Archives de catégorie : Rencontre @

Rencontre @9

Une dizaine de jours après le début du confinement, un midi au boulot, une personne sonne à l’interphone. C’est une gardienne du quartier qui a rencontré une personne âgée perdue sur un trottoir dans le coin mais n’a pas le temps de s’en occuper et nous la confie. Une collègue et moi rencontrons donc Louisette.
Louisette est bien habillée et a un masque. Elle nous raconte qu’elle est sortie, a marché en regardant en l’air et ne sait plus du tout ni où rentrer ni, par conséquent, comment.
Louisette connait son prénom, puisque c’est ainsi que nous l’apprenons, et son nom. Ma collègue appelle le centre d’action sociale pour demander s’ils la connaissent. Ce n’est pas le cas de celui de l’arrondissement, qui se renseigne auprès de collègues dans un autre arrondissement. Les agents s’activent, le tout en télétravail. On appelle aussi l’Ehpad le plus proche. Louisette n’en est pas partie.
On papote avec Louisette. On lui fait tout sortir de ses poches mais il n’y a ni papiers ni clés. Elle nous présente une carte en pensant qu’elle peut nous aider mais c’est une publicité. Peu à peu, on va lui sortir une chaise pour bien l’installer, lui apporter à boire et à manger. Heureusement entretemps, on arrive à lui faire remonter sa manche et on découvre un bracelet médical avec nom d’épouse, nom de naissance, date de naissance et nom d’un médecin. Louisette a eu il y a peu 83 ans. Son nom de famille ne s’écrit pas du tout comme il se prononce, alors ma collègue rappelle le centre d’action sociale. Je trouve sur Internet le nom d’une clinique où la médecin exerce. Après le standard automatique, une personne d’un service de prise de rendez-vous ne trouve pas son dossier mais arrive à joindre la gériatre qui nous indique que Louisette est maintenant suivie à l’hôpital Lariboisière.
Sur ses indications, j’appelle les pompiers pour qu’ils puissent l’y transporter : pas de suspicion de conoravirus ? pas de détresse ? Ils joignent la police pour venir la chercher. Le centre d’action sociale rappelle : ils ont trouvé une adresse et on arrive à avoir un numéro de téléphone portable qui serait à un proche, qui ne répond pas. Louisette habite près de l’hôpital Lariboisière, assez loin d’où nous sommes.
Après une trentaine de minutes, la police arrive. Un ancien et deux jeunes stagiaires. Louisette leur répond à peine, car elle nous l’a dit : « Il faut se méfier. J’ai eu de la chance de tomber sur vous. » On lui dit qu’elle peut leur parler et avoir confiance. Elle leur répond alors. On lui dira qu’elle peut aller avec eux pour qu’elle monte, car après toute une discussion, les policiers l’emmènent.
Nous avons vécu une heure et demie avec Louisette, bien embêtée de ne pas savoir où elle devait rentrer et bien embêtée de nous déranger. Un temps à part avec une femme âgée atteinte d’Alzheimer et arrivée dans notre quartier de façon toujours inconnue. Louisette qui répond tout simplement aux policiers lui demandant son âge au moment de partir « Oh ! j’ai 40 ans. »…

Rencontre @8

Poissons, crevettes et escargots ont rencontré eux aussi des albinos de près… Deux ancistrus albinos (ou ancistrus gold) viennent d’arriver dans l’aquarium. Ils ont été bien acceptés bien sûr.
On craint un peu qu’ils ne fassent la révolution, comme leur marraine albinos. Ça va swinguer dans le bocal.

Rencontre @7

En ce mois de février, un cousin vivant aux États-Unis et sa fille venaient en France et nous avions prévu de nous retrouver avec plusieurs membres de ma fratrie sur son trajet de retour. Nous devions nous retrouver dans un quartier très fréquenté, entre lieux touristiques et bureaux. Un peu en avance, je vais directement au restaurant. Ne voyant personne, je m’interroge, envoie un texto à une de mes sœurs et découvre que le rendez-vous était plus tard. J’étais très en avance.
Je sors, tourne la tête et vois ma sœur. Nous allons alors ensemble au rendez-vous devant l’hôtel du cousin à quelques minutes à pied. Quelques pas et nous croisons mon frère. Nous arrivons sur place au moment où mon cousin et sa fille sortent. Tous les cinq, nous allons ensuite au restaurant, où nous retrouvons ma sœur qui y arrive. Voilà un enchaînement d’une fluidité parfaite, un vrai ballet.

Rencontre @6

Dans une boutique de CD et livres d’occasion, la vendeuse a mis un CD de jazz pour l’ambiance du magasin. Un acheteur se met à lui parler de jazz. Il lui explique que beaucoup de morceaux sont tombés dans le domaine public et donc qu’il faut choisir certains labels sûrs et lui donne le nom de l’un d’eux. Il continue en parlant d’une boutique de disques de jazz à Barcelone.
La conversation dure un peu. La vendeuse le remercie de ces informations. L’homme ajoute que cela fait du bien de se parler, car avec Internet les gens ne se parlent plus (air connu). Sur ce, il part, sans saluer. La civilité a ses limites.

