Archives de catégorie : Galère @

Galère @7

Jeudi matin, je rentre de ma séance de sport quotidienne vers 9 h 30.
En entrant dans mon appartement, tout semble en ordre mais après avoir posé mon sac de sport, je me rends compte qu’une étendue d’eau recouvre une partie du sol du logement.
En quelques secondes, je comprends que toute l’eau de mon lave-linge s’est répandue dans l’appartement (je constaterai plus tard que l’évacuation d’eau était bouchée).
Premier réflexe : m’assurer que la machine est éteinte. Elle est accessible par la face sud. Je débranche tout.
Deuxième étape : évacuer l’eau. Au regard de la configuration de mon appartement, il n’y a pas d’autres solutions que d’éponger. Armé de mon seau et de ma serpillère, je me lance dans l’opération.
J’attaque par la zone de fin d’inondation, le rivage nord. Grossière erreur de débutant. C’est comme éponger un puits sans fond : l’eau ainsi « espongée » est remplacée par une nouvelle eau. C’est sans fin.
Je change de tactique en décidant de partir de la source. Bonne idée. L’eau ne reflue pas et je parviens à progresser pour rejoindre le rivage nord.
Tout au long de mon parcourt, je m’amuse à découvrir la typologie du sol de mon appartement. La terrain plat autour du lave-linge, le lac plus profond entre la partie cuisine et la partie salon, les zones de déversement des trop-pleins sous la poubelle ou sous la table puis la colline, le fameux rivage nord où l’eau s’est arrêtée.
Une fois la totalité de l’eau récupérée, je suis surpris du peu d’eau utilisée par la machine. Je savais déjà que les lave-vaisselle utilisent beaucoup moins d’eau qu’une lessive faite à la mains mais mon seau est rempli aux trois quarts (plein, il contient 5 litres) ce qui me parait peu pour le lavage et le rinçage. Je me note donc : « rechercher des études comparatives sur les volumes d’eau des machines à laver le linge ». A suivre les pieds au sec j’espère.

 

Galère @6

Pour ma formation d’assistante de club (ici), j’ai passé cet hiver pas mal de temps avec des enfants sur des tatamis. Une des conséquences est que j’ai été assez malade, avec une otite en point d’orgue mi-mai. Depuis combien de temps n’en avais-je pas eu ? Pas loin de 50 ans, sans doute.
Antibiotiques, cortisone.
Cortisone ? J’en avais déjà un peu consommé en pulvérisation nasale. En cachets jamais. J’enchaînais cette semaine-là trois cours de judo importants et physiques, ma formation à l’arbitrage, le dimanche contre l’homophobie du Centre LGBT. J’ai très vite apprécié la disparition de toutes mes douleurs tout en ayant beaucoup de mal à gérer des nuits à cinq heures trente de sommeil moi dont le minimum est huit. Je me sentais hyperactive mais fatiguée en même temps, d’une étrange fatigue qui ne fait pas dormir et ne contraint pas l’action, au contraire. J’ai guetté ce moment où l’on bascule dans le sommeil. Il avait disparu.
Le dimanche, après six jours de traitement, j’étais debout mais K.-O. Des palpitations s’en sont mêlées, et de plus en plus de déséquilibres. Je n’étais franchement pas bien sans pouvoir me reposer. J’ai dû abréger ma présence sur le stand du Centre sans mieux dormir la nuit suivante.
Le lundi, arrêt du traitement. J’ai commencé à redormir mais la descente a également été rude. Deux jours de céphalées à pleurer. Retour en force des courbatures. Difficulté à récupérer et à stabiliser mon temps de sommeil.
La cortisone ? Il va me falloir une bonne raison d’en reprendre ce d’autant que mon oreille était toujours bouchée au bout de ces six jours de traitement. Inutile ?

