Archives de catégorie : Élections @

Élections @32

Dimanche dernier, j’ai passé ma journée en tant qu’assesseur titulaire à mon bureau de vote. Je précise que mon bureau est en plein centre du futur ex-3e arrondissement de Paris, à la frontière du Marais.
Malheureusement, peu de votants mais un résultat si net qu’il ne laisse pas de place aux traditionnels procès en légitimité du camp perdant. Je dis « du » malgré la triangulaire car le troisième larron s’est vu totalement mis hors-jeu par le peu de votes reçus.
Au-delà du résultat, ce qui m’a frappé, c’est la diversité de formes des noms et prénoms des listes électorales : à côté de ce qu’on avait l’habitude d’appeler pour les femmes leur nom de jeune fille, toujours beaucoup de nom d’épouse mais aussi de nombreuses femmes et autant d’hommes avec leur nom de naissance (c’est ce qui fait référence dans les listes électorales) suivi cette fois d’un nom composé reprenant leur nom de naissance et un autre nom, celui de leur épouse ou de leur époux, le tout dans un ordre aléatoire. Du côté des prénoms, cela semble plus compliqué. En effet, deux jeunes femmes nous ont précisé que nous les trouverions dans les listes avec leur ancien prénom de garçon…

Écrivaine @46

Je suis en grève depuis le jeudi 5 décembre 2019. J’adore ça, être en grève ! On me rétorquera que cela ne change pas ma vie puisque je ne suis pas rémunérée pour les publications sur mon site ; et cela ne change pas le monde non plus tant ne rien publier passe très certainement inaperçu auprès de la plupart des visiteurs de mon site. Mais j’y tiens d’autant, à être en grève ; c’est un peu comme ma visibilité lesbienne ; si moi je ne le fais pas, alors que je ne prends aucun risque, qui le fera ?
L’idée d’une grève longue, qui plus est, me réjouit. J’adapte mes activités à l’absence de transports et, tout en ayant conscience que la situation est très difficile pour la plupart des personnes non grévistes, je souhaite que la grève dure. J’aimerais par ailleurs que les services de la Ville soient plus massivement en grève, notamment la propreté et le ramassage des poubelles et que les personnes qui travaillent dans les commerces et autres, quitte à perdre une journée de salaire à ne pouvoir se rendre à leur travail, se mettent aussi en grève.
Ce que j’espère, en fait, c’est que ce type de mouvement porte les personnes qui considèrent que le système libéral qui les opprime n’a pas d’alternative se posent deux minutes, regardent la manière dont elles vivent et s’interrogent sur le fait de savoir si leur bonheur est bien dans la consommation de masse et la propriété. J’espère que la vis sans fin s’arrête et que nous puissions, ensemble, penser un autre monde d’où l’exploitation libérale des personnes et des richesses naturelles serait exclue.
Pendant les grèves perlées à la SNCF, je vous demandais pourquoi vous prenez le train. Je pose aujourd’hui la même question. En chanson ? J’aime beaucoup celle-ci que je chante depuis quarante-cinq ans. La question ne date pas d’hier ! Ça sert à quoi, tout ça ? Je veux juste que vous vous posiez la question du monde dans lequel vous souhaitez vivre et quel bonheur vous souhaitez construire. En attendant le train, vous avez bien le temps…

Je vous invite également à lire mes Fragments d’un discours politique où vous trouverez peut-être quelques réponses. Ils n’ont rien perdu de leur actualité, ici.

