Archives de catégorie : Sainte Marie Joseph ! @

Sainte Marie Joseph ! @18

L'image est l'affiche évoquée dans le billet.Dans le centre médical où j’ai effectué de fréquentes visites pour des soins dentaires, un affichage a intrigué Dr Mouton. Il est écrit que le centre « accueille deux nouveaux praticiens ». Suit une liste avec le nom d’un seul médecin et ses deux motifs de consultation. Il s’agit d’un néphrologue. Docteur Mouton et docteur Caddie sont inquiets pour les calculs. Ils espèrent que les calculs rénaux seront mieux comptés que les docteurs. J’espère aussi.

Sainte Marie Joseph ! @17

Montage photo, deux au sqaure où on vois mes pieds sur des appareil avec les cannes au loin, une dans un fauteil à l'hopital.Le 4 août 2021, j’ai publié sur Twitter et Facebook le montage photo ci-contre. À Isabelle à qui je les avais envoyées en direct, j’ai ajouté ce commentaire « Quand je pense que je devrais encore être hospitalisée à Sainte-Marie ! » ; soixante-huit jours après l’opération de ma cheville ? Cela résonne comme une blague, qui en serait une si tout cela n’était pas pathétique. Je vous raconte.
En mars 2020, juste avant le premier confinement, j’ai envoyé un dossier de préadmission à l’hôpital Sainte-Marie où j’avais déjà fait un séjour en hospitalisation de jour en 2015 pour me remettre à niveau dans le service de déficience visuelle. Il s’agissait d’évaluer mon autonomie et de me donner des outils supplémentaires. J’en gardais un bon souvenir et, il y a dix-huit mois, j’ai ressenti le besoin d’une nouvelle évaluation.
Je n’ai eu une réponse qu’en août 2020, sous la forme d’un appel m’indiquant qu’il manquait le certificat de l’ophtalmo. J’ai répondu que je ne paierais pas une consultation chez un spécialiste pour établir ce qui l’était depuis 58 ans, renvoyant mon interlocutrice au courrier de ma médecin traitante qui disait l’essentiel. Silence radio les onze mois qui ont suivi jusqu’au lundi 31 mai 2021, 9 heures du matin.
Je suis assise sur mon lit à l’hôpital Saint-Joseph, voisin de Sainte-Marie. J’attends l’ambulance qui va me ramener chez moi pour quarante-cinq jours de plâtre sans appui avant une rééducation qui m’inquiète : qu’en sera-t-il de mon équilibre ? mon handicap visuel ne sera-t-il pas un frein à ma rééducation ? Je réfléchis à contacter le service de soins de suite qui se trouve à l’étage en dessous de celui des déficients visuels pour une rééducation adaptée ; et mon téléphone sonne.
— Bonjour, c’est la fondation Sainte-Marie. Je vous appelle pour votre rééducation…
Il me faut une bonne minute pour comprendre qu’il s’agit de ma demande de mars 2020 et qu’ils ne savent rien de ma cheville cassée. Je décide de profiter de l’opportunité, accepte le rendez-vous que l’on me donne huit jours plus tard, y vais. Le médecin comprend que je n’ai pas besoin aujourd’hui de rééducation sensorielle (j’ai vu entre temps une orthoptiste tip top qui a fait le travail) mais d’une rééducation fonctionnelle adaptée basse vision.
— Je vous propose une hospitalisation complète de six semaines…
Il m’explique qu’il est impossible, en hospitalisation de jour, de prendre en charge un mixte rééducation orthopédique rééducation basse vision. Je refuse cette hospitalisation, me fais confirmer par mon kiné, ma médecin traitante et mon médecin du sport que ce n’est pas nécessaire, et relance ce médecin à deux reprises ; il m’a promis de chercher une solution. Huit jours avant le retrait du plâtre, la secrétaire m’appelle et me demande si j’accepte une hospitalisation de six semaines. Je refuse de nouveau et me prépare à la reprise de la marche : abdos tous les jours, séance d’électro musculation chez mon kiné, sollicitation maximale des muscles de la jambe plâtrée…
Le 12 juillet, c’est la peur au ventre que je fais mes premiers pas, chez moi, sous les encouragements de Frédéric. Ça passe. Kiné. Vélo à la maison. Petits exercices. Abdos toujours. Dix jours plus tard, je me déplace chez moi sans cannes ; et je commence les déplacements courts en extérieur en cannes. Dix jours de plus et je n’utilise plus le fauteuil que dans ma cuisine et pour faire des commissions. Quatre jours encore et je suis au square pour une première séance de sport où je n’ai certes pas transpiré mais où mon bonheur a été total. Si j’avais accepté la proposition, j’aurais encore deux semaines et demie à passer à l’hôpital (j’écris ce billet le 5 août). J’en suis de plus en plus abasourdie.
Une question demeure : pourquoi vouloir m’hospitaliser ainsi, alors que ce n’était pas nécessaire et que l’on peut même considérer que cela aurait été délétère pour mon autonomie ? Je n’ai pas la réponse ; juste une intuition qui renvoie aux enjeux financiers d’un tel choix « médical ». Quand je pense aux lits manquants en Guadeloupe, en Martinique, et ailleurs… Ça me met en rogne ; vous n’imaginez même pas !

