Archives de catégorie : Pauvres chéris ! @

Pauvres chéris @15

L’été indien de ce mois de février et le ras-le-bol du masque en extérieur m’ont portée à retourner faire du sport au square. J’ai pu ainsi savourer la caresse du soleil et la douceur de l’air sur la peau de mes joues ; un tel bonheur que je me suis retenue de ne pas finir en maillot de bain ! Blague à part, il a bien fallu un nouveau malotru pour venir gâcher mon plaisir et nourrir ma réflexion sur les effets délétères de la testostérone sur le genre humain.
Après une bonne demi-heure sur les différents appareils de muscu, je suis allée dans mon coin préféré, l’aire de jeux où trône une pyramide en corde parfaite pour accrocher ceinture de judo et élastique et simuler des uchi komi. Je n’y étais pas depuis plus de dix morote qu’un gars que j’avais repéré courir en boucle dans le square W se radine. Il me tourne un peu autour puis s’installe de manière à être dans mon axe de vision (le pauvre, s’il savait !), lance la musique sur son téléphone portable et entame une série de pompes verticales.
L’exercice est difficile ; il en fait cinq, s’arrête, se trémousse un peu sur la musique, et recommence. D’emblée, on s’en doute, sa musique a eu le don de m’exaspérer, une espèce de daube très rythmée. Le vent m’a aidée à ne pas trop l’entendre. Merci. En rentrant, j’ai demandé à Johnny pourquoi les gars qui ont un quart de biscotos à exhiber mettent de la musique dont le son est d’autant plus pourri qu’il est émis par des appareils qui ne sont pas faits pour les concerts en extérieur. Est-ce pour attirer l’attention ?
Johnny rigole : sans doute que oui. En tout cas, les corneilles étaient bien d’accord avec moi que sa musique avait aussi peu d’intérêt que sa paonaison (sic) ; elles se sont mêlées au vent pour faire taire les BPM. Les bienheureuses ! Et, si une autre hypothèse est que cela les encourage à pomper en rythme, force est de constater qu’ils n’ont pas grand-chose à mettre dans le piston !

Pauvres chéris ! @14

Un matin de janvier, vers 8 h 30, on sonne à ma porte, de ce genre de coup de sonnette qui fait faire un bond sur sa chaise ; je vais ouvrir et trouve sur le palier ma voisine en discussion avec un homme pistolet de gel anti-cafard bien en main. Je n’avais pas vu l’affiche, ma voisine non plus. Il commence par la voisine, je papote avec elle. Au moment où il va pour rentrer chez moi, une autre voisine sort avec son chien.
— Ah ! Vous êtes là. Je vous ai mis un mot. Je descends juste le chien cinq minutes.
Sans m’adresser la parole, l’homme lui indique qu’il va faire son logement. Elle acquiesce, s’en excuse auprès de moi ; pas lui. Lorsqu’il sort de chez elle, il se dirige vers le fond du couloir pour faire un premier logement, un second… Cette fois, j’y vais et demande à la voisine chez qui il est si je peux « parler au monsieur qui se moque de moi ». Il me répond depuis l’appartement qu’il fait les autres logements puis revient chez moi.
Je lui fais remarquer que je l’attends sur le pas de ma porte depuis bientôt un quart d’heure. Il le prend de haut, m’indiquant que je n’ai qu’à attendre. Le ton monte. Je me mets en colère, lui précisant que je rentre chez moi appeler mon gardien et ne lui ouvrirai pas.
— Appelez le gérant ! C’est mieux. Ou la mairie !
J’appelle mon gardien, lui précise d’emblée que je suis en colère mais pas contre lui, et lui raconte l’histoire avant de conclure.
— J’en ai marre de ces éjaculateurs précoces avec leurs petites seringues de liquide blanchâtre qui se prennent pour des inséminateurs à la vue de toutes ces femmes qui ouvrent leur porte. J’ai passé l’âge d’une PMA !
— Madame Djung…
Pas sûr que mon gardien s’en remette.

