Archives de catégorie : Gamine @

Gamine @31

J’ai découvert sur un réseau social local un nouveau « service » de restauration à domicile. Le concept est simple : une personne fait à manger chez elle, vous avez faim, vous commandez sur l’appli et vous venez chercher votre plat. N’est-ce pas une bonne idée ? Quand je dois faire deux litres de soupe parce qu’il y a urgence à cuire des invendus et que mon congélateur est plein, ce serait pratique, non ? Et elle est si bonne ma soupe !
— Vrai de vrai !
Merci Caddie. Mais tu sais, parfois, les idées simples sont particulièrement délétères. Pour celle-ci, j’y vois d’emblée de nombreux biais.
* Une communication sexiste et âgiste. Bah oui, c’est une femme qui fait à manger, on la nomme « mamy » alors même que dans la vidéo elle est plus quadragénaire (c’est quand même plus sexy !), il s’agit de valoriser vos talents de « cuisinière » (et non de cuisinier) et la personne qui vient chercher à manger est un homme, bien sûr. Regardez au passage les quatre « mamy » proposés : deux hommes, deux femmes ; la parité ? De façade, car quoi qu’on en dise, qui n’aurait pas choisi spontanément « mamy Juliette », pardon, son bœuf bourguignon ?
* Une « rémunération » sous forme de « récompense ». Voilà la version moderne de Elle est bonne ta poule, ma poule ; une bonne claque sur les fesses et un pincer (une pincée ?) de nichon et « mamy Juliette » est contente d’avoir régalé Édouard. Une petite pipe pour le dessert ? C’est une autre qui s’en charge au vu de la promiscuité de la femme qui apparaît déjeuner avec Édouard, qui garde sa posture dominante devant l’ordinateur… J’exagère, bien sûr, mais comme il n’est nulle part fait mention de la forme fiscale de cette « rémunération » et que le verbe « récompenser » n’est pas neutre, on peut imaginer que les pires systèmes d’exploitation sont au menu.
Voilà exactement le genre de concept que les confinements et autres couvre-feux sont en train de produire, un mélange de high-tech, de retour aux sources et de déréglementation tous azimuts sous couvert de nécessité économique. On est mal barrés, c’est sûr !

Gamine @30

Il n’est pas un scoop que la presse peine à reconnaître les féminicides comme des crimes à part entière. La page Facebook « Féminicides par compagnons ou ex » vous en donnera de nombreux exemples. J’en suis souvent choquée, sans m’en indigner publiquement. L’un de ces titres pourtant m’a sidérée le 17 juillet dernier, ce d’autant qu’il émane de France bleu, le service public, donc. Je lis « Une femme meurt après des coups de feu dans la caserne de gendarmerie de Bailleul » N’y aurait-il donc aucun rapport ou un rapport indéterminé entre ces tirs et la mort de cette femme ? C’est tout de même bien étrange…
Elle a pu avoir peur, faire une crise cardiaque, qui sait être l’auteure de ces tirs ! Que sais-je… ? Je lis l’article. Il est question de coups de feu d’un gendarme, le concubin de cette femme, qui aurait ensuite « retourné l’arme contre lui ». Pour lui, on comprend donc bien que son tir le visait ; mais elle ? Le court article, en trois paragraphes, répète toujours la même chose : des coups de feu « ont été tirés » ; et cette femme est morte.
À aucun moment il n’est indiqué qu’elle était la cible de ces coups de feu, et qu’elle est donc la victime directe. « C’est évident ! » me direz-vous ; eh bien, je ne trouve pas ; je trouve même assez invraisemblable qu’une journaliste soit capable de dissocier ainsi les tirs de la personne qu’ils visaient, même si les faits ne sont pas encore bien établis. Ne peut-elle se résoudre à ce qu’un gendarme tue délibérément sa femme ? Elle se résout bien à ce que le gendarme se suicide…
C’est vrai qu’un gendarme, ça fait désordre… Le lendemain, c’était un pompier. Ces deux femmes sont respectivement les cinquante-deuxième et cinquante-troisième victimes de féminicide depuis le 1er janvier. Ne les oublions pas.

