Archives de catégorie : Ils @

Ils @14

Ai-je basculé dans la 4e dimension ce mercredi après-midi ?
L’installation du premier niveau d’échafaudage pour les travaux de ravalement de ma façade d’immeuble étant assez bruyante, je me suis rendu dans l’un des espaces de coworking que je fréquente régulièrement. Celui-ci est près de la mairie du 3e et du Carreau du Temple où je dois justement me rendre ensuite pour récupérer mon panier de légumes.
En entrant, je suis accueilli par la personne habituelle qui m’explique le fonctionnement du lieu alors que je viens régulièrement. J’avais même organisé deux évènements professionnels sur place. Je l’interromps en lui disant que j’ai toutes les infos dont j’ai besoin. Elle me demande alors mon prénom. Je le lui donne pensant que la mémoire allait lui revenir. Que nenni.
Je passe tout de même mon après-midi à bosser tranquillement, le lieu est calme et agréable.
Peu avant 18 heures, je commence à ranger mes affaires pour rejoindre le Carreau. Mon interlocuteur me voit à travers la paroi vitrée de son bureau et là, la porte de l’établissement s’ouvre et entre sa copie conforme. « Bonjour Frédéric. Comment allez-vous ? ». Immédiatement, je comprends que j’ai affaire à des jumeaux à la ressemblance plus que frappante. Troublant mais rassurant de comprendre le pourquoi du comment.

Ils @13

Alors que taxes, impôts, couleurs fluorescentes et divers Poujade, de gauche comme de droite, sont à la mode cet automne, je suis tombé sur cet intéressant article du Monde, « « Ras-le-bol fiscal » : connaissez-vous le vrai prix des services financés par l’État ? »
Il s’agit d’un très intéressant quizz sur ce que nous coûteraient les services auxquels nous accédons au quotidien, sans en avoir conscience, si les impôts et les taxes n’existaient pas… Je n’ai eu qu’une seule bonne réponse mais à chaque fois, le vrai coût des choses était très intéressant…
Alors plutôt que de rester sur l’amère écume des choses, vous pouvez vous-même faire le test ici.

Ils @12

J’utilise beaucoup, depuis quelque temps, l’appli développée par la Ville de Paris « Dans ma rue ». Il s’agit de signaler aux services municipaux les « anomalies » sur la voie publique : graffitis et tags, objets abandonnés (encombrants, carcasses de vélos ou de deux roues motorisés, déchets en tout genre), problèmes de propreté, dégradations des chaussées et trottoirs, problèmes sur des végétaux et animaux morts, dysfonctionnements d’équipements de voirie, de toilettes publiques, de fontaines, soucis d’éclairage, problèmes sur un chantier, prospectus frauduleux… La liste est longue. Je commence à bien la connaître tant ma qualité de vie passe, à mon sens, par le respect par chacun de l’espace urbain.
Une fois les « anomalies » signalées, photo à l’appui, on reçoit un premier mail qui enregistre le signalement, puis un autre, les jours suivants, indiquant que le souci a été pris en compte. La Ville s’engage à répondre dans un certain délai ; je note pourtant que j’ai cinquante-cinq signalements non traités dans mon téléphone sur ces six derniers mois. Mais ce n’est pas ce qui grève le plus mon enthousiasme à utiliser cette appli pour contribuer à la qualité de l’espace public.
Le problème majeur est que les services sont plus ou moins réactifs aux signalements. Parfois, ils ne sont pas responsables : c’est le cas pour les épaves de deux roues motorisés dont la plaque d’immatriculation a disparu ; la procédure pour les enlever est longue, et ne dépend pas de la Ville. Je le sais car je suis bien informée, par ailleurs. Mais un usager qui ne connaît pas les rouages ne saura pas pourquoi son signalement n’est pas suivi d’effet concret. Dommage.
D’autres fois, les services concernés sont directement responsables des suites données à un signalement ; dans le 14e, par exemple, tout problème d’objet abandonné sera traité dans les 48 heures sauf s’il s’agit de déchets sur des zones dépendant de la Deve (les Parcs et Jardins) mais hors des trajets habituels des jardiniers : mes passerelles de dérouler, par exemple, ou des talus longeant des voies de circulation. La Deve n’est par ailleurs jamais prompte à réparer les équipements cassés ; plusieurs mois peuvent passer sans action. Dans le 15e également, un objet abandonné sur la voie publique est enlevé au mieux dans les huit jours, parfois jamais. Quant aux épaves de vélos, dont l’enlèvement relève directement des services de la propreté, ceux que j’ai signalés ces derniers mois sont toujours là.
Verdict ? Je ne signale plus rien dans le 15e, ignore désormais les épaves de vélo, boude les « anomalies » des parcs et jardins du 14e et ne signale plus que les graffitis injurieux, sexistes, racistes et homophobes. Cela m’attriste qu’un si bel outil soit ainsi gâché par des services qui ne suivent pas. Leur négligence est à mon sens coupable au vu des efforts faits par l’équipe municipale pour que Paris soit plus propre. Sabotage ? Qui sait ?