Rencontre @5

La photo date un peu…

La photo date un peu…

Quand je vais à Avignon, je profite du voyage pour aller dérouler le long du Rhône. Vous savez déjà ça. Lors de mon dernier séjour, le dimanche, je me suis retrouvée sous un « épisode cévenol » les pieds un peu dans la boue d’un autre épisode du même type datant de trois jours. Je n’ai donc fait qu’un passage le long du Rhône pour limiter les risques de glissades et suis montée au rocher des Doms. Un tour. Triangulation. J’ai pris le chemin du retour, trempée pire que trois soupes.
Le lendemain, après un passage le long du Rhône, je suis remontée sur le rocher toujours pour éviter trop de boue. J’ai fait un premier tour et, arrivée près de la table d’orientation, une femme m’interpelle.
— C’est mieux qu’hier ! Vous étiez sous la pluie.
— Et qu’est-ce qu’il tombait !
— Personne ne court par ce temps-là.
Je souris et attaque mon deuxième tour. Je songe que la dame ne me verra pas demain. Je regrette de ne pas avoir pu le lui dire.
Un quart d’heure plus tard, je décide de rentrer. Je prends l’escalier pavé très glissant qui longe la prison. Je descends en marchant par précaution.
— Ah, vous vous reposez !
C’est la même dame.
— Moi aussi je cours mais sur le plat.
— A Paris, je cours aussi sur du plat.
— Vous êtes en vacances ?
Je réponds oui. Elle me les souhaite bonnes et l’on se dit au revoir. Me voilà rassurée. Elle ne sera pas surprise de ne pas me revoir. Quelle importance ? Celle de ne pas abuser de sa sollicitude. J’y tiens.

Rencontre @4

BoudhakarathaiVous connaissez déjà Caddie, les inséparables Petit Mouton, Petit Koala et Plaidounet, la bande et leurs copains Tits Chats, Petit Faune, le club des cinq Balance, Stepper, Dyson, Ramboo, Roomba, et puis la Cocotte qui prend doucement sa place, les Tour, Montparnasse et Eiffel… Ça fait déjà du monde, plus qu’une équipe de foootttt, surtout si l’on ajoute l’escargot, les deux autres, le troisième, le papillon… le papillon. J’oublie quelqu’un ? Mon cœur, lui, n’oublie personne et si vous trouvez que décidément cette ménagerie extensible devient agaçante je n’aurai d’autre argument que de vous prévenir que cela ne peut aller que de mal en pis !
Je me découvre un animisme urbain qui s’enrichit chaque jour de nouveaux symboles autour du rite de la triangulation qui, quoi que ma raison en pense, me donne en quarante-cinq secondes une énergie inconnue et bénéfique. Tout l’été, il a été rythmé par « la joie, lanmou, Mimie, Chouchou » ; il vient de s’enrichir d’un personnage bienfaisant, Boudhakarathaï. Cela fait un peu cri de guerre, ou parole magique, selon le ton que l’on emploie. Il est parfait pour clore la triangulation, me rappeler qu’il me faut me poser, ouvrir mes épaules aux éléments, prendre le vent, le soleil, humer l’air, sourire à l’immensité du ciel, respirer. Oui. Respirer, la joie, lanmou… Boudhakarathaï.
Et Petit Boudha, alors ; celui que l’on voit ici, et au sein mon autel particulier ? Je lui ai présenté Boudhakarathaï avant que celui-ci ne prenne place à la tête de mon lit pour veiller mon sommeil. Il était content d’avoir un cousin, tant la tâche qui lui incombe lui est rude. Les choses se mettent en place, petit à petit. L’espace trouve son équilibre et moi avec. Il ne me reste plus qu’à guérir cette épaule gauche qui a trop porté sans en être soulagée. C’est aujourd’hui ma priorité. La joie. Lanmou. Boudhakarathaï !

Rencontre @3

J’ai récupéré pour une amie Pourquoi l’amour ne suffit pas, de Claude Halmos et je l’ai feuilleté, en souvenir de ce que j’avais entendu d’elle sur cette question sur France Info (ici) et parce que je suis convaincue que, en effet, « l’amour ne suffit pas ». Je ne suis pas allée très loin dans ma lecture, la relation « mère enfant » ne fait pas partie de mes sujets de prédilection. Par contre, j’ai été arrêtée par sa « définition » de l’amour non filial, qu’elle oppose à l’amour filial (chapitre 2 : « L’amour parents-enfant : un objet non identifié »).
Elle propose trois critères à « l’amour en général : celui qui unit deux personnes adultes » :

