Archives de catégorie : Dixit @

Dixit @15

Fin août, je me suis rendu nuitamment aux Invalides pour un spectacle en son et en lumière sur l’histoire du lieu au travers les âges.
Je n’insiste pas sur la beauté formelle de ce spectacle, elle était indéniable. Le fond du propos m’a semblé lui plus problématique, c’est le moins que l’on puisse dire.
Déjà, rapprocher graphiquement sur une même façade la fleur de lys de la monarchie (Louis XIV ayant fait bâtir les premiers bâtiments), l’aigle impérial de Napoléon et la croix de Lorraine de de Gaulle était audacieux quoi que l’on pense des uns et des autres mais entendre des propos comme : « Lorsque l’on entre en ces lieux (comprendre « pour visiter le tombeau de Napoléon »), on oublie toutes les controverses pour entrer dans une méditation profonde… », c’est un peu fort de café comme auraient pu dire les esclavagistes !

Dixit @14

De passage à la mairie du 3e jeudi, je patiente dans une salle d’attente juste à côté d’une salle où une dame que je ne vois pas s’entretient avec une assistante sociale.
L’assistante sociale sort de la salle et cherche une revue dans la salle où je patiente. La dame que je ne vois pas dit : « Vous n’êtes pas trop fatiguée avec les grèves ? Si vous aviez été une jeune fille, vous seriez venue dormir chez moi, vous auriez pris mon petit lit… mais vous êtes sans doute mariée avec des enfants. »
Pour la petite histoire, l’assistante sociale lui a gentiment répondu qu’elle était effectivement mariée.

Dixit @13

Je suis dans l’espace boulangerie d’un supermarché où les produits sont en vitrine avec deux personnes qui servent. D’ordinaire, je me sers dans les espaces libre-service ; c’est le seul moyen de choisir sereinement ce que je veux car je peux saisir les produits pour les identifier. Ce n’est pas le cas dans ce supermarché.
Quand j’arrive, il n’y a aucun client. Les deux serveurs s’affairent. Je tourne et retourne pour tenter d’évaluer ce qu’il y a, ce qu’il m’irait. Un homme arrive, puis une femme. Un employé s’adresse à la femme qui répond que le monsieur était avant elle. Et moi ? Qu’importe, je ne sais toujours pas ce que je veux. L’homme ne bouge pas. La femme l’interpelle de nouveau. Il s’avance, achète son pain et repart.
La femme se fait servir à son tour. Personne ne m’a encore rien demandé. J’ai enfin choisi mon pain (je suis là depuis cinq bonnes minutes), ignorant ce qui est derrière les serveurs, me contentant des baguettes mises devant. Le service dure un peu, la dame se plaint du client avant elle.
— Mais vous l’avez vu ? Il ne m’a même pas regardée !
— Vous auriez pu passer…
— Non, il était arrivé avant moi et j’ai de l’éducation…
Et moi ?
Un échange nourri s’en ensuit avec les deux serveurs sur les malotrus qui méprisent leur prochain. Je retiens ma remarque. J’ai un cours de judo qui m’attend.

Note. Je sens la question poindre : mais pourquoi ne demandes-tu pas ?
— Bonjour monsieur. Je voudrais un produit salé ou du pain mais j’ignore quoi. Pouvez-vous me dire ce que vous avez en me disant à quoi ça ressemble (taille, aspect, forme…) et le prix ?
Je vous laisse regarder le nombre de produits salés et pains dans une boulangerie pour vous laisser répondre à la question posée.

Dixit @12

Les statistiques de visite de mon site cyjung.com indiquent les sources d’entrée et, quand il s’agit de moteurs de recherche, de quelques mots clés. Je ne sais pas comment Spip sélectionne ceux qu’elles me montrent. Ce 31 mai 2018, Spip me gâte… et les internautes m’affligent.

« 99 visites Google (96)

« pousse ta merde salope »
→ [#32] La femme qui féminise « connard » dans le métro (V-01)
« en temps que de besoin »
→ En tant que de (besoin, raison)
« Tres jeunes elle se fait des foncer par du sese »
→ La jeune fille qui ne veut pas se faire couper en morceaux (V-01) »

Note 1. Vous pouvez lire « [#33] La femme qui féminise « connard » dans le métro (V-01) » ici, et « La jeune fille qui ne veut pas se faire couper en morceaux (V-01) », .
Note 2. Tout cela n’était pas inutile ; j’ai corrigé trois coquilles dans la numérotation des titres de mes nouvelles en [e-criture].

