Archives de catégorie : Croissance @

Croissance @10

En 2017, j’avais décidé de calculer mon « prix de journée » sur quatre mois de commissions avec de savants calculs pour retirer les repas que je ne prenais pas chez moi. J’étais arrivée à 6 euros par jour, estimant alors que je pouvais tirer ce prix.
Ces trois dernières années, par ce motif et aussi par souci de manger toujours mieux en réduisant mon empreinte carbone, j’ai infléchi mon comportement : je ne mange plus aucun plat préparé et fabrique le plus possible, j’achète des invendus à prix soldés sur plusieurs « filières », finis les casseroles de ma voisine (qui est ravie de moins jeter), et fais mes courses au jour le jour sans stocker. J’ai aussi décidé de manger un peu moins, de toute façon moins sucré et moins animal.
C’est dans ces conditions que j’ai refait cette année l’opération « calcul du prix de journée » entre juillet et octobre 2020. Je pensais sincèrement qu’il aurait baissé au vu de mes nouvelles pratiques (notamment l’achat d’invendus soldés) mais j’arrive à 7,06 euros, soit une augmentation de 17 %. C’est énorme, bien loin du taux d’inflation calculé par l’INSEE.
Attention ! Ces taux ne sont évidemment pas comparables, leur base de calcul n’étant pas le même, le mien ne prenant en compte que les dépenses courantes (alimentation et entretien du corps et de la maison). Selon l’enquête Budget des familles 2017, une personne seule dépense annuellement en moyenne pour ses « produits alimentaires et boissons non alcoolisées » 4429 euros par an. J’étais, sur ma base 6 euros/jours, à 2190 euros en incluant l’entretien du corps et de la maison (qui ne me coûtent vraiment pas cher). Je suis donc à moins de 50 % de la dépense moyenne.
Cela me confirme que je consomme peu, beaucoup par choix. Cela ne me dit rien sur l’augmentation de 17 % que je constate. Je peine à trouver des chiffres pertinents. Un article des Échos indique une hausse des produits alimentaires de 1,8 % entre 2017 et 2018, et de 2,9 % entre 2018 et 2019. Je trouve une autre référence parlant elle de « produits frais », qui correspond plus à ce que j’achète (au moins 80 % de mon alimentation, dont la majorité en fruits et légumes). Il est question d’une hausse de 18 % de ceux-ci après le premier confinement de 2020 ce que confirmerait une étude de Que Choisir qui conclut à une augmentation de 6 % à 12 % des fruits et légumes en avril 2020.
Je n’ose imaginer, dans ces conditions, ce que serait mon budget si je consommais des produits frais bio et achetais hors circuit invendus, promos et fort discompte ! Je ne choisis pas toujours ce que je mange mais au moins, je n’ai pas le sentiment de me faire arnaquer à chaque sortie commission. Arnaquer ? Je vous invite à comparer les prix dans les commerces autour de chez vous et on en reparle.

Croissance @9

Dans son bel aquarium (ici), Isabelle voit s’ébattre des poissons, des crevettes et des escargots. Petit Mouton est ravi, ça fait beaucoup de copaaaains pour jouer au fooooot ! Les copaaaains, pourtant, c’est parfois un peu envahissant et la bande doit apprendre la rigueur de l’écosystème. Ouh là là ! Que c’est triste, devoir euthanasier des escargots car leur prolifération met en péril la vie des poissons !
Devant les larmes de Petit Mouton, j’ai décidé de m’acheter un aquarium pour accueillir les escargots surnuméraires. Isabelle m’a assuré que quelques plantes suffiraient à leur alimentation, qu’il faudrait juste changer l’eau de temps en temps et qu’il n’était besoin ni de les nourrir ni d’un filtre électrique qui vrombirait en permanence dans mon bureau-salon-salle à manger-salle de sport-chambre à coucher. Cela m’allait bien.
Isabelle s’est occupé de tout, le choix du matériel, l’installation. Il fallait attendre une quinzaine de jours que l’eau « se fasse » (une histoire de ph) avant que Isabelle ne livrât les escargots. Et, ce matin, alors qu’aucune livraison n’a eu lieu, surprise, je vois un point crapahuter sur la vitre. Il bouge vite. Je sors le compte-fils. Cela ressemble bien à un escargot ! J’envoie une photo pour confirmation à Isabelle. Youpiiii ! Caddie est aux anges. Petit Mouton est tout content que bientôt les copaaaains de Télégraphe arrivent dans un aquarium où il y a déjà un autochtone.
Une nouvelle histoire d’escargot commence. Cela me rappelle la première (). Que j’aime la vie !

