Archives de catégorie : Frayeur @

Frayeur @7

Pour la première fois de ma vie, je suis entrée dans un appartement où avait eu lieu un incendie quelques heures plus tôt (pas chez moi ni chez un proche, je vous rassure). J’avais déjà vu des traces de fumée sur des façades, jeté un œil à travers la palissade de l’atelier qui avait brûlé dans notre îlot ; mais pénétré, jamais.
Je me sentais toute timide, parce que c’était chez quelqu’un que je ne connaissais pas, peut-être ; mais surtout parce que j’étais très impressionnée. L’odeur m’a prise, bien sûr ; mais aussi tout était noirci ; j’ai cru d’abord à un appartement mal entretenu ; mais non, c’était de la fumée qui s’était déposée partout.
L’incendie, violent dans une pièce, n’avait pas tout ravagé. Tout n’était pas en miettes comme chez l’artiste qui avait vu son œuvre détruite (tout le quartier ne s’inquiétait que de son chat là où soixante-dix ans de création n’existaient plus ; le chat était sauf). Mais c’était très impressionnant, effrayant surtout.
Depuis que j’ai mis le feu chez moi (ici), je fais particulièrement attention. Là, je crois que je vais me mettre en mode parano-feu. C’est trop abominable, tout perdre ainsi, tout à refaire, ne plus avoir de logement… J’en suis toute retournée.

Frayeur @6

Métro, boulot, dodoJe rentre d’un cours de judo. Quarante minutes de bonheur dans le métro parisien.
Départ de Jourdain, sur la 11, à 21 h 15. Quand je descends l’escalier, je croise un homme la braguette largement ouverte, le sexe à l’air. Je n’ai pas vu grand-chose, mais assez pour en être dégoûtée.
Dans la rame qui me mène à République, je suis assise dans une place à quatre. Sur la banquette d’en face, place de droite (côté fenêtre), un homme me regarde avec insistance. Je ne sais pas s’il me reluque ou si je l’intrigue. Je mâche avec application mes crudités en espérant avoir un air indifférent. Il me met très mal à l’aise. Il descend à Belleville. C’est parfois interminable deux stations.
À République, dans le long couloir de correspondance (en sous-sol, donc), je croise une patinette électrique qui fend la foule à bonne allure. Une première !
Sur la 8, à Grands Boulevards, montent deux gars la quarantaine alcoolisés, grosse canette de bière à la main. Un appareil diffuse une sorte de rap manouche de manière assourdissante. Ils dansent, rigolent ; mais leur joie est agressive. Je me méfie. Ils interpellent les voyageurs qui les rabrouent. La musique est trop forte pour que je sache de quoi il est question. Je suis assise sur un strapontin. Je suis la seule femme alentour. J’ignore s’ils m’ont identifiée comme telle. Je me tasse derrière mon sac de judo en me concentrant sur mon pique-nique. Ils s’approchent plusieurs fois, repartent… Je suis prête à bondir.
À Invalides, je sors comme une fusée manquant d’en bousculer un et fonce jusqu’à la cabine du machiniste. Je toque. Il ouvre sa porte. Je lui signale les deux gars. Je crains pour les femmes qui pourraient monter. Il me dit qu’il va faire un signalement.
Le métro part. Je remonte le quai. En haut des escalators, je croise un contrôle : une quinzaine d’agents de la RATP, dont quatre avec un brassard sécurité. Je sors mon passe. Aucun ne me le demande ; ils sont trop occupés avec les contrevenants du soir. Je rejoins le quai de la 13.
Le premier métro qui arrive est blindé. J’attends le suivant ; je suis aux aguets. Que va-t-il arriver encore ? Il est 21 h 55 quand j’arrive à Montparnasse où je descends ; j’ai besoin de marcher pour évacuer toute cette tension. Le square W est tranquille. Encore cinq étages à gravir. Pas de mauvaise surprise. Patton me fait une bulle. Je me pose dans mon fauteuil. Je suis saine et sauve. Le bonheur.