Pauvres chéris @13

Depuis que j’ai un compte Twitter, j’ai remarqué qu’interpeller publiquement ou en messages privés, des élus, des institutions, des commerçants, permet parfois de résoudre des problèmes rapidement : des arbres arrachés par le vent dans un square, le défaut d’accessibilité d’une manifestation, une coupure de gaz, un achat qui mérite réclamation… D’autres fois, cela ne fonctionne pas. Cela dépend de la manière dont les uns et les autres gèrent leur compte Twitter.
J’ai ainsi interpellé deux élus de mon arrondissement en août, un sur l’arrosage d’un square en alerte sécheresse, le second sur le port du masque pendant d’autres activités sportives extérieures que la course à pied. Aucun des deux ne m’a répondu. Je les ai croisés à la commémoration de la libération de Paris, le 25 août ; je leur en ai parlé. Leur réponse a été catégorique (sur un ton que j’ai trouvé agressif) : jamais ils ne répondront à une interpellation sur Twitter, ils ont « trop de notifications » ; l’un me conseille le mail, l’autre le téléphone.
Mais pourquoi avoir un compte Twitter alors, ce d’autant qu’il est évident qu’ils ne répondraient pas plus sur d’autres canaux ? Je connais des élus qui n’en ont pas, d’autres qui ont un compte privé. Je connais surtout des élus intéressés par les infos qu’on peut leur transmettre même si on le fait en râlant ; d’autres qui n’ont que faire de leurs électeurs et ont déjà oublié, à deux mois de leur élection, à qui ils doivent de se la péter en écharpe tricolore.
J’ai trop de sujets en cours pour perdre mon temps avec ceux-là. Tant pis pour eux : qu’ils barbotent dans leur suffisance ; j’ai quelques atouts pour les contourner et ne me priverai pas de les habiller pour l’hiver. Je ne voudrais pas qu’en plus ils attrapent froid !

Pauvres chéris @12

Dans la semaine, je vois passer ce titre : « Ecologie : Interdire la rue de Rivoli aux VTC, une défaite du bon sens ? ». Le chapô précise clairement qu’il s’agit d’une tribune rédigée par Yanis Kiansky, cofondateur et président de la société de VTC Allocab (ici).
« Quoi, m’exclamais-je, le fondateur et président d’une société de VTC s’opposerait à la limitation de circulation des VTC ?! Mais quelle surprise ! »
Immédiatement me revient en mémoire un article tout aussi récent d’associations de motards qui s’opposent à la limitation de la vitesse des motards à Paris. Un peu plus ancien, vous trouverez facilement le président du lobby des bouchers opposé à la réduction de la consommation de viande. Bref, tout les enfonceurs de portes ouvertes vont venir se plaindre de ce qu’on décide de désormais fermer les portes ! Outre le niveau zéro côté surprise, je n’ai toujours pas trouvé d’intérêt à ce type de prise de parole alors que le silence aurait au moins une vertu, celui de ne pas être ridicule.

Pauvres chéris @11

Depuis un certain temps (que je ne sais pas évaluer), la part des « témoignages des Français » augmente dans les médias. Cela a commencé avec Le Parisiens ; puis les chaînes toute infos ; et maintenant, France info s’y met, renonçant aux reportages plus analytiques. Il y a les personnes interviewées, et les journalistes mis en situation au cœur de l’événement. Cela aboutit à une info qui n’en est plus une comme Frédéric nous l’a si bien démontré dans son billet du 9 décembre dernier.
J’ai un exemple un peu moins drôle, mais tout autant agaçant. Le thème est, cette fois, la manière dont les touristes souffrent des grèves à Paris. J’imagine que certains n’en souffrent pas ce d’autant que, hormis les transports, tous les lieux touristiques et culturels sont ouverts et forcément moins fréquentés que d’ordinaire. Mais ce n’est pas le sujet. On nous traduit en direct le propos d’une touriste venue visiter Paris qui se plaint d’avoir dû prendre le taxi pour aller à Disneyland : perte de temps et d’argent.
— Bien fait !
Je suis d’accord avec toi, Caddie. Le tourisme de masse fait tant de dégâts écologiques et Disneyland tant de dégâts culturels ! Merci aux camarades de la RATP en grève d’avoir fait payer cher à cette femme et à sa famille son goût pour la consommation de masse standardisée même si rien ne laissait supposer qu’elle en ait profité pour réfléchir sur son choix. Un jour viendra…

Note. Dans la rubrique « journaliste en immersion » j’ai adoré celui qui a pris un bus de banlieue mercredi 11 au matin pour nous dire qu’il n’était pas arrivé à l’heure annoncée, était bondé et que les gens étaient fatigués. Avec ça, l’intelligence collective (à défaut du bus dans les embouteillages) avance, c’est sûr !