Croissance @8

Naomi KleinLa vague de froid annoncée pour le dimanche 15 janvier 2017 et les jours suivants a donné lieu à un appel au civisme du ministère du Développement durable relayé par un long reportage de France Info qui m’a semblé tout à fait hors de propos. Après nous avoir dit que plusieurs réacteurs nucléaires étaient remis en service, des conseils très précis sont donnés pour une moindre consommation individuelle de nature à nous éviter un black-out : éteindre les lampes et les appareils en veille, baisser la température des logements d’un ou deux degrés, limiter les lessives, etc. Il s’agit d’économiser je ne sais plus combien de mégawatts, mais le chiffre est forcément impressionnant. Et notre responsabilité individuelle encore plus forcément totale.
Je constate en effet que la politique du tout électrique pour satisfaire les marges d’EDF et justifier le tout nucléaire n’est pas mise en cause, ni l’absence d’une véritable politique de transition énergétique. Quant aux industriels, ils sont étrangement hors champ de cette opération de communication.
Je remarque également que le recours à la culpabilisation individuelle et au civisme n’est pas doublé d’une réflexion sur notre politique énergétique, sur le dérèglement climatique, ni sur les effets délétères du libéralisme sur la production électrique, et la consommation, celle-ci étant la conséquence directe des choix de production. Les circonstances, pourtant, sont de nature à porter une réflexion sur ces sujets. Sauver EDF, Areva, et quelques autres est plus important que sauver la planète. Ce n’est pas un scoop.
Je remarque également que la mise en place de la circulation alternée lors de pics de pollution de décembre ne m’ont pas fait le même effet alors qu’à bien y réfléchir il s’agit de la même chose : pénaliser le consommateur dont les choix de consommation sont finalement la conséquence directe de choix politiques de soutien sans condition au libéralisme : politique industrielle et routière en faveur de l’automobile, fiscalité avantageuse pour le diesel, aménagement du territoire avec un éloignement toujours plus grand entre domicile et travail, transport publics en étoile, etc.
Mais pourquoi serais-je moins sensible à la culpabilisation des automobilistes qu’à celle des ménagères ? Parce que je ne suis pas automobiliste ? Peut-être. Aussi parce que leurs associations ont le chic de défendre des positions contraires à l’intérêt général. Mais finalement, tous ces discours publics nous demandant de faire des efforts (temporaires !) de moindre consommation ou de moindre déplacement en cas de crise reviennent au même : faire porter sur les citoyens les conséquences létales du libéralisme vainqueur !
Serait-il l’ennemi à abattre tant ce système est la cause directe de ce qui nous opprime et met en danger la survie même de l’humanité ? J’en suis, avec Naomi Klein, convaincue. Je l’ai dit, sans doute avec mois d’arguments qu’elle, dans mes Fragments d’un discours politique. Le diagnostic est posé. On fait quoi maintenant ? Je poursuis ma lecture de Tout peut changer. Et je vous dis.

Croissance @7

Sac jaune et grisJe viens d’acheter un sac gris et jaune que je trouve très joli dans un magasin. Assise dans la navette qui va me ramener à Paris, j’ai encore un quart d’heure devant moi. M’apercevant que le sac est un peu sale à un endroit, j’hésite à aller l’échanger. Finalement, je ne prends pas le risque de devoir attendre la navette suivante, une heure après.
À la maison, le sac a été lavé sans problème. Le lendemain, je l’ai pris pour sortir. En une journée, il a été baptisé, maintenant il est sale à plusieurs endroits. Ça au moins, c’est normal, c’est sa vie de sac plus neuf et son destin est d’être relavé, en espérant que la saleté parte…

Croissance @6

tourismeMardi 14 octobre 2014, Direct Matin titre sur « Ces secteurs qui résistent », avec une photo de personnes montant au Sacré Cœur. En une du site, c’est Notre Dame qui assure l’illustration de ce même titre. Dieu résisterait-il ? Mais à quoi ? Ça, on sait qu’il est solide et ce n’est pas la Cocotte qui nous démentirait. Qui d’autres ? Les catholiques défenseurs de l’ordre familial qui adorent manifester le dimanche ?
Eh bien non, c’est le secteur économique du tourisme qui résiste, et en pages intérieures, Direct Matin met cette fois une photo de la pyramide du Louvre. Ouf ! On ne va quand même pas faire Manif pour tous tous les jours !

Croissance @5

Fruit à tartinerOn se demande souvent, en Hétéronomie, comment changer le monde. Un court article de Que Choisir d’avril 2014 m’indique une part de la réponse : cesser de se laisser prendre pour des cruches et de succomber aux opérations marketing visant à nous faire consommer toujours plus pour le plus grand bonheur du productivisme. Je sais. Notre nouveau ministre de l’Économie ne jure que par la production, donc la consommation. Eh bien, résistons, puisque nous savons que la solution n’est pas là !
Mon exemple. Une célèbre marque de confiture vient d’inventer le produit concurrent d’une célèbre marque de pâte à tartiner chocolatée. De quoi s’agit-il ? D’une pâte « Fruit à tartiner » (étrange singulier tout de même). C’est chouette, non ? Cela donne envie de manger des fruits ! Mais c’est quoi, au juste, cette nouvelle pâte ? Du sucre et des fruits. Cela vous rappelle quelque chose ? Mais oui, c’est bien ça ! De la confiture !
Voilà donc qu’une célèbre marque de confiture invente la confiture… J’espère que vous n’y succomberez pas et que vous en profiterez même pour boycotter les confitures industrielles. Même avec des fruits surgelés et du sucre avec gélifiant, il revient moins cher de faire ses confitures que de les acheter : pas d’épluchage, 7 minutes de cuisson, et moins de sucre au kilo. Et vive la résistance à la consommation !

