Archives de catégorie : Préférences @

Préférence @5

Depuis deux ans environ, j’aide ponctuellement une amie dont la maman souffre de la maladie d’Alzheimer. Je rends quelques visites à cette dame, l’appelle, l’accompagne à des rendez-vous ; aidant est une tâche si redoutable que j’espère que ce petit relais est un soulagement pour sa fille. Jusqu’au mois de janvier, cette dame était chez elle. Au fil des mois, sa mémoire déclinante a rendu son quotidien difficile en dépit des aides mises en place ; celui de sa fille tout autant. Et puis, en janvier, ce qui devait arriver arriva : cette dame n’a pas retrouvé le chemin de son domicile ; elle a parcouru quelques dizaines de kilomètres semble-t-il en RER avant d’être recueillie par un monsieur, puis par la police.
Sa sécurité était désormais engagée. Déjà, chez elle, c’était limite : elle ne savait jamais si elle avait mangé ; la plaque chauffante pouvait rester allumée ; son argent disparaissait, et beaucoup de ses affaires ; elle achetait plusieurs fois la même demi-baguette dans une seule journée ; sa toilette était parfois négligée ; prendre des médicaments requérait le passage d’une infirmière… mais si en plus elle se perdait, les risques étaient trop grands. Sa fille a décidé de lui trouver une place en Ehpad, convaincue de l’envoyer au bagne. Cela a été assez rapide, mais forcément compliqué. Pour elle d’abord : même si cette dame ne se croyait plus chez elle quand elle y était, ce changement d’environnement a forcément été source d’angoisse ; pour sa fille également, la gestion des aspects matériels bien sûr, mais la charge émotionnelle d’une telle décision, surtout.
Cela m’a ramené à une voisine que j’aimais bien (elle m’a appris à crocheter). Alors qu’elle avait encore toutes ses facultés mentales et physiques, à peine âgée de 75 ans, elle a décidé de quitter notre HLM pour aller s’installer dans le petit appartement d’une résidence pour personnes âgées attenante à un Ehpad. Cette femme n’avait pas d’enfants. J’ai trouvé à l’époque sa décision d’une grande lucidité. Elle expliquait qu’elle préférait changer d’univers alors qu’elle était encore capable d’en décider et de s’adapter plutôt que de se retrouver un jour à l’hôpital puis dans un lieu de vie qu’elle n’aurait pas choisi, auquel elle n’aurait pas été préparée.
Je n’ai pas d’enfant. Je n’ai guère de liens avec mes neveux, nièces, petites-cousines et petits-cousins. Cette voisine avait raison. Il va m’appartenir de prendre un jour les devants, considérant que mon handicap visuel, s’il me conditionne à m’adapter, ne pourra en même temps, l’âge venant, que grever mon autonomie. Je ne veux pas mettre mes amis devant la difficile décision de me « placer », ni les obliger à des démarches administratives compliquées, ni les confronter à l’intimité d’un déménagement que je ne pourrais ordonner moi-même.
J’ignore ce que les cinquante ans à venir me réservent ; plein de bonheur, j’en suis certaine ; je veux le vivre jusqu’au bout de ma conscience de l’être. Il y a de chouettes Ehpad dans mon arrondissement. Je prendrai le temps de bien choisir.

Préférences @4

Je lisais un article du Huffington Post « Pour la Saint-Valentin, des sextoys gays, lesbiens et non-genrés (sic) », intriguée par la notion de godemichés « non genrés ». L’article s’est révélé fort intéressant, le propos de Alice Derock, fondatrice d’un sex-shop en ligne « dédié à la communauté lesbienne » me portant, par la justesse de son propos, à visiter le site en question. Les jouets proposés, à l’œil, font assez envie, et leur présentation révèle une donnée à laquelle j’ai souvent été confrontée : celle de l’évaluation des dimensions de l’objet.
Dans la tête, on peut avoir envie de quelque chose qui comble ; le hic est qu’un godemiché, ce n’est pas dans la tête qu’on le met (non non !) mais plutôt dans le vagin, considérant que celui-ci a volontiers les yeux plus gros que le ventre. Comment choisir ? L’étalon de la mesure du désir vaginal n’est-il pas le doigt ? Eh bien ! voilà que les tailles sont décryptées en nombre de doigts (ici) en même temps que chaque modèle proposé a plusieurs tailles.
Est-ce cela le « non genré » du jouet sexuel, l’idée que deux doigts suffisent a beaucoup de plaisir autant que quatre peuvent être requis, autrement dit que c’est le vagin qui décide et pas l’anatomie de son partenaire ? Il y a ça, et aussi le fait que ces objets oblongs ne sont pas façonnés à l’image des pénis. À l’époque où je fréquentais les sex-shops (tout se perd… mais ma garde-gode est à refaire ; à bonne entendeuse, je peux livrer la date de mon anniversaire…), on parlait de godemiché « réalistic » qui s’opposaient aux premiers modèles en jelly, de couleurs vives et sans gland ni décorations veineuses.
Il semble qu’aujourd’hui ces derniers soient devenus la règle dans les sex-shops de filles et je m’en réjouis. Il y a pourtant une chose qui m’intrigue. Sur ce même site, on trouve des « sextoys pour insémination » () ; je n’y aurais pas pensé mais c’est effectivement plus judicieux qu’une petite cuiller. Je remarque sitôt qu’ils sont très réalistes, ce que le site confirme « Habituellement WetForHer ne met vend aucun sextoy de forme réaliste mais nous ne pouvions pas laisser ce sextoy de côté car il est créé par une lesbienne aux US que nous avons rencontré (sic) et il est destiné aux couples lesbiens pouvant pratiquer l’insémination chez elles. »
Tiens donc. Une lesbienne crée un sextoy pour aider aux inséminations maison (bonne idée) tout en proposant une représentation fidèle du pénis, comme pour faire père celle qui introduira le gode et actionnera la pompe. Quel paradoxe ! La déconstruction du genre, notamment en matière de parentalité, est loin d’être aboutie. Vivent les petites cuillers ! Il y en a aussi de différentes tailles, et matières.