Sainte Marie Joseph @16

J’avais prévu de prendre rendez-vous pour un détartrage au mois de mars 2020. Le confinement ne l’a pas rendu possible pendant des semaines. J’ai attendu pour le programmer à nouveau.
J’avais envie de changer de dentiste et repéré un cabinet dentaire plus près de chez moi. Je prends rendez-vous, peu importe le praticien puisque je ne les connais pas. Ce premier rendez-vous est annulé, car le dentiste ne sera pas présent ce jour-là. J’en suis informée par Doctolib avant même d’avoir un appel du centre médical. Je prends un second rendez-vous, avec un autre praticien, le 24 décembre en fin d’après-midi. Rendez-vous annulé peu avant encore par le cabinet.
Je change de cabinet et prends rendez-vous quand cela est possible : le 31 décembre en fin d’après-midi. La veille, une secrétaire m’appelle pour me demander de confirmer le rendez-vous. Ce que je fais. Le matin même, une autre secrétaire me rappelle pour me demander si je peux passer « un peu plus tôt », c’est-à-dire une heure avant. Comme je travaille, je lui explique que c’est trop tôt pour moi. Le rendez-vous est annulé. Il est de nouveau reporté, avec un autre praticien, calé entre deux rendez-vous d’autres patients pour compenser le désagrément de ce report de dernière minute.
J’ai rendez-vous ce samedi 9 janvier pour avoir un détartrage. Ou pas.

