah ! si une bergère passait...

En vacances à la montagne, j’ai suivi une conversation entre mon hôte au gîte et un de ses amis à propos des loups croqueurs de bêtes d’élevage. Il a été question de différents aspects de la question, dont l’équipement de bergers en fusils, les loups semblant ne plus avoir peur des hommes, car ils n’ont plus de raison de les craindre.
Celui qui habitait en montagne dit que si cela peut se comprendre, c’est assez risqué, car en gros de nombreux bergers ne sont pas forcément toujours équilibrés. Pourquoi ? C’est « à force de passer plusieurs mois sans voir une fille », dit-il en ajoutant immédiatement « ou sans voir un gars si c’est une fille ». Il n’y a pas eu de précision supplémentaire d’autres cas possibles.
Ah ! dommage pour le fantasme, car je n’aurais pas refusé de croiser le chemin d’une bergère pendant mes randonnées…

Solitude @2

Il y a dans le célibat une grande autonomie et indépendance, que beaucoup de gens en couple envient parfois, mais la différence sociale est pesante. De plus, on a trop tendance, comme là, à opposer solitude et couple. Ne pourrait-on pas pouvoir vivre une relation sans pour autant être « dans » une relation ?
En effet, souvent, je comprends que des couples sont encore debout par peur de la solitude, sans tenir par des raisons plus essentielles. Sans rencontrer quelqu’un qui donne vraiment envie de se lancer dans un « truc » (vie ? relation ? aventure ? déjà plusieurs manières de nommer et souvent de vivre) à deux, est-on condamné au célibat ? Je ne parle pas que de sexe, mais même là, ce n’est pas si facile…

Solitude @1

« La solitude me pèse », m’écrit une amie. Je ne sais quoi lui répondre. Elle me pèse aussi, surtout quand j’aspire à la rompre. J’ai longtemps associé « vie à deux » et ordre social, considérant que l’ordre social a besoin de cellules policées pour réguler les liens entre les individus. L’État ne peut y suffire, les institutions (au sens large) privées et publiques non plus. La famille joue, dans ce contexte, un rôle coercitif majeur, la famille, le couple d’abord, puis son extension.
Je n’ai ainsi jamais considéré la création du Pacs comme l’expression de l’ouverture d’esprit des pouvoirs publics mais bien comme l’outil de la pacification de nos mœurs et la pleine participation des homosexuels au maintien de l’ordre social. Quant au mythe (oui, j’ai bien écrit « mythe ») du grand amour, celui qui dure toujours et que l’on trouve au centre de la production culturelle et artistique relayée par les médias, il me paraît être l’ « appareil idéologique » au service de cet ordre : pendant que l’on cherche l’autre, et/ou que l’on « construit » (comme on le ferait d’une maison) une relation, une famille, l’ordre social n’est pas contesté avant de devenir incontestable.
Si l’on suit cette logique, la solitude peut devenir un acte protestataire, une manière d’être au monde qui conteste l’ordre social. Est-ce que cela console ? Loin s’en faut !