Archives de catégorie : Lens @

Lens @8

Great black musicJ’avais envie de voir l’exposition « Great black music », à la Cité de la musique de la Villette. J’en avais lu le plus grand bien. On me promettait une plongée dans la musique noire… et plouf ! sans bouée de sauvetage et avec le bébé dans l’eau du bain.
Le principe est simple. On arrive. On nous distribue un casque branché à une tablette de la grosseur d’un smartphone. On nous annonce que 11 heures de musique y sont stockées, que dans l’expo, des numéros nous indiqueront quoi écouter. Nous sommes le 17 août. Nous entrons avec Isabelle. Il y a du monde. L’espace est exigu. Je pourrais écrire un long billet de récris en dépit du fait que nous ne sommes restées pas plus d’un quart d’heure ; je vais simplement m’attacher à relever trois points qui me semblent avérer une suffisance et un mépris rare à l’égard du public, et par ricochet à l’égard des artistes présents par leur œuvre.
* La tablette où sont stockées les musiques n’est pas lisible pour un malvoyant. Impossible pour moi de m’en servir. Isabelle relève également une certaine difficulté de navigation, et des bogues.
* Le public est accueilli dans un lieu exigu. Il reste confiné debout, censé écouter 11 heures de musique sans siège pour s’asseoir ou même simplement poser une fesse. Difficile même pour Isabelle de s’approcher des points (bornes, photos) pour voir le numéro à saisir sur la tablette.
* Sur les vingt et un artistes présentés dans la première salle, cinq sont des femmes. Elles sont trois sur les « dix artistes phares » mis en avant sur le site de l’exposition pour présenter les trois CD collector. Et la présentation de Miriam Makeba fait grand cas de son mariage avec un leader des Black Panther, extrait d’un discours de son homme à l’appui. N’est-on pas là pour écouter sa musique à elle ?
Il pourra sembler étrange de relier ce sexisme patent au défaut d’accessibilité et de qualité d’accueil du public. Il me semble qu’il s’agit d’un mépris identique de l’autre dans une démarche qui exclut par nature et légitime toujours et encore ce foutu monde hétérosexiste, patriarcal, capitaliste et raciste dans lequel nous vivons. Je sais, j’insiste. J’avance un dernier argument : pourquoi « Great black music » en anglais alors que les artistes présentés ne sont pas tous états-uniens ? Le mot « noir » ne serait-il pas acceptable en français néo-colonialiste ? Existerait-il des « bons noirs », ceux d’Amérique du Nord qui ne risquent pas d’échouer sur nos côtes, et les autres ? Encore une exclusion, même si ces artistes sont présents, ils ne sont pas nommés dans le titre même de l’exposition.
Quand on me dira les choses dans une langue inclusive afin que tous soient reconnus, quand tout le monde pourra utiliser l’outil qui permet de suivre l’exposition, quand on pourra écouter cette musique dans de bonnes conditions sonores et physiques, quand les femmes auront la place qui est la leur alors, oui, je pourrai dire que l’on me parle de la musique noire à hauteur de ce qu’elle est. D’ici là, ces petits blancs qui gouvernent la culture en se flattant de leur bonne conscience me donnent envie de brandir un poing ganté de noir, forcément. Avec l’autre, que je laisse blanc, je vous laisse deviner ce que je fais !

Lens @7

J’ai découvert il y a peu de temps la médiathèque Marguerite Yourcenar qui s’avère pas si loin de chez moi et offre des fonctionnalités aux personnes déficientes visuelles. En cherchant l’heure de fermeture un vendredi, j’ai remarqué que cette médiathèque, contrairement aux bibliothèques que je fréquente d’ordinaire, est ouverte le dimanche (sauf l’été). Et me voilà embêtée.
J’aime bien l’idée d’en faire ma promenade dominicale mais est-ce que cela ne contrevient pas à mes principes ? Le dimanche, il me semble conforme au droit du travail et à l’idée que je me fais des nécessités économiques et sociales que certains commerces de bouche de proximité soient ouverts le matin, certains lieux de restauration aussi. Je n’ai jamais rien redit à ce que les établissements culturels le soient aussi : cinéma, théâtre, musée, salle de concert… Alors, pourquoi pas une bibliothèque ?
Parce que ce n’est pas dans l’usage ? L’argument, en la matière, peut me suffire sans être totalement satisfaisant. Alors ? Je ne sais pas encore si je profiterai de cette ouverture dominicale. J’ai jusqu’au 1er septembre pour trancher !

Lens @6

Un portique de sécurité détecteur de métaux passifs, un agent avec un détecteur de métaux portatif, un scanner de bagages. Ouf ! Je suis rentrée… où ? Dans un musée.
Ce n’est qu’un moment après que je me suis rendu compte que j’avais mon couteau, une copie d’opinel, dans mon sac. Comme personne ne s’en était aperçu non plus au contrôle, j’ai pu l’utiliser pour manger. Je vous jure, ce n’était pas un test de ma part !