Sainte Marie Joseph @15

Nage noJ’ai reçu il y a quelques jours le compte rendu d’hospitalisation de Sainte Marie Joseph. Je ne m’y attendais pas. J’en suis d’autant plus touchée qu’il est circonstancié et fait cinq pages. Je n’y ai pas relevé de choses qui m’ont étonnée, il y est grosso modo dit ce que chaque praticien qui m’a suivie m’a dit oralement.
Je relève au passage…
« Déficience visuelle sévère » ; l’expression ne m’est pas habituelle, elle me surprend. Mais c’est vrai que ma défiance visuelle est parfois sévère avec moi. Avec tout le soin que je prends d’elle ! Ce n’est pas très gentil de sa part.
Par contre, je trouve que la psychométricienne qui m’a suivie en locomotion a été moins sévère dans son évaluation qu’elle ne l’a été en direct. Après avoir considéré que je suis « très précipitée pour effectuer [mes] traversées alors que [ma] vision de loin ne [me] garantit pas une traversée en sécurité », ce qui n’étonne personne à part moi qui reste convaincue de voir ce qui est nécessaire, elle indique que je me suis montré « motivée et à l’écoute des différents conseils ». C’est vrai que je l’étais, depuis, je crains d’avoir repris mes postures de précipitation.
Ma psychométricienne préférée a un bilan très sobre qui m’invite à rester à l’écoute de mon corps, tout en suggérant la nécessité d’une nouvelle prise en charge en psychomotricité. Qu’est-ce que je suis d’accord avec ça, un récent souci de vertige suite à un méchant coup sur la tête ayant remis mes équilibres hors service. Je reprends les choses en main en douceur mais un peu d’aide serait la bienvenue. Sainte Marie Joseph va-t-elle venir à mon secours ?
Pour une nouvelle admission, que le chef de service envisage dans sa conclusion, il me faudrait suivre deux spécialités. Les comptes rendus de l’ergothérapeute, de l’opticienne, du psychologue et de l’orthopédiste n’indiquent pas de suite possible. Reste la kinésithérapie pour laquelle j’ai une jolie prescription de l’ORL qui m’a remise debout. Mais la kinésithérapie n’est pas au menu de la réadaptation que propose Sainte Mairie Joseph. Le serpent se mord une nouvelle fois la queue. Je ne lâche pas l’affaire. J’aimerais quand même bien les passer ces foutus randoris ! Objectif 2016 ? Il y a déjà le jujitsu et la technique. Jamais deux sans trois ?

Sainte Marie Joseph @14

marronCe mardi, je suis rentrée du judo des larmes plein les yeux. La journée avait été bonne, le cours de judo plutôt agréable jusqu’aux dix dernières minutes consacrées aux randoris.
Ces combats d’exercice, surtout en version debout, n’ont jamais été ma tasse de thé car justement, debout je ne tiens pas et je tombe souvent avant même d’avoir pu engager ce que je sais faire. Je ressens beaucoup de frustration et d’impuissance. Alors, souvent, je zappe, jouant un peu la fatigue.
Mais ce mardi, j’y suis allée vaillamment, ce d’autant que le 29 novembre prochain je dois passer l’épreuve des randoris de la ceinture noire. Je dois donc m’exercer à m’adapter à mes partenaires, pas chercher à gagner, juste montrer ma capacité à attaquer et à bien réagir aux attaques.
Sur les quatre randoris du soir, j’en ai fait un avec Jean-Mi et un autre avec sensei Romuald. C’est surtout le premier qui m’a fait sentir les larmes monter, le second confirmant mes sensations sans les exacerber. N’allez surtout pas croire que Jean-Mi a été rude ou peu attentionné ! Au contraire même ! Il sait que je dois travailler et fait tout ce qu’il sait pour me mettre en difficulté sans m’accabler et me laisser des ouvertures.
Pourtant, j’ai senti mon impuissance et mes déséquilibres avec une force qui m’a blessée. Sans doute que je m’y croyais un peu trop après mon stage à Sainte Marie Joseph. Je le sais, pourtant, que je ne tiens pas debout, que je dois faire avec, que je dois construire mon judo autour de cela. Mais me retrouver quatre fois les fesses par terre après une chute qui ressemble plus à un affaissement qu’à une belle chute avant m’humilie. C’est fréquent pourtant. Mais je ne m’y fais pas.
Je vais aller passer l’épreuve des randoris le 29, peut-être le jiu-jitsu (mais cela m’étonnerait que je sois prête) et je déciderai selon la manière dont cela se passe si je persévère ou pas. D’ici là, je risque d’avoir d’autres retours à pleurer sur mon pique-nique dans le métro et dois me préparer autant à réussir qu’à devoir affronter l’inéluctable échec.
Est-ce que c’est possible ? À l’instant, je l’ignore. Il va pourtant falloir que j’y croie.
Hajime !