Gamine @ 29

Je regarde un peu les applications de mon téléphone et farfouille à la découverte dans Santé, appli de l’iPhone. Il y a des conseils et des possibilités de mesures. Dans les nombreux items, l’un est « Activité sexuelle » avec des applis suggérées.
On me propose :
– Clue – Calendrier des règles
– Cycles – Suivi des règles
– Flo : Suivi Règles & Ovulation
– Period Tracker – Eve
Me voilà réduite à la dimension procréative de ma sexualité. Que vais-je devenir quand je serai ménopausée ? L’activité sexuelle n’est pas déterminée par le cycle menstruel, mais peut-être que les concepteurs ne le savent pas. Est-ce que ce sont que des hommes ou y avait-il des femmes qui ont effectué ce choix ? Quels préjugés se glissent derrière cette catégorisation ? De fait, elle impose cette catégorisation aussi. En offrant des possibilités pré-construites, elle formate l’utilisation de l’application donc conduit à des biais quant à la manière de penser la relation entre sexualité et règles.
Cela me fait penser à un article que m’a montré récemment Cécyle. L’auteure, une chercheuse, affirme que la ménopause renvoie à une construction globale de la femme comme déterminée dans ses périodes de procréation. Les arguments historiques sont intéressants (naissance du mot ménopause), mais qu’en conclure ? C’est un autre débat que Cécyle voudra peut-être lancer.
J’ai eu ces choix, car j’ai indiqué que je suis une femme. Est-ce qu’un homme pourrait me dire ce qu’il a comme choix d’app ? Celles de bilans de mesures de la fertilité ou de don de sperme ?
Plus globalement, l’appli justifie de proposer l’activité sexuelle, car elle « a une influence sur notre santé physique et émotionnelle ». En l’occurrence pour le cycle menstruel, c’est plutôt les hormones qui jouent. Et vont-ils proposer de compter son nombre de « coups », leur effet sur l’émotionnel (« Trop bonne, top ! ») ? Ce serait l’aboutissement logique d’une société patriarcale où des individus sont au service sexuel d’autres, les femmes utiles pour « l’hygiène » et la satisfaction des besoins « physiques et émotionnels », quand ce n’est pas pour procréer.
Misère.

Gamine @ 28

On va s'aimer un peu beaucoupJe regarde une série française sur le site de multidiffusions de France Télévisions dont le titre est On va s’aimer un peu beaucoup. Elle met en scène un cabinet d’avocates dont on suit les dossiers et la vie personnelle des personnages principaux. Des affaires montrent des femmes se sortir de la violence des couples.
Mais, dans le premier épisode de la première saison, au bout de treize minutes, une scène entre une femme et son compagnon : tout semble ne pas être au beau fixe dans le couple, les séquences précédentes nous l’ont montré. Voici les principaux faits et dialogues. Elle est au lit avec des dossiers. Il la rejoint et ils se disputent. Elle se couche sur le côté. Il l’embrasse dans le cou en se collant à elle « T’es fâchée ? » Elle répond « Non, non, mais j’suis crevée. » Il insiste, elle répète qu’elle est fatiguée, mais il rétorque « Et moi, j’ai très envie de ma femme. » Il la met sur le dos. Elle est un peu rigolarde. Il est au-dessus d’elle, la serre en disant « Ça va, je t’aime, c’est tout. » et l’embrasse. Elle a le temps de dire « Arrête. », il répond « Quoi arrête ? » comme un jeu. Elle répond à son baiser, souriante. Il ajoute « Tu sais bien comment me faire taire. » en la caressant. Il l’embrasse, elle l’embrasse. Fin de la scène. Cela serait-il un viol conjugal ? La femme refuse puis semble parfaitement consentante, ce serait donc une « réconciliation sur l’oreiller » ? Plus tard, le couple se marie et pour la nuit de noces, le mari dit qu’il veut « honorer sa femme » et elle lui répond dans le même ton en se déshabillant toute souriante.
Si les femmes se sentent des héroïnes fortes et la série est souvent drôle, la culpabilité et la souffrance sont une musique de fond. Tromperie et adultère sont omniprésents. Les femmes refusent ou non les avances qui leur sont faites et de nombreuses fois les hommes les retiennent physiquement, leur prenant le bras pour leur parler quand elles refusent. Un procureur envoie des textos insistant à une avocate qui ne veut pas aller plus loin qu’une relation sexuelle puis lui demande si elle va porter plainte pour harcèlement comme un défi. Un avocat ayant des relations sexuelles consenties avec une autre avocate dit qu’il ne peut pas y avoir harcèlement car il n’y a pas de lien hiérarchique entre eux (ce qui est juridiquement faux). Une femme qui ne veut pas vivre avec son amant, marié, le voit débarquer avec un costume et deux chemises car il quitte sa femme. Elle refuse sans cesse la vie à deux mais vit l’humiliation (qu’elle ressent comme telle) l’arrivée chez elle d’un huissier pour un constat d’adultère.
Bref, la série m’a semblé une étude sociologique des relations hétérosexuelles, pour le meilleur et surtout pour le pire. L’avocate finit par rejoindre chez lui le procureur insistant pour continuer leur histoire. Les hommes et les femmes qu’ils retiennent par le bras restent en couple. Qu’il est dommage que France Télévision montre une série où les femmes ont du pouvoir et sont principalement en scène avec de tels clichés où « non » et « arrête » n’empêchent en rien un homme réclamant son « devoir conjugal » d’arriver à ses fins, la femme cédant en riant.

