Archives de catégorie : Kendo @

Kendo @53

Mi-juin, j’ai retrouvé deux amis judokas pour une petite séance de préparation physique et de retour au judo avec bâton, élastiques, poids, tapis, et kimono ! L’un d’eux, ceinture orange, avait prévu de me rejoindre le dimanche suivant pour travailler déplacements et déséquilibres. Je suis arrivée avant lui, ai installé les ateliers et, ne le voyant pas arriver, ai commencé une séance en solo, utilisant le mobilier urbain comme support. Juste à côté était installé le malotru qui fait son sport en musique. J’ai constaté depuis ce billet de l’été 2018 que sa danse est une danse de boxeur ; il vient désormais régulièrement avec un coach ; ils se parlent beaucoup ; à quoi sert la musique ? Je ne sais pas.
J’ai donc fait quarante-cinq minutes de sport en bruit avant que mon partenaire n’arrive. Il avait eu un petit accident de skate (son moyen de transport), perdu son téléphone… il voulait faire du judo quand même. Je lui explique à voix feutrée que le malotru est un malotru. Il s’en émeut moins que moi et nous voilà à enfiler nos vestes de kimono. Je sors ma belle ceinture offerte par Johnny, et mon partenaire passe sa ceinture orange.
On démarre par des séries d’Uchi komi à l’élastique. Je suis face aux deux boxeurs. J’ai la sensation, un instant, d’être dévisagée de manière étrange mais ce n’est qu’une sensation. Ils sont à cinq mètres ; je ne vois pas grand-chose d’eux. Quarante-cinq minutes plus tard, j’arrête notre séance (j’ai déjà une heure et demie dans les pattes), ça me va. On remballe gentiment. Les boxeurs sont partis depuis un bon quart d’heure. Mon partenaire me lance.
— Ça change tout, une ceinture noire.
— Comment ça ?
— Ton gars, je peux te dire qu’après que tu as mis ta ceinture, il ne t’a plus regardée pareil.
J’en rêvais !

 

Kendo @52

Depuis quelques mois, sensei Romuald me prend souvent en partenaire de démonstration au cours débutants du mardi d’abord, puis à celui adultes confirmés du jeudi (sauf quand il démontre des choses où physiquement, je ne vais pas tenir comme hier des enchaînements sur De ashi barai). J’en suis touchée, tant cela me place au cœur de l’action et est, mine de rien, honorifique. Je m’applique au mieux pour gainer comme il faut, prendre la posture qui permettra de bien démontrer telle ou telle prise. Ce n’est pas une position facile à tenir, il s’agit de se mettre au service de la démonstration. Je m’y trouve souvent assez gourde en dépit de mon application mais Romuald insiste. Alors ?
J’ai posé la question par texto à Johnny, exprimant mes réserves sur ma capacité à tenir le rôle. Il me répond « Ça va te permettre de travailler les postures et les sensations. » J’évoque alors, dans un autre texto, que cela m’amuse de voir comment Romuald s’applique à faire de l’audiodescription en même temps qu’il démontre, bien loin des « comme ci » et « comme ça » de la majeure partie des professeurs de judo. J’avoue que la réponse de Johnny me smashe.

« Tu n’imagines pas à quel point le travail d’audiodescription est si utile quand tu enseignes. Ça change une vie ! Je n’aurais jamais été aussi efficace et pertinent avec mes élèves si je ne t’avais pas rencontrée pour que tu me formes à prendre en compte les besoins de l’autre. Romu sait à quel point tu nous rends meilleurs dans nos enseignements ! »

Eh bien non, je n’imaginais pas et me demande sitôt pourquoi alors tous les professeurs de judo ne pratiquent pas l’audiodescription… Cela fait longtemps que je considère que si l’on construisait le monde en considérant que les besoins spécifiques peuvent servir l’intérêt général, il serait vraiment différent. La remarque de Johnny, en plus de me toucher, m’encourage à agir pour plus d’accessibilité car ce que je gagnerai pour moi, je suis convaincue que cela en aidera d’autres, peut-être même d’aucuns qui ne s’y attendant pas.