Galère @5

photo-17-07-2016-16-50-43J’ai eu l’opportunité de pouvoir suivre cette année une formation professionnelle aboutissant à un agrément, une certification et un diplôme. Cela s’est décidé assez rapidement et je me suis retrouvée lancée dans un projet très prenant. Il y a eu seize jours de formation en province sur quatre semaines non consécutives au printemps, puis deux mois (juillet et août) pour préparer un dossier. Il s’agissait d’une étude de cas qui m’a demandé beaucoup de travail. Pour finir, il fallait une présentation orale du dossier suivi d’un exercice de questions. Tout cela a mangé la majeure partie de mes jours de repos et de congés pendant plusieurs mois.
Le jour de l’oral, mes collègues et moi sommes tous assez stressés. Nous avons nos diaporamas de présentation sur clés USB et certains sur leurs ordinateurs portables. Avec un peu de retard, je suis appelée par le jury. Le responsable de la formation me demande si j’ai un ordinateur, ce qui n’est pas le cas. Un juré tente d’allumer celui installé dans la salle, mais le responsable l’arrête, car il ne fonctionne pas. Il va chercher un portable, un peu ancien. Devant le jury, je me désole discrètement de la vétusté de la machine. Après plusieurs minutes à regarder Windows 2000 se lancer, apparaît le bureau. Admettant que la clé USB n’ait pas reconnue, il va chercher un autre ordinateur avec lequel je pourrais travailler. Bref, j’ai eu une excellente entrée en matière pour arriver à un haut niveau de stress…

Galère @4

pongisteSamedi 10 septembre 2016, vers 22 heures, je regarde les Jeux paralympiques. Après un détour par le vélo sur piste avec une seule jambe et un bras (ça dépote, surtout au démarrage), on nous montre les images d’un pongiste sans bras qui tient sa raquette dans sa bouche. Pour servir, il lance la balle avec le pied (il joue pied nu). Quand il a besoin de la ramasser, il se met à quatre pattes et la gobe.
Avec un garçon pareil, les services sociaux vont pleurer : comment concevoir tant d’autonomie de la part d’un si grand handicapé ? Gageons que ce ne soit pas l’occasion de réduire les aides au handicap (les restrictions budgétaires sont déjà bien suffisantes !) car, même si nous sommes tous exceptionnels, nous ne sommes pas tous des pongistes sans bras !
Sur le plateau, d’ailleurs, l’exception est à l’honneur.

Animateur valide. — C’est quand même tellement spectaculaire !

En effet, ça l’est. Quelques minutes plus tard.

Animateur valide. — On joue contre lui, il nous met une tôle.

Ah ! la belle référence, l’homme blanc quadra en pleine santé. On est aux Jeux paralympiques, tout de même, et il s’agit d’athlètes confirmés, leur handicap ne leur retirant pas (j’espère) cette qualité-là.

Autre animateur valide. — Là, on a quand même affaire à des courageux, en général, quand l’athlète décide, il le fait, même si ça prend beaucoup de sacrifices. De sacrifices, il y en a énormément. Le monde du handisport, c’est quand même ça, on a affaire à des courageux. Et quand ils décident de faire, ils font. La preuve.

Un ancien pongiste handisport répond…

— La volonté de réussir et de performer est la même en handisport qu’en valide. Un athlète valide, quand il a décidé d’être champion, il y met une détermination terrible. Après, il a des moyens qu’on n’a pas. Mais nous, on a des armes qu’il n’a pas non plus.

Et toc !
Et merci.

Galère @3

ArdhisLe 15 juin 2016, je suis allée à la mairie de mon arrondissement rendre hommage à Françoise Buzelin, une militante infatigable au service des étrangers sans papiers au sein de RESF et de la LDH. Mon implication dans ma section LDH est surtout numérique. Je n’avais donc pas de souvenirs d’elle mais il me semblait important d’être là pour accompagner mes compagnons de section que je savais très touchés.
Il y avait du monde dans la salle des mariages, en plus de madame la maire, monsieur le député, quelques élus. L’hommage a commencé. Quelques mots des uns et des autres, des officiels, des militants, un poème et soudain, la voix d’un homme est venue, timide et forte, engluée de sanglots. L’homme a parlé de la manière dont Françoise Buzelin avait changé sa vie en l’accueillant jusque chez elle et en l’accompagnant jusqu’à ce qu’il ait papiers, travail et logement. Son émotion m’a prise au cœur. J’avais des larmes plein les yeux.
D’autres hommages encore, de militants et soudain, la voix d’une femme peu assurée, très vite interrompue par des larmes intarissables. Son récit était plus poignant encore que celui de l’homme, sa situation juridique était un véritable casse-tête, Françoise Buzelin n’a jamais renoncé. Et moi, découvrant la force de cette femme, j’ai encore pleuré.
D’autres hommages pour finir, de militants, un autre poème et soudain, la voix d’une femme plus forte, s’excusant de son français, d’emblée moins sympathique et touchante que les deux précédentes personnes dont Françoise Buzelin s’était occupée. Je l’ai pourtant écoutée, et j’ai pleuré. Pensez ! Elle nous a raconté qu’elle était en zone de rétention quand la militante de RESF est intervenue. Cette femme était séparée de ses enfants et n’avait qu’une seule idée en tête, ne plus vivre.
— Françoise m’a sauvé la vie.
La suite de son récit était à l’avenant, celui d’une vie brisée par un traitement des immigrés et des réfugiés indigne et inique, celui d’une femme qui devait la vie sauve à l’engagement d’une autre qui ne l’a pas lâchée tant qu’elle n’a pas été de nouveau en désir de vivre, condition matérielle acceptable en prime.
Pleurer, c’est bien ; cela prouve que l’injustice me révolte. Agir, c’est sans doute mieux. Je ne peux pas parrainer un étranger car je ne suis pas en capacité de l’accompagner dans ses démarches. Je l’ai toujours regretté. Que faire d’autre ? Je ne sais pas. Deux jours plus tard, j’ai adhéré à l’Ardhis. Pour y faire quoi ? Je ne sais pas mais cela m’a semblé une évidence. Adhérer. Un minimum.

