Archives de catégorie : Exposer @

Exposer @19

Quand j’ai préparé ce billet souvenirs, j’ai cherché une photo prise à l’école Frédéric Mistral, dans ces années-là. Je n’en avais pas. J’ai demandé à maman si elle en avait ; elle n’en avait pas non plus. J’ai regardé les photos de mon album prises à Avignon autour de l’année 70 ; j’en ai cinq ; sur les trois, je suis en slip de maillot de bain ; deux au bord d’une piscine et une allongée à plat ventre sur un lit sans drap ; sur les deux dernières, je suis en robe dans ce bac à sable.
D’emblée, je n’ai pas eu envie de choisir celle où je suis allongée sur ce lit. Je l’ai trouvée trop intime, et « voyeuse » ; idem pour les deux prises au bord de la piscine. C’est étrange. Une enfant de quatre ans en culotte de maillot de bain au bord d’une piscine n’a rien de tendancieux ; et sur la photo où je dors, j’ai une culotte sur les fesses. Pourquoi quelque chose m’a gênée pour choisir celle dans le bac à sable où je suis plus habillée ?
La tendance est à la mise en lumière des crimes et atteintes sexuelles sur les enfants ; je n’ai pas souvenir d’en avoir subi ni ne peux identifier dans ma vie d’adulte des indices indiquant que j’ai refoulé quelque chose de cet ordre. J’en conclus que cela ne m’est pas arrivé mais je sais depuis longtemps que cela arrive à plein d’enfants (maman m’en parlait car elle prenait en charge des enfants victimes de toutes sortes de violences). Je m’oppose par exemple à la publication de photos d’enfants sur les réseaux sociaux, comme la page de mon club de judo. Au club, je suis très attentive, à mes gestes, à ceux des autres adultes et au respect de l’intimité et du corps des enfants.
Est-ce dans ce contexte que je n’ai pas envie de diffuser une photo de moi à demi nue sur un lit en train de dormir ? Cette photo, particulièrement, me semble un pousse-au-crime. Je ne vous la montrerai donc pas ; on ne pourra pas en discuter même si ce serait intéressant. Quoi qu’il en soit, si vous avez le moindre doute sur des faits de violences sur des enfants, agissez !

 

Exposer @18

Je participe depuis plusieurs années à l’étude Nutrinet santé ; c’est un peu fastidieux parfois mais en plus de contribuer à la connaissance des comportements alimentaires, cela me permet d’avoir un regard sur mon alimentation. Les trois journées par an où je note scrupuleusement ce que je mange et bois, je sens toujours que j’ai envie de limiter mes quantités dans la déclaration que je fais comme si ces sondages m’observaient. C’est le cas, mais de manière statistique. Par contre, moi, je m’observe et je pense qu’au fil du temps, combinés à d’autres choix que j’ai faits, mon alimentation s’améliore en qualité nutritionnelle et baisse en quantité.
Mi-mai 2020, cette étude m’a proposé de faire un autotest sérologique covid-19 (envoi postal). J’ai sauté sur cette opportunité de savoir si le gros rhume que j’avais eu à partir du 13 mars 2020 était ou non un rhume : j’avais fait beaucoup de judo, côtoyé beaucoup d’enfants ; même si je fais un usage limité des transports collectifs, la question se posait. Le résultat a tardé à venir, ce qui est logique vu que cet examen faisait partie d’une vaste étude. Il est sans ambiguïté négatif.
D’emblée j’en ai été soulagée. Beaucoup de personnes sont ravies de se découvrir positives, considérant qu’elles seraient immunisées. La démonstration scientifique n’en est pas faite et je préfère n’avoir contaminé personne à l’époque où l’on ignorait l’importance de se protéger collectivement. Je n’ai pas cessé de me laver les mains en rentrant chez moi (ce que je faisais déjà avant la pandémie), utilise en extérieur le gel hydroalcoolique mis à disposition par la Ville ou les commerçants, porte le masque sur le nez quand il est obligatoire ou quand je trouve la foule un peu dense, utilise très peu les transports et ne fréquente pas les lieux censément bondés (ce que je n’ai d’ailleurs jamais aimé faire).
Ce qui me chagrine le plus, c’est de ne pouvoir serrer les mains. Ce contact physique avec mes interlocuteurs m’est important ; il est une marque de reconnaissance, de respect ; le signal de l’entrée en relation et de sa fin. Quant à mes amis, je les embrasse pour la plupart, plutôt sur les oreilles qu’au beau milieu des joues.
— Pas sur la bouche ?
Caddie !