Kendo @51

Le judo, ce n’est pas un passe-temps ; c’est une vie. La mienne. Alors je vous en parle beaucoup. Le sujet d’aujourd’hui : l’objet ceinture noire.
Pour mémoire, sensei Romuald m’a offert l’une des siennes quand j’ai eu mon grade (ici). Elle sert de fronton à ma page Facebook, mon compte Twitter et m’a protégée deux ans durant. Mais je savais qu’il allait falloir en changer. C’était nécessaire tant elle était élimée, et aussi sans doute parce qu’avec mon prochain passage de 2e dan, il est important que je vole un peu de mes propres ailes. Romuald me porte depuis dix ans. Peut-être puis-je essayer de rester debout sans son maintien autour de ma taille ? C’est très symbolique tout ça. Le judo.
Johnny m’a permis de faire cette autre forme de passage sans trop de douleur et même avec une joie rare. Il m’a ramené comme prévu () une ceinture du Kodokan et me l’a remise dans mon salon. J’ai publié un petit reportage sur Facebook, lala. Mon émotion, quelques semaines plus tard, est intacte. Tout le mois d’août, j’ai porté la ceinture chez moi pour l’assouplir un peu, utilisant la technique nœud à l’envers retourné qui fonctionne très bien. Johnny m’a fait le plaisir d’inaugurer avec moi cette ceinture sur le tapis lors du dojo d’été, fin août. Puis est venu le moment où je me présenterais face à Romuald. C’était le 29 août. Trois minutes après que je suis sortie du vestiaire, il me dit :
— Ça y est, tu m’abandonnes ?
Il m’a fendu le cœur ! J’ai bafouillé je ne sais quoi pour dire que bien sûr que non puis l’ai vanné en lui demandant s’il lisait ce qui est écrit. Il le savait, il avait décidé du texte avec Johnny : à gauche (sur la photo), « Cécyle sensei » puis le logo du Kodokan ; à droite « Yuki », soit « courage », l’une des huit valeurs du code moral du judo, celui qui me va évidement le mieux « Faire ce qui est juste. » ; je n’en suis pas forcément capable mais c’est effectivement ce que je cherche.
Pour ce qui est de « Cécyle sensei », j’ai vacillé quand Johnny me l’a lu. Il est vrai que je participe à donner des cours et ai réussi cet été ma mise à niveau d’animatrice suppléante. Mais « sensei »… c’est quand même plus que ça ! Johnny m’a démontré que je l’étais pour lui. Je sais que des enfants me considèrent comme telle, des adultes débutants aussi. J’ai néanmoins peiné à admettre ce titre. Je peine encore, inquiète de la réaction que pourraient avoir certains de mes partenaires de club ou certains de mes professeurs. Au stage de rentrée des professeurs organisé par le FFJ-IDF, je n’ai eu aucune remarque si ce n’est me dire que j’avais une belle ceinture.
J’avais pris le temps de soigner mon nœud dans les toilettes de l’Institut du judo. C’est la photo qui illustre ce billet et que j’ai envoyée à Johnny pour lui dire ma fierté d’être à ce stage (une première pour moi) avec elle. Suis-je donc sensei ? Être digne de cette fonction fait partie désormais de mes objectifs de judoka. À croire que Johnny et Romuald considéraient que je n’avais déjà pas assez de travail avec mes dans à passer ! Chaque fois que je monterai sur un tatami, je veux qu’ils soient fiers de moi et, moi aussi, de moi-même. J’ai toujours cru en la valeur de l’exemplarité. Je ne peux plus faillir. Yuki? Hoka ni nan?