Gamine @ 27

C'est Petit sapin !Je suis dans un grand magasin du Marais parisien. C’est un lieu où l’on croise beaucoup de garçons sensibles. J’y vais pour regarder les parkas et manteaux après ne pas avoir trouvé ce qui me convient au rayon femmes, dans un autre bâtiment.
À un étage, une vendeuse me dit bonjour puis ajoute une phrase que j’entends mal et interprète de façon fort logique par « Vous cherchez un caban ? » Je réponds donc oui. À sa réponse, étrange, je reconstitue sa première phase. En effet, elle me lance « Comme beaucoup de femmes en ce moment ! » (peut-être a-t-elle dit toutes les femmes, je ne suis pas sûre), avec un air de connivence entendue. C’était donc en ce mois de novembre « Vous cherchez un cadeau ? »
J’étais loin d’imaginer que l’on puisse me prendre pour une femme cherchant un cadeau de Noël pour un homme. Cela me semble encore complètement incongru quand j’y repense.

Gamine @26

Métro, boulot, dodoJe rentre du judo. Il est tard. Je m’installe sur la 13 dans les places à six (deux fois trois en face à face) en bout de wagon. Mon sac à dos est posé sur ma cuisse gauche. Je grignote mon pique-nique tournée vers ma droite : crudités, pain, pomme, biscuit. J’en suis au pain. Je tourne un instant la tête vers ma gauche, par derrière mon sac. Un homme est assis à la place la plus à ma gauche. Je ne peux vous dire sa tête. Il a la posture d’un invité d’Apostrophe, un peu vautré, jambes croisées, le coude posé sur l’accoudoir.
— Bonsoir…
Je le salue brièvement et reviens à mon pain.
— Ça voyage ?
Je me tourne vers lui.
— Je ne comprends pas votre question.
— Le sac, tout ça… Ça voyage ?
— Je ne comprends toujours pas votre question.
— Laissez tomber…
J’y comptais bien. Je reviens à mon dîner. Il descend une station avant la mienne. J’en suis ravie.
Cet épisode de suffisance machiste me renvoie à mon billet « Lesbienne @22 ». Quand je l’ai écrit, je n’avais pas été en mesure de formuler le fond de mon malaise. La remarque sur Facebook d’une internaute fidèle de ce blogue m’a permis de comprendre. Elle a écrit : « Faut toujours qu’ils essayent n’est-ce pas ? » Il était bien là le souci, cette demande, cette insistance, comme ce gars dans le métro qui emploie un pronom impersonnel, « ça », comme si je n’étais qu’un objet à l’instar de mon sac.
Je regrette parfois d’avoir opté pour la lutte non violente mais je sens que je devrais me servir de ces agressions (oui, ce sont des agressions) pour me motiver dans le travail du Goshin jitsu et notamment le kiai. On ne sait jamais ; des fois que je décide de me lancer dans la lute armée… Hajime ma main dans ta gueule !

 Connard !

Gamine @25

Depuis un mois, je suis inscrit au jardin partagé juste à côté de chez moi. Je profite principalement du composteur pour y jeter mes épluchures de légumes (la liste des végétaux agréés est précise). L’une des règles du jardin est que lorsque quelqu’un y est présent, le jardin doit être ouvert. Cela a été le cas vendredi dernier : le temps de déposer mon stock d’épluchures et une nuée de fillettes était positionnée à l’entrée. « Est-ce qu’on peut entrer ? » me demandèrent-elles. Bien sûr. Le temps de leur annoncer les consignes et les voici qui entrent toutes contentes. Elles devaient avoir entre 7 et 10 ans. Je leur montre les maisons à oiseaux, la cabane des insectes. Elles me demandent s’il y a des vers de terre dans le jardin, je leur réponds oui. Grimaces.
Rapidement, elles se retrouvent toutes autour d’un cerisier duquel de la sève s’est écoulée et a durci en prenant une belle couleur ambre. Toutes sont fascinées par la chose. Je réussis à récupérer quelques morceaux d’excroissance et les distribue aux plus hardies. Le bonheur ultime du moment pour la troupe. La visite s’est terminée autour du composteur dont l’odeur provoqua un effet sans surprise (« ça sent mauvaiiiiiis »). Puis la question : « Y a des vers de terre dans le composteur ? ». Grimaces.