Ils @11

Cartes de visiteJe suis née à une époque où le téléphone n’équipait pas tous les foyers. Je devais avoir une dizaine d’années quand nous en avons eu un à la maison. Une révolution ! Révolution qui n’a en rien modifié notre usage intensif du courrier postal.
Ouvrir la boîte aux lettres chaque soir en rentrant de l’école était un plaisir qui faisait palpiter mon cœur. Les enveloppes étaient toujours nombreuses. Nous étions quatre puis trois à la maison. Nous attendions tous notre lot de courriers personnels et de courriers d’information (presse, association). Les courriers administratifs et les factures étaient du lot, bien sûr, mais ne gâchaient rien.
Quand je suis « montée à Paris », en 1981, le courrier est resté longtemps mon lien principal avec ma famille. Le téléphone était cher. Avec maman, on s’écrivait beaucoup. Je lui faisais des revues de presse avec des collages. Elle assortissait toujours ses courriers avec des dessins, des images, une fleur séchée, un brin d’herbe. J’ouvrais ma boîte jusqu’à trois fois par jour en descendant exprès de ma chambre pour ce faire ; dans les années 80, il y avait trois distributions quotidiennes à Paris.
Et puis le mail, et ensuite le texto sont arrivés, assortis d’une tendance à la numérisation des échanges administratifs et commerciaux. En même temps, je peinais de plus en plus à écrire à la main. Comme j’écris moins, on m’écrit moins et je reçois aujourd’hui peu de courrier. J’ouvre pourtant toujours ma boîte avec la même impatience qu’il y a quelques années, constatant qu’ouvrir ma boîte mail ne me procure jamais la même émotion.
Un jour, mon gardien m’a raconté que certains de mes voisins n’ouvrent que très épisodiquement leur boîte aux lettres, « pour ne pas avoir à payer leurs factures ». Ma-Jeanine aussi y rechignait pour les mêmes raisons. N’est-ce pas étrange ? Même si l’on n’ouvre pas la boîte, la lettre est dedans, non ? Elle y est en effet et à quoi sert-il de repousser l’échéance à part payer des pénalités ?
J’ai compris ces deux dernières années que cela sert à dormir. Une succession de différends avec l’administration m’a fait parfois ouvrir ma boîte la peur au ventre, m’apprenant petit à petit à passer certains soirs devant sans l’ouvrir, parce qu’il est tard, que je suis fatiguée, parce que j’ai envie de dormir et que je sais que si la décision que j’attends depuis plusieurs mois est là, quelle qu’elle soit, je dormirai mal.
C’est arrivé plusieurs fois, assez pour me faire rejoindre le camp des personnes qui n’ouvrent pas leur boîte aux lettres tous les jours ce qui représente pour moi un véritable effort, tiraillée que je suis entre la peur de ce que je vais y trouver et le désir de reporter le souci présumé au lendemain. J’y puise conjointement un sentiment de lâcheté face à l’adversité administrative et un sentiment de victoire en ce que je suis capable de différer, de baisser d’un cran mon envie de savoir, de faire la part des choses et établir des priorités. Je serais sans doute encore plus victorieuse à ouvrir ma boîte et dormir dans l’heure, quel que soit son contenu. Cela me laisse une marge de progression.
Il y a quelques jours, Isabelle m’a donné une bonne raison de le tenter un prochain soir où je serai fatiguée : j’ai trouvé un matin tôt un colis qui pesait un âne mort… Pas moins de mille cartes de visite qu’elle m’offre, de quoi me rappeler que les boîtes aux lettres, cela contient aussi de bonnes émotions !
Merci Isabelle.

