Archives de catégorie : Exposer @

Exposer @24

Docteur Mouton masqué pique Copain Mouton.Mon kiné me raconte l’histoire suivante en s’activant sur ma cheville cassée-réparée qu’il couve de ses bons soins apaisants en compensation de tous les exercices que je lui inflige.
La veille (nous sommes le 29 décembre), un ami l’appelle pour lui proposer de venir au théâtre le soir même.
— Ma femme est covid+, j’ai une place en rabe…
— Désolé, je travaille tard ce soir.
La conversation s’arrête là. Mon kiné reprend ses activités puis, dix minutes plus tard, rappelle cet ami.
— Dis, si ta femme est covid+, tu es cas contact ; c’est 17 jours d’isolement quand on vit avec la personne malade.
— Ah ? Mais j’ai fait un test en même temps qu’elle et j’étais négatif.
Mon kiné renvoie cet ami sur les recommandations de la sécurité sociale. Est-il allé au théâtre ? Mon kiné l’ignore.
Prenez soin de vous ; l’inconscience rôde.

Exposer @23

Une brochette de valide qui enttourrent deux fauteil roulants (vide)J’ai découvert sur Twitter l’information selon laquelle un musée de Colmar s’est vu offrir deux fauteuils roulants par le Rotary Club, « une aide précieuse destinée à faciliter les visites des personnes handicapées, visuelles ou physiques ». Pour la directrice de l’établissement « ce don permet de poursuivre les efforts entrepris par le musée pour l’accueil des personnes à mobilité réduite sans impacter le budget consacré à l’achat d’œuvres d’art ». Je suis tellement interloquée que j’ai du mal à argumenter. Je vais essayer au cas où le caractère indécent et tendancieux de l’affaire vous échappe.
En moins de 30 secondes, j’ai trouvé sur le Net un fauteuil à 135 euros, livraison gratuite. Ce n’est pas un modèle de compète mais comme il s’agit de véhiculer des personnes à l’intérieur d’un musée sur une courte durée, il est parfait. Les deux sur la photo de l’article des DNA d’ailleurs lui ressemblent. Cela fait donc 270 euros pour deux fauteuils. On remarque le montant exorbitant de la chose… dont l’achat pourrait grever l’achat d’œuvre d’art ?
Au-delà de l’absurdité flagrante de cet argument au vu du montant cité, je remarque que madame la directrice de musée considère qu’il y aurait une concurrence budgétaire entre l’achat d’œuvres et leur accessibilité. Mais ma p’tite dame, si vous achetez des œuvres pour les laisser dans leur caisse — car ça coûte la muséographie et l’entretien des œuvres afin d’y donner accès —, cela sert à quoi d’acheter des œuvres ? On le sent bien, c’est le fait que les visiteurs soient handicapés qui chiffonne cette dame ; car oui, exposer une œuvre pour un coût habituel d’exposition, c’est normal ; mais exposer une œuvre de manière à ce que les PMR y aient accès, alors là ! Il y en a 3500 exposées au musée Unterlinden ; le coût supplémentaire pour l’accueil des PMR avec l’achat de deux fauteuils est donc de 0,0771 euro ; la gabegie (même sans amortissement sur cinq ans) !
Ceci établi, je m’interroge également sur l’utilité de ces fauteuils pour faciliter la visite des déficients visuels. Je suis sûre que Sarah serait ravie de me coller dans un fauteuil quand nous allons au musée pour pouvoir jouer aux autotamponneuses et piquer des sprints sur les parquets ; mais je ne suis pas certaine que faire plaisir à Sarah soit la motivation première de la directrice de ce musée. Quelle est-elle alors ? Éviter qu’ils soient autonomes, les contraindre de regarder les œuvres assis alors qu’elles sont exposées pour être vues debout (bah oui, ma p’tite dame, 80 % des handicapés visuels voient quelque chose !), les empêcher de se déplacer comme bon leur semble ? Il est vrai qu’un handicapé en liberté, c’est terrible !
Je m’arrête là, je vais devenir vulgaire alors même que c’est votre validisme, madame la directrice, qui l’est : vulgaire donc indigne de votre mission de diffusion de l’art.