Élection @29

À l’occasion des dernières élections européennes, la Ville de Paris a fièrement annoncé une « petite révolution », soit « un nouveau dispositif pour améliorer l’accessibilité de ses 896 bureaux de vote aux personnes atteintes de déficience motrice, mentale et psychique ». Quid des déficients visuels ? Sans doute une erreur du Parisien qui parle plus loin d’« affichettes en braille » permettant d’identifier les bulletins. Il est question plus loin d’« un affichage facile à lire et à comprendre [qui] détaillera toutes les étapes du parcours dans le bureau de vote ». Ah ? On a dû me le cacher dans le mien.
L’accès à mon bureau est assurée par une rampe qui n’est pas aux normes menant dans la cour de l’école, et d’un ascenseur dont j’ignore le cheminement. On entre dans le bureau par une baie vitrée, sans oublier de lever le pied pour éviter de trébucher sur le rail. Il y a bien une petite rampe à deux mètres qui passe par dessus le rail. Mais la porte située devant est fermée. Il faut dire que pour ouvrir cet accès, il faudrait revoir toute l’organisation spatiale du bureau, en place depuis au moins les vingt-cinq ans où je vote là. Peut-être est-il prévu que la rampe soit décalée si un fauteuil se présente ? Je l’ignore. Mais il n’y a pas que les fauteuils qui peinent à lever la jambe. Hardi ! C’est bon pour la circulation…
À la table de décharge, je suis en canne, histoire de tester le dispositif ; et je présente ma carte d’invalidité en guise de pièce d’identité (c’est autorisé ; il est toujours bon que chacun révise son code). On me tend ma carte d’électeur et l’enveloppe sans me les mettre dans la main. On me propose l’identification en braille alors que ma canne de signalement indique clairement que je ne suis pas cliniquement aveugle ; mais ça, les différentes cannes, qui les connaît ?
— Je ne lis pas le braille.
Je m’approche de la mer de bulletins (trente-quatre listes en A4, ça prend de la place). Je constate à haute voix que les affichettes gros caractères devant chaque tas n’y sont pas. Elles sont pourtant recommandées par le Défenseur des droits (ici – document pdf en téléchargement). J’indique alors à la table de décharge que l’un des trois va devoir se dévouer pour me lire les bulletins. Soupir. Trois personnes sont derrière la table : une femme blanche (la cheffe), un homme blanc et une femme noire. Je vous laisse deviner qui est sacrifié !
Je rappelle au passage que l’accessibilité est inscrite dans la loi, il est même question de « vote autonome » (). Si des étiquettes gros caractères avait été installées, j’aurais pu choisir seule mon bulletin. Mais là… Mon aidante s’acquitte de sa tâche avec application. Au quatrième bulletin, je l’arrête en lui indiquant que le bulletin que je cherche est dans les derniers et qu’il sera plus efficace de commencer par la fin. Mon but n’est pas d’accabler une personne en particulier, surtout pas quand c’est la plus généreuse.
On part à l’autre bout de la table. Elle reprend sa lecture ; je l’arrête au bulletin qui appelle mes suffrages. Elle me le donne, je lui demande de me donner également le précédent. Elle m’accompagne ensuite à l’isoloir où je lui demande de vérifier s’il est vide (j’ai toujours un doute). Je la remercie. Je suis ensuite la procédure décrite par Frédéric (lala) et me rends à l’urne. Mon aidante est derrière la table. Elle murmure à la présidente que je vois mal. La présidente est seule au bureau. Elle donne mon numéro d’ordre ; j’indique à mon aidante que je suis sur la dernière ligne du premier cahier (c’est pratique). Il est temps que je mette le bulletin dans l’urne.
— Excusez-moi, madame la présidente, je ne vois pas la fente où je dois glisser mon enveloppe.
Spontanément, elle guide ma main sans me jouer l’acte deux de la scène trois « Ah mais ! c’est à vous de… » que l’on me joue d’ordinaire. Je ne conteste pas ; juste je ne vois pas la fente. Je vote. Mon aidante me met le stylo dans la main et guide la bille dans la case. Je signe. Elle me raccompagne jusqu’à la baie vitrée. Je la remercie chaleureusement. Pour la forme, je trébuche sur le rail. Le vigile me rattrape. Danielle, venue avec moi, rigole.
Un grand merci à cette dame courageuse qui m’a aidée. Elle a été parfaite comme de nombreux agents de la Ville qui savent pallier les insuffisances de l’institution. N’empêche ; ce serait chouette si je pouvais tout faire seule, non ? Promis, je ferai un billet pour le dire !

 