Ils @10

Carte électoraleQuand je suis allée voter le 6 décembre, j’ai présenté comme à chaque fois ma carte électorale à la table de décharge, celle où l’on récupère bulletins et enveloppe.
— Vous avez une pièce d’identité ?
— Oui.
— Vous pouvez me la donner ?
— Non. Je la réserve au président du bureau de vote.
Et c’est là que les ennuis ont commencé.
Je vous passe les détails mais je me suis heurtée à un mur de mauvaise information formé par les trois employés à la table de décharges, n’ai dû qu’à un moment de confusion de récupérer une enveloppe, puis à un autre mur de bêtise sécuritaire cette fois à la table de vote de la part du président (socialiste) du bureau et son assesseur (EELV). Ce même assesseur, que j’ai croisé deux jours plus tard, a été jusqu’à évoquer le nécessaire port de « gilet pare-balles » dans le bureau de vote. C’est dire !
Le mardi, j’ai écrit à la maire du 14e et au secrétaire général de la mairie pour leur indiquer ces mauvaises manières contraires à la Circulaire du 20 décembre 2007 sur le déroulement des opérations électorales des élections au suffrage universel direct reprise ici.
Le dimanche 13, je suis allée voter sans avoir obtenu de réponse de leur part. Pierre m’a accompagnée ; j’avais besoin d’un témoin. Même dialogue d’entrée mais cette fois, pas de confusion. Après quelques échanges, le jeune homme responsable de la table de décharge a appelé la mairie. Il a suffi qu’il dise « J’ai devant moi une dame qui me présente une circulaire de 2007… » pour qu’il soit interrompu par son interlocuteur, le secrétaire général adjoint de la mairie du 14e, et après quelques secondes d’écoute attentive me donne une enveloppe pour voter.
Ce jeune homme a ensuite très consciencieusement demandé à son interlocuteur ce qu’il devait faire avec les autres électeurs. Je n’ai pas entendu la réponse donnée mais Pierre, resté près de la table de décharge le temps que j’aille dans l’isoloir, m’a indiqué qu’aucune consigne n’a été donnée à la deuxième personne à la table de décharge et que les contrôles de l’identité des électeurs ont continué comme si de rien n’était. À la table de vote, l’accesseur (la même personne que la semaine précédente) qui tenait l’urne et à qui j’ai signalé l’incident a de nouveau témoigné son ahurissement devant le fait qu’un contrôle d’identité n’est pas nécessaire à la table de décharge. Le président du bureau était absent.
Pierre m’a fait remarquer une fois que nous sommes sortis combien il avait senti « un conflit de genre » ; il connaît très bien le secrétaire général adjoint, l’avait signifié au jeune homme qui tenait la table de décharge et ses quelques interventions d’homme à homme ont en effet permis à chaque fois de franchir un cap dans la conciliation. De ce sexisme ordinaire, je n’ai aucune preuve. Je n’en ai donc pas fait état au secrétaire général de la Ville et au juge d’instance que j’ai saisi trois jours après le second tour pour signaler ces manquements répétés à la loi. Et si ces deux-là ne répondent pas, j’écrirai au Conseil d’État, juge de l’élection. Il me devient totalement insupportable que ces personnes censées faire appliquer la loi restent indifférentes aux personnes leur signalant les manquements de leurs propres services. Mes droits sont imprescriptibles, qu’on se le dise !

Ils @9

Préfecture de police de ParisLes quelques fois où je me suis rendue dans un commissariat pour déposer devant un officier de police judiciaire (OPJ), dont la dernière, j’ai été surprise par trois choses.
Le décor d’abord. Les bureaux où j’ai été entendue avaient tous en commun d’être « décorés » au goût des policiers les occupant, je suppose. Le dernier en date arborait un magnifique drapeau français de bien 1,50 mètre de long, un autre du PSG du même gabarit et diverses représentations d’écussons en format A4 que je n’ai su identifier. La police nationale n’a-t-elle pas un devoir de neutralité, même en matière de football ? Quant au drapeau tricolore, même s’il ne me pose aucun problème, je lui ai trouvé, de par sa taille, un côté bien provocateur.
La confidentialité. Il ne m’est jamais arrivé de déposer seule dans un bureau. À chaque fois, à une autre table, un autre policier entendait une autre personne. Mes « affaires » ne touchaient jamais mon intimité, mais parfois celles d’autres personnes, ma-Jeanine, par exemple. Et pour ma dernière visite au commissariat du 14e arrondissement, l’homme qui déposait au bureau d’à côté proférait des propos aussi réacs que racistes. J’en étais contrariée, et presque gênée pour le policier prenant sa déposition. Et je n’avais ni envie de l’entendre, ni envie qu’il entende mes soucis numériques.
La longueur du procès-verbal. Pendant l’heure qu’a duré ma déposition, l’OPJ n’a pas cessé de taper au clavier. Au final, ma déposition faisait dix lignes, ne reprenant pas grand-chose des informations que j’avais données. Qu’a-t-il donc écrit pendant cette heure ? Où ? Cette impression qu’une partie des informations données n’atterrissent pas dans le P.-V., je l’ai eue à chacune de mes dépositions, longueur du P.-V. à l’appui.
Conclusion ? Y a-t-il un OPJ dans nos hétéronautes ? Je suis preneuse de son avis sur ces questions. Merci !