 

Préférences @3

Il m’est souvent arrivé de penser (et d’écrire) que mon impuissance à vivre dans la durée une relation amoureuse se répétait trop souvent pour que je n’en sois pas directement responsable. Depuis quinze ans, je n’ai en effet vécu que des relations courtes, soit parce que le désir était volatile, soit parce que les humeurs n’étaient pas conciliables. L’histoire vient de se répéter. Je suis heureuse qu’elle m’ait permis de renouer avec mon désir que je croyais éteint à ce degré de félicité. Elle me laisse néanmoins le goût amer de ce constat de mon impuissance à vivre une partie du quotidien à deux, mon incapacité à être dans le compromis quand il devrait être chose due.
Ce qui fait mon équilibre m’est si ontologique ! Écrire sans dimanches ni vacances, organiser mon temps pour dormir mon saoul en me levant tôt et faire chaque jour au moins une heure de sport, penser mon alimentation et mes consommations pour satisfaire mon corps comme mes engagements tout en succombant à ma gourmandise sans dommage pour ma santé (une périlleuse équation !), être dans l’action qui me va mieux que la contemplation. Comment passer un dimanche matin dans des bras fussent-ils langoureux à simplement éprouver le désir, me repaître du temps qui passe et de conversations badines ? Je ne sais pas. Je veux tout comprendre, tout penser, et agir sur chaque seconde à venir. Et puis, le dimanche matin n’est-il pas fait pour se lever à 7 heures et aller dérouler sous la pluie, prendre une douche bien chaude et travailler sur les mises à jour de mon site ?
Non ?
Pas forcément.
Bigre.
Peut-être me dira-t-on que ce qui fait mon équilibre se partage si l’on trouve la bonne personne ? L’argument ne tient pas ; la personne était bonne sans être la bonne. Sombre paradoxe qui ne tient qu’à un pronom personnel et me porte à considérer que tout se partage si j’accepte de le partager. Pourquoi n’accepté-je pas ? Parce que j’aime la solitude ? Parce que je me sens trop fragile pour accepter que mon univers soit investi par autrui ? Parce que… Je ne sais pas. Je remarque juste que là, quand mes doigts courent sur le clavier, la musique un peu fort dans l’enceinte, je suis bien. En fait, des fois, je me demande quelle est la fonction de l’autre-amoureux. Je dis bien « l’autre-amoureux » pour le distinguer de l’autre tout court. Je sais la force, la puissance, la chaleur de l’amitié. Je renonce parfois à des choses importantes pour moi par amitié. Je prends des risques par amitié. Je fais des choses qui me sont étrangères par amitié. J’en suis incapable par amoureux. J’ai l’impression de me compromettre, de céder à un pouvoir qui pourtant ne s’exprime pas ainsi.
Bigre.
Comme dirait Caddie, ça nous promet de longues soirées d’hiver ! Ça me promet aussi un gros travail d’écriture. Il y a là un mystère que je voudrais percer sauf à admettre que mon incapacité à la relation amoureuse m’est aussi ontologique que ce qui fait mon équilibre. Admettons ? Pas si vite ! J’aime trop remettre sur le métier mon ouvrage pour abdiquer sans combattre.
Hajime l’amoureux ? Oh là ! pas si vite non plus. J’ai une peine à éprouver. Quand la personne était bonne, c’est toujours une tristesse que d’y renoncer même si la rupture était inéluctable. La mélancolie va bien à l’hiver. Les jours s’allongent. La lumière est plus forte. Le printemps sera de joie.

Note. Pour aider un peu, j’ai acheté une infusion Joie de vivre : piment, gingembre et poivre noir. Oh là là ! Caddie, ça va déchirer du bonheur.

Préférences @2

Blague à part, je suis comme Isabelle ; je n’ai pas de « livre préféré » ou de « film préféré ». Et pire qu’elle (qui a une belle mémoire de ses sources), je ne me souviens même pas de ce que j’ai lu ou vu, au sens où je suis incapable de citer tel ou tel auteur ; si cela m’a intéressée, je l’intègre dans mon imaginaire ou mon savoir ; cela devient mien.
Il n’y a d’ailleurs pas, côté livres — le cinéma m’intéresse peu —, d’auteurs qui m’aient vraiment marquée. Étudiante, je me souviens avoir cherché, sans succès, un « maître à penser », les « maîtresses » étant ici fort rares. Je ne l’ai jamais trouvé. Et en littérature, c’est un peu comme ça que j’en suis venue à écrire des « romans lesbiens » : faute de trouver des récits satisfaisants au regard de mes « préférences », sexuelles cette fois, j’ai décidé de les écrire.
Doit-on en conclure que mes livres préférés sont les miens ? Oui. Ça me va.

Préférences @1

J’ai souvent du mal à dire quels sont mes auteurs, mes livres, films préférés. Si je les ai aimés, ils font en quelque sorte partie de moi, intégrés dans ma vision du monde, ma façon de penser, mes émotions.
Ceux que j’ai le moins aimés ont pu parfois faire l’objet d’un tel rejet que leur souvenir peut être plus vif.