Archives de catégorie : Extravagance parisienne @

Extravagance parisienne @63

Depuis cet été, je m’emploie à maîtriser les fonctions vocales de Petit 7 et utilise beaucoup le casque que j’ai eu tant de mal à trouver. Je dicte ainsi de plus en plus mes messages texte, notamment quand je suis dans la rue.
Une pression longue sur le bouton principal du casque.
— Dis Siri ; peux-tu envoyer un message à Petit Mouton, s’il te plaît ?
— Que souhaitez-vous dire ?
— Coucou [virgule] je suis avec Caddie [point] On va chez Tang [point] Il fait un froid de canard [point d’exclamation] Veux-tu des citrons s’ils sont pas chers [point d’interrogation]
Vous l’aurez compris, je dicte la ponctuation au même titre que le texte. Cela fonctionne très bien, mieux souvent que le texte lui-même mais interpréter Siri est toujours amusant.
Avant-hier, j’avais un rendez-vous téléphonique avec une personne qui souhaitait avoir recours au médiateur. J’appelle en numéro masqué. Beaucoup de personnes rechignent à répondre. Je laisse donc un message vocal, indiquant que je rappelle dans cinq minutes…
— Bonjour madame Martin [virgule] je suis la représentante du médiateur [point] Vous avez pris rendez-vous avec moi ce matin [point] Je vous…
Et là, j’ai bafouillé, me rendant compte que j’étais sur un répondeur vocal et non en train de dicter un message texte à Siri. J’ai eu du mal à garder mon sérieux sur la fin du message. J’ai rappelé. La dame m’a répondu sans remarque particulière. Ouf !

Extravagance parisienne @62

Depuis quelques années déjà, j’anime ma page Facebook et celles d’associations que je soutiens par mon action bénévole. J’alimente ma propre page manuellement ou en utilisant une moulinette qui récupère les contenus du blogue notamment. Pour les associations, j’utilise des outils de programmation de publications propres à Facebook afin de proposer des contenus tous les jours à horaires fixes (le matin, et le soir, pour la plupart).
C’est ainsi que j’ai pu remarquer que, chaque année, je zappe le 31 octobre, comme si ce dixième mois de l’année ne comportait que trente jours. Ce n’est en général que la veille, lors de ma petite séance de vérification de programmation, que je m’en rends compte. Cela m’intrigue. Cette date ne correspond à rien dans ma vie, au moins rien dont j’ai conscience, ni un anniversaire, ni un décès, ni un événement heureux ou malheureux. Rien.
Cette énigme est encore plus complexe que celle de mon réveil à 7 h 04 pendant le confinement de printemps. Cette précision d’horloger a cessé depuis, mais je me réveille autour de 7 heures tout de même, et non plus une ou deux heures plus tôt selon la saison. L’hypothèse du voisin est sans doute la bonne. Mais ce 31 octobre qui disparaît du calendrier… Non, vraiment, je ne sais pas. Vous avez des idées ?

Extravagance parisienne @61

Grâce à Helgant, on se promène dans le quartier. Et j’en découvre quelques endroits et quelques bizarreries. Ainsi, au coin de la rue, ce magnifique passage temporaire non effacé devant lequel des barrières ont été installées.
Caddie a adoré la photo. Il dit que c’est un passage protégé… des piétons. Il l’a immédiatement dédicacé à sa ménagère, avec une pensée particulière pour des super potes qu’il a décidé d’appeler anonymement CD. Si on a des private joke sur ce blog maintenant, où allons-nous !