 

Kendo @50

En juin 2017, j’ai suivi une formation d’assistante de club, premier « grade » pour être habilitée à enseigner officiellement le judo. Un billet est ici. Cette formation était couplée à celle d’animateur suppléant, le « grade » au-dessus, en quelque sorte. La différence est que l’animateur suppléant est habilité à faire quelques cours dans l’année sans la présence du professeur titulaire sur le tatami là où l’assistant de club ne peut faire cours qu’en présence du professeur titulaire.
La formation est identique, l’examen également : seule la possession du PSC1 distingue les deux.
J’ignorais, quand j’ai fait ma formation et passé mon habilitation, que je pourrais avoir le PSC1 ; je me disais que, bigleuse, j’en serais exclue. Que nenni ! La Croix rouge fait même des formations adaptées. L’histoire est .
J’ai alors eu l’idée de tenter de demander à faire valider une habilitation d’animatrice suppléante, ce d’autant que j’ai eu mon PSC1 un mois et demi après mon habilitation d’assistante de club. Le cadre technique a accepté, sous réserve de me voir prendre en charge un cours. Il avait visité pendant la formation tous les candidats, sauf moi. Pourquoi ? Plusieurs rendez-vous ont été pris pendant la saison. Il n’est pas plus venu. Pourquoi ? J’ai quelques idées mais je ne pratique pas la diffamation publique ; je vous laisse donc deviner, considérant que je suis une femme, déficiente visuelle et homosexuelle.
Deux ans sont passés. Un nouveau cadre technique est arrivé. Avec le soutien de mon club, je lui ai renouvelé ma demande. Quelques semaines plus tard, je me suis retrouvée, pas très rassurée, devant deux cadres techniques avec huit enfants de centre de loisirs sur un tatami, veste de kimono et short (et non un pantalon de kimono), deux petiotes de 5 ans, deux grandes de 12 ans, les quatre autres entre les deux, tous débutants. Romuald et ma présidente de club étaient là en soutien.
J’avais préparé un cours visant à donner envie de faire du judo à travers une « phase de combat » : une prise debout, une chute qui ne marque pas, deux retournements, une immobilisation. C’était ambitieux mais cela me semblait plus intéressant que de leur apprendre quelque chose qui ne faisait pas sens. Hajime ! Salut, échauffement, chute arrière… Un des cadres techniques m’appelle.
— C’est bon pour nous. Si tu veux finir ton cours, tu peux, sinon, ils rejoignent leurs camarades.
Ce qu’ils voulaient voir, c’était ma capacité à gérer le groupe, essentiellement du fait de ma déficience visuelle. Fort heureusement, je n’étais plus en examen quand les deux petites ont tenté de quitter le tapis dans mon dos, ni quand (c’est Romuald qui me l’a fait remarquer) je ne me mettais pas face au groupe quand j’expliquais à deux d’entre eux. Cela m’a confortée dans l’idée que je ne ferai jamais de cours sans la présence d’un autre adulte. Sinon, j’étais contente et assez fière ; j’ai pu mener ma séquence au bout, ai su adapter mon niveau d’exigence et tous, en fin de cours, ont fait quelque chose qui ressemblait à O soto gari avec une liaison sur Kusure gesa gatame.
Mon prochain objectif désormais est de faire la formation du Certificat fédéral pour l’enseignement bénévole, plus pour la formation que pour le certificat. Il me faut d’abord mon deuxième dan. C’est une des choses que j’aime dans le judo ; il y a toujours quelque chose à travailler jusqu’au bout de la vie !