Note. J’ai écrit ce billet il y a presque deux semaines. Depuis, j’ai pris ma décision après d’autres randoris malheureux : je ne passerai pas cette épreuve ; j’ai atteint ma limite. Et la ceinture noire alors ? Mirage…

marron

Sainte Marie Joseph @13

BrassardMardi dernier, je suis allée dérouler de bonne heure, comme je le fais depuis mon retour de vacances. Cela me permet de mieux organiser ma matinée de travail et de bien avancer sur mes Fragments d’un discours politique sans que le reste de mes écritures n’en pâtissent. Au fil des jours, le jour, justement, se lève de plus en plus tard. Je me suis acheté un brassard jaune de cycliste qui clignote pour être vue tout en redoutant de courir de nuit.
Ce mardi, donc, non seulement il faisait nuit, mais il tombait des cordes ! J’y suis allée, un peu inquiète, mais j’aime bien parfois courir sous des seaux d’eau. J’ai bien allumé mon brassard espérant qu’à cette heure-là et avec cette pluie, je serais un peu seule sur la piste cyclable.
Très vite, j’ai oublié la pluie. J’avais un gros souci à gérer : vraiment, je n’y voyais rien, rien au sens que ce que je percevais ne faisait pas sens. Un instant, j’ai pensé renoncer et je me suis souvenue de tout ce que m’ont dit les soignants de Sainte Marie Joseph : je ne vois effectivement pas grand-chose et, si j’ai l’impression du contraire, c’est parce que je maîtrise parfaitement l’illusion, pour les autres, bien sûr, mais aussi pour moi-même. Ils m’ont par ailleurs tous assuré (voire félicitée) de tout ce que j’avais « mis en place » pour générer cette illusion. N’était-ce pas le moment idéal pour tester cela ? L’éprouver.
Je me suis donc mise en mode non visuel, pensant un instant à mon texte Le Râteau, particulièrement de circonstance. J’ai ouvert ma conscience à tout ce que je percevais, concentrant mon regard sur une ligne d’horizon, au-dessus des phares des voitures se réfléchissant sur le sol mouillé qui était ce qui me gênait le plus. Un instant, j’ai entendu un bruit… et un vélo m’a doublée. J’ai songé que je devais être en mesure d’avoir une plus grande conscience de ce que j’entendais. J’ai fait confiance à ma connaissance de mon parcours, n’ai pas craint de traverser les flaques profondes que je savais là pour éviter de sortir de ma trajectoire, considérant que si je restais bien calée sur ma ligne, tout irait bien.
Et tout est bien allé. Sans me sentir complètement en sécurité, j’ai pris de l’assurance, ai eu conscience que celle-ci me faisait réduire mon attention. Je me suis concentrée de nouveau, essayant de travailler ma posture pour que l’assurance détente plutôt mon épaule que ma vigilance. Et je suis arrivée au bout de ma demie-heure de déroulé, trempée comme une soupe et ravie.
J’ai regardé mon chrono. « 29:22 » ; une minute de moins que la veille où il faisait jour et sec. Je n’ai donc pas ralenti, au contraire. Et j’ai éprouvé ma déficience visuelle comme rarement (vraiment, je ne voyais rien ; j’avais la sensation de me propulser dans l’invisible) autant que j’ai testé mes capacités à y suppléer. J’ai aussi su gérer ma peur. Ah ! Sainte Marie Joseph. Jusqu’où me mèneras-tu ? Jusqu’au bout de la vie, c’est sûr !
Merci.