Lens @5

Le pommeau de ma doucheJe dois aller passer deux jours à la Maison de Bonneuil avec mon groupe d’accueil à David et Jonathan. Sous la douche, tout à l’heure, je pensais à… — je ne me rase pas, aucun risque que je songe à 2012 — … au fait que nous allions dormir en dortoir avec cette question : sont-ils mixtes ?
C’est l’occasion de m’interroger. M’est-il plus difficile de me déshabiller devant des filles ou devant des garçons, sachant que les unes et les autres sont supposés homosexuels ? En tournant le dos, avec tout ce que je fais comme sport, mes fesses devraient supporter le regard de toutes et tous. Et de face, cela donne quoi ? D’aucuns diront que je suis bigleuse et que le regard (au sens purement visuel du terme) des autres ne m’atteint pas… ce qui est vrai. Il ne s’agit donc pas vraiment du regard, mais de l’idée que l’on en a : autrement dit, la promiscuité nous expose-t-elle à être transformés contre notre volonté en objet de désir et cela est-il acceptable ?
Si un garçon hétérosexuel me reluquait, dans un vestiaire de judo, par exemple, il est évident que j’en serais très contrariée. Et si une fille lesbienne me reluque dans un dortoir à Bonneuil ? Je pourrais (j’ai bien mis un conditionnel !) en être flattée, c’est certain. Pour autant, je crois que je le vivrais aussi comme une agression. C’est le moment d’avouer que cela ne m’est jamais arrivé, mais je le pressens ainsi. Encore faudrait-il que je voie que… Ouf ! j’ai une bonne raison de dire que cela ne m’est jamais arrivé !

Lens @4

Je reviens sur l’article « Lens @1 » d’isabelle.
Je trouve toujours très amusant comment on ne mélange pas les sexes dans les toilettes, les vestiaires, les chambres, etc., afin de préserver l’intimité de chacun des sexes et surtout, c’est une hypothèse, protéger les femmes de l’appétit sexuel des hommes. Amusant quand une lesbienne rôde…
Lors de la visite en groupe d’un parc près de San Francisco, le chauffeur nous a fait faire une halte pour admirer une cascade. Une jeune femme en a profité pour se changer au fond du car, le chauffeur empêchant quiconque de rentrer. Mon amie s’est approchée ; elle voulait prendre quelque chose dans son sac. Le chauffeur l’a laissé passer, avec une phrase qui disait « Puisque vous êtes une femme, il n’y a pas de danger ». S’il avait su !

Lens @3

La troisième fois que je suis allée à Lens, c’était encore avec des collègues.
Nous logions toujours au même hôtel juste à la sortie de la ville et après le dîner, nous sommes partis à deux (les mêmes !) nous promener. Juste au débouché de l’autoroute, à l’orée de Lens, une type en 4 L nous a interpellés de l’autre côté de la rue en nous criant « Tu vas où ? ». Il insistait, voulait nous emmener.
Nous avons eu le plus grand mal à lui faire comprendre que nous allions marcher. Il est du coup reparti, plus ou moins droit, complètement beurré.

Lens @2

La première fois que je suis allée à Lens, c’était avec des collègues.
Nous logions à un hôtel juste à la sortie de la ville et après le dîner, nous sommes partis à deux la visiter un peu. Il y avait une grande fête plus loin, au stade, avec un feu d’artifice que nous avons regardé assis sur un bout de muret d’où la vue semblait pas mal.
Quelqu’un est alors passé et nous a lancé, admiratif : « Ah, il y en a qui connaissent les bons coins ! ».

Lens @1

Lors des voyages organisés dans le cadre du travail (par l’association du personnel par exemple), les chambres sont toujours doubles, avec des lits jumeaux, pour des questions de coût. La séparation des genres est bien respectée.
Au cours d’une sortie d’un week-end à Lens, nous devions noter sur une feuille avec qui nous souhaitions partager la chambre. J’étais partie avec un collègue à côté duquel j’étais assise dans le car, vers le fond. Arrivé à notre niveau, l’accompagnateur du groupe nous tend la feuille avec des listes de binôme du même genre et nous mettons nos noms. Nous avons fait sensation. Le lundi matin, la rumeur circulait bon train, avec des interrogations, car mon homosexualité alimentait les conversations depuis déjà un moment. Cela nous a beaucoup amusés.
Nous sommes allés plusieurs fois à Lens, j’ai toujours partagé la chambre avec lui. La seule fois où l’on nous a demandé en raison du nombre d’inscrits de nous séparer pour éviter qu’une autre femme se retrouve avec un homme, il y a eu un souci de réservation. Du coup, ils ont cherché des volontaires pour partager des lits doubles et nous avons été candidats. Mon collègue avait même emporté son drap, car il a tendance à s’entortiller dedans. L’honneur des organisateurs a été sauf, car en raison de désistements, nous avons eu des lits séparés.
J’ai un autre collègue que ce type de règle n’a pas dérangé du tout : c’est au cours d’un de ces voyages entre collègues qu’il a rencontré son compagnon…