Kendo @49

Isabelle m’a fait deux jolis cadeaux pour mon passage technique 2e dan judo. Le premier était déjà dans son sac et m’attendait dès la sortie du tatami : une poulette à croquer ! Isabelle s’est d’emblée excusée pour la quantité d’emballage en dépit du caractère bio de la poulette ; et était perplexe sur son design. C’est vrai qu’elle a un petit air étrange. En estomac, elle a été parfaite.
Quelques jours plus tard, j’ai découvert le second ! Ouh là là ! Elle avait réussi à faire échouer la conjuration sexiste et trouvé les deux judokas en ceinture noire de la série limitée dont elle avait entendu parler. Il a fallu que je réorganise le tatami, la suspension à la lampe n’y suffisant plus. Nous avons donc deux couples (c’est comme ça qu’on dit au judo), un debout en noir avec une blonde-blanche et une brune-noire et un au sol, Petit Mouton avec la judoka en bleu. On s’y croirait !
Et tout cela donne tellement envie de croquer… Je gage qu’il s’agit de cadeaux prémonitoires et que mon 2e dan sera assorti d’une poulette à croquer en ceinture noire. Je vais y travailler avec d’autant plus d’acharnement ! Hajime les cocottes ! Vous savez comment me joindre…

Kendo @48

Quelques jours avant mon passage technique 2e dan (réussi), je pars au judo après deux heures de révision jujitsu. Je suis au taquet. Je croise trois ados d’une quinzaine d’années ; l’un a un ballon ; un second tente d’étrangler par l’arrière un troisième. Leurs cris me font ralentir. Agression ? Jeu ? Je lance un « Oh là ! » afin d’indiquer que je suis témoin de ce qui se passe. Sitôt l’étrangleur me lance « On joue, madame ! » Je m’arrête à sa hauteur et observe son étranglement.
— Quitte à étrangler votre camarade, faites-le correctement. Laissez-moi vous montrer.
Je prends son bras, le positionne ainsi que ses mains. Il me laisse faire, surpris.
— Voilà, vous serrez un peu…
L’étranglé crie.
— … C’est parfait, cela s’appelle Hadaka jime.
Les trois rient et me remercient. Je repars. Dans mon dos, l’étranglé crie encore :
— Sortez-moi de là, madame !
Je m’arrête, me retourne.
— Je vous montre comment sortir une prochaine fois !
Sensei Romuald n’a pas du tout aimé cette histoire alors que j’en rigole encore. Il a raison, le judo ne doit pas être pratiqué sans précautions. Je n’ai quand même pas montré à ce gamin comment bloquer l’épaule pour empêcher la sortie et rendre l’étranglement véritablement efficace. Quand même pas.

Note. En photo, Kata ha jime, lors de mon passage de 1er dan.

Kendo @47

L’année dernière, dans les cours des 4-6 ans, il y avait une petite fille, C., qui m’avait fait douter de la possibilité d’enseigner le judo à la minuscule crevette qu’elle était. Alors que je tentais de lui montrer les rudiments de O soto gari, je lui indique d’avancer le pied gauche. Pour toute réponse, elle a posé sa main droite sur le dessus de sa tête. Au fil des cours, la situation ne s’arrangeait guère. Elle ne décrochait pas un mot, ne semblait pas très « dégourdie » comme on dit. Avec d’autres, je pensais qu’elle ne finirait pas l’année et que seule la présence de son grand frère (5 ans) sur le tatami la faisait venir. Je la couvais un peu, inquiète qu’elle ne s’ennuie ou ne se fasse mal.
Elle a fini l’année. Elle a eu sa ceinture blanche avec un liseré jaune. Et elle était là à la rentrée de septembre, plus grande, plus sûre d’elle, avenante. J’étais ravie de la revoir, et semble-t-il, elle aussi. Début octobre, j’ai dû assurer un cours. J’avais en face de moi six enfants entre 4 et 6 ans, dont quatre débutants. Je me suis appuyée sur les plus hauts gradés (ceinture blanche un liseré jaune, c’est dire !) et ai demandé à C. de nous montrer la prise. Elle l’a alors faite comme à la parade : bien avancer la jambe gauche, faire le déséquilibre, faucher avec la jambe droite tendue. C’était incroyable, de sa part, et de la part de tout enfant de 5 ans, ceux-ci ne réalisant que rarement l’ensemble des composantes d’une prise.
— Bravo C. ! C’est magnifique ! Tu as mérité une médaille en chocolat.
Ce que j’ignorais en lançant cette phrase, c’est qu’il ne faut jamais rien promettre en l’air à un enfant. Un mois plus tard, sa maman m’a dit sous le sceau de la confidence qu’elle réclamait sa médaille. Je me suis donc excusée auprès de C. de ne pas la lui avoir encore donnée et me suis mise en chasse. Ce n’est pas si facile de trouver une belle médaille en chocolat ! J’y suis arrivée en quelques semaines mais C. est tombée malade, puis cela a été les vacances, puis c’est moi qui étais absente…
Enfin, le jour est arrivé ! J’ai pu offrir sa médaille à C. qui n‘en était pas peu fière, et moi aussi ! Sa maman m’a raconté qu’elle avait tenté de lui en offrir une ; mais c’était la mienne qu’elle voulait. Je dois bien avouer que cela me touche beaucoup. Merci C. ; tu es vraiment une chouette gamine. Vraiment.