Ils @8

GrreceLa situation en Grèce me fascine et je prends le risque d’écrire un billet alors que les négociations tiennent l’Europe en haleine (nous sommes le lundi 13 juillet 2015, 9 heures). Quelle en sera l’issue ? Je l’ignore et ce que je ressens me semble aller au-delà du résultat.
Je remarque d’abord que ma position personnelle a beaucoup évolué ces derniers mois. Au début de la « crise », j’étais assez portée sur un soutien sans faille à la Commission européenne, considérant que les Grecs n’avaient que ce qu’ils méritaient, eux qui ne payaient pas leurs impôts et laissaient religieux et armateurs tirer les ficelles de la gabegie générale. J’ai voté « Oui » à Maastricht et à la Constitution européenne. J’étais dans cette logique. Je faisais confiance aux dirigeants de l’Europe pour nous mener vers une Europe politique sur fond d’orthodoxie financière.
Et puis Tsipras est arrivé…, soutenu par une gauche française que je ne soutiens pas. Je sentais (j’ai bien utilisé le verbe « sentir » tant les outils me manquent pour être plus précise) que les Grecs n’en pouvaient plus de cette « austérité » qui me semblait pourtant incontournable, que ce que l’on m’avait raconté sur ce pays incapable de gérer ses affaires, miné par la corruption, la fraude et j’en passe, était trop bien ficelé pour être honnête. Car si les Grecs étaient si coupables de leurs déchéances, pourquoi mettre tant d’énergie à les « sauver », dans un sauvetage qui traînait un peu en longueur, tout de même.
J’ai commencé à y regarder de plus près, à me dire que cette mathématique que l’on nous propose systématiquement pour « réduire la dette » ne tenait pas forcément la route, qu’il devait y avoir d’autres enjeux, d’autres données pour que ces « efforts » demandés aux Grecs, et à nous aussi, ne portent que si peu leurs fruits. Il y a eu alors cette affiche de cette gauche qui n’est pas la mienne et qui m’a fortement ébranlée : « Si la Grèce était une banque, elle serait déjà sauvée »…
J’ai lu ça en allant au judo, sur un mur du 19e arrondissement. J’ai souri, trouvé le slogan facile ; puis, en fin de compte tellement juste ! Car pendant que les Grecs se serrent la ceinture, la finance internationale fait des profits, les inégalités s’aggravent entre pauvres et riches, entre Sud et Nord. Je n’aime pourtant pas l’idée que la « redistribution » serait la solution ; je penche plus pour une solution globale, la décroissance, et la remise en cause du libéralisme en tant qu’ordre économique, certes, mais aussi politique et social. En attendant, les Grecs sont à bout de souffle et il faut faire quelque chose !
Tsipras a alors arrêté les négociations et lancé son référendum, en moins d’une semaine. Incroyable ! La chose m’est apparue véritablement incroyable ; j’ai écouté son discours 48 heures avant le scrutin. Cet homme est soit fou, soit génial ! Par ce référendum, il semble nous dire qu’il est possible de résister, à l’échelle d’un État, par le jeu démocratique, à l’ordre libéral, à ses banques et à ses soutiers des institutions européennes. La réponse du peuple grec a été sans appel. La suite ne change pas grand-chose, semble-t-il, en matière de restriction. Mais cela a été possible ; résister.
Un long round de négociations s’est alors engagé. J’ai entendu, lu, de-ci, de-là, des choses qui m’ont marquée. Je fais court. « La Grèce restera dans l’Europe, c’est une question géostratégique. » « La Grèce ne produit pas assez de richesse pour payer ses fonctionnaires, ses retraités et rembourser la dette. » « Les dirigeants des États européens jouent la politique intérieure. » « Ils lâcheront tous au dernier moment. » C’est ce que je retiens, l’idée que ces négociations sont un marché de dupe, que les dés sont jetés depuis longtemps et que, pendant que l’on amuse la galerie, l’austérité a partout gagné la partie pour le plus grand profit de ceux qui sont devenus trop gras du bide pour porter une ceinture !
Ne serait-il pas temps, pour nous aussi, peuple de France, de tenter de dire non ? On a « tellement à perdre » me souffle Caddie, grand économiste s’il en est (c’est lui qui fais les commissions !) Que faire alors ? Vous, je ne sais pas. Moi, je vais tâcher d’arrêter de « sentir » pour essayer de m’informer correctement et réfléchir. Chaque fois que j’écris le mot « Grèce », c’est « grève » qui s’affiche à l’écran. Un signe ?