Sainte Marie Joseph @12

PrixSainte Marie (Joseph), c’est fini (j’ai bien sûr mis « Joseph » entre parenthèses pour faire la rime). C’est fini. Ou pas. Normalement, cela doit l’être et, pour ce dernier jour en forme de bilan, en plus de l’orthoptiste, de la psychomotricienne et du kinésithérapeute, j’ai vu le psychologue et le médecin, force émotions et rebondissements à l’appui.
En prévision de ce jour, j’avais en réserve une question pour le psychologue. Je me suis rendu compte que chaque fois que je suis dans l’obligation d’annoncer ma déficience visuelle à fins de demander de l’aide ou de l’indulgence, je commence ma phrase ou la ponctue par « Excusez-moi ».
— Excusez-moi, je suis malvoyante ; je n’arrive pas à lire le prix. Pouvez-vous m’aider ?
C’est une formule de politesse, bien sûr, et je pourrais inverser les termes de ma phrase.
— Excusez-moi, pouvez-vous m’aider ? Je suis malvoyante ; je n’arrive pas à lire le prix.
Ainsi, c’est du dérangement que je m’excuse et non de ma déficience visuelle. Mais, dans le feu de l’action, il n’est pas toujours aisé de bien construire sa phrase et puis, mine de rien, c’est bien ma déficience visuelle qui me fait demander de l’aide sauf à considérer que ce sont les étiquettes qui sont écrites trop petit. J’en suis convaincue. Ce n’est pas mon sujet (quoi que).
J’avais depuis quelques semaines envie d’en parler avec le psychologue. Il a d’emblée souligné que quand on s’excuse, en ce genre de circonstance, c’est une formule qui dit le contraire de ce qui est énoncé. Personne ne s’excuse vraiment de déranger un vendeur dont le travail est justement d’aider à l’achat tout consommateur. Au contraire ! Cet « excusez-moi » vient le rappeler à ses obligations en une forme socialement acceptable ; il permet en fait de s’imposer en faisant mine d’être désolé de le faire.
Dont acte. Mais je me cherche toujours une autre formule. Ce séjour à Sainte Marie Joseph, en ce qu’il a mis en évidence que ma déficience visuelle est plus importante que je ne le pensais et, dans le même temps, que mes stratégies d’adaptation sont, pour le coup, de nature identitaire (bien au-delà de comportements et attitudes, elles me définissent en tant que sujet), m’a radicalisée considérant que cette double révélation agit (pour l’instant) comme facteur excluant.
Autrement dit, prendre conscience de la gravité de ce que je ne vois pas et de ce que je développe pour y suppléer fait que je me sens particulièrement étrangère au monde, même si j’ai les capacités d’y faire illusion. Il m’est difficile d’être plus explicite. Cela viendra. Pour l’instant, j’éprouve un grand sentiment de solitude qui n’a d’égal que mon désir de la sublimer dans une pensée et une action politique qui se nourrissent de ce décalage.
Aussitôt, je remarque que j’ai là la même réaction que celle que j’ai eue sur le bateau.
Vous croyez au hasard ? Moi non.

Sainte Marie Joseph @11

Cécyle 3 ansJ’ai repris ma formation à Sainte Marie Joseph dès la rentrée de septembre. Une séance de kiné hebdomadaire a été ajoutée (je vous en reparlerai, c’est cocasse) et, la locomotion ayant été arrêtée avant mon départ en vacances, restait l’orthoptie, la psychomotricité et l’ergothérapie vie quotidienne avec une nouvelle ergothérapeute, celle qui me suivait étant partie en congés maternité.
Le premier contact avec celle-ci n’a pas été très agréable ; question de personnalité, peut-être ; j’ai compris très vite aussi qu’elle ne savait pas trop quoi m’enseigner, le peu de questions que j’avais posées ayant trouvé une réponse. On a un peu parlé téléphone (je n’ai toujours pas de solution), elle m’a reposé des questions… À la deuxième séance, elle m’a indiqué qu’on s’arrêtait là ; j’ai trouvé que c’était une bonne idée et je garde de ces séances un outil dont je n’ai pas l’utilité mais que je trouve intéressant de connaître. Il peut être utile, même aux valides. Ici.
Avec la psychomotricienne, c’est toujours le grand bonheur. On travaille sur mes expériences de judo. Je tiens à chaque fois mieux debout et prends conscience de mes équilibres de manière purement sensitive. Vraiment, je l’adore.
Quant à l’orthoptie, on est passé en mode « exercice » afin d’évaluer mes « stratégies visuelles » : suivre des tracés plus ou moins complexes, trouver un point ajouté dans une photo couleur, trouver le chemin dans un labyrinthe, trouver l’objet manquant, relier des points, etc. Verdict après trois séances intensives ? J’utilise les bonnes stratégies et ai un taux de réussite proche de 100 %, mes quelques erreurs étant directement à attribuer à un manque d’attention (je bavarde) ou à un excès de vélocité. On en a discuté un peu. Nouveau verdict ? Merci papa, merci maman ; tout se joue avant six ans ! (Sacrée responsabilité, tout de même !)

