Archives de catégorie : Pauvres enfants ! @

Pauvres enfants @36

Helgant au parc regarde la photographe.Je suis au parc de La Courneuve avec Helgant. Nous apercevons une femme à notre droite et une petite fille à notre gauche. La mère est énervée car sa fille ne répond pas à ses appels et ne la rejoint pas. Nous bifurquons avec Helgant sur notre gauche pour contourner la gamine qui se décide à avancer.
La maman s’exclame « Pourquoi tu attends que je m’énerve pour bouger ? »
Helgant passe près de la petite fille qui crie alors « Ah ! Il est beau ! »
La mère réplique alors d’un ton ferme « Oui, lui, il est beau parce qu’il écoute. »
Pauvre Helgant d’être ainsi instrumentalisé. Alors qu’il sait qu’il est beau même quand il ne m’écoute pas. Si, si, ça arrive…

Pauvres enfants @35

Une boutique près de chez moi a une devanture qui me gêne. Il est écrit sur la vitrine ce qui est proposé « Robes de cocktail, fillettes, robes de mariées, accessoires ». Je ne doute pas une seconde qu’il ne s’agit pas de vendre des fillettes, mais bien de proposer des robes pour les petites filles.
Cette présentation de robes pour les fillettes au même titre que celles pour des femmes qui vont participer à des cocktails ou se marier participe pour moi à une sexualisation de petites filles. Elle est pleinement dans une conception patriarcale de la société qui cantonne les filles et les femmes à un rôle sexuel, entre cocktail et mariage, entre la femme et la putain ? Misère.

Pauvres enfants @34

En balade dans les rues d’Avignon, je passe devant une terrasse de café sans remarquer plus que ça deux très jeunes gens attablés. Dix mètres plus loin, j’entends.
— … celle-là ? Casquette, solaires, oreillette et même une matraque dans la poche. …
Je n’ai pas entendu le début ni la suite mais pressens que ce n’était pas à mon avantage et que ma butchitude était en cause. Je fais demi-tour et m’avance posément vers eux. J’ai une quinzaine de mètres à parcourir. Je prends mon temps. Je ne leur donne pas 18 ans, ils boivent un cocktail dont l’odeur d’alcool remonte jusqu’à moi quand je m’arrête près de leur table. Il est à peine 18 heures.
— Bonjour messieurs. Vous aviez quelque chose à me dire ?
Le plus vaillant des deux est très mal à l’aise. L’autre n’existe déjà plus.
— On plaisantait entre nous, madame !
— Vous parlez trop fort pour que vos propos restent confidentiels.
Je sors ma canne.
— D’abord, la matraque…
— Ah, c’est une lampe !
— Non monsieur, c’est une canne blanche [je la déplie], vous savez, le truc pour identifier un déficient visuel.
— Ah ! Je…
— Et l’oreillette est branchée sur un GPS qui me guide. La casquette basse sur les yeux, c’est pour augmenter l’ombre sur les solaires car la lumière me gêne. Vous vouliez savoir autre chose ?
Il hésite et, en bafouillant.
— On se posait juste des questions. Excusez-nous.
— Vous auriez pu me les poser directement. Bonne soirée messieurs.
Et je suis repartie sans leur laisser le temps de me dire au revoir. Ils ne s’abstiendront évidemment pas d’autres commentaires sur des passantes. Au moins, ils savent que l’impunité n’existe pas. J’espère.

Pauvres enfants ! @33

En passant devant des grilles à Porte Maillot, je vois des panneaux publicitaires pour de nouvelles attractions « Wild immersion ». Il s’agit de film pour une « première réserve virtuelle (…) au Jardin d’Acclimatation, en 360° et réalité augmentée » avec ours blancs, renards arctiques, bisons…
Les affiches montrent ces animaux avec des slogans. Pour les bisons, c’est « Nous, dans le Nord, on n’est pas commodes. » et pour les renards arctiques, c’est « Méchant, mais virtuel ! »
L’anthropomorphisme est un prisme usuel dans des présentations ludico-pédagogiques d’animaux à destination des enfants. Mais, faut-il mettre en avant ces dimensions « négatives » ? Les renards sont-ils vraiment méchants ? Ce n’est pas ce que je dirai. De nombreux hommes sont méchants, gratuitement violents et agressifs, ce qui ne me semble pas le cas des renards, attachés à se défendre et se protéger. Faut-il jeter l’opprobre sur les animaux sauvages pour que les enfants considèrent qu’ils sont tellement mieux en virtuels. Un moyen de neutraliser par avance toute critique de leur extermination par les futures générations ?

