Archives de catégorie : Lu @

Lu @27

Ce samedi 16 janvier 2021, je suis à Paris et je lis Rendre le monde indisponible du philosophe Hartmut Rosa. Il y évoque comment l’exploitation du monde aboutit à un désastre écologique. Ce rapport de causalité traduit la manière dont la volonté d’utiliser la terre et toutes ses ressources aux seuls fins humaines, les asservir donc, rend finalement le monde indisponible, c’est-à-dire ingérable et imprévisible. L’homme veut avoir le monde à sa disposition et les catastrophes climatiques comme les pandémies dont il est la première victime se multiplient. Pour Rosa, la notion de disponibilité est centrale. Il évoque en exemple de son concept l’attraction des villes où des habitants s’installent parce qu’il y a des équipements sportifs et culturels en nombre à proximité, même s’ils ne les fréquentent pas. À l’inverse, l’exemple archétypique de l’indisponibilité est la neige, imprévisible et non contrôlable.
Ce samedi 16 janvier 2021, la pandémie de covid-19 rend les équipements sportifs et culturels indisponibles.
Ce samedi 16 janvier 2021, à Paris, il neige.

Lu @26

On connaît Vélib’ et Autolib’. La Mairie de Paris a aussi eu Burolib’, système de bureaux avec ordinateur en libre accès à disposition de ses agents, mais ça, c’était avant la pandémie.
L’autre jour à la pharmacie, j’ai découvert « Nausélib ».
C’est un complément alimentaire qui contribue au fonctionnement normal du système digestif. Il contribue à diminuer la sensation d’inconfort en cas de nausées dues au mal des transports (avion, bateau, voiture…) ou à un début de grossesse, et ce à grand renfort de gingembre.
Je ne sais pas qui a eu l’idée de cette appellation, mais pour qui se méprendrait, il pourrait croire à des comprimés de nausée en libre-service. Achat inutile, il suffit de regarder le plus souvent de regarder les actualités pour avoir la nausée, ou, pour certains, de monter sur un Vélib’. La boucle est bouclée ou comme dirait Caddie, la roulette a roulé. La Roulettelib ?

Lu @25

Les noms propres de certains professionnels sont parfois assez drôles relativement à leur métier. Le Dr Papa gynécologue par exemple. Récemment, je suis tombée devant la plaque de Alix Chaudière, spécialiste de thérapie de couple, conseil conjugal et familial.
Voilà de quoi raviver la flamme pour relancer et entretenir la chaleur du foyer. Mais, comme tout équipement, attention au réglage, l’asphyxie au monoxyde de carbone et l’incendie guettent. L’entretien est nécessaire, coûteux et parfois le changement est irrémédiable. Bref, c’est un nom parfait pour exprimer toutes les nuances thermiques des vies familiales et conjugales.

Lu @24

Depuis mon enfance, j’ai connu mon père abonné à La croix. Ce quotidien était pour moi un repoussoir de journal catholique revendiqué, comme mon père.
Récemment, j’ai acheté La croix hebdo pour avoir une idée de ce magazine dont les sujets sur une couverture m’intéressaient. Puis une autre fois, puis… je me suis abonnée. L’analyse, l’ouverture d’esprit, la pertinence des thématiques… J’ai découvert la qualité de cette presse.
Avec l’âge, j’ai pu comprendre ce choix de mon père même si ses raisons n’étaient pas les miennes.

Lu @23

Dans une piscine sétoise, je vois un distributeur de boissons dans le hall. Un panneau l’indique dans la partie « baigneurs » et rappelle qu’il faut être chaussé pour y accéder. Enfin, pardon, il indique « Veuillez vous chausser avant d’accéder aux débiteurs de boissons ».
Les débiteurs ? Ils me doivent donc des boissons ? Effectivement, c’est le cas, si je mets de l’argent. C’est une façon de penser le rapport à la machine, dans lequel prime le rapport commercial sur la simple fonctionnalité de distribution de l’appareil. C’est une vision plus commerciale que technique finalement.

Lu @22

L’autre jour dans la rue, je vois un homme avec la tenue, très reconnaissable, d’une société de livraison de colis. C’est le même uniforme à travers le monde. Je me suis retrouvée à côté de lui pendant les manœuvres d’un camion sortant du musée Carnavalet. J’ai vu sa chemisette où, sur la poitrine, est apposée la mention « Sous-traitant international de (nom de la société) ». Je ne sais pas pourquoi il y a cette indication. Il a la tenue, le camion, l’équipement de traçage des colis, mais il est sous-traitant, travaillant dans une entreprise dont n’est pas indiqué le nom.
Non seulement il n’a pas forcément les mêmes avantages et salaires, mais l’entreprise qu’il est censé représenter ne le reconnaît pas. Cela m’a semblé une façon de se dédouaner : si le client est content, il se rappellera l’entreprise, s’il ne l’est pas, l’entreprise pourra toujours dire que c’est un sous-traitant, ou comment jouer sur les deux tableaux, au détriment des employés du sous-traitant.

Lu @21

Cet été, une affiche sur un kiosque m’a interloquée. Le Monde diplomatique a choisi un slogan saisonnier « En août, on s’arrête, on réfléchit. » Il fait écho à toutes les questions sur l’accélération et l’immobilité comme deux pôles extrêmes dont le premier serait l’archétype de la société contemporaine. Dans la lignée de Virilio, Hartmut Rosa a longuement écrit sur le sujet de l’accélération, alors que maints articles et un ouvrage philosophique vantent la méditation et toutes techniques pour lutter contre la vitesse.
Pour autant, je trouve ce choix d’accroche pathétique. Il surfe sur l’idée qu’en août tout s’arrête, en tous les cas, pour la majorité, comme une norme de fonctionnement de la société. Il accrédite l’idée d’une incapacité à penser en dehors de ce temps. Je trouve dommage qu’un tel titre valide l’impuissance générale à prendre le temps de penser.

Lu @20

Il y a parfois dans les magasins des affichettes surprenantes… Les « carottes moches » ne méritent pas d’être maltraitées ainsi. Les « bananes pour enfants » en sont réduites à ne correspondre qu’à une portion congrue de consommateurs.
Je ne sais pas ce qui pousse les enseignes à de tels affichages. Peut-être ce ne sont que des initiatives personnelles. En tous les cas, tantôt cela m’amuse, tantôt cela m’afflige, sans m’inciter à acheter… ou pas.

Lu @18

Courant juin, je me suis retrouvée avec quelqu’un venant de récupérer un téléphone portable, prêt à le rendre à sa propriétaire. Le téléphone vibre et des notifications s’affichent.
Je me rends compte alors à quel point ces apparitions sur l’écran en veille peuvent être une porte d’entrée sur la vie privée, voire intime, de quelqu’un. La facilité de lecture pour le destinataire induit donc une vulnérabilité de ses informations personnelles à partir du moment où l’écran peut être lu par autrui. Décidément, les contreparties de ces outils numériques peuvent être lourdes de conséquences.