Sainte Marie Joseph @10

« Die Angst des Tormanns beim Elfmeter »… Cela y ressemble !

« Die Angst des Tormanns beim Elfmeter » ? Cela y ressemble !

Cette dernière semaine (avant mes vacances) de stage en bigleuserie s’est finie en beauté, avec l’idée que j’ai entre les mains tout ce qu’il faut pour gérer mes déséquilibres, vivre en totale harmonie avec ma déficience visuelle qui n’est définitivement pas un handicap mais une part essentielle de mon identité.
Mercredi, l’orthoptiste, en deux exercices sur papier (relier des points ; repérer des figures parmi de multiples autres) m’a confirmé que mes stratégies visuelles s’appuient sur des stratégies kinésiques particulièrement efficientes. Nous avions identifié cela avec Isabelle et maman quand nous avons travaillé sur Tu vois ce que je veux dire. Cette confirmation est venue me rappeler, comme beaucoup de petites et grandes choses durant ce stage, que je suis bigleuse, non pas au sens où je vois mal, mais au sens où je fonctionne, je pense, j’agis, j’éprouve (j’aime ?) avec ma déficience visuelle comme déterminant principal, manière d’être encore plus que de voir.
Ce mercredi toujours, j’ai appris avec l’ergothérapeute à reconnaître les pièces de centimes d’euros et à utiliser le mobilier de ma cuisine et de ma salle de bains pour assurer mes appuis. Des trucs très utiles ! Puis est venu vendredi. L’après-midi a commencé avec une séance de locomotion. J’avais apporté une question sur le « Cédez le passage cycliste » dont je n’avais pas compris le fonctionnement. Je vais pouvoir travailler sur la réponse dès ma prochaine balade. Après cela, j’ai dit au revoir à ma copine de salle d’attente (on s’est collé la bise) et est venue ma séance de psychomotricité.
Nous avons fait le point sur les acquis de ces sept semaines puis avons travaillé de nouveau la chute avant yeux ouverts par-dessus une ceinture… puis par-dessus une couverture… roulée d’abord… étalée sur cinquante centimètres de large ensuite. Autant la semaine dernière l’exercice m’avait épuisée, autant cette semaine il m’a mise en joie, heureuse et fière de la récidive ; émue aussi par cette psychomotricienne qui fait partie de ces gens capables de donner la force d’aller plus loin, le courage. L’envie ?
Oui, l’envie aussi car comment passer outre un « blocage », conscient ou inconscient, élucidé ou obscur, si l’on n’en a pas le désir ? C’est si confortable, finalement, de s’accrocher à ce qui coince, à ce qui fait mal plutôt que de prendre le risque d’aller au-delà (dans l’au-delà ?) Où va me mener cette chute avant si je me propulse bien haut ? Vais-je m’envoler ? Et là où je vais atterrir, est-ce toujours la Terre ?
Ne croyez pas que j’exagère la question. Cette chute avant à travers le bouclier de monsieur Spock est tellement symbolique ! Et je suis heureuse d’avoir pu vivre cette expérience avec « ma » psychomotricienne de Sainte Marie Joseph. Je sais qu’elle a partagé ma joie ; au-delà de sa compétence, c’est sans doute cela qui la rend si remarquable ; sa sincérité.
Pour finir la séance, nous avons parlé de là où je dois aller, et dont j’ai très peur (mais pourquoi je pleure en écrivant cela ?) ; les douze techniques d’attaque du jujitsu. Elle m’a expliqué que plus j’en aurai peur, plus je douterai, plus je serai en déséquilibre. Elle a raison, je le sais. Durant nos séances, quand j’évoquais une peur, elle me la faisait toujours décortiquer pour en mesurer le caractère subjectif, arguant du plaisir que l’on pouvait avoir à se projeter dans une dimension inconnue. Car c’est bien de cela dont j’ai peur : me projeter là où je perds le contrôle. Mais qu’est-ce que je risque ? L’inconnu ? L’échec ? Et alors ?
Je n’ai de toute façon pas le choix. Merci madame la psychomotricienne de me l’avoir si admirablement rappelé.
Hajime !