Frayeur @5

IRMJe croyais réglés mes récents soucis de vertige en deux tournicotis d’ORL mais les voilà revenus puis, cette fois, spontanément disparu. Ce nouvel épisode, qui semble en augurer d’autres, m’a permis de constater deux choses.
La première est que je vis en « vertiges permanents » au sens où j’ai la sensation fréquente de marcher sur des œufs, d’être instable, de ne pas tenir debout, sensation que je nomme « déséquilibres » en les attribuant à mon nystagmus et qui serait en fait des vertiges. Par contre, dans mes vertiges récents, la sensation est que c’est le monde qui tourne autour de moi. Ce sont les questions de l’ORL qui m’ont permis de faire le distinguo, surpris d’apprendre que la sensation de ne pas être stable m’est très fréquente. Elle est ce qui contraint ma pratique du judo et que je travaille au quotidien par des exercices de posture. Il ne semblait pas imaginer cela possible de vivre ainsi sans s’en préoccuper. Peut-il faire quelque chose ? Je ne sais pas.
Par contre, et c’est mon deuxième constat, je suis terrifiée par l’idée du monde qui part en vrille autour de moi même si la cause ne m’inquiète pas. Cela est arrivé uniquement quand je passais de la position couchée à la position assise, et pas dans l’autre sens (ce qui a également surpris l’ORL). Cela arrivait donc plutôt la nuit, et au petit matin. Je me suis rendu compte que je retardais le fait d’aller faire pipi, quitte à ne pas arriver à me rendormir, par crainte de déclencher ce vertige ; mais pourquoi ? D’où vient cette peur presque terrifiante ? Je suis dans mon lit, je ne peux guère tomber de bien haut… Et ne devrais-je pas plus avoir peur de mes déséquilibres ?
Vertige de l’amour, bien sûr… Antidote propose aussi dans ses cooccurrences « vertige de l’abîme », « vertige du vide », « vertige de l’infini ». Voilà de quoi avoir peur, en effet ! Il y a aussi le « vertige métaphysique » ; tout un programme ! Je sens que c’est plus profond encore, plus ancré. C’est déjà ça de pris, l’ancre, pour avoir un point fixe auquel s’accrocher, et l’encre pour écrire la frayeur et lui demander de dire ce que le vertige exprime. Elle rechigne. Je gage que ce billet saura déclencher le vertige de la clairvoyance… sacré mot qui est sorti tout seul du clavier ! Je suis plus tranquille. Mon inconscient a déjà commencé à travailler.

 

Frayeur @4

BalonMon logement est équipé d’un système de chauffage-eau chaude qui surprend toujours mes visiteurs : une belle chaudière à gaz surplombe un ballon de 75 litres. L’intérêt de cette double installation qui prend une place importante dans ma cuisine et dope ma consommation de gaz ? De ce que j’ai compris, plus de « confort » de par un accès plus rapide de l’eau chaude à la sortie des robinets. Ma baignoire est à quatre mètres…
Justement, ma baignoire. Je vis seule, vous savez. Et je prends des douches dans ma baignoire, comme beaucoup. Ce matin-là, j’étais seule chez moi — oui, des fois, je ne le suis pas, mais c’est somme toute assez rare. J’étais seule, donc, et je prenais une douche. À peine le temps de mettre du savon qui n’irrite pas le kiki (vous allez tout savoir de ma douche ; âmes sensibles, arrêtez là votre lecture !), la pression d’eau chaude baisse d’un coup, vous savez comme si quelqu’un dans la cuisine tirait de l’eau chaude alors que l’on est sous la douche.
Pour avoir beaucoup vécu cette scène enfant, je suppose, je m’écrie : « Qui tire l’eau ? » Un réflexe. Et immédiatement ensuite, une angoisse ; mais qui est chez moi et tire de l’eau dans la cuisine. Je me concentre deux secondes. Je ne me souviens vraiment pas que quelqu’un ait dormi ici (des fois, j’ai des absences, surtout dans l’occupation de mon lit ; mes rêves sont tellement plus prégnants que la réalité !) Et j’ai bien refermé la porte en remontant de dérouler. J’en suis sûre…
Si sûre que, sans couper l’eau de la douche, je sors de la baignoire, n’attrape même pas une serviette et sort de la salle de bains, parcours en couvrant ma nudité de mes bras les quatre mètres qui mènent à ma cuisine pour constater que Tomatier n’est pas en train de boire au robinet ! Ni Caddie d’ailleurs. Je retourne fissa sous la douche avec cette question : lequel de mes fantômes a tiré un peu d’eau ?
Le lendemain, et les jours suivants, la coupure passagère se reproduit. Je ne sors plus de sous la douche mais je ne peux pas dire que je suis vraiment tranquille. J’en parle à mon gardien, sans l’épisode fantôme, bien sûr. Il était question de changer mon ballon perlé de rouille et sans doute farci de tartre. Le chauffagiste vient demain matin. Peut-être va-t-il même le supprimer ? Suspens.