Extravagance parisienne @60

Je lis dans Que choisir de mai 2020 (je suis un peu en retard) la question d’un client qui, ayant renversé un pot de peinture dans un magasin, se voit contrait de le rembourser. C’est légal dit l’association de consommateurs, art 1240 du Code civil. Bigre.
L’autre jour, dans l’un de nos magasins, Caddie cherchait un tube de dentifrice. Les prix sont affichés en haut des produits, sur le mur pour ceux de la dernière étagère. Le dentifrice était là. Les boîtes dissimulaient le prix. Pour aider Caddie (il reste petit de taille), j’ai donc poussé une boîte de la main droite pendant que Petit 6 jouait de la loupe (on est très au point tous les trois).
Et là, j’entends un bruit de choses qui tombent, un cri, suivi d’une succession de récriminations. Je comprends très vite que la boîte que j’ai poussée, par effet domino, a déplacé une boîte de brosses à dents et une autre de dentifrice pour enfant en bout de rayon qui ont atterri sur une dame qui était à une caisse automatique séparée du rayon par un présentoir en carton de crèmes solaires.
Caddie rigolait (il milite contre les caisses automatiques) ; Petit 6 était gêné, tout de même ; et moi, après avoir entendu la dame dire à qui lui demandait qu’elle n’est pas blessée mais que c’est quand même n’importe quoi ce magasin, j’ai embarqué mes deux compères comme si de rien n’était. C’est quel article du Code si le dentifrice avait blessé cette dame ? Je ne préfère pas savoir.

Extravagance parisienne @59

Ma voisine la plus proche est une femme que j’aime beaucoup. Elle vit sans doute à l’antithèse de ce que je suis mais cela ne change rien. Nous avons mis des années à nous apprivoiser. Aujourd’hui, je crois que l’affection est réciproque autant que sa présence me rassure. Elle est là, je le sais, proche, attentionnée. J’ai souvent l’impression de lui donner moins que ce qu’elle me donne, au moins matériellement ; elle m’apporte souvent à manger ; c’est plus compliqué pour moi parce qu’ils sont nombreux. Alors, j’essaie d’avoir des attentions, pour elle seule, comme glisser un rocher au chocolat dans la casserole que je lui rends.
Pendant le confinement, elle a été très présente, m’appelant chaque jour pour prendre des nouvelles. Elle est restée très confinée, son mari étant malade. Et elle nettoyait, nettoyait, nettoyait… Je l’ai dépannée d’un peu de javel, de vinaigre blanc, lui ai trouvé des gants qui lui manquaient, et de la crème pour prendre soin de ses mains. J’ai cherché à la soutenir, de l’autre côté de la porte. Elle n’a jamais renoncé à me donner à manger dans des plats qui protégeaient les plats qui protégeaient les plats… Son goût pour le propre ne date pas du covid-19 mais celui-ci l’a fortement encouragé. Elle a toujours nettoyé le palier, installé pour moi (qui n’ai rien demandé) un paillasson devant la porte qui mène aux escaliers. Depuis trois mois, elle désinfecte ma poignée, ma sonnette, le bouton de l’ascenseur…
Elle est comme ça. Je ne l’encourage pas mais la remercie. Plusieurs fois, ces derniers jours, elle m’a parlé de changer les paillassons. Elle a changé les siens, m’invitant à faire pareil. J’ai vu chez elle, elle a fait des « sas » dans son couloir, avec changement de chaussures à chaque. Elle est assistante maternelle. Elle porte le masque quand elle reçoit les enfants qu’elle garde. Elle m’a reparlé du paillasson. J’ai senti que c’était important pour elle. Cela ne l’est pas pour moi. Je le lui ai dit ; elle l’a bien entendu ; et je suis allée acheter un paillasson au bazar d’à-côté ; j’ai pris le rouge, pour l’assortir aux siens.
Le soir, comme souvent, elle m’a apporté le pain qu’elle fait, encore chaud : un véritable pousse au beurre ! Elle l’avait à demi emballé dans un alu. J’ai goûté le pain, en ai gardé un morceau pour le petit-déj’, congelé le reste. L’alu, je l’ai secoué au-dessus de la poubelle et l’ai plié en quatre pour le réutiliser. Ouh là là ! si ma voisine savait… Elle ne saura pas et nous continuerons à vivre chacune nos vies, dans le partage de ce que nous sommes, paillassons assortis en prime !

