Archives de catégorie : Savoir @

Savoir @22

Ce lundi, j’ai eu droit à ma première infiltration. Problème récurrent du genou gauche depuis plusieurs mois qu’il est grand temps de drastiquement enrayer : j’ai encore un peu besoin de ce genou.
J’arrive ce matin au centre d’IRM où je dois me faire faire l’injection. J’ai les produits nécessaires. Bref passage dans la salle d’attente bondée de gens masqués. C’est mon tour.
Une jeune radiologue me demande de m’installer sur la table de radiologie (l’infiltration est « guidée » par radio). Elle me demande de m’allonger sur le dos, positionne mon genou gauche. Je précise pour la suite de l’anecdote que l’accès au genou ne peux se faire que par la droite, l’appareil de radiologie occupant tout le volume à gauche de la table des opérations. Elle règle l’appareil de façon à avoir une belle vue aux rayons X de mon genou, revient me déplacer légèrement la jambe, rerégle l’appareil, m’explique ce qui va se passer, reredéplace ma jambe, rererégle l’appareil et m’annonce que nous attendons le médecin.
Je patiente quelques minutes et le médecin arrive. Après les présentations d’usage, il me demande : « C’est bien sur le ménisque interne du genou gauche que… ». Je réfléchie une fraction de seconde, ce serait trop bête de se tromper de genou à ce stade. Je le lui confirme et par précaution (c’est une précaution qui tient plus de l’habitude pour un gaucher quand il est question de « gauche » et de « droite »), je lui montre le genou en même temps. Alors il me dit : «  dans ce cas, mettez-vous sur le côté gauche, tourné vers la gauche, passez la jambe droite par dessus la gauche et ne bougez plus. » Le regard tourné vers la gauche, je ne vois pas le visage de la jeune radiologiste mais je compatis avec elle qui avait pris tant de soin à bien faire son réglage. Tout bas, j’entends le médecin lui expliquer tranquillement le pourquoi du comment. Je pense que c’est la première fois que la jeune femme faisait ce genre de chose et c’est toujours un plaisir, qui plus est amusant ici car rien de grave n’était en jeu, que de prêter son corps à la science.

Savoir @21

Mon défi d’accéder à une grande école a échoué au niveau de l’admissibillité. Je suis déçue et frustrée de ne pas pouvoir défendre mon expérience et ma carrière à l’oral devant le jury. Pour autant, j’ai été soulagée d’avoir le résultat, car, quel qu’il soit, cela devenait pesant de l’attendre et la fin de l’incertitude était bienvenue. J’ai donc trié et rangé les documents mis de côté pour préparer les cinq oraux qui potentiellement m’attendaient.
J’aurai mes notes pour me permettre de mieux comprendre ce qui n’a pas marché. Pour autant, comme j’ai pu le dire à des amis, « J’ai aimé ce jury. » Ce jury qui a choisi les sujets des écrits a mis en avant la protection des données de connexion, l’égalité femmes-hommes, l’importance des corps intermédiaires dans la démocratie, la lutte contre la pauvreté, le prix de l’eau… Tous ces sujets à forte dimension sociale ont confirmé mes motivations en me lançant dans la préparation de ce concours pour défendre une politique attentive aux personnes, à leurs conditions de vie et à leurs libertés individuelles. Je ne le ferai pas comme énarque, mais je le ferai autrement, ailleurs.

Savoir @20

J’avais décidé de m’inscrire en septembre pour une semaine à des cours d’anglais à Cambridge dans une « université », en l’occurrence une école privée. Il y a longtemps que je voulais passer du temps à travailler mon anglais dans un cadre pédagogique à Cambridge ou Oxford. S’y ajoutait cette année l’intérêt de pouvoir travailler pour un éventuel oral dans le cadre du concours de la grande école.
J’ai préféré opter pour seulement des cours le matin, afin de me promener l’après-midi. Je n’ai pas regretté mon choix qui m’a permis de prendre le temps afin de profiter de la ville et ses alentours.
Pendant quelques jours, j’ai partagé une résidence et suivi des cours en petit groupe avec des étudiants d’autres horizons (Belgique, Suisse, Brésil, Chine, Corée du Sud, Italie, Japon) d’âge allant de 18 ans… au mien, dans une grande bienveillance. Cette expérience a été agréable et enrichissante. La pédagogie du professeur était très intéressante, s’adaptant aux élèves, comprenant des innovations, et m’a permis de pouvoir mesurer mon niveau et de l’améliorer.
Même si j’étais plus âgée que la majorité des autres, je m’y suis sentie bien. Mêler ainsi une activité scolaire et des loisirs en restant un temps au même endroit m’a fait du bien. C’était une parenthèse heureuse et positive.