 

Exposer @22

Logo de PharosLa page Facebook de l’association des albinismes dont je suis l’animatrice reçoit régulièrement des demandes de diffusion de castings pour des émissions télé, des reportages, des œuvres de fiction voire du mannequinat. Je n’en suis pas fan tant la plupart recherchent des « freaks », de préférence en souffrance. D’un autre côté, certaines personnes albinos peuvent avoir envie de partager leur expérience, notamment dans les émissions télé ou les reportages. Je diffuse donc ces derniers quand ils émanent de chaînes ayant pignon sur rue.
Pour les castings comédiens, figurants ou de mannequinat j’ai tendance à considérer que si des personnes souhaitent épouser ces métiers, ils peuvent s’inscrire dans des agences ad hoc. Quand la demande émane d’une source non identifiée et/ou recrute des mineurs, j’avoue, je sors mon revolver. C’est arrivé très récemment. Nous avons reçu un message émanant d’une page Facebook nouvellement créée, sans aucune coordonnée, qui indique chercher « une adolescente de 16 ans noire ou afro descendante très particulière. (…) l’idée que le personnage principal soit interprété par une jeune fille albinos apparaît de plus en plus pour la réalisatrice comme une évidence. »
Une telle formulation me gêne ; est-ce parce que j’ai récemment lu Chavirer de Lola Laffon (que je vous recommande) ? J’ai indiqué à mon interlocuteur anonyme que je ne relaierais pas son annonce et que les signaler à Pharos me démangeait. La réponse n’a pas tardé : cris indignés, nom de la société de production, numéro de téléphone pour « en discuter »… et cette phrase « Si vous pensez à une jeune fille, ce serait vraiment dommage de ne pas lui permettre cette formidable opportunité ! »
Une « formidable opportunité » ? La formule m’a mise en colère tant elle est l’expression d’un monde qui exploite les personnes et s’assoit sur leur dignité en leur faisant miroiter luxe, gloire et beauté. Bien sûr, une personne peut avoir envie de faire une carrière de comédien ou de mannequin ; mais si elle est recrutée uniquement sur son physique, en l’espèce de noir albinos, est-ce vraiment de création artistique dont on parle ? En plus de ne pas diffuser cette annonce, j’ai programmé sur la page une publication informant nos internautes de l’existence de Pharos.

Exposer @21

Je suis assise dans le noir, avec un masque, des cannes et des solaires. On me voit très mal; Derrière moi, un carré lumineux indique la présence d'une photo.Je suis allée voir deux expos avec Sarah à la BNF. La première, consacrée aux surréalistes, comportait assez de gros caractères et de grandes images pour que je puisse y trouver mon compte. La seconde, consacrée à Cartier-Bresson, m’a inspiré deux microbillets Twitter, illustration à l’appui. L’accessibilité handicap physique (j’étais en cannes anglaises) était pourtant assurée : ascenseur facile à trouver, distribution d’un siège par l’agent d’accueil à l’entrée de la première exposition. Seul bémol : le contrôle des passes sanitaires générait une petite file d’attente et j’ai dû faire du forcing pour bénéficier d’un coupe-file.
À l’inverse, quand j’ai demandé s’il existait un audioguide à l’entrée de l’expo Cartier-Bresson, il m’a simplement été répondu que je pouvais suivre la visite guidée tel jour à telle heure, visite non garantie audiodescription si j’en crois le site de la BNF. En attendant que je sois disponible le jour J, les concepteurs de l’expo n’ont clairement pas imaginé qu’un déficient visuel pourrait venir voir des photographies. Je les plains finalement ; cela témoigne d’un esprit étriqué et réactionnaire qui n’est pas à l’honneur de cette vénérable institution culturelle qu’est la BNF.
J’ai néanmoins eu mon lot de consolation. Dans l’accrochage par Wenders, l’espace était plongé dans le noir, les photographies simplement éclairées. Sarah voulait voir une vidéo dans une pièce à part. Facétieuse, elle a installé mon tabouret pliant devant le texte écrit tout tout petit présentant ladite vidéo. Pendant les cinq minutes que je suis restée là à écouter ma musique, une quinzaine de personnes se sont présentées, se contorsionnant pour lire le texte. Pas une de m’a demandé si je pouvais me décaler, ma paire de cannes anglaises avérant pourtant que je pouvais marcher. Solaires sur les yeux, je n’ai pas bronché, souriant sous mon masque.
— Tu n’en rates pas une !
Pas une, Caddie. Pas une.