Gamine @24

Lors d’une visite d’ateliers d’artisans, je vois des porte-clés fabriqués avec des Playmobil et des Lego. Je cherche un peu et trouve… une judoka. Voilà un cadeau idéal pour Petit Scarabée. La judoka a une ceinture bleue. Je demande à la créatrice si elle a une judoka avec une ceinture noire. Or, elle me dit que, dans cette série, le personnage féminin a une ceinture bleue et le personnage masculin a une ceinture noire.
La ceinture bleue est bien en deçà de la noire. Ce n’est pas une débutante, en blanc, jaune ou orange. La ceinture violette aurait fait trop féministe ou trop lesbienne et la ceinture marron ne doit pas faire assez féminine. Bleu, c’est joli et ça ne fait pas peur. Heureusement qu’il n’y a pas de ceinture rose, je sens que sinon la judoka n’y aurait pas coupé.
Bien agacée par cette misogynie révoltante, j’ai offert son cadeau à Cécyle en lui expliquant ce scandale. Depuis, j’ai trouvé une judoka avec une ceinture noire. Il y en a une boîte avec deux combattantes aux JO, deux noires, enfin deux ceintures noires, l’une à la peau blanche et l’autre à la peau noire. Mais chuuuuut, ce sera une surprise pour Petit Scarabée.

Gamine @23

L’aquarium chez moi a des poissons, des escargots et des crevettes, surtout des crevettes, beaucoup de crevettes. Une amie qui a un aquarium de crevettes, uniquement des rouges, en a donné. Elle me transmet les numéros de téléphone de deux gars qu’elle a rencontrés pour ces dons.
J’envoie un texto à chacun pour expliquer que je donne des crevettes, mais mélangées, grises et noires. Une photo était jointe. Un gars m’envoie un texto pour me dire qu’il est intéressé et va m’appeler. Je n’ai pas son appel mais un autre texto.
Je le rappelle le lendemain. L’échange est un peu chaotique. Il est au volant, se gare, me parle de son aquarium, qu’il donne beaucoup de choses de son garage, qu’il ne peut pas entrer dans un magasin sans avoir acheté, surtout avec ses enfants, et blablabla… J’arrive à recadrer la conversation et au final, il me dit qu’on pourrait annuler car mes disponibilités ne l’arrangent pas et il ne cherche que des crevettes rouges.
Deux heures après, il rappelle. Je ne réponds pas. Nouveau texto : « Re Bonjour. Je tiens quand même à passer pour les crevettes. Plus serai un confort. Et je vous invite à prendre un verre on n’en profiterai pour étudier les toute forme entraide. » (sic) avec un smiley souriant.
Misère, ai-je pensé en lisant cela. J’ai envisagé de lui répondre que j’avais pris d’autres dispositions pour donner les crevettes. Finalement, je n’ai rien répondu et bloqué son numéro.
Je ne suis pas persuadée qu’il aurait changé d’avis si j’avais été un homme. Et le ton m’a profondément agacée par son machisme « Je tiens quand même à passer… », euh, et mon avis ? Ben, à mon avis, c’est bien le blocage du numéro.

Gamine @22

Lors d’une de nos randonnées GR Paris 2024, Cécyle et moi tombons sur un abri à vélos. En regardant mieux, nous voyons qu’ils sont destinés à une vélo-école. Un panonceau précise que cette école s’adresse « à tous, femmes et jeunes filles en priorité, afin de former à la pratique du vélo comme moyen de déplacement en milieu urbain pour plus d’autonomie. » Ceci avec « une pédagogie adaptée, un accompagnement personnalisé et (le prêt) de vélos convenant à la taille de chacun ».
Au moins, on a échappé à « la taille de chacune ». Je suis mitigée sur cette initiative très ciblée. D’un côté, c’est une vision encore très discriminante et victimisante des femmes, et, d’un autre côté, c’est un outil pouvant effectivement aider à l’autonomie. Toutefois, cela laisse de côté l’essentiel : les femmes utilisent moins de vélo parce que leur mode de vie ne leur permet pas toujours et que l’espace public est majoritairement organisé pour les hommes et qu’il y a de fait une insécurité plus importante des femmes dans cet espace public.
Restons tout de même optimistes. Plus il y aura de femmes dans l’espace public, à vélo notamment, plus il sera ouvert. Vive le vélo !