Croissance @4

Parisien - 6 novembre 2013En cherchant la couverture du Parisien pour illustrer mon billet précédent, je tombe sur la une du jour « La France devient-elle raciste ? » Ma réaction est un cri du cœur : mais elle l’est depuis si longtemps ! Cela remonte à la colonisation et à l’esclavage, si j’en crois « Une autre histoire », mon site préféré du moment. Et je vous renvoie à mon dernier édito pour le reste de ma démonstration.
Je n’irai pas acheter ce numéro du Parisien pour en savoir plus, mais je parie une peau de banane qu’il s’agit de dénoncer la plus grande expression du racisme avec le lot de « Touche pas à mon pote » que l’on imagine. Quand est-ce que l’on va admettre que le racisme, à l’instar du sexisme et de l’homophobie, n’est pas autre chose qu’un système d’oppression destiné à asseoir la domination économique des hommes blancs du Nord ? Quand les femmes noires du Sud viendront nous faire la peau ? Gageons que nous comprenions avant !

Croissance @3

Mon bailleur, social, a décidé de changer toutes les chaudières de notre îlot. Le jour du RDV, arrive à heure dite l’ouvrier chargé d’installer mon nouveau chauffe-eau, employé du chauffagiste qui vient de décrocher le contrat d’entretien de nos trois cent cinquante chaudières. L’homme est souriant, d’emblée très poli, presque révérencieux. On échange un bonjour. Il évoque en deux mots la chaudière. Il va dans ma cuisine. Je lui demande s’il a besoin de quelque chose. Il répond « merci », toujours très souriant. Puis je lui demande pour combien de temps il en a.
— Je comprends pas, madame.
Et moi, je comprends qu’il ne parle pas français. Peu m’importe tant qu’il fait bien son travail… Sauf qu’il va avoir du mal à m’expliquer le fonctionnement de la nouvelle chaudière dont je ne peux pas lire l’écran (j’ai vu ça chez Ma-Jeanine). Peut-être qu’alors le chef de chantier (cravate et classeur à la main) ou un autre gars qui lui parle français et traduit pour l’ouvrier dans ma cuisine viendront m’expliquer ? Suspens. J’écris ce billet en direct. Au pire, j’appellerai mon gardien…
Peu m’importe, donc. Eh bien ! Non. Il m’importe que mon bailleur, établissement public, sous-traite ses travaux de plomberie auprès de sociétés qui emploient des travailleurs au noir. Qu’est-ce que j’en sais ? Nouveau marché. Homme ne parlant pas français. Secteur du BTP. Les trois ingrédients me paraissent suffisants. Je peux me tromper, bien sûr… Mais une question me taraude : comment embêter mon bailleur et son sous-traitant sans que cet ouvrier n’en fasse les frais ? Je l’ignore.

Croissance @2

Pendant mon séjour à la clinique, j’ai eu une voisine de chambre plus adepte de la télévision que de la lecture (malgré le dernier Voici). J’ai donc eu une double opération : du genou (réussie, ouf !) et de lavage de cerveau (échouée, re-ouf !) C’était une véritable cure. D’autant que si ma voisine pouvait s’assoupir avec ce fond sonore quasiment du matin au soir, c’était impossible pour moi. Je ne l’ai pas empêchée de regarder, menant une vraie enquête sociologique à destination purement personnellement sur des programmes que je ne risque pas de regarder spontanément (dans l’hypothèse où j’aurais un téléviseur). J’ai ainsi vu Le juste prix, H, Les feux de l’amour, Télé-shopping, Hit machine, des bandes-annonces de Koh-Lanta, South Park, Bob l’éponge (le dimanche matin dès 8 heures 30…), Scoubidou, une émission avec Bernadette Chirac pour ses pièces jaunes, de la variété, des séries, des reportages, des pubs, des pubs, des pubs et j’en passe.
Lorsque le samedi après-midi, ma voisine a un moment arrêté le poste, le silence m’a fait un bien fou, peut-être plus que s’il n’y avait pas eu ce fond sonore depuis le matin.
Bref, un vrai vaccin : pas de risque que j’achète compulsivement un poste de télévision dans les prochains jours. Ce n’est pas avec ça que je vais relancer la croissance, mince, le Kéké ne va, encore, pas être content !

Croissance @1

De plus en plus souvent, nous entendons parler de pénuries de médicaments suite à la décision de tel ou tel laboratoire d’en faire cesser ou différer la production. Un récent article du Parisien sur le sujet m’a fait prendre conscience de quelque chose que je savais pourtant : on ne peut pas faire confiance à l’industrie capitaliste pour servir l’intérêt général.
Au-delà, ce qui m’a frappée, c’est de réaliser qu’un besoin aussi élémentaire que le médicament peut être soumis aux dures lois de la rentabilité économique. N’est-ce pas aussi le cas de l’eau, de l’énergie, des produits alimentaires, de… ? En effet. Alors pourquoi cet exemple m’a-t-il à ce point frappé ? Je ne sais pas mais depuis, j’y pense beaucoup.