Archives de catégorie : Différence @

Différence @6

Quand je suis arrivée à la manifestation pour le climat le 8 décembre dernier (ici), j’ai été accueillie comme tous les autres manifestants dès la sortie du métro par des volontaires souriants et détendus. Chacun distribuait un petit papier, assorti d’un « Bonjour ! » suivi de « Ce sont les consignes de sécurité. » J’ai remercié, souriant à mon tour.
Le papier était écrit petit. Je n’ai pas demandé qu’on me le lise mais je suis sûre que si je l’avais fait, la femme qui me l’a donné m’aurait aidée. Je connais ces consignes, que j’ai apprises sur le plateau du Larzac en 1980. Ce n’est pas si étrange de les retrouver là… Un peu, tout de même !
Je manifeste depuis 1969 (j’ai commencé très jeune) et c’est la première fois que les organisateurs d’une manifestation me distribuent de telles consignes. Cela fait-il partie de la révolution écologique que j’appelle de mes vœux et de mes engagements ? En plein ! Je dirais même qu’elle ne peut se faire hors la résistance non violente. Cette distribution me réjouit d’autant ; elle est le signe que mon combat entre dans le possible.
Merci Alternatiba Paris et Il est encore temps pour ce joli cadeau !

 

Différence @4

Métro, boulot, dodoDepuis quelque temps, plusieurs mois peut-être, j’ai remarqué qu’il n’est pas rare que des hommes me laissent volontiers leur place dans le métro ou le tram. Parfois, je suis en situation de lecture, comme ce jeudi sur la 2 où un premier s’est écarté pour me donner accès à une barre pour se tenir avant qu’un second ne se lève. Ma déficience visuelle est alors évidente. Mais si c’était la raison, je pense que des femmes se lèveraient aussi, ce qui n’est pas le cas. D’autres fois, je suis simplement debout, avec ou sans mon sac de judo certes volumineux ; mais je le garde aux pieds pour ne pas gêner. Est-ce mon sac qui inquiète ces messieurs ?
Je sais aussi que mon équilibre est précaire. Me voient-ils vaciller ? Dans ce cas, pourquoi seuls des hommes non blancs le remarquent-ils ? Ils sont en effet très majoritaires dans les hommes qui me laissent m’asseoir. Mon albinisme et ce qu’il véhicule d’étrangeté (regard, couleur des cheveux…) est-il en cause ? Mais aucune femme non blanche n’a la même attitude. Alors… alors… Soit mon grand âge commence à se voir, soit ils me trouvent sexy… Allez savoir !

Différence @4

Mon bailleur doit nous changer nos fenêtres. Le projet traîne depuis près de trois ans mais il semble que, enfin, les travaux vont commencer. Les locataires ont d’ailleurs été invités à la visite d’un appartement-témoin, le même que le mien, deux étages en dessous. J’y suis allée, curieuse de ces fenêtres bien que les voir ne change rien ; mon bailleur est décideur. Notre association de locataires a réussi à le faire plier sur la pose de « volets pour tous » ; le reste ne nous appartient pas.
L’appartement était vide, refait à neuf. J’étais avec ma présidente d’association et une voisine. Elles sont toutes deux venues souvent chez moi. Notre surprise a été identique : que cet appartement était petit ! Il n’y a aucun doute sur le fait qu’il est identique au mien et pourtant, il nous a vraiment semblé particulièrement minuscule ! D’ordinaire, n’a-t-on pas la sensation inverse entre un appartement vide et le même meublé ? Je ne l’avais pas eu quand j’ai refait mon salon. Étrange…