Dixit @11

Lors du Printemps des assoces de l’Inter-LGBT, nous avons pris un verre avec Frédéric. Le bénévole à la caisse m’a d’emblée tutoyée. J’en ai fait la remarque à Frédéric, tout autant dépité que moi. La question est : qu’est-ce qui autorise ce jeune homme à me tutoyer ? La proximité de nos orientations sexuelles ? La participation à un événement identique ? Je l’ignore.
Je remarque que la méthode est très courante sur les réseaux sociaux. Les invitations sont faites à « tu », comme si l’on était de vieux potes. Une dérive glose-biche (tiens, c’est pas mal écrit comme ça, glose ma biche, ça leur va bien à ces tutoyeurs branchouilles) ? Je le crains. Je le remarque aussi dans les commentaires, les mails… Ma réaction est alors de systématiquement répondre en vouvoyant (à l’oral aussi). Mes petites résistances me font du bien !

Dixit @10

bitchAlors que je fais ma revue de presse pour Media-G.net, je découvre cet article de 20 Minutes, puis beaucoup d’autres sur le même sujet. « Google ne traduit plus le mot gay par des insultes  : Pédé, tapette, tafiole, queen ou faggot. Tels étaient les synonymes de gay ou homosexuel proposés par Google Translate. Des traductions maladroites voire homophobes selon le Collectif international de défense des droits des homosexuels All Out. »
Pour tout dire, j’avais vu passer l’info la veille sur Facebook sans réagir mais sans doute que le café était efficace ce matin et une question s’impose en même temps que ce billet : mais comment peut-on « nettoyer » ainsi un dictionnaire et sacrifier des mots sur l’autel de la lutte contre l’homophobie quitte à renier un pan entier de la culture homosexuelle en supprimant « queen » et « tapette » par exemple ? Bien sûr que les homos sont des fiottes et les lesbiennes des brouteuses de gazon, comme les femmes sont des putes (« bitch », en anglais, cf illustration), les arabes et les juifs (à deux époques différentes certes) des ratons, les noirs des négros, les Asiatiques des Niakoués, j’en passe et des plus usités !
Autrement dit, comment peut-on imaginer qu’en supprimant ces mots d’un dictionnaire on supprimera l’homophobie, le sexisme, le racisme, l’antisémitisme et tout ce que l’argot exprime de discrimination, de stigmatisation de la différence et de bêtise ? Ah ! supprimer la bêtise… La période des vœux (pieux) est passée. Dommage !

Note : Caddie demande si à la place d’ « enculé » (son injure favorite à l’égard de ses congénères poussifs), c’est plus correct de dire « trou du cul » ? Je vous laisse lui répondre.

Dixit @9

Envoyé spécialJe suis tombée par hasard sur un « Envoyé spécial, la suite », samedi 12 avril 2014. Il était question d’agriculteurs. La chaîne les avait filmés il y a vingt ans, et revenait les voir.
Une agricultrice disait dans le reportage d’il y a vingt ans (je cite de mémoire) « Les premières années seront beaucoup de sacrifices ; dix ans, je pense ; dix ans de sacrifices. » Et dans le reportage d’aujourd’hui, elle commentait (toujours de mémoire) : « C’était les paroles d’une jeune agricultrice qui ne savait pas ; c’est toujours des sacrifices ; ce sera toujours des sacrifices »…
Je vois bien de quoi il est question, à travers ce mot de « sacrifice » : une présence sans discontinuer sur l’exploitation, pas de vacances, pas de soirées à l’extérieur, un certain isolement, une ceinture que l’on serre quand le marché vacille et que les intempéries s’en mêlent… Pourtant, le terme me choque, ou me surprend.
Cette femme disait avoir choisi son métier et ne semblait pas le regretter. Les contrariants auxquelles elle faisait référence me semblent bien des contraintes, et non des « sacrifices », en plus de ne pas forcément être considérées comme tels pour tous les agriculteurs. Un petit détour par le Grand Robert m’amène à considérer que je me trompe à rejeter le terme de « sacrifice » dans cette situation : « Renoncement ou privation volontaire (en vue d’une fin religieuse, morale, esthétique, ou même utilitaire). » Ce qui me gêne, pourtant, c’est combien l’utilisation de ce terme, sans doute à cause de sa forte implication morale et religieuse, renvoie à « avec tout ce que j’ai fait pour toi ; je me suis saigné aux quatre veines » avec la sentence qui tombe « ingrat » !
Alors oui, cette agricultrice fait des sacrifices. Mais c’est « volontaire ». On est d’accord, madame ?