Kendo @46

La ceinture que m’a offerte Romuald quand j’ai eu mon premier dan (ici) est très élimée. Forcément, il l’a portée longtemps. C’est ce qui en fait sa valeur, la sueur de mon sensei qui imprègne les fibres, son travail, son génie du judo. Je la porte avec fierté ; elle me rassure aussi, me donne la confiance qui parfois me manque.
Le hic (pourquoi faut-il toujours un hic ? pour mieux savourer ?) c’est qu’elle part un peu en lambeaux. J’en prends grand soin mais je sais qu’il va falloir que je m’en trouve une autre ; celle qui m’a été donnée lors de la remise officielle par la FFJDA ? Même pas en rêve ! Je ne lui confère que le goût de la médaille honorifique, juste breloque. Comment d’ailleurs une ceinture pourrait-elle remplacer celle de Romuald ?
Je l’ignorais jusqu’à ce que Johnny, mon champion et élève avant moi de Romuald, me parle en décembre de son intention d’aller au Japon. Le Japon, pays du judo. J’ai pris sitôt Johnny entre quatre yeux (c’est moins périlleux que de le prendre en randori) et lui ai demandé de me ramener une ceinture. Il en a immédiatement été emballé, ému, ravi. L’affaire est donc dans le sac et je suis impatiente de démarrer la prochaine saison avec cette ceinture qui tissera le fil du judo au travers les générations.
On en a reparlé souvent depuis et Johnny m’a proposé une ceinture « de fille » ; elles sont noires, avec un liseré blanc au milieu. Au début, cela me plaisait moyen : cela sera-t-il assez butch pour moi ? Il a su me convaincre. Puis je l’ai évoqué avec Romuald, qui a éclaté de rire.
— Tu sais pourquoi les filles ont ce liseré blanc ? Cela date de l’époque où les femmes passaient leur grade à moitié.
Un grade à moitié ? Qu’est-ce donc que cette affaire ?

« Les filles n’ont pas eu le droit de faire des shiai au Japon jusque dans les années 1970. Or, pour les garçons, c’est au travers du shiai que l’on obtenait le 1er dan. C’est donc par un examen « technique » que les filles ont passé leurs dans jusque dans ces années [pourtant la section féminine du Kôdôkan date de 1926 et que la première 1er dan, Kosaki Kaneko (1908-1996), a obtenu son grade en 1933] et ce serait pour différencier le mode d’obtention (en shiai = ceinture noire / en technique = ceinture noire avec ligne blanche) que cette marque aurait été mise en place. » (la suite )

J’ai sitôt envoyé un mail à Johnny. Ouh là là ! Il était tout embêté ; une ceinture qui discrimine, ce n’est pas son truc à mon champion, ce d’autant moins qu’il n’est pas avare de textos et de déclarations pour saluer mon engagement, mon travail et la forme de mon judo. C’est dire s’il m’aime ! L’affaire a viré en blagues de tatami, un truc accessible aux seuls judokas. Et j’aurai une ceinture toute noire, reine des shiai que je suis !
Merci Johnny. Moi aussi je t’aime. Fort.