Frayeur @3

Vacances 2Voyager m’est toujours source de beaucoup d’angoisse et ce, quelle que soit la destination finale. Ma peur première est de « rater » le train, l’avion, le bateau… ; à cela se conjugue une peur de ne pas prendre le bon, ce qui ne vaut, en fait, que pour les trains. Une fois « dedans », je n’ai pas peur des déraillements ni des naufrages ; par contre, que l’avion ne tombe… Oups ! Serai-je en vie quand vous lirez ce billet ?
Quand j’ai posé la question à Isabelle plus de trois semaines avant mon départ, elle m’a répondu quelque chose comme :
— Tu n’as pas intérêt à mourir !
Soit. J’en ai profité pour lui demander si je devais faire mon testament.
— Tu peux, mais pas pour une mauvaise raison.
J’ai donc réfléchi à la question. Et j’ai décidé de ne pas le faire au seul motif que je n’ai effectivement pas l’intention de mourir. J’ai déjà été confrontée deux fois, à plus de trente ans d’intervalle, à l’éventualité réelle de ma propre mort. Il y en aura bien une troisième avant que je ne meure vraiment. Au moins… et dans minimum vingt ans. Ouf !

Frayeur @2

Nous évoquions l’autre jour avec Isabelle de vive voix le massacre de Denver aux États-Unis qui faisait écho à celui, un an plus tôt, en Norvège, à Aurora, et plus près de nous à ceux de Merah. Je me demandais si ces tueries étaient plus nombreuses ou si nous en étions plus informés. Je n’ai pas la réponse à cette question… mais j’ai tout de même le sentiment que ces massacres sont nombreux, surtout ceux qui apparaissent « sans mobile », au sens où même si l’auteur a ses mobiles, nous avons peine à les considérer comme acceptables sans être capable, pour autant, de dire ce qui le serait plus.
Et en courant, quelques jours plus tard, j’ai repensé à cette chanson d’Henri Tachan que j’ai beaucoup entendue petite [S’il vous plaît, Sandrine, ne lisez pas les deux lignes qui suivent ! Vous allez me haïr et je ne voudrais pas.] : « La chasse, C’est le défoul’ment national, c’est le p’tit Vietnam des frustrés, La chasse, C’est la guéguerr’e permise aux hommes en temps de paix, De paix ?! »
Je ne me prononce pas sur les paroles de Tachan. Simplement, elles m’inspirent cette question : ces hommes qui prennent un fusil et « tirent dans le tas », ne sont-ils pas plus nombreux parce qu’ils n’ont pas de guerre où aller se défouler ? Ils pourraient être mercenaires, bien sûr, ou intégrer l’armée de leur pays. Il est toujours moyen de partir alors en « opérations ». Mais les critères de recrutement sont difficiles à remplir, surtout pour les soldats d’élite qui sont ceux qui vont prioritairement « au feu » dans les « guerres modernes »…
C’est juste une hypothèse… Car j’aimerais bien comprendre ce qui, peut-être, n’a pas d’explication. Qui sait ?

Frayeur @1

J’étais dans le métro et je tombe en arrêt devant une affiche où je lis « À chacun son hydronutrition ». Mon sang n’a fait qu’un tour : la « thalasso-« thérapie » se glissait dans mon assiette ! J’ai failli crier au secours et finir mon trajet à pied en attendant d’évacuer ma frayeur sur ce blog.
Une petite recherche dans Google et je me suis rendu compte qu’à une lettre près, mon assiette a échappé au pire. Ouf !