Dixit @8

À l’instar d’Isabelle, il m’arrive de participer à des échanges sur des pages Facebook auxquelles je suis abonnée. C’est ainsi que j’ai récemment indiqué à un internaute (de sexe masculin si j’en crois son prénom) que traiter Marine Le Pen de « grosse salope » était une injure sexiste et demandé à un second qui l’a traitée de « Povre fille » s’il aurait traité son père de « Povre garçon ». Le choix des mots que l’on utilise m’a toujours semblé être un préalable à tout combat politique. J’étais d’autant plus contrariée par ces deux commentaires qu’ils sont sur une page d’action féministe, qui a réagi après moi, et fort mollement à mon goût, et uniquement sur le premier commentaire.
Le premier m’a fort gentiment répondu que ma démarche était « casse burnes » et évoqué « flicage » et « censure ». Je lui ai demandé pourquoi il s’emballait, insinuant que j’avais dû toucher juste. J’ai eu droit à une longue réponse du même acabit que ce qui précède, d’où il ressort que ma démarche qui consiste à considérer Marine Le Pen comme un être humain digne du respect que je porte à tout être humain relève de « visions schizoîdes et intellectualisantes ». Je savais déjà que je voyais autrement, mais là. Je suis vernie !
Quant au second commentaire, un autre internaute que celui qui avait posté le commentaire original, toujours de sexe masculin, s’est permis une attaque personnelle, m’invitant à ne pas devenir une « povre écrivaine ». J’ai simplement répondu que je n’acceptais pas qu’il me parle sur ce ton. Il semble qu’il ait été vexé car plus loin, il parlait d’ « Action directe » et je lui ai répondu « Action française »… Il m’a insultée de nouveau en réponse en des termes somme toute assez abscons, mais je conclus néanmoins à la volonté de m’injurier. N’est-ce pas un délit, d’ailleurs, l’injure publique ?
Plusieurs heures après ces échanges, la page qui abrite ces commentaires n’a toujours rien répondu… J’ai hésité à le signaler à l’association-mère tant il me semble que laisser passer ce genre de commentaire, et les réponses blessantes et sexistes qui m’ont été faites, est contraire aux engagements mêmes de cette association. Je me contenterai de ce billet, rassurée par Isabelle : oui, rassurée car, dans un premier temps, je me suis trouvée un peu sensible à me sentir blessée. Elle m’a confirmé que ces messieurs étaient effectivement blessants. De purs produits de la domination masculine, avec moi qui peine à me situer en tant que victime, préférant penser que je suis fragile en ce moment ? On est en plein dedans !