Pauvres enfants ! @32

J’ai grandi avec des Playmobil. C’était mon jouet préféré. J’en avais des pompiers, des pirates, des cow-boys, des hussards… Avec mon frère, nous avons passé des heures à y jouer. Même si certains avaient des armes, ils étaient avant tout ludiques, permettant d’imaginer toutes sortes de scénarios et de mises en scène, sans esprit de violence.
Récemment, dans un rayon jouet d’une grande chaîne, je suis tombée sur une boîte de Playmobil bien loin de tout cet imaginaire heureux. Il s’agit d’une grande boîte, de la série « City action » avec un véhicule de police et trois policiers… chargés du maintien de l’ordre. Cette plongée dans une réalité aujourd’hui connotée dans le contexte français aux violences policières et à la répression de la contestation sociale m’a semblé plus violente que n’importe quel équipement de hussard ou de pirates de mon enfance. C’est comme si ce mode de travail policier était banalisé et intégré dans une normalité. Cette irruption du réel m’a fait froid dans le dos.

Pauvres enfants ! @31

Blog biberonEncore une affiche dans le métro qui m’a fait sursauter… C’est une publicité pour du lait en poudre avec le slogan « Métro Boulot Biberon ». Hein ? J’ai immédiatement pensé aux enfants trimballés dans le métro et me suis dit « Mais ils veulent les faire manger que pour qu’ils aillent bosser?! »
Bon, sans doute, s’agit-il plutôt de s’adresser aux parents qui doivent donner le biberon après le boulot et les trajets afférents en métro. Être parent est donc une routine où les gamins prennent tout le temps de sommeil ?
En tous les cas, l’association des trois termes place d’emblée les bébés dans le cycle de la production comme une sorte de cycle infernal auquel ils sont voués parce qu’elle les nourrit. Pauvres enfants !…

Pauvres enfants ! @30

SlipUne marque de slip d’homme surfant sur l’achat cocardier a sorti une campagne publicitaire la première semaine de juin qui m’a mise mal à l’aise. Ce n’est pas tant que d’habitude les publicités pour les slips me réjouissent, mais j’ai trouvé celle-ci de fort mauvais goût en plus d’être peu compréhensible.
L’affiche comporte un dessin avec, d’un côté, un slip de face blanc avec l’indication « avant » et, de l’autre côté, un slip rouge avec le logo de la marque avec l’indication « après ». Le tout porte le slogan « Cette année, papa se remet au slip ». En quoi se « remettre » justifie l’avant et l’après, à moins que la marque ne considère que le slip, créé plusieurs décennies avant elle, est devenu exclusivement associé à elle. Bon, pour autant, cette crise d’ego, courante dans le commerce, n’est pas ce qui m’a dérangée.
Alors que je lui en parle, Cécyle m’indique que c’est la fête des pères. Je reste frappée par la collusion entre la parenté et ce sous-vêtement, voire d’autant plus puisque la coïncidence en montre le lien direct avec la filiation. Comment peut-on à ce point créer une connivence entre un sexe d’homme et son statut de père dans une société où les violences pédophiles sont essentiellement intrafamiliales ? Je reste mal à l’aise et un peu nauséeuse à voir ce que des publicitaires peuvent imaginer pour vendre des slips.

Pauvres enfants ! @29

LaFilouteLe Magazine de la Santé du 30 mai 2016 a consacré une chronique à l’homoparentalité : « Homoparentalité : quel impact sur les enfants ?, avec le Pr Philippe Duverger, pédopsychiatre ». D’emblée, je me dis que je n’ai jamais vu passer un sujet type « Hétéroparentalité : quel impact sur les enfants ? », cela viendra peut-être, le jour où l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste traitera autrement que par un mépris coupable les violences familiales si tant est qu’il soit possible, en l’état actuel de notre culture, de dissocier famille et violences.
Cela dit, le psychiatre de service m’a paru assez ouvert à l’homoparentalité, levant quelques clichés et banalisant la chose. J’avais l’oreille distraite mais je n’ai pas relevé d’homophobie de premier degré. Une chose pourtant m’a frappée : à la fameuse question de savoir si les homoparents produisaient plus d’homosexuels que les hétéroparents, le psychiatre a opposé une réponse plus que négative. Non, non et non, les enfants de parents homosexuels ne sont pas plus homos que la moyenne.
Je dis une réponse « plus que » négative car la façon dont il a rejeté l’argument m’a semblé disproportionnée. À LaFiloute qui regarde la télé avec moi, j’ai dit :
— Et alors ? Quelle importance cela aurait ?
— Tu sais bien qu’il faut que l’ordre règne.
Là, Michel Cymes a indiqué que si l’enfant est élevé dans un milieu « communautaire fermé » le risque pouvait exister, que les familles homoparentales se devaient d’être « ouvertes ». Le psychiatre a repris l’argument, pas convaincu. Si l’on y réfléchit, on remarque que les familles hétéroparentales très fermées, celles qui ne fréquentent que des hétéros coincées de la différence, voient pourtant certains de leurs rejetons être homosexuels.
J’ai de nouveau regardé LaFiloute. Elle m’a souri.
— Et si l’intérêt de l’enfant était que la famille soit déconstruite au profit des droits individuels ?
Elle me plaît, LaFiloute ; elle apprend vite !