Note. La photo d’illustration a été prise un peu plus loin dans l’expo.

Exposer @20

Photographie de Sarah BudkiÀ chaque visite de la police, sa blague.
Après que nous avons remis un cadenas avec mon gardien, je suis redescendue quelques jours plus tard dans ma cave avec ma présidente d’amicale de locataires convaincue que les propriétaires de ce que la police avait saisi reviendraient. Cela n’a pas manqué. Le cadenas avait été arraché, le contenu d’une caisse contenant des sacs prestement éparpillé, rien de plus. Nous avons fait des photos, mon gardien a mandé la réparation de la porte et j’ai déposé une nouvelle préplainte.Karadoscope®
L’équipage venu me la faire signer était composé de trois agents, dont une jeune femme. L’un d’eux me fait signer, les deux autres discutent, je ne sais pas de quoi. Puis j’entends la jeune femme.
— Vous êtes photographe ?
— Non, je suis écrivaine.
— Ah, c’est vous les textes…
Je me retourne. Les deux agents sont devant quatre photographies argentiques de Sarah, trois photographies d’écran télé sous-titrées et une émulsion liquide. Je lui explique que non, que j’écris des romans. Elle m’interroge alors sur les autres photographies, très intéressée ; son collègue également. Le troisième, P.-V. de plainte en main, s’impatiente. Je m’excuse auprès de lui de cette digression artistique.
— Aucun souci madame, franchement, ça nous change.

Exposer @19

Quand j’ai préparé ce billet souvenirs, j’ai cherché une photo prise à l’école Frédéric Mistral, dans ces années-là. Je n’en avais pas. J’ai demandé à maman si elle en avait ; elle n’en avait pas non plus. J’ai regardé les photos de mon album prises à Avignon autour de l’année 70 ; j’en ai cinq ; sur les trois, je suis en slip de maillot de bain ; deux au bord d’une piscine et une allongée à plat ventre sur un lit sans drap ; sur les deux dernières, je suis en robe dans ce bac à sable.
D’emblée, je n’ai pas eu envie de choisir celle où je suis allongée sur ce lit. Je l’ai trouvée trop intime, et « voyeuse » ; idem pour les deux prises au bord de la piscine. C’est étrange. Une enfant de quatre ans en culotte de maillot de bain au bord d’une piscine n’a rien de tendancieux ; et sur la photo où je dors, j’ai une culotte sur les fesses. Pourquoi quelque chose m’a gênée pour choisir celle dans le bac à sable où je suis plus habillée ?
La tendance est à la mise en lumière des crimes et atteintes sexuelles sur les enfants ; je n’ai pas souvenir d’en avoir subi ni ne peux identifier dans ma vie d’adulte des indices indiquant que j’ai refoulé quelque chose de cet ordre. J’en conclus que cela ne m’est pas arrivé mais je sais depuis longtemps que cela arrive à plein d’enfants (maman m’en parlait car elle prenait en charge des enfants victimes de toutes sortes de violences). Je m’oppose par exemple à la publication de photos d’enfants sur les réseaux sociaux, comme la page de mon club de judo. Au club, je suis très attentive, à mes gestes, à ceux des autres adultes et au respect de l’intimité et du corps des enfants.
Est-ce dans ce contexte que je n’ai pas envie de diffuser une photo de moi à demi nue sur un lit en train de dormir ? Cette photo, particulièrement, me semble un pousse-au-crime. Je ne vous la montrerai donc pas ; on ne pourra pas en discuter même si ce serait intéressant. Quoi qu’il en soit, si vous avez le moindre doute sur des faits de violences sur des enfants, agissez !