Ils @7

Yeux albinosEn cette Journée mondiale de sensibilisation à l’albinisme, j’ai une bonne nouvelle !

J’avais écrit au préfet le 15 février 2015 puis au ministre faute de réponse du préfet le 5 mai 2015 le courrier suivant. (Vous trouverez également sur ce sujet un billet ici.)

Objet : « Cerfa 12100-02 » : couleur des yeux « albinos ».
« Monsieur,
« J’ai refait mon passeport fin janvier et ai eu la surprise de constater sur le document de demande « Cerfa 12100-02 » que la couleur « albinos » apparaissait dans la liste des couleurs d’yeux disponibles.
« Il s’avère en effet que je suis albinos… et que j’ai les yeux bleus, comme la majeure partie des albinos. Certains albinos ont les yeux plus gris clair, d’autres avec un liseré jaune ou un reflet rouge… Mais jamais je n’ai entendu parler de couleur « albinos ».
« J’ai posé la question au moment du dépôt de ma demande. Personne dans vos services à la mairie du 15e arrondissement n’avait la réponse. Je ne peux pourtant pas imaginer qu’un document administratif porte une mention sans fondement autant que je m’interroge sur le fait de savoir si « albinos » est une couleur que l’on peut constater simplement (laquelle ?) ou un état de santé que seul un médecin peut établir ce qui constituerait, vous en conviendrez avec moi, une discrimination à l’égard des personnes albinos qui devraient ainsi « prouver médicalement » une couleur qui n’en est pas une.
« Croyez bien, monsieur le préfet, que je suis très troublée par cette question, car il y va de mon identité personnelle comme de celle qui m’est reconnue (ou non) par les autorités publiques. Je vous remercie donc par avance de la réponse que vous pourrez y apporter.
« Cordialement »

Je viens de recevoir la réponse, trois paragraphes, un qui présente, un qui clos, et entre les deux :

« Après saisine des affaires juridiques sur le sujet, je vous informe que cette mention [« albinos », NDCy] dans le choix de la couleur des yeux au moment du recueil sera prochainement supprimée. »

Eh bien ! voilà une discrimination qui saute. Youpi !

 