Savoir @19

Cette année, je tente le baroud d’honneur pour un concours d’une grande école. Des heures de travail durant des mois, une préparation spéciale payée sur mes deniers, des concours blancs sur mes jours de congés et… la semaine des écrits est arrivée. Cinq jours et vingt-trois heures cumulées d’épreuves.
Comme à la fac, tout le papier est fourni : copies et brouillons. Il y a diverses couleurs non connues à l’avance pour éviter toute triche. Les copies sont à en-tête de l’école, comme le brouillon.
Dans la semaine, une épreuve a porté sur l’égalité femmes / hommes. Par une drôle de coïncidence, les couleurs ce jour-là étaient rose et bleu. Rose pour les copies et bleu pour les brouillons. J’ai été assez inspirée et je me suis fait plaisir sur ce sujet. Quelques semaines encore, et j’aurai les résultats.

Savoir @18

Je suis sur la 11, assise sur un strapontin. À République, montent un jeune homme et une jeune femme. Ils restent debout devant moi. Lui parle vite et fort. Il est enthousiaste ; il explique à cette jeune femme la force des symboles. Il s’adresse à elle comme si elle ne connaissait pas le sujet. Elle opine, écoute. Il parle d’interprétation des rêves, de comment a surgi son petit vélo rouge d’enfant, de son émotion, du sens produit… J’ai envie de lui suggérer de lire Jung, L’homme et ses symboles ; on est en plein dedans.
La jeune femme prend la parole, je l’entends mal, elle parle moins fort et me tourne le dos aux trois quarts. Il la coupe deux ou trois fois avec des « Mais tu sais… » ; elle se tourne un instant vers moi et j’entends.
— On ne peut pas se contenter de Freud et son archéologie de l’inconscient. La psycholinguistique…
Elle se tourne de nouveau. Je n’entends pas la suite. Je l’observe, lui. Il a arrêté de l’interrompre. Il l’écoute. Elle continue à parler, très calme. J’entends des mots qui relèvent du vocabulaire de la psychanalyse et des sciences sociales. Je me lève pour descendre. Je suis à hauteur du jeune homme, à quelques centimètres ; j’observe son visage ; c’est évident, il est largué !
J’avoue que cette scène m’a été délicieuse, la déconfiture de ce garçon face au savoir de cette jeune femme que j’imagine il ne présumait pas. C’est typique de cette suffisance machiste que l’on vit tous les jours et j’avais envie de féliciter cette jeune femme avant de descendre du métro. Je ne l’ai évidemment pas fait, ce d’autant que ce jeune homme n’avait pas l’attitude (posture et façon d’être) du suffisant ordinaire. Aurait-il agi de la même manière face à un autre jeune homme, tout enthousiaste qu’il était de sa découverte intellectuelle ? Je ne peux pas l’exclure. N’empêche… La réplique sur l’archéologie de l’inconscient selon Freud en opposition à la psycholinguistique, je ne sais pas ce qu’elle vaut, mais je l’ai adorée !

Savoir @17

Au théâtre du Soleil, quand on va voir un spectacle, il est possible de manger sur place. C’est très bon, pas cher, simple ; tout comme j’aime. Il y a aussi un petit stand avec une dame qui vend du jus de bissap et du jus de gingembre fait maison. Je l’avais ratée quand j’étais venue voir Kanata avec Sarah. Quand j’y suis retournée avec Isabelle, elle était là. J’ai donc pu m’adonner à la dégustation de ses jus, particulièrement savoureux.
En rapportant nos verres, je lui demande sa recette de jus de bissap, ce jus qui guérit tout (de tout ?) et qui, pas trop sucré, est délicieux. Elle me répond en souriant que c’est un secret.
— Je suis albinos, je peux partager les secrets.
Elle prend un air réprobateur.
— Il ne faut pas jouer avec ça !
Je ris. Elle me dit connaître Salif Keita et nous voilà échanger quelques phrases sur les albinos, le bissap… et finalement, alors que nous partons, elle me glisse, dans un murmure.
— … … … … …
Merci madame, je ferai comme ça.

Note. Si vous voulez en savoir plus sur les sorcières albinos, aidez-moi à trouver un éditeur pour Kito Katoka (ici).