 

Exposer @18

Je participe depuis plusieurs années à l’étude Nutrinet santé ; c’est un peu fastidieux parfois mais en plus de contribuer à la connaissance des comportements alimentaires, cela me permet d’avoir un regard sur mon alimentation. Les trois journées par an où je note scrupuleusement ce que je mange et bois, je sens toujours que j’ai envie de limiter mes quantités dans la déclaration que je fais comme si ces sondages m’observaient. C’est le cas, mais de manière statistique. Par contre, moi, je m’observe et je pense qu’au fil du temps, combinés à d’autres choix que j’ai faits, mon alimentation s’améliore en qualité nutritionnelle et baisse en quantité.
Mi-mai 2020, cette étude m’a proposé de faire un autotest sérologique covid-19 (envoi postal). J’ai sauté sur cette opportunité de savoir si le gros rhume que j’avais eu à partir du 13 mars 2020 était ou non un rhume : j’avais fait beaucoup de judo, côtoyé beaucoup d’enfants ; même si je fais un usage limité des transports collectifs, la question se posait. Le résultat a tardé à venir, ce qui est logique vu que cet examen faisait partie d’une vaste étude. Il est sans ambiguïté négatif.
D’emblée j’en ai été soulagée. Beaucoup de personnes sont ravies de se découvrir positives, considérant qu’elles seraient immunisées. La démonstration scientifique n’en est pas faite et je préfère n’avoir contaminé personne à l’époque où l’on ignorait l’importance de se protéger collectivement. Je n’ai pas cessé de me laver les mains en rentrant chez moi (ce que je faisais déjà avant la pandémie), utilise en extérieur le gel hydroalcoolique mis à disposition par la Ville ou les commerçants, porte le masque sur le nez quand il est obligatoire ou quand je trouve la foule un peu dense, utilise très peu les transports et ne fréquente pas les lieux censément bondés (ce que je n’ai d’ailleurs jamais aimé faire).
Ce qui me chagrine le plus, c’est de ne pouvoir serrer les mains. Ce contact physique avec mes interlocuteurs m’est important ; il est une marque de reconnaissance, de respect ; le signal de l’entrée en relation et de sa fin. Quant à mes amis, je les embrasse pour la plupart, plutôt sur les oreilles qu’au beau milieu des joues.
— Pas sur la bouche ?
Caddie !

Exposer @17

En ce mois d’août, j’ai visité Citéco, la cité de l’économie. L’hôtel Gaillard est situé place du Général Catroux, que je connais, car il est dans mon périmètre de compétence professionnelle et mon bus préféré y passe. C’est un étrange bâtiment, conçu selon les souhaits de son propriétaire. Il a été racheté par la Banque de France et a longtemps été une succursale. Cette année, il a accueilli cette fameuse cité.
Un musée de l’économie ? Il y a de quoi être intrigué et… sceptique.
Pourtant, quelle réussite ! Certes, je m’intéresse à l’économie et connais assez bien les bases de la matière. Pour autant, j’y aurais passé bien plus d’heures que je ne suis restée (car j’avais un rendez-vous dont j’ai appris dans le bus qu’il tombait à l’eau). J’y retournerai.
Pourquoi ? Il y a d’abord un bâtiment étonnant très bien restauré. Extérieurement et intérieurement, la mise en valeur patrimoniale a été pleinement prise en compte. Le lieu vaut le détour. Ensuite, pour le fond, il y a un travail pédagogique remarquable avec beaucoup de moyens variés d’approche. Panneaux, films, jeux. Les supports interactifs sont nombreux et pertinents avec des intervenants de grande qualité. Si les courants idéologiques qui sous-tendent des choix économiques ne sont pas toujours frontalement exposés, la diversité des approches est évoquée et les choix néolibéraux interrogés. Et il y a de nombreux médiateurs, disponibles et sympathiques, pour accompagner les visiteurs qui le souhaitent.
La visite se termine par la salle des coffres. Elle est impressionnante, avec ses douves et son système de grilles et de portes renforcées et, à l’époque de son utilisation en tant que telle, un pont se rétractant lorsque l’employé fermait la salle.
À ce moment de ma visite, l’émotion a pris le dessus. Je m’y attendais, car je connais ce lieu pour y être venue il y a plus de vingt ans. Mes parents travaillaient à la Banque de France et après le décès de ma mère, j’avais accompagné mon père à leur coffre, dans cette salle. Il s’était présenté et l’employé avait accepté que nous assistions à la fermeture de la salle et la rétractation du pont. Les douves étaient alors pleines d’eau, ce qui n’est pas le cas en ce moment, car l’humidité n’est pas compatible avec la conservation préventive des pièces et billets exposée dans la salle. De ce passage à la banque, il me reste des souvenirs et cette visite a ravivé des émotions qui y sont liées. Pour cela aussi, j’y retournerai.