    « (…) celui des sentiments : on peut dire d’une personne qu’elle en aime une autre à partir du moment où elle éprouve pour elle des sentiments. C’est-à-dire où, lui donnant une place et une importance particulière, elle la situe par rapport à elle dans un rapport particulier. »

Je ne peux qu’être d’accord avec cela tant je crois en effet que l’amour consiste à regarder l’autre, lui donner une place, et le considérer dans ce qu’il est de particulier, à lui-même et à soi. L’autre n’est ainsi jamais divisible dans tous les autres. Il ne peut être identique à ce que l’on connaît déjà. L’autre à aimer est forcément une découverte vers une relation singulière. Ou alors, on n’aime pas la personne, mais ce qu’elle représente, ce qu’elle incarne, ce qu’elle rappelle. Et, à mon sens, c’est une des raisons premières sur laquelle la relation amoureuse achoppe.
Je continue ma lecture.

    « Le deuxième critère d’un amour réussi [étrange adjectif, NDLCy] (…) est celui du plaisir pris ensemble (…) »

Indiscutable. Je poursuis.

    « Le troisième de ces critères, enfin, est celui de la possession dont atteste le vocabulaire amoureux (et même amical » : « mon » amant, « ma » femme, « mon » ami. Sans parler de toutes les locutions qui expriment l’idée de « se donner » à l’autre, de lui « appartenir »). »

Ouille ! Oui, « ouille ! » Je sais combien Claude Halmos a ici raison, et son argument du vocabulaire je ne peux pas le contester. Pourtant. Pourtant, je veux croire que ce désir d’être possédé (notamment sexuellement) ou de prendre (idem), d’avoir l’autre à soi peut s’extraire de ce que nous entendons par « possession » qui, Code civil oblige, renvoie forcément à la « propriété », propriété si ontologie à notre ordre culturel et social (donc amoureux) qu’elle est en tête de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Prendre sans posséder, se donner sans s’aliéner, aimer sans s’approprier, je le crois possible à condition que la place particulière que l’on confère à l’autre soit une place définie par ce qu’il est, que cette place soit une libération et non une contrainte, que l’amour, en somme, nous soit à chacun une liberté.
Utopie ? Peut-être. Ne suis-je pas d’ailleurs célibataire ?

 

Rencontre @2

Bien que les deux ne soient pas exclusifs l’un de l’autre, il y aura sans doute plus d’amoureux qui fêteront la Saint-Valentin ce 14 février que de personnes qui s’associeront à cette journée de lutte contre les violences faites aux femmes initiée par Eve Ensler. J’en ai parlé, ici. Et je serai, , avec une forte compassion, j’en conviens, pour les amoureux.
Forte compassion ? Ne serais-je pas plutôt jalouse ?
Si seulement, je l’étais ! Cela signifierait que je porte encore quelque espoir dans la relation amoureuse, ce qui est de moins en moins le cas. Et quand je vois comment celle-ci trouve sa traduction sociale, là, c’est carrément l’aversion qui point en mon cœur. Il y a le mariage, bien sûr… Je passe. Mieux vaut que je me concentre sur une publicité de mon magasin de hard discount préféré. Que nous propose-t-il pour célébrer l’amour ?
Un fraisier… Oui, j’aime bien. Des biscuits à la noix de coco… Je ne vois pas bien le rapport (ce n’est pas rouge, ni en forme de cœur) mais ne chipotons pas. Du « Cœur de muscat rosé » ; trop fort le magasin ! C’est rose, et le cœur est dans le nom… Mais il y a encore mieux « Le vin de Pays de la vallée du Paradis rouge » ! Walhou ! J’ignore où est ladite vallée mais si avec ces deux bouteilles les amoureux ne roucoulent pas jusqu’à ce qu’éthylisme s’en ensuive, c’est à désespérer de l’alcoolisme ordinaire. À cela, on ajoute bien sûr un « Coffret Madame glamour », des bougies parfumées chauffantes (pour chauffer et désodoriser monsieur quand le vin aura fait son effet, je suppose) et des fleurs, en pot. C’est moins périssable…
Ah ! l’amour. Je préfère définitivement le judo (et la lutte contre les violences faites aux femmes).

Rencontre @1

Avec Isabelle, nous échangeons beaucoup sur la question de la rencontre. C’est un peu personnel pour que le plus croustillant soit publié ici. Je veux juste poser une question, si récurrente : pourquoi, après une soirée chaleureuse, et l’initiative d’un texto ou d’un mail gentil qui dit simplement que la soirée était agréable, on essuie si souvent une non-réponse, que l’on interprète comme la marque d’un désintérêt et que plus tard une explication infirme en arguant une simple négligence ?
À écrire la question sous cette forme, une seconde point : comment l’intérêt et la négligence peuvent cohabiter ? Le bogue est certainement là et finalement, le tri est fait. Au moins pour moi.

Allez ! Petit lot de consolation… Joli p’tit lot ?