Différence @3

À l’occasion de la journée mondiale contre l’homophobie, Metro a consacré un article au Refuge, avec cette phrase : « (…) il ressort que la peur du regard des autres reste un obstacle majeur dans l’affirmation de son homosexualité. »
« Le regard des autres »… Il y a quelques années, on aurait plutôt mis en avant les discriminations et la peur de l’agression. Peut-être que cela revient au même (je n’ai pas lu le rapport et me fie donc au propos du journaliste) mais cette manière de le dire me semble symptomatique de deux choses.
* Le fait que le « regard de l’autre » est une contrainte sociale forte et ce, d’une manière générale. Ce « regard de l’autre » a toujours existé, comme moyen de coercition (pardon, de « cohésion sociale »), mais j’ai le sentiment qu’il n’agit plus comme une morale (« Que vont penser les voisins ? ») mais comme un « étalon » (« Je veux les mêmes seins qu’Angelina Jolie, ceux d’avant son opération, quand même »). Ainsi, ce « regard » pose une volonté de conformité à une norme là où autrefois il me semblait plus une volonté de se fondre dans la masse, une peur de se faire remarquer (un effet de l’Occupation, peut-être ?) Mais je peux me tromper. J’atteins un âge où je dois me méfier des « Autrefois, c’était… »
* En ce qui concerne plus spécifiquement l’homosexualité, il me semble que le poids de ce « regard » est un signe de la défaite (ponctuelle ?) de l’homosexualité politique, c’est-à-dire cette homosexualité qui propose un contre-modèle social, une contre-culture, une autre façon d’être au monde. Dans sa volonté de « laver plus blanc » comme gage de sa capacité à assumer ces droits nouveaux qu’elle réclame et fait des homosexuels des deux sexes des « bons pères de famille » (au sens du Code civil), une bonne part du mouvement homosexuel se retrouve coincé dans une norme qui ne lui ressemble pas, et porte de nombreux jeunes filles et gens à craindre « ce regard » qui dirait qu’ils sont différents, qu’ils ne seront jamais pareils, ce qui, soit dit en passant, est incontournable.
Vous pensez bien, qu’en ce qui me concerne, ne pas « être pareil » est une qualité ; et c’est tout à fait vivable car j’en fais depuis toujours une revendication politique non convertible en sentiment d’exclusion. C’est ma façon d’être au monde et, si le « regard des autres » m’importe, c’est le regard des « pas-pareils » qui me touche. Car franchement, que celles et ceux qui aspirent à intégrer l’ordre hétérosexiste ou y participent déjà me considèrent comme une sale gouine, je trouve que c’est un compliment !

 

Différence @2

Codes civilsMes activités associatives ne sont pas toujours un long fleuve tranquille et j’ai encore récemment éprouvé de profonds moments de solitude, un sentiment de ne pas avoir ma place, moments et sentiment en lien direct avec mes convictions profondes. Les débats autour du « mariage pour tous », la volonté de normalisation du mouvement LGBT comme mode de réaction aux expressions homophobes, la revendication d’un « droit à l’enfant » par tout moyen voire n’importe lesquels me portent à prendre des positions, à défendre des principes qui collent mal à l’ambiance générale qui tend à transformer un droit acquis de haute lutte en obligation sociale, en « facteur d’intégration ». On ne parle plus que de « faire famille », on sacralise l’enfantement et la parentalité, et se multiplient les soirées « nuit de noces » et autre atelier « pièce montée »… Je digresse.
Je voulais dans ce billet partager mes réflexions sur « prendre position » car je me rends compte combien cela peut être source de conflit, de malentendus. J’ai bien conscience que je n’y vais parfois pas avec le dos de la cuiller mais dans la sphère associative, il me semble que l’on doit pouvoir défendre un principe, « prendre position » sans que l’autre ne se sente immédiatement attaqué personnellement, désavoué, bafoué. C’est d’ailleurs le propre de toute institution, de permettre à l’individu de s’y fondre et de faire porter la responsabilité de ses décisions sur l’institution et non sur lui-même. Et pourtant, au nom de la bienveillance, de l’écoute de l’autre, du non-jugement, autant de valeurs qui sont pourtant les miennes et que je cherche à respecter, il semble que certains considèrent que la « prise de position » leur est une violence, quand elle contredit leur décision, bien sûr. Mais la décision, en tant que telle, est une prise de position, non ? Pourquoi alors ne pas accepter que des positions s’affrontent ? Oui, « s’affrontent », car l’on ne peut pas être d’accord sur tout et cela n’empêche pas de s’aimer, non ?
C’est aussi vrai dans la relation personnelle, amicale ou amoureuse. Mais c’est ici plus difficile à gérer car on est deux, face à face, et il n’y a pas d’institution pour faire écran. Et le mariage, alors ? Oui, le mariage est une institution et fait écran dans la relation de couple à beaucoup de désaccords. Je n’avais pas songé à cette pirouette en commençant ce billet. Elle me va bien. Je m’arrête donc là.

Différence @1

Ma marraine est très investie dans une paroisse et de ce fait a rencontré des personnes de David et Jonathan. Depuis, elle assiste à des veillées et réunions de DJ. Comme elle m’a dit un jour, elle se sent proche d’eux, car elle sait ce qu’est être différent. En raison d’un problème à la naissance, elle a subi de nombreuses opérations à l’œil, et a grandi avec des cicatrices et des marques ne se gommant jamais tout à fait.