Kendo @45

J’ai assisté récemment à un cours d’une discipline martiale que je ne pratique pas et dont je ne sais pas grand-chose. J’y suis allée pour répondre à une invitation, en ayant refusé déjà quelques-unes identiques ; je voulais faire plaisir… Ça m’arrive (peu, vous savez bien, je suis une brute).
Le cours a été particulièrement difficile : vingt personnes avec seulement deux que je connaissais ; une pratique qui m’était totalement étrangère sans que je n’aie aucune clé pour en comprendre le sens ; et une méthode d’enseignement que d’emblée j’ai trouvée humiliante sans trop comprendre pourquoi.
Pour cela, il a fallu que j’attende le vestiaire : deux heures durant, l’enseignant et certain de mes pourtant dévoués partenaires qu’il me désignait n’ont eu de cesse que de me dire « C’est pourtant facile ! » en réponse à mon incapacité à répéter les séquences gestuelles qui m’étaient montrées ; j’ai eu aussi droit à quelques critiques sur le fait qu’il n’est pas besoin de réfléchir là où j’ai toujours besoin de comprendre pour faire. N’y aurait-il qu’une façon d’apprendre ? Évidemment non.
Quant à ce « C’est pourtant facile ! » entendu une vingtaine de fois. La formule a fini par faire mouche : si c’est facile et que je n’y arrive pas, c’est que… ou comment humilier une personne en une leçon. J’espère ne jamais avoir ce type d’argument quand je suis en posture d’enseignante. J’y ferai désormais particulièrement attention.

Kendo @44

Chaque année, autour du 15 octobre, je publie sur mon site un récapitulatif chiffré de mon année sportive : judo, dérouler et gym maison et maintenant square. J’aime bien noter ce que je fais ; cela me motive. Cela a aussi alimenté les Tableaux de bord de mes Feuillets. Au fil des ans, mon temps hebdomadaire à faire du sport a augmenté, le nombre de jours aussi. D’un objectif de cinq heures par semaine, je suis passée à six, puis sept… jusqu’à m’écrouler un peu cet été.
Pendant la canicule, je me suis levée à 6 heures pour profiter de la fraîcheur relative du matin, dormant mal, comme tout un chacun. J’ai accumulé une certaine fatigue et ai dû m’arrêter, sentant que mon corps ne suivait plus. Il faut dire que j’ai aussi un objectif de minimum une heure de marche quotidienne, heure qui est le plus souvent et demie, et passe rapidement à deux.
Isabelle, Sarah, Caddie, les Mouton et mon médecin se sont un peu ligués pour me faire comprendre que trop de sport peut tuer le sport. C’est dur de renoncer ; l’endorphine est une drogue dure. Je ne veux en outre pas prendre de poids et suis convaincue que l’activité physique est indispensable à mon équilibre. Reste à trouver la bonne dose. Les compteurs que j’avais mis en place (durée hebdomadaire, vitesse moyenne de course, moyenne sur l’année) continuaient à me motiver… me narguer ? Oui, c’est un peu ça ; je sentais qu’il fallait que je lève le pied mais les compteurs m’incitaient au contraire.
La solution a été finalement simple : les supprimer de ma feuille de calcul. Dit comme ça, c’est une évidence. En vrai, c’est dur de ne pas chercher à faire un temps, une durée ; de renoncer à aller au-delà pour laisser le corps dire ce dont il a besoin. Je retrouve là un axiome de mon éducation : l’inactivité est signe de flemmardise, le repos étant considéré comme du temps perdu ! Et j’y crois ! Ou je le crains, plutôt : je suis cossarde, je le sais ; et pourtant je m’ennuie vite. Il s’agit donc aujourd’hui de faire mon sport au grès de ce que mon corps et mon esprit réclament, pour le seul plaisir de l’effort et du repos à suivre.
J’y travaille.