Les 20 techniques imposées de JU-JITSU (DVD FFJDA)
 

Sainte Marie Joseph @9

BNFAForte de mes apprentissages à Sainte Marie Joseph, je suis partie pour m’occuper de quelques petits soucis d’adaptation que j’ai négligés jusqu’alors. Après l’acquisition d’une webcam, je me penche de nouveau sur l’acquisition d’un smartphone (je lorgne sur un vieux Samsung S2 ou S3, si vous en avez un qui dort au fond d’un tiroir, faites-moi signe…) qui fera office de loupe électronique, de GPS piétons et, qui sait, de téléphone.
C’est dans ce contexte que Sarah m’a passé Vernon Subutex, le dernier Despentes. J’ai lu quelques lignes, me suis d’emblée régalée moi qui, jusqu’à présent, n’avais guère apprécié son écriture romanesque. J’ai pensé alors le lire en numérique, sur Tranquille. Le roman m’intéressait ; c’était l’occasion rêvée de tester la lecture sur tablette portée par un désir de lire (qui ne m’est pas si fréquent).
Je tiens tranquille une demi-heure, sans fatigue ; sur papier, je tiens quinze à vingt minutes et en ressors les yeux explosés. Le bonheur ! Et si je me remettais un peu à lire ?
Je me souviens alors avoir eu des mots avec l’association BrailleNet qui cogère la BNFA et propose ainsi Tu vois ce que je veux dire aux déficients visuels. Au début, ils me payaient chaque année des droits d’auteur. Puis est intervenu un changement de législation : les auteurs et éditeurs sont contraints de mettre à disposition gratuitement à des associations accréditées les manuscrits pour qu’ils soient adaptés aux déficients visuels.
La nouvelle législation me prive de droits d’auteur, ce que je ne comprends pas. Je veux bien que les fichiers soient mis à disposition d’associations qui les rendent accessibles. Mais pourquoi les déficients visuels seraient privés du droit de payer les livres qu’ils lisent, en les achetant ou via le droit de prêt, les deux ouvrant rémunération de l’auteur ? Par charité mal placée ? Parce qu’ils sont tous pauvres ? Parce que, quand même, ces pauvres petits gn’handicapés… Allez savoir !
J’ai donc trouvé le site qui met ces livres à disposition, avec l’idée de profiter d’un système qui me spolie de mes droits ; une manière, au final de me rémunérer. D’emblée, je constate que le site est en blanc sur noir ; il m’explose les yeux mais c’est comme ça, il paraît que les bigleux aiment cette forme-là. Pas moi. Je m’inscris et tente de charger un pdf ; j’ai un message d’erreur. Je dois demander une clé que je paie 20 euros pour lire les pdf ; « protection du droit d’auteur », argue mon interlocuteur, qui me confirme ensuite que je ne pourrai pas transformer les pdf en ePub afin d’avoir un véritable confort de lecture.
Sachant que ces braves gens sont seuls à décider du contenu de leur catalogue et que seul un ouvrage sur trois semble disponible au format texte (le reste est en sonore), que leur site n’est pas adapté à tous les bigleux, que je ne pourrai pas lire leurs fichiers au format que je veux, tout cela à cause de ces mécréants d’auteurs qui veulent que d’autres mécréants protègent leurs droits sans les rémunérer, j’ai demandé ma désinscription immédiate du site. Les « marchands de handicap », commerciaux ou associatifs, sont décidément des gens infréquentables !