Ils @6

CafDe récents soucis administratifs m’ont contrainte à me rendre dans les locaux d’un centre de gestion de la Caisse d’allocations familiales pour la première fois de mes trente ans d’allocataire. D’ordinaire, même s’il faut du temps, un ou deux courriers suffisent à régler le souci. Pas là.
J’en étais d’autant plus contrariée que je devais mobiliser Isabelle pour m’accompagner avec l’idée qu’on allait y passer la journée dans des conditions d’accueil exécrables. J’ai en effet une image déplorable des « services sociaux » : rupture de prestation sans préavis, modification des attributions sans détail des motifs et des modes de calcul, définition des conditions d’attribution a minima, délais de réponse de deux mois à presque un an, utilisation d’un langage abscons, demande de justificatifs à répétition, démarches en ligne réduites à la portion congrue, téléphones qui sonnent dans le vide, attente interminable dans les services, porte close aux heures normales d’ouverture,… La liste est longue (et ne concerne bien sûr pas que la Caf).
Tous ces « déboires » accumulés dans le temps font que je cultive une certaine appréhension au moindre changement de situation ou lors de nouvelles échéances tant il ne se passe pas une année sans que je ne doive affronter ce fonctionnement administratif qui me donne le sentiment que le demandeur est par nature un fraudeur qui va chercher à tirer le maximum, le « service » s’organisant pour le piéger et veiller au grain.
N’en va-t-il pas de la bonne utilisation des deniers publics ? Il en va, en effet ; rien n’est dû et je dois me préparer à réagir avec efficacité face à l’attaque administrative.
Je suis donc allée au centre de gestion un mercredi à l’ouverture avec Isabelle, un gros dossier sous le bras et une très courte nuit de sommeil dans les jambes. Le centre etait fermé « exceptionnellement » pour mieux traiter les dossiers en souffrance. Rien n’était dit de cette fermeture sur le site Internet. On se rabat sur un autre centre, fermé également. Mes inquiétudes et a priori se confirment. On me maltraite, par principe.
Le lendemain, une nouvelle courte nuit dans les jambes, on se présente avec Isabelle dans un autre centre. J’ai envie de pleurer, la tension, le manque de sommeil, la peur de la nouvelle mauvaise blague que cette administration va me faire.
Nous sortons du centre de gestion une heure à peine après y être entrées, après avoir vu trois agentes plus aimables les unes que les autres, compétentes, compatissantes, donnant des conseils avec des arguments auxquels je n’avais pas pensé (j’avais pourtant sacrément ruminé), sans la solution immédiate de mon problème mais avec quelque chose de plus précieux que les euros en jeu : la sérénité.
Cette visite m’a permis de comprendre que ce n’était pas moi qui était en cause, que personne ne pensait que je trichais, que les agents de ce service public font ce qu’ils peuvent avec une réglementation incomplète et contradictoire, qu’ils ont des chefs et des contraintes qui ont eux-mêmes des chefs et des contraintes, en un mot qu’il est essentiel de distinguer l’administration des personnes qui la font fonctionner.
Je voudrais donc m’excuser auprès de ces agents publics dont je médis si souvent. Ils agissent véritablement pour le service des allocataires et, si je dois m’opposer à quelque chose c’est au fonctionnement administratif lui-même. Car il est évident que si ces agents appliquent la loi (ils sont payés pour cela), ils n’ourdissent aucun complot contre les usagers que nous sommes. Ils peuvent même faire preuve de résistance, là où c’est possible.
Alors, bien sûr certains ont des comportements forcément plus grégaires que d’autres. Mais je tâcherai à l’avenir de ne plus craindre les personnes. Mes soucis n’en seront pas moindres mais, qui sait, peut-être que je dormirai mieux ?

Ils @5

ChocolatsJ’avais gardé sous le coude pour un billet un courrier que j’ai envoyé à Carine Petit, maire du 14e arrondissement de Paris, en attendant la réponse. Nous sommes deux mois plus tard, elle n’est pas venue. Je remarque au passage que madame la maire a une fâcheuse tendance à ne pas répondre aux courriers que je lui envoie ; c’est le troisième sans réponse depuis son élection. Comme je refuse de considérer qu’il puisse s’agir d’une affaire personnelle (on se connaît un peu avec Carine Petit), je ne peux que conclure à un dysfonctionnement dans la gestion de ses courriers. Dommage !
Cela dit, mon courrier. Il y est question de chocolats et d’une bévue que l’on pourra facilement attribuer à un manque d’attention. Pourtant, il me semble que l’on ne fait pas ce genre d’erreur par hasard, et que cela ait passé toutes les étapes de la rédaction d’un courrier circulaire à tous les « seniors » et personnes handicapées de l’arrondissement indique au mieux un manque de professionnalisme, au pire… Je vous laisse lire.

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« Bonjour,
« Bénéficiaire du Navigo Émeraude, j’ai reçu le courrier du CAS du 17 novembre 2014 largement cosigné par Carine Petit, maire du 14e, m’invitant à venir retirer une boîte de chocolat. Je lis « Cette boîte vous sera remise (…) sur présentation de votre carte d’identité et cette invitation ».
« Ma « carte d’identité » ? Je n’en ai pas, cette carte n’étant pas obligatoire. Par ailleurs, la « carte d’identité » est délivrée aux seuls citoyens français alors que la prestation « boîte de chocolat » ne semble pas réservée aux Français puisqu’elle est délivrée aux « personnes qui ont une prestation municipale en cours de validité », prestations qui ne sont, à ma connaissance, pas soumises à une condition de nationalité.
« J’aurai donc deux questions :
« * Comment puis-je retirer ma boîte de chocolats sans carte d’identité ?
« * Cette condition de présenter une « carte d’identité » témoigne-t-elle de l’introduction prochaine dans la politique sociale de la Ville de Paris de la « préférence nationale » déjà présente dans l’esprit de la personne qui a rédigé ce courrier et de toutes celles qui l’ont relu ?
« Rassurez-moi…
« Bonne journée à vous
« Cécyle Jung »