Exposer @17

En ce mois d’août, j’ai visité Citéco, la cité de l’économie. L’hôtel Gaillard est situé place du Général Catroux, que je connais, car il est dans mon périmètre de compétence professionnelle et mon bus préféré y passe. C’est un étrange bâtiment, conçu selon les souhaits de son propriétaire. Il a été racheté par la Banque de France et a longtemps été une succursale. Cette année, il a accueilli cette fameuse cité.
Un musée de l’économie ? Il y a de quoi être intrigué et… sceptique.
Pourtant, quelle réussite ! Certes, je m’intéresse à l’économie et connais assez bien les bases de la matière. Pour autant, j’y aurais passé bien plus d’heures que je ne suis restée (car j’avais un rendez-vous dont j’ai appris dans le bus qu’il tombait à l’eau). J’y retournerai.
Pourquoi ? Il y a d’abord un bâtiment étonnant très bien restauré. Extérieurement et intérieurement, la mise en valeur patrimoniale a été pleinement prise en compte. Le lieu vaut le détour. Ensuite, pour le fond, il y a un travail pédagogique remarquable avec beaucoup de moyens variés d’approche. Panneaux, films, jeux. Les supports interactifs sont nombreux et pertinents avec des intervenants de grande qualité. Si les courants idéologiques qui sous-tendent des choix économiques ne sont pas toujours frontalement exposés, la diversité des approches est évoquée et les choix néolibéraux interrogés. Et il y a de nombreux médiateurs, disponibles et sympathiques, pour accompagner les visiteurs qui le souhaitent.
La visite se termine par la salle des coffres. Elle est impressionnante, avec ses douves et son système de grilles et de portes renforcées et, à l’époque de son utilisation en tant que telle, un pont se rétractant lorsque l’employé fermait la salle.
À ce moment de ma visite, l’émotion a pris le dessus. Je m’y attendais, car je connais ce lieu pour y être venue il y a plus de vingt ans. Mes parents travaillaient à la Banque de France et après le décès de ma mère, j’avais accompagné mon père à leur coffre, dans cette salle. Il s’était présenté et l’employé avait accepté que nous assistions à la fermeture de la salle et la rétractation du pont. Les douves étaient alors pleines d’eau, ce qui n’est pas le cas en ce moment, car l’humidité n’est pas compatible avec la conservation préventive des pièces et billets exposée dans la salle. De ce passage à la banque, il me reste des souvenirs et cette visite a ravivé des émotions qui y sont liées. Pour cela aussi, j’y retournerai.

Exposer @16

J’ai participé à une réunion organisée par la Ville de Paris où je savais qu’il serait question d’accessibilité sans que cela ne soit le sujet principal. J’avais précisé lors de mon inscription que je suis déficiente visuelle. Mon interlocutrice ne m’a pas indiqué qu’il y aurait un dispositif visuel. Quand je suis arrivée, un écran était installé, le genre que l’on utilise pour diffuser une présentation à grand renfort de petits caractères et schémas illisibles. Un classique.
J’ai demandé à la personne tenant la liste des personnes présentes si un dispositif avait été prévu pour les déficients visuels. J’adore ce genre de question. J’ai toujours l’impression d’annoncer que je viens de la planète Mars bien connue pour sa population d’albinos délurés. Mon interlocuteur, passé l’instant de surprise, ne se démonte pas.
— Ne vous inquiétez pas ; c’est juste un support. On en dira beaucoup plus que ce qui est dessus. Et puis, on l’enverra à tous après la réunion.
Je m’assois dans la salle avec déjà l’idée de poser cette question dans un billet : pourquoi investir dans un matériel (matières premières, énergie, transports…) consommateur d’énergie à l’utilisation et producteur de chaleur si c’est « juste un support » ? Pour faire joli ? Pour faire sérieux ? Que de gaspillage !