Élections @29

Pour les élections européennes du 26 mai dernier, j’ai voté et appelé à voter pour la liste Europe écologie (ici). Je ne regrette pas mon choix, quoi que. Allez ! non. Je ne regrette pas mais je reste contrariée par la tête de liste, Yannick Jadot qui ne m’inspire pas confiance, autant que par une campagne qui a produit des images d’un populisme douteux et regrettable.
J’en veux pour preuve cette affiche où l’on voit à gauche, Nathalie Loiseau, plongée dans le noir, avec ce slogan « Ex directrice (sic)* de l’Ena » et à droite Yannick Jadot dans la lumière, « Ex activiste (sic)* de Greenpeace ». Europe écologie céderait-elle à la pratique du bouc émissaire et à la proposition de suppression de l’Ena, école des hauts fonctionnaires qui serait responsable de tous les maux de l’administration française, et j’imagine, européenne.
C’est sans fondement et ridicule en même temps que cela désigne à la vindicte populaire une école qui n’a rien à voir avec le débat de cette élection. Et quand on sait que Jadot a été formé à Dauphine, l’attaque n’en est que plus grotesque. J’avoue que si j’avais vu cette affiche pitoyable avant d’arrêter mon choix électoral, il y a fort à parier que cela aurait influencé mon vote. Je gage que les Verts seront plus intelligents au Parlement européen. Sinon ?
Je pleure.

* Pour info, « ex » se construit avec le trait d’union.

Élection @28

Je rentre à l’instant du bureau de vote où je viens de faire mon devoir de citoyen. C’est toujours une certaine satisfaction que de glisser son enveloppe dans l’urne avec l’espoir que ce petit bout de papier emballé dans une enveloppe bleu portera loin mes idées…
Peut-être cette sensation de responsabilité est à l’origine de ce que j’appelle mon « TOC » électoral. En effet, il se manifeste exclusivement dans l’isoloir de la façon suivante : un fois le bulletin de mon choix en main, je passe un long moment à le regarder pour m’assurer qu’il s’agit bien du bulletin que je voulais choisir. Une fois bien certain de cette concordance, je plie le bulletin. Une fois plié, pris d’un doute, je le déplie pour m’assurer qu’il s’agit bien toujours du bon bulletin. L’opération peut ainsi se reproduire 3 ou 4 fois. Vient ensuite le moment de mettre le bulletin dans l’enveloppe. Il arrive alors bien souvent que je le ressorte, le déplie à nouveau puis, rassuré, je l’y remets et ferme l’enveloppe. Pour l’élection présidentielle, il faut ajouter l’étape de la réouverture de l’enveloppe et du bulletin, au cas où Gérard Majax soit passé par là.
Il y a quelques années, je faisais cela avec une inquiétude palpable. Depuis, je me soigne mais je continue ce rituel un peu comme une incantation inefficace jusqu’à présent mais avec un sourire moqueur : c’est important de se faire sourire !

Élection @27

Depuis longtemps, je participe ponctuellement au dépouillement dans mon bureau de vote. Entre les primaires de la gauche de l’an dernier et les présidentielles, les feuilles de compte des votes ont changé. Il y a même maintenant des cases à cocher au lieu de points sur lesquels dresser des bâtonnets. C’est une simplification bienvenue tant le comptage des points et des bâtonnets pouvait être fastidieux. Les différences par centaines et par dizaines sont claires et précises. Bonus, pour la première fois, un modèle était fourni pour aider à remplir ces documents. Des exemples fictifs montrent comment remplir et compter les voix. Chouette !
En regardant de près, on lit « cocher les cases ». D’accord. Pourtant, juste en dessous, le modèle présente des cases remplies avec un seul trait. Ah ! Les injonctions contradictoires ! On en plaisante avec un assesseur. Il nous dit alors que sur certains modèles les calculs étaient faux.
Misère. L’exercice démocratique tient à bien peu de choses.

Élection @26

La campagne électorale pour les présidentielles, assez surréaliste dans ses enjeux et si incertaine dans son résultat, m’amène à constater que les médias ne parlent plus du tout de l’action du gouvernement, et fort peu des sorties du président de la République, comme si le pays n’était plus gouverné. Il l’est, j’en suis sûre, et sans doute que des réformes se votent et se décrètent dans l’ombre, comme cette histoire de délais de prescription des délits financiers. On découvrira tout cela un jour ; gageons que l’addition ne sera pas trop salée.
Au-delà du constat de ce silence organisé qui vise à nous éloigner un peu plus de la décision publique, cette situation m’amène une réflexion : l’hyper médiatisation de la parole présidentielle hors périodes électorales n’est-elle pas en partie responsable de la perte de crédibilité du président en place, du précédent… du prochain ? Cette question va bien à ma vision archaïque de la fonction présidentielle, l’idée d’un pouvoir au-dessus du quotidien, qui sait prendre du recul pour donner tout son sens à l’intérêt général et n’intervenir que quand celui-ci est en jeu. Définitivement archaïque ; je le crains.