Extravagance parisienne @58

Depuis hier, les parcs et jardins parisiens sont à nouveau ouverts au public. Le petit parc dans lequel niche notre jardin partagé a lui réouvert ce dimanche. Pas la grande foule dans l’après-midi mais quelques habitants du quartier qui y retrouvent leurs habitudes.
Cependant, dans l’allée menant au jardin partagé, une petite dizaine de gamins s’est installée. Ils devaient avoir entre 13 et 15 ans, pas plus. Certains sont assis sur les bancs attenants et d’autres ont apporté leur chaise pliante. Ne supportant manifestement pas la quiétude du lieu, ils font entendre leur musique mais pas trop forte (même si ça contraste vraiment avec l’ambiance locale mais bon).
Je suis resté environ 1 heure 30 à m’affairer et durant toute cette période, j’ai eu droit à une compilation musicale des années 80, 90 et 00. C’était assez drôle de voir ces encore enfants danser (oui, ils dansaient aussi) sur des airs que j’avais moi-même entendus plus jeune.
Par contre à leur âge, je ne fumais pas et moins encore dans des lieux interdits comme dans les parcs.
Ô tempora, ô mores !

Extravagance parisienne @57

Depuis quelques semaines (peut-être le début du confinement, je ne sais pas), je me réveille, à de rares exceptions près, à 7 h 04 précises. Mon réveil, lui, est programmé à 7 h 30. Ce réveil intempestif me surprend à deux titres.
Avant, je me réveillais systématiquement aux alentours de 6 heures l’été et 5 heures l’hiver, sans que cela ne soit à la minute près. Cela ne contrariait guère ma nuit ; un pipi et je me rendormais jusqu’à ce que mon réveil sonne. Étrangement, le fait de me réveiller à 7 h 04 est concomitant au fait de ne plus me réveiller aux alentours de 6 heures… L’inverse pourrait se comprendre : ne pas me réveiller intempestivement à 6 heures pourrait justifier de me réveiller à 7 h 04, pour faire pipi, par exemple. Mais que mon sommeil zappe 6 heures pour se réveiller une heure plus tard, c’est bien étrange.
Deuxième étrangeté : quand je tourne la tête vers le réveil, c’est bien « 07:04 » qui est inscrit, pas « 03 » ou « 05 » ; « 04 ». Cette précision me fait me poser la question de la raison de ce réveil ; pour 6 heures l’été, il s’agit approximativement de l’heure à laquelle mon papa s’est suicidé en décembre 1987 (5 heures l’hiver) ; j’ai toujours considéré que là était la raison. Mais 7 h 04 ne correspond à rien ; au moins, pour l’instant, je ne sais pas à quoi cela correspond. J’imagine le réveil d’un voisin bien que ce « 04 » soit étrange ; donc plutôt un voisin qui met son réveil à 7 heures et fait quelque chose qui me réveille à 7 h 04.
Et, qui sait ? le confinement terminé (si un voisin est bien le déclencheur), je reviendrai à me réveiller aux alentours de 6 heures parce que ce voisin prendra le métro et se lèvera plus tôt… Cela invalidera-t-il mon hypothèse sur le mobile profond de mon réveil à 6 heures ? Pas forcément, car cela n’expliquerait pas que le 6 heures l’été soit 5 heures l’hiver… Que de questions, qui ne m’empêchent d’ailleurs pas de dormir. Ouf !

Extravagance parisienne @56

J’ai l’habitude de travailler chez moi et suis équipée pour ; je parle vêtements. Comme je ne chauffe pas, j’ai pour l’hiver et la mi-saison des vestes qui s’empilent les unes sur les autres, des pantalons de sport ou de judo, des chaussettes épaisses, un bonnet si besoin, une couverture polaire à poser sur les genoux et des chaussons montants dont j’ai garni l’intérieur de semelles de propreté pour en améliorer l’isolation. Serais-je frileuse ? C’est surtout qu’à ne pas bouger, je me refroidis vite.
Dès le début du confinement, j’ai éprouvé un besoin irrépressible de troquer mes chaussons contre une paire de runnings décaties que je ne porte que chez moi. Je les mets d’ordinaire quand j’ai besoin de stabilité et d’assurance dans certaines activités comme faire le ménage ou monter sur l’escabeau (trois marches, mes amis m’ont interdit plus) pour attraper quelque chose en hauteur. Est-ce à dire que ce confinement me fait exprimer un besoin de stabilité et d’assurance ?
Il y a sans doute de cela. J’y ajoute que des chaussures que donnent l’illusion du dehors, que je marche beaucoup chez moi et que je ne manque jamais une occasion de faire un tour d’appartement en mode sport : monter et descendre de la marche à l’entrée de la cuisine, faire trois pompes sur le chambranle de l’entrée, monter et descendre l’escabeau à chaque passage, entrer dans la salle d’eau* après une à cinq flexions… Si vous cherchez des idées, mon programme de sport est ici.