Note. Quand ce type de présentation à réellement un intérêt (je pense au document support de la formation PSC1), faites comme la Croix-Rouge ; envoyez-le en amont aux personnes déficientes visuelles ; elles sauront le lire sur leurs outils numériques.

Note 2. Ne manquez par sur le sujet ce billet de Frédéric.

Exposer @15

Je suis dans une grande papeterie où une employée d’une trentaine d’années parle, assez fort, à un collègue plus jeune. Elle pontifie sur les musées qu’elle aime et évoque une exposition. L’artiste, dit-elle, « s’inscrit dans une époque écologique », ajoutant en riant d’elle-même (un peu de lucidité ne nuit pas) « Je dis ça comme si cela ne nous concernait pas. Ça va sans doute nous concerner bientôt. »
Elle continue sur le travail de l’artiste, évoquant une œuvre pour laquelle des arbres déracinés pour être replantés en cercle. Elle complète, se rendant compte que cela peut sembler critiquable : « Il détourne la nature pour faire de la nature. Il ne détruit pas la nature, il la réassemble. »
La conversation a continué. Je n’ai pas su de quel artiste et de ses travaux il était question. En tous les cas, ni moi ni le jeune collègue n’avons été convaincus. Tout de même, sans doute sans s’en rendre compte, cette jeune femme a pointé que l’écologie est souvent le ré-assemblement de la nature, par défaut, car le plus souvent il n’est pas possible de ne pas intervenir pour protéger, mais aussi par choix, pour créer « une » nature (et non pas « la » nature) qui nous arrange, dans une démarche toujours anthopocentrée. « Faire de la nature » est l’acmé de la vision cartésienne du « Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » Est-ce encore de la nature ? telle est la question.
Je vous laisse y réfléchir avec, tout de même une petite pensée pour ce jeune homme qui doit supporter plusieurs heures par jour ces discours. Compatissons.

Exposer @14

Par des amies, j’ai découvert un salon « d’art abordable ». Réticente sur une majorité des œuvres présentées, j’ai été conquise par des tirages argentiques noir et blanc et des robots. Boulathé et Lajaunie ont rejoint la bande de Télo et un copaiiiiin conçu à partir de petites boîtes métalliques de La Poste a été accueilli dans un bureau… de poste !
J’aime beaucoup le « slogan » de l’artiste « Abus de vis mise sous écrou ». Les Mouton trouvent que c’est très fooot.

Exposer @13

Après l’incendie, la sûreté ! Même si j’ai quitté cet environnement, ma curiosité reste aiguë en ces domaines.
Au musée national des beaux-arts de Copenhague, j’ai admiré un système simple et efficace de sûreté. Lorsque les portes entre les salles sont fermées (sur déclenchement d’alarme par exemple), pour pouvoir actionner la poignée, il faut manœuvrer un boîtier qui déclenche une alarme spécifique à son tour. J’en étais plus admirative que de certaines œuvres.

Exposer @12

En ce mois d’octobre, je suis retournée un soir au Louvre pour retrouver mon beau musée. Durant des années, j’ai vu l’évolution du public, avec le tourisme de masse comme avec les nouveaux outils technologiques. Lors de cette nocturne, une guide présentait La liberté guidant le peuple en utilisant un iPad pour montrer des détails de l’œuvre… devant le tableau. Il est notable combien l’œuvre n’est pas facile à regarder, avec la lumière de la salle, ses reflets, le manque de recul… et quel paradoxe que le visiteur le regarde plus et mieux sur un écran.
Plus loin, un homme regardait un très grand tableau en passant en le filmant avec un téléphone. Plus loin, un homme téléphonait en tenant son téléphone devant lui en marchant sur un palier. Autant de pratiques qui interrogent sur le rapport au musée après avoir tant entendu de discours sur la démocratisation culturelle, la culture pour tous, puis la culture pour chacun et l’augmentation de la fréquentation muséale.