Pauvres chéris @10

Jeudi 5 décembre 2019, jour de grève nationale paralysant une grande partie des transports.
Une jeune femme autour de la trentaine témoigne : « D’habitude, je prends le bus pour aller plus vite mais là, j’ai dû marcher 15 minutes pour rejoindre mon point de rendez-vous. Je suis épuisée. »
Effectivement, ça va être long jusqu’à la retraite.

Pauvres chéris @9

Lors de mon séjour à Cambridge, j’avais opté pour un séjour dans une résidence liée à l’école où j’étais inscrite. Le jour de mon arrivée était également le premier jour de réouverture du bâtiment après rénovation. Il sentait la peinture fraîche et des livraisons durant la semaine ont continué pour l’aménagement des parties communes et des chambres.
L’endroit était très agréable et bien pensé. Enfin, globalement, car dans la buanderie, sa machine à laver, ses planches et fers à repasser neufs, il n’y avait pas de prise électrique. Il fallait donc transporter planche et fer, avec sortie obligatoire par l’extérieur, et sous l’éventuelle pluie du moment, pour passer différentes portes, voire des escaliers, afin de trouver une pièce où brancher de quoi repasser. Je l’ai signalé, car visiblement il n’avait pas été remarqué qu’une prise pouvait être pertinente.
Les plus gros soucis venaient des résidents. Comme toujours, la vie avec des espaces communs, en l’occurrence la cuisine et la salle à manger, souligne combien certains n’arrivent pas à vivre en tenant compte des autres. Chaque porte, coupe-feu, était équipée d’un ferme-porte, la majorité des personnes ne comprenant pas l’intérêt, pas superflu, surtout tard dans la journée, d’accompagner une porte qui se ferme. Mais il n’était pas inutile de parfois se coucher tard. Un soir, je retourne à la kitchenette de mon étage. La problématique des couverts et de la vaisselle y était notable, certains remplissant la machine à laver la vaisselle sans lancer de programme. Une des étudiantes m’avait demandé où était le produit, non fourni. A-t-elle mis du liquide vaisselle ? En tous les cas, ce soir-là, j’ai découvert une fuite d’eau provenant de la machine. L’ouvrant, je me suis retrouvée face à une mousse remplissant tout et commençant à déborder. Après écopage, j’ai pu limiter l’inondation. Cela m’a changé des interventions sur les fuites d’eau dans les musées où j’ai travaillé.

Pauvres chéris @8

La fermeture des éditions Gaies et lesbiennes et de la Cerisaie me semblait une information importante pour la communauté LGBT. Quand j’ai relayé sur Facebook et Twitter cette info, j’ai tagué quelques médias LGBT à large spectre, ceux qui se revendiquent comme tels. Il n’y a eu aucune réaction.
À la publication du billet que j’y ai consacré, j’ai opté pour une autre stratégie sur Twitter. J’ai tagué plus directement des personnes réelles ou supposées, notamment Claire Underwood et Gwen Fauchois avec ce texte sibyllin « La disparition définitive des éditions Gaies et lesbiennes et de La Cerisaie suscite peu d’émoi. Je ne comprends pas. »
Claire Underwood a sitôt retweeté, Gwen Fauchois a ensuite engagé une conversation que nous avons menée à trois. Il y a été question de « littérature de niche », de la responsabilité du système capitaliste dans la cessation d’activité des maisons d’édition concernées, de la gestion de leurs droits par les auteurs (cession ou non), de culture homosexuelle… et finalement du soutien de la « communauté » à la visibilité du travail des auteurs LGBT. Le format des microbillets n’est pas à la discussion de fond mais celle-ci a posé des questions intéressantes. Je gage qu’elles survivront à l’immédiateté.
Je m’exprime régulièrement sur toutes ces questions sur les supports qui sont les miens. Hétéronautes, vous savez. J’y reviendrai sans doute. Juste, aujourd’hui, pour le plaisir, je veux faire toute sa place à une démonstration par l’exemple de la considération qu’ont les médias LGBT à large spectre, ceux qui se revendiquent comme tels, aux autrices et auteurs. Suite à cette discussion, incroyable ! l’un d’eux m’a contactée… pour me demander les coordonnées des éditions du Phare blanc (poussant le culot jusqu’à me promettre, après ma réponse les invitant à m’interviewer aussi, de me « tenir au courant »), coordonnées très difficiles à trouver puisqu’elles apparaissent en deuxième résultat dans mon navigateur. En trois clics, on tombe sur la maison mère, donc sur le numéro de téléphone et l’adresse mail. Journaliste, un métier.
Je ne crois d’ailleurs pas me souvenir que ce média ait consacré un seul article à ces éditions et à ses auteurs. Son dernier article concernant mon travail date de février 2001. Je pourrais vous faire la petite liste des associations, médias, lieux commerciaux et libraires qui ont soutenus mes publications ces vingt dernières années en pointant les absents. Je crains que cela ne vire au règlement de comptes mais des fois, ça me démange. Je me contenterai aujourd’hui de remercier chaleureusement les associations lesbiennes ou celles à mixité réelle. Elles se reconnaîtront. Je remercie aussi feu Blue Book, le Bar’Ouf ou encore Joe et Johanne. Quant à vous, lectrices et lecteurs, vous connaissez la chanson.