 

Galère @2

RATP informationLa RATP installe petit à petit de nouveaux écrans informant « en temps réel » des perturbations sur le réseau. C’est très joli mais pas toujours lisible. Il y a beaucoup de couleurs à gérer. Quand une ligne est ralentie, elle s’entoure d’orange ; quand elle est arrêtée, de rouge. À droite, on trouve l’explication du problème dans une colonne assez étroite.
Selon la hauteur de l’écran, je lis ou ne lis pas. En rentrant du judo, à Jourdain, je m’arrête avant les tourniquets. Il me semble que la 13 est entourée d’orange. Je peine à lire la colonne de droite. Une dame est au guichet. C’est rare à 10 heures du soir ; j’en profite.
— Bonsoir, pouvez-vous me dire quels sont les problèmes sur la 13 ? Je n’arrive pas bien à lire.
Elle se penche pour voir l’écran.
— On ne voit rien d’ici, vous savez.
— Et moi, je ne lis pas l’écran voyageur ; je suis malvoyante.
Elle se penche encore, apparemment sans succès. Elle regarde alors son propre écran. Je remarque à cet instant qu’elle est au téléphone.
— C’est une dame, elle ne voit pas l’écran et moi non plus. Il y a un problème sur la 13 ?
J’attends encore dix secondes. Aucune réponse ne vient.
— C’est bon, madame, je vais me débrouiller ! Bonne fin de soirée !
Elle acquiesce. Je file. Il est tard. Je ne voudrais pas trop rater de métros. Sur le quai, j’appelle Isabelle qui vient de me laisser à l’entrée de la station. Je lui demande si elle peut regarder avec Petit Faune*. Trois minutes plus tard, elle m’indique que le trafic est normal sur la 13. À République, je trouve dans un couloir un écran lisible. Le trafic est perturbé sur la 13, dans la partie nord. Je ne suis donc pas concernée. Pas besoin de sortir le plan B.
Je fais un texto à Isabelle pour la rassurer et conclus.

« À quoi sert la dame derrière son guichet ? »

La réponse arrive vite.

« À ce que tu fasses un billet. »

Voilà, c’est fait. Merci madame !

* Note. Merci à Petit Faune pour la photo. Vous remarquez que ce matin-là, c’est le RER A qui est ralenti…

Galère @1

Y'a bien que deux rouesEn octobre, j’ai vécu une galère à vélo. La « chance » n’a pas été de mon côté alors que je m’étais trop reposée sur elle. Bref, j’ai poussé pendant des heures un vélo, sur un très agréable chemin, et cherché la gare la plus proche. Celle-ci m’a été indiquée par deux femmes que j’ai accostées alors qu’elles conversaient tranquillement. Elles ont même cherché à m’accompagner en voiture, mais le vélo ne rentrait pas, et ont été d’une grande gentillesse. L’une d’elles m’a mimé le chemin plusieurs fois et j’ai trouvé sans difficulté le dragon du rond-point et le lycée en construction qui devaient me servir de repères.
Le même mois, alors que je m’arrêtais pour attendre au feu tricolore, je me suis retrouvée à côté de cette femme. Elle se rendait avec sa fille à un atelier pour enfants de l’Union centrale des Arts décoratifs. Je l’ai reconnue tout de suite et abordée. Quand elle m’a « resituée », elle était contente de savoir que je m’étais bien tirée d’affaire et nous avons échangé nos numéros de téléphone pour prendre un café un jour. Même si sur mon carnet elle a écrit à côté de son numéro de portable une mention « Véronique (galère) », j’aurais plaisir à la revoir.