* C’est Isabelle qui m’oblige à dire « salle d’eau » alors que je préfère « salle de bains » mais elle a raison ; c’est bien d’une salle d’eau dont je dispose.

Extravagance parisienne @55

Depuis quelques semaines, je remplace le représentant bénévole du médiateur de la Ville de Paris dans un lieu un peu reculé du 15e arrondissement. Le métro le plus proche est à dix bonnes minutes à pied et il faut emprunter des petites rues pour arriver à destination. Une fois là, il faut sonner, trouver l’entrée… L’accès est donc difficile si l’on n’utilise pas le GPS de son téléphone ou si l’on n’a pas regardé un plan avant.
Le défilé des personnes est continuel, entre celles qui viennent prendre un rendez-vous, poser une simple question, ou se présenter au rendez-vous pris : il y a de nombreuses permanences associatives et institutionnelles. Mon bureau est à portée d’oreille de l’accueil. Je laisse la porte ouverte quand j’attends les personnes qui ont pris rendez-vous. Je remarque que les personnes qui arrivent en retard arguent systématiquement de la localisation de l’endroit.
« J’ai eu du mal à vous trouver » ; « Vous êtes loin de tout. » ; « J’ai couru, je me suis perdue. » C’est sans doute vrai, pour la plupart, mais je m’interroge sur ce que ces personnes diraient si l’endroit était plus facilement accessible ; métro en panne ; bus bloqué par une benne à ordures ; que sais-je ? Je remarque en effet que d’autres sont plutôt en avance, ce qui est une autre stratégie. C’est celle que j’utilise ; je suis bigleuse, je sais d’emblée que j’aurai forcément du mal à trouver.
Mais, en fin de compte, est-ce finalement la raison des avances et des retards ? Il y a les impondérables, bien sûr ; mais aussi les manières d’être au temps et aux autres. Quand j’étais petite, maman calculait toujours un temps de trajet en voiture en ajoutant le temps nécessaire pour parer une crevaison. Je connais d’autres personnes qui, dans un déplacement court, partent à l’heure où elles devraient arriver. Je les attends vingt minutes. Pas plus.

Extravagance parisienne @55

Je vais chez le kiné une fois par semaine pour contenir les conséquences musculo-squelettiques de mon nystagmus. J’y vais le plus souvent avec Caddie afin d’enchaîner avec les commissions. Depuis un bon moment déjà, Caddie grince de la roulette. À l’instar de mon genou, un peu d’arthrose, pensé-je. On en a souvent blagué avec le kiné, sans plus.
Ces derniers temps, je profite du temps d’attente pour faire un peu de vélo dans l’espoir de muscler autrement mes quadriceps, en souffrance permanente toujours à cause de ma posture de bigleuse. Le vélo est dans une « salle commune », avec d’autres appareils et des tables de kiné (ils sont trois dans le cabinet).
Souvent, à mon heure du vendredi, une kiné y soigne une patiente en fauteuil. À mon arrivée, elle s’inquiète des grincements de Caddie. Je la rassure.
— Il a sa séance avec monsieur M ; moi je viens juste faire du vélo.
On rigole.
Mon heure vient. À peine suis-je entrée dans la salle de monsieur M qu’il s’empare de Caddie, l’allonge au sol sur une feuille de papier de table de kiné et sort une bombe de dégrippant !
— J’ai bien senti que vous m’aviez mis au défi…
Je suis autant gênée qu’hilare. Lui aussi se marre. Caddie se tient à carreau et se retrouve deux minutes plus tard debout sur ses roulettes rutilantes. Il a bien sûr réclamé de payer sa séance et depuis… depuis… ses copaiiines Poussette de marché du quartier réclament son secret de rajeunissement. Il ne dira rien, bien sûr. Un kiné pareil, il se le garde pour lui !

Note. Une telle histoire, si je l’avais casée dans un roman, on m’aurait dit que ce ne pouvait être que fiction. Mais la vie est tellement plus créative que la fiction.