Dixit @7

Je me suis inscrite sur un réseau social lesbien et la webmestre de ce réseau m’a indiqué que les mails envoyés n’arrivent pas jusque chez moi. Mon adresse le rejette comme « Spam assassin ». Je ne connaissais pas ces instincts de tueur de ma messagerie ni le logiciel libre qui porte ce nom. J’ai enregistré l’adresse de départ dans mon carnet d’adresses de webmail et dans celui de mon hébergeur. Les mails ne passent toujours pas… et je n’en ai pas trace dans mes boîtes « Spam ».
Au-delà de l’énigme technique, Isabelle, à qui j’ai raconté l’histoire, a réagi en invoquant une « censure ». Spontanément, ce terme ne m’a pas semblé correspondre à la situation, tant je réserve d’ordinaire la censure à une mesure d’interdiction de diffusion d’une opinion ou d’une création. Ce qui ne me semblait pas le cas ici. Mais il est vrai que le courrier, en prison par exemple, cela se censure aussi. Et je n’ai pas d’autre terme que celui proposé par Isabelle pour dénoncer le contrôle de ma correspondance par un logiciel sans que je ne puisse intervenir (puisqu’en l’espèce, je n’en ai même pas directement connaissance).
J’ai promis à Isabelle de vérifier la définition. Pour cette fois, il semble que le Grand Robert me donne raison puisque ses définitions impliquent un « jugement » sur ce qui censuré : « Action de reprendre, de critiquer les paroles, les actions, les ouvrages de qqn. » ; « Examen exigé par le pouvoir des œuvres littéraires, cinématographiques, de la presse, des émissions télévisées, avant d’en autoriser la publication, la diffusion. » ; et d’autres définitions de droit constitutionnel et de psychanalyse. Pour ce qui est du verbe « censure », il est dit « Reprendre, critiquer (les paroles, les actions des autres). »…
Il me semble que contraindre la diffusion d’un mail non personnel ne peut, dans ces conditions lexicales, être considéré comme une « censure », à moins de considérer que les programmateurs du robot ont décidé de rejeter sans appel les mails comprenant tel ou tel terme, tel ou tel contenu. Est-ce le cas ? Je l’ignore. Quel terme alors utiliser pour qualifier cette entrave à la diffusion sans faire un procès d’intention ? Je ne sais pas.

Dixit @6

Les opposants au mariage entre personnes de même sexe ont beaucoup utilisé la formule « Je ne suis pas homophobe, mais… », formule dénoncée par les partisans dudit mariage qui considèrent que refuser le « droit de se marier » entre personnes du même sexe est de l’homophobie.
Je m’interroge… parce les opposants au « mariage pour tous » défendent avant tout l’idée que les « différences naturelles » (j’ai bien mis des guillemets) entres les individus justifient des places différentes dans la société, donc des droits différents. Je vous renvoie pour cela au texte de la Conférence des évêques de France qui dit bien, à mon sens, combien ici c’est un certain ordre social qui est en cause.
Le débat de fond se situe donc sur le terrain idéologique, dont les questions de « droits » ne sont qu’une conséquence. Et sur ce terrain-là, j’ai étrangement du mal à qualifier le propos adverse d’homophobe, alors que je n’ai aucun doute sur le fait qu’il puisse être, dans d’autres registres, raciste ou sexiste (cf toujours ce billet). Pourquoi ? Pourquoi ai-je tant de mal à ce qualificatif ?
D’abord parce que je le trouve réducteur. Le Grand Robert définit par exemple le sexisme comme une « Attitude de discrimination à l’égard du sexe féminin », le racisme comme une « Théorie de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité de préserver la race prétendue supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres. » L’homophobie, elle, est définie comme une « Crainte et rejet des homosexuels et de l’homosexualité. »
On ne joue ainsi pas dans la même catégorie et si l’on prend cette définition de l’homophobie, je crois en effet que nombre des partisans (pas tous !) de l’ordre réactionnaire fondé sur l’oppression à raison de la « différence naturelle » n’éprouvent pas de crainte ou de rejet à l’égard des homosexuels. Simplement, ils estiment que cette homosexualité (notamment par sa « stérilité biologique ») crée une différence qui justifie un traitement social (donc juridique) particulier. Par ricochet, c’est sur le terrain idéologique que je souhaite les affronter, aussi parce qu’en les combattant là, c’est tout leur ordre social que je combats.
« Mais quand même… », me direz-vous, « on joue sur le mots . » C’est vrai. Je joue sur les mots, parce que je crois que les mots sont notre outil à penser. Et si l’on met sur le même plan sémantique, donc politique, des théories qui fondent des discriminations et une « phobie » (j’avais envie d’écrire une « simple phobie »), je pense que l’on rate sa cible, et que la partie est perdue d’avance. Car s’il s’agit d’homophobie (au sens du dictionnaire), c’est un psy qui peut régler le problème ; ce que je ne suis pas. Et s’il s’agit d’une « Théorie de la hiérarchie des orientations sexuelles, qui conclut à la nécessité de préserver l’orientation prétendue supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres »… Eh bien ! Il va falloir écrire au Grand Robert. Puis sortir l’artillerie lourde…