Pauvres enfants ! @28

CluedoPendant mes dernières vacances, j’ai pris plaisir à plusieurs parties de Cluedo. Mes amis avaient acheté la dernière version, qui a évolué depuis celle de mon enfance. Les grandes lignes sont restées les mêmes, mais il y a divers petits changements. Ainsi, il n’y a plus de colonel Moutarde, mais Moutarde « alias Jacques Poussin ». Les personnages sont tous plus « modernes » : avocate, vedette de cinéma, etc. Leur nom, fameux, est resté, ouf ! Il y a toujours Violet, Rose, Pervenche, Leblanc, Olive…
Le jeu présente même des dessins de ces nouveaux personnages. Et là, le bât blesse plus que la barre de fer (seul arme du crime qui a changé de nom, c’était avant une matraque) : le seul personnage non-blanc est noir. C’est une femme, du nom de Diane Leblanc.
Je ne sais pas ce qui est passé par la tête aux concepteurs de cette refonte d’un classique du jeu de plateau. En tous les cas, outre le goût en soi douteux de cette « touche d’humour » (je ne sais pas comment qualifier cette connerie), c’est affligeant que les enfants puissent y être confrontés, entretenant la bêtise des jeux et clichés sur la couleur de peau. Il y a des coups de chandelier qui se perdent !

Pauvres enfants ! @27

Magazine de la santéEn novembre dernier (des fois, je note des sujets de billet et le temps passe…), « Allô docteurs », sur France 5, consacrait une émission à la maladie d’Alzheimer. Il y avait là, outre les deux animateurs, un médecin spécialisé du sujet et une femme atteinte de la maladie.
En général, sur ce sujet, les personnes qui témoignent sont plutôt des proches de malades, ou des malades en tout début de pathologie. Là, cette femme était présentée comme ayant atteint une phase avancée de la maladie. Elle s’exprimait très bien mais avec un débit parfois hésitant, comme quelqu’un qui cherche ses mots, voire ce qu’elle souhaite dire.
— La maladie est arrivée quand vous aviez quel âge ? demande Michel Cymes.
Elle réfléchit. Il lui laisse le temps.
— Je ne sais plus.
— Et c’était il y a longtemps ?
— C’était… quelques années, je crois.
Cette femme était très émouvante. On sentait les efforts qu’elle faisait, sa volonté de parler, de témoigner de sa maladie, de ses souffrances non physiques mais émotionnelles. Interrogée sur la manière dont sa famille vivait la chose, elle a pris un ton grave.
— Mes enfants n’acceptent pas.
J’en suis déconcertée. Comme peut-on dire à quelqu’un qui est malade, « Je n’accepte pas ta maladie. » ? Car c’est bien ce que ses enfants renvoient à cette femme ; les animateurs le lui font répéter, expliquer. Elle raconte que sa plus jeune fille, elle, accepte d’en parler, de l’écouter, pose des questions. Ses deux autres enfants, eux, font comme si de rien n’était et refusent tous les changements dans le comportement de leur mère, les lui reprochent même. C’est ce que je comprends. Je ne sais pas, bien sûr, la réalité des choses mais cette femme exprime alors une telle souffrance !
— Mes enfants n’acceptent pas.
Elle le redit plusieurs fois. Je peste devant ma télé et rumine contre ses foutus enfants.
Sans doute que ma réaction est liée à ma propre souffrance devant celles et ceux qui « n’acceptent pas » ma déficience visuelle, considèrent qu’elle n’existe pas, la dénient par des « ça ne se voit pas » et autres « tu es tellement autonome ». Nier la maladie, le handicap, ne les ont jamais fait reculer. Et même si je peux comprendre que la souffrance de ceux que l’on aime nous est insupportable, est-ce vraiment une raison d’en rajouter ?