Exposer @16

J’ai participé à une réunion organisée par la Ville de Paris où je savais qu’il serait question d’accessibilité sans que cela ne soit le sujet principal. J’avais précisé lors de mon inscription que je suis déficiente visuelle. Mon interlocutrice ne m’a pas indiqué qu’il y aurait un dispositif visuel. Quand je suis arrivée, un écran était installé, le genre que l’on utilise pour diffuser une présentation à grand renfort de petits caractères et schémas illisibles. Un classique.
J’ai demandé à la personne tenant la liste des personnes présentes si un dispositif avait été prévu pour les déficients visuels. J’adore ce genre de question. J’ai toujours l’impression d’annoncer que je viens de la planète Mars bien connue pour sa population d’albinos délurés. Mon interlocuteur, passé l’instant de surprise, ne se démonte pas.
— Ne vous inquiétez pas ; c’est juste un support. On en dira beaucoup plus que ce qui est dessus. Et puis, on l’enverra à tous après la réunion.
Je m’assois dans la salle avec déjà l’idée de poser cette question dans un billet : pourquoi investir dans un matériel (matières premières, énergie, transports…) consommateur d’énergie à l’utilisation et producteur de chaleur si c’est « juste un support » ? Pour faire joli ? Pour faire sérieux ? Que de gaspillage !

Note. Quand ce type de présentation à réellement un intérêt (je pense au document support de la formation PSC1), faites comme la Croix-Rouge ; envoyez-le en amont aux personnes déficientes visuelles ; elles sauront le lire sur leurs outils numériques.

Note 2. Ne manquez par sur le sujet ce billet de Frédéric.

Exposer @15

Je suis dans une grande papeterie où une employée d’une trentaine d’années parle, assez fort, à un collègue plus jeune. Elle pontifie sur les musées qu’elle aime et évoque une exposition. L’artiste, dit-elle, « s’inscrit dans une époque écologique », ajoutant en riant d’elle-même (un peu de lucidité ne nuit pas) « Je dis ça comme si cela ne nous concernait pas. Ça va sans doute nous concerner bientôt. »
Elle continue sur le travail de l’artiste, évoquant une œuvre pour laquelle des arbres déracinés pour être replantés en cercle. Elle complète, se rendant compte que cela peut sembler critiquable : « Il détourne la nature pour faire de la nature. Il ne détruit pas la nature, il la réassemble. »
La conversation a continué. Je n’ai pas su de quel artiste et de ses travaux il était question. En tous les cas, ni moi ni le jeune collègue n’avons été convaincus. Tout de même, sans doute sans s’en rendre compte, cette jeune femme a pointé que l’écologie est souvent le ré-assemblement de la nature, par défaut, car le plus souvent il n’est pas possible de ne pas intervenir pour protéger, mais aussi par choix, pour créer « une » nature (et non pas « la » nature) qui nous arrange, dans une démarche toujours anthopocentrée. « Faire de la nature » est l’acmé de la vision cartésienne du « Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » Est-ce encore de la nature ? telle est la question.
Je vous laisse y réfléchir avec, tout de même une petite pensée pour ce jeune homme qui doit supporter plusieurs heures par jour ces discours. Compatissons.