Savoir @16

J’ai appris, dans un mélange de tristesse et de colère, que le Genepi, association pour le décloisonnement des prisons, s’est vu retirer sans préavis sa subvention par le ministère de la Justice (ici). Les associations sont malmenées par ce gouvernement dont la politique antisociale accroît la précarité et l’isolement des personnes ; les conséquences ne s’en font pas encore sentir mais, comme beaucoup, je crains que la casse systématique de cet amortisseur des politiques libérales qu’est le tissu associatif ne mène notre pays dans une spirale violences-répression qui fait le jeu des totalitarismes de droite, de gauche et de ni-droite-ni-gauche. Le Genepi n’échappe pas à la règle, dans un mélange de répression politique et d’économies budgétaires ; les deux font si bon ménage.
Si cette atteinte à son intégrité financière me fait réagir, c’est parce que j’ai connu cette association il y a… trente-cinq ans ? quarante ans ? Quand j’étais lycéenne ou étudiante, donc. Je ne sais plus si j’en avais entendu parler sur le plateau du Larzac, dans La Gueule ouverte ou en cité U ; j’étais en fac à Assas ; il y a peu de chance que les associations étudiantes de ce haut lieu de la pensée réactionnaire soutenaient le Genepi, à moins d’un militant isolé. Je ne sais donc plus mais je me souviens que je rêvais d’intégrer les rangs de cette association et d’aller en prison partager mon savoir que ma jeunesse faraude croyait immense. Cela ne s’est pas fait. Cela fait partie de mes grands regrets politiques : ne pas avoir eu le cran de me lancer. Le courage. Il va nous en falloir pour changer le monde. Beaucoup.

 

Savoir @15

Shakespeare l’étoffe du mondeDe passage près de Moulins, je me suis laissé tenter par une visite du Centre national du costume de scène. Ce n’est pas forcément un domaine qui m’intéresse, mais j’ai eu envie de découvrir ce lieu dont j’avais entendu parler et de voir l’exposition Shakespeare, l’étoffe du monde dont l’affiche était prometteuse. Je fus comblée. Dans une ancienne caserne, le Centre occupe des locaux pour conserver des costumes et les présenter dans des expositions temporaires. Une collection Noureev occupe une partie des espaces avec des présentations par roulement du dépôt de l’artiste. L’autre partie accueille l’univers shakespearien. Je me suis alors laissé emporter par une très belle scénographie, des vêtements de très belle facture, une mise en lumière des œuvres de grande qualité. En me laissant une chance d’être conquise sans un intérêt particulier, au final, j’ai passé un très bon moment.

Savoir @14

Codes civilsL’an dernier, j’ai passé un concours d’accès à la haute fonction publique. Je m’étais préparée seule et avais tout de même obtenu des notes dont j’étais assez fière : sur cinq épreuves, j’avais obtenu la moyenne à quatre, tout juste (10 ou 10,5), mais c’était déjà un bel exploit. Ma note la plus basse était dans l’épreuve d’économie. À chaque fois, j’étais sortie avant le gong fatidique des cinq heures par épreuve.
Cette année, j’ai retenté le concours, toujours sans suivre une préparation spécifique. J’ai obtenu une note plus au-dessus de la moyenne en économie, mais cette fois c’est la seule au-dessus de la moyenne. Je suis restée les cinq heures à chaque épreuve, ayant à peine le temps de finir.
Au moins, j’ai essayé. Je ne regrette pas, d’autant que et j’ai trouvé tous les sujets très intéressants et que j’ai appris beaucoup de choses. Je ne sais pas si je tenterai le coup de nouveau pour essayer d’obtenir une bonne moyenne entre ces résultats.

Savoir @13

Queer WeekEn mars dernier, j’ai assisté à un atelier d’écriture animé par Anne F. Garréta dans le cadre de la Queer Week 2013 de Sciences Po Paris. J’avais un peu la flemme d’y aller, étant encore en convalescence de mon opération du genou, et je craignais de m’ennuyer. Cécyle m’avait convaincue d’aller voir. L’atelier était gratuit, mais nécessitait une inscription préalable.
Il n’était pas évident de savoir quand l’atelier se tenait, car trois supports d’annonces de l’événement annonçaient des jours et des heures différents. Toutefois, j’avais réussi à obtenir la bonne information et pouvais m’y rendre.
Contrairement aux autres ateliers d’écriture auxquels j’ai participé jusque-là, Garréta, professeur en université en France et aux États-Unis, mêlait cours et pratique.
Le thème de l’atelier était le genre dans la langue. Trois exercices d’écriture ont été menés : un autoportrait non genré, un portrait non genré d’un parent, la description de son premier amour en trois temps. À chaque fois, Garréta explicitait les obstacles liés à une écriture non marquée par le genre. J’ai, par exemple, appris ce que sont les adjectifs épicènes (ne variant pas selon le genre du substantif ou de la personne qu’ils décrivent).
Le jour dit, j’ai passé un excellent moment. Merci Cécyle !