Élections @25

Dimanche 22 janvier 2017, je suis allée voter aux primaires du parti socialiste pour soutenir mon député, Pascal Cherki. Je l’aime bien, Pascal, même si nous nous sommes beaucoup opposés quand j’étais membre du PS (que j’ai quitté en 2002 quand Jospin a déclaré, « Mon projet n’est pas socialiste. ») Il est très présent sur le quartier et, force est de constater qu’avec ses amis, il a eu le courage de s’opposer à la politique libérale, antisociale et xénophobe du couple Hollande-Valls.
Vous noterez que Pascal Cherki n’était pas candidat à cette primaire. Voter pour lui, c’était donc voter Benoît Hamon. Je ne connais pas ce monsieur, ni vraiment son projet. Mon désintérêt pour la vie politique qui privilégie aujourd’hui le coup médiatique et la solution populiste au courage politique et à la défense de principes y est pour beaucoup. Au soir du premier tour où Benoît Hamon est arrivé en tête, j’ai vu sa déclaration à la télé : on aurait dit un petit garçon un peu perdu par les conséquences du résultat. Pensez ! candidat à la présidentielle ; il y a de quoi en être ému.
J’ai aimé son émotion non feinte. Quelques minutes plus tard, Manuel Valls a à son tour pris la parole : il avait une voix trahissant la colère, des mots durs, une violence dans le discours qu’il semblait totalement assumer. De quoi avoir envie de lui donner une baffe ? Tout à fait. Si cela vous tente, cela se passe aujourd’hui jusqu’à 19 heures près de chez vous. Pour un euro, vous pouvez sortir Valls du jeu politique, rabattre son caquet à cet homme suffisant, méprisant, qui a en plus l’outrecuidance de nous faire croire qu’il défend les droits des femmes et la laïcité là où il ne fait que produire un discours raciste anti-musulman à peine larvé.
J’ajouterai que cette première victoire de Benoît Hamon a fait luire mon œil (un seul pour l’instant) d’un possible espoir de la renaissance d’une gauche résolument socialiste qui place les questions sociétales au même rang que les questions économiques et sociales. Quant à son positionnement écologiste, c’en est presque incroyable ! Bon d’accord, mon député a voté sans sourciller l’état d’urgence. On ne peut avoir toutes les qualités. À tout de suite Pascal… pardon, Benoît ! Ce dimanche 29 janvier 2017, j’irai plus que volontiers voter pour vous.

Élections @24

Carte électoraleJ’ai toujours beaucoup de mal avec l’appel au « vote utile ». Il sous-entend que le vote serait par nature habituellement inutile. Quelle piètre idée de la démocratie ! Dimanche, j’irai, comme dimanche, voter. Je doute de plus en plus de l’utilité de mon vote par défiance du système et des politiciens professionnels, de tous bords politiques. Pour autant, je crois que la seule utilité serait une action de modification en profondeur du système, pas ce médiocre appel au vote d’incapables à attirer par eux-mêmes des électeurs et qui ont besoin d’opposants pour se faire élire.
Petit Mouton président, y a que ça de vrai, même Cocotte pourrait être d’accord, non ?

Élections @23

Carte électoraleJ’ai été contactée par la préfecture pour être déléguée lors des élections. J’avais déjà participé aux commissions de révision des listes électorales à la suite d’un appel à volontariat. Ces commissions se réunissent chaque mois de septembre à février. J’allais donc à la mairie de mon arrondissement pour cette mission qui m’a permis de mieux comprendre le processus. Cette fois, la demande est de participer au contrôle de la régularité du scrutin lors des prochaines élections. Je me suis portée volontaire pour les Européennes. Je ne manquerai pas de vous raconter ma journée.
Lors de notre discussion, la personne de la préfecture m’indique qu’elle va m’envoyer un courriel avec la liste des documents à fournir. Il y a notamment un Rib, car c’est payé. Disons plutôt indemnisé : 39 euros bruts. Je suis étonnée, car je pensais que c’était bénévole, comme les commissions de révision. L’employée me répond qu’il est fréquent que la première question posée soit « Combien c’est payé ? » Elle ajoute : « Si on fait ça pour de l’argent, ce sera mal fait. » Certains considéreront que le montant est dérisoire pour une élection nationale. Pour ma part, je crois nécessaire qu’une telle participation, même minime, à la préservation d’un processus démocratique ne soit pas motivée par l’appât du gain.