Exposer @11

J’ai publié début avril une photo sur ma page Facebook qui a fait un bide, au sens où elle a été moins likée et commentée que ce que le sont d’ordinaire les photos sur ma page. Il faut dire que le texte qui l’accompagnait était assez provocateur et caustique. Est-ce cela qui a coincé ? Vous trouverez la photo et mon texte ici.
Ma provocation touche les conditions d’accès PMR aux musées ; je saisis l’occasion pour expliciter ma position.
* Le coupe-file : le plus souvent, une carte d’invalidité donne un accès prioritaire aux musées. Autrement dit, la personne handicapée passe devant tout le monde. C’est quelque chose de très jouissif, j’avoue. Est-ce un privilège abusif ? La personne en fauteuil est certes assise… Mais la personne en cannes, le déficient sensoriel et même mental peut avoir des soucis d’équilibre et de moindre résistance physique ou psychique à l’attente debout. L’accès prioritaire me paraît donc un privilège acceptable.
* La gratuité de l’accompagnateur : c’est sans doute ce qui me semble le plus évident et nécessaire quel que soit le handicap ; aide aux déplacements, à l’accès aux toilettes, gestion de la foule, audiodescription, etc.
* La gratuité pour la personne handicapée : c’est ce qui me paraît le plus discutable. Cela induit d’abord l’idée que la personne handicapée est forcément une personne pauvre ; c’est souvent le cas, mais ce n’est pas le handicap qui crée la pauvreté, mais son traitement social et économique. Des musées proposent la gratuité aux bénéficiaires de minima sociaux. Cela me semble plus juste et pouvoir s’appliquer sans problème aux handicapés pauvres.
J’en viens à ma dernière phrase, assez sardonique, j’en conviens : après avoir suggéré qu’être accompagné d’une personne handicapée facilite l’entrée aux expos temporaires du Louvre, je conclus « Pour vous consoler de ne fréquenter que des valides, de belles images sur cette page 😉 » Ne serait-elle pas même un peu revancharde, d’ailleurs, ma phrase ? Sans doute et je ne pensais pas un jour l’oser ; j’en regrette juste la part de violence qui fait écho à cette violence quotidienne que produit notre organisation sociale qui pratique la ségrégation de beaucoup de catégories de populations : qui, en effet, fréquente au quotidien une personne en situation de handicap permanent qui ne soit pas un membre de sa famille ou une personne de plus de 75 ans ?
Vous me direz qu’il n’est pas très usuel d’aller chercher spécifiquement des handicapés à fréquenter sauf si l’on veut voyager gratuitement ou faire coupe-file dans les musées… C’est bien ce que je disais, l’ordre social ne met pas en lien valides et handicapés et, quand il le fait, le valide a aussitôt un douloureux problème à gérer, celui d’une différence qui lui est inconnue (vous en avez de nombreux exemples sur ce blogue). C’est donc bien la société qui est responsable de ça… La société, et les individus qui la composent ? Je vous laisse trancher.

Exposer @10

Lors d’un séjour à Dijon, j’ai visité plusieurs musées. Le musée Magnin est l’ancienne habitation de collectionneurs qui ont légué leur collection. On y trouve notamment du mobilier. Or, empêcher des visiteurs « d’essayer » les sièges de collection est un épineux problème.
C’est intelligemment en prenant libéralement en compte cette difficulté que le musée a trouvé une solution. Plutôt que les habituelles cordelettes tendues en travers du fauteuil ou les cartons d’interdiction posés sur le coussin, ils y ont placé… des chardons en plastique du plus bel effet. J’aime l’inventivité exprimée par cette interdiction poétique.