Merci.

Pauvres chéris ! @7

Métro, boulot, dodoJe crois bien que j’ai agressé sexuellement un homme. Mieux vaut que je me dénonce…
Je voulais monter dans un wagon bondé de la 8. Un homme était dos aux portes ouvertes, les talons au ras du rail de la porte. Il y avait de la place devant lui. J’ai cherché à le contourner, par la droite, la gauche… le signal sonore a retenti.
J’ai pensé un instant lui balancer un coup d’épaule et monter en force. Et, allez savoir pourquoi, j’ai choisi de lui empoigner la taille à deux mains, avec fermeté, pour le faire avancer. Un peu comme O tsuri soshi (décidément !) mais sans porté.
Le contact du cuir de son blouson était agréable et je m’y suis sans doute attardée une ou deux secondes de trop. L’homme s’est retourné, visiblement surpris et perplexe. Je me suis tassée dans un coin. Je sentais son regard me dévisager (il le faisait suffisamment fort pour que je le sente), avec une gêne évidente, pour lui comme pour moi. J’ai plongé le nez dans mon téléphone avant de pouvoir sortir de l’axe de son regard.
J’ai pensé alors à toutes ces femmes que l’on prend par la taille sans leur consentement. Si cet homme m’avait fait cela, j’aurais crié à l’agression. Il aurait pu faire de même. Je me serais excusée, ce qui n’est sans doute pas suffisant. J’ai agi ainsi avant tout pour éviter de le bousculer méchamment… Il faudra quand même que j’évite ce genre de choses à l’avenir. C’était vraiment limite.
Sarah m’a fait remarquer que j’aurais pu m’excuser ; le temps de prendre conscience de mon geste, c’était trop tard. Désolée, monsieur. La prochaine fois, je pousse sans ménagement ? Ou j’attends le métro suivant… C’est à moi de choisir.

Pauvres chéris @6

SimplyJ’ai fait le courrier suivant à une de mes supérettes préférées vingt-quatre heures après « les faits ». Je ne pouvais vraiment pas laisser passer.

« Madame, monsieur,
« Alors que je passais en caisse du Simply market de la rue d’Alésia (75014) mardi 27 juin 2016 en journée, la caissière s’est vu réclamer avec ténacité « un bisou » par un employé de sexe masculin venu exprès faire sa demande. Devant le refus de celle-ci, il a insisté, posant ses mains au niveau de ses épaules, argué je ne sais plus quoi (genre « pour avoir ceci, il faut un bisou ») et est finalement reparti sans son « bisou ».
« Je dois vous avouer que j’ai assez mal vécu cette scène, sans savoir comment intervenir. L’attitude de ce jeune homme n’était pas « joueuse », mais constituait clairement un acte de harcèlement auquel la jeune femme à la caisse a su se dérober, sans doute aidée en cela par le fait qu’elle était en poste. Que se serait-il passé dans un bureau, dans une réserve, dans un coin reculé du magasin ?
« Je l’ignore mais souhaitais porter ces faits à votre connaissance en espérant que vous en profiterez pour rappeler à votre personnel que le harcèlement est un délit, un « bisou » usurpé par le chantage et l’approche physique en étant par nature constitutif.
« En vous remerciant de l’attention que vous porterez à mon courrier,
« Bonne journée à vous. »

Je vous dirai bien sûr si j’ai une réponse.