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Course @30

Ce premier lundi matin un peu frisquet de novembre (le 19), un rendez-vous m’a empêchée de faire mon déroulé à 7 h 30. Au vu du soleil annoncé, j’avais décidé d’aller au square W avec Caddie pour y faire une heure de sport sur l’heure de midi : tapis de sol, grande serviette, poids, élastique, bâton… bonnet, tee-shirt manche longue et collant molletonnés, sweat capuche, gilet polaire sans manches, gants, bonnet et un survêtement en rabe au cas où.
Au moment de partir, les premiers nuages cachent le soleil. Peu me chaut ! J’ai décidé de faire du sport. Je fais du sport. Mon rendez-vous du matin m’avait rendue guillerette, un rêve avant l’aurore itou. Il fallait en profiter, ajouter une bonne dose d’endorphine pour vivre dans la joie le reste de la journée.
Le vent frais m’a saisie dès l’ouverture de la porte donnant sur la rue. « Vent, frais, vent du matin… » et voilà une première chanson qui me mène jusqu’au square. J’appelle le soleil « Soleil soleil, je suis née dans tes bras, Soleil soleil, soleil ne m’oublie pas… » Il entend et illumine l’aire de jeux pour enfants. Ça caille quand même ! Je sautille, joue des mouvements de bâton, enchaîne les flexions… Fait toujours un peu frais. Le Soleil part, revient. Vais-je tenir ?
J’enchaîne sur le rameur en séries rapides. Je me réchauffe enfin. Puis elliptique debout (« La meilleure façon de marcher, c’est encore la nôtre… »), celui assis (« Digue, ding don, don, ce sont les filles des forges… »), l’autre appareil en forme de balancier à l’autre bout du square (« Et dans dix ans, je m’en irai, j’entends le loup et le renard chanter… ») Caddie bât la mesure, le vent donne le ton, le Soleil ralentit la cadence.
En partant, cinquante minutes plus tard, je chante encore ! Je double de petits groupes de lycéens qui investissent le square les midis. Qu’ont-ils pensé ? Je m’en moque ; je suis même contente de leur avoir montré une quinqua fagotée comme un sac qui fait du sport en chantant pour conjurer le froid. S’ils ont à redire, je sors mes biscotos (j’en suis si fière). Je passe faire la triangulation et rentre convaincue d’y revenir à la prochaine occasion. Je crois que je suis un peu folle. J’aime ça.

Course @29

Ce n’est pas que les rongeurs me fassent peur… mais tout de même un peu ; surtout parce que j’ignore leurs intentions même si je sais que, a priori, je ne les intéresse pas. Quand je les dérange, comment savoir comment ils vont réagir ? Cela a été le cas de deux d’entre eux qui petit-déjeunaient sur mon parcours de dérouler : ne les ayant pas vus, j’ai posé le pied à moins de deux mètres. Leur fuite m’a fait un choc. Et deux jours plus tard, l’un d’eux a voulu courir avec moi, croisant plusieurs fois ma trajectoire au point que j’ai préféré m’arrêter le temps qu’il file.
J’en ai ainsi vu six en trois déroulés sur et près d’une passerelle matérialisée en vert. J’ai prévenu les services de la Ville avec quelques explications et un plan, tellement beau que je fais ce billet rien que pour vous le montrer ! Je n’ai pas eu de réponse à mon mail. Que de mépris pour mes talents graphiques !

Course @28

Depuis début janvier, je traîne la patte quand je déroule : douleur non identifiée invalidante au quadriceps après douze minutes (pas onze, pas treize, douze) ; syndrome rotulien après l’épisode de la perceuse. Johnny, mon champion (3e aux France FSGT, tout de même), m’a indiqué de courir, après un bon échauffement dans mon salon, avec des « pauses actives » : huit minutes de courses ; deux minutes d’autres choses (pas chassés, tsugi ashi avant et arrière, pompes, abdos…). Je profite des trois city stades sur mon parcours pour faire cela. J’utilise également un peu les agrès dans le Square W par petites séquences de cinq minutes.
Le système Johnny tue. Quand on court, on se met très vite en mode automatique (au moins moi). Les dix premières minutes sont un peu raides puis, jusqu’à cinquante minutes, le corps court tout seul sans que je ne ressente vraiment l’effort. Après, c’est plus dur mais il est rare que je coure aussi longtemps. Arrêter toutes les huit minutes, c’est en fait repartir à zéro à chaque fois et, comme je fais de gros échauffements préventifs de vingt minutes, j’arrive vite avec les pauses à une heure de sport et rentre cuite pour faire quelques étirements que je savoure d’autan.
D’un autre côté, le fait de regarder le chrono, de s’arrêter dans les city stades, de se poser sur le rameur ou l’elliptique assis, me donnent un autre rapport à l’environnement. J’entends mieux les oiseaux, je sens le moindre souffle d’air, je regarde passer les gens, je caresse parfois un bosquet de fleurs… Cela m’a donné envie de faire ma séance de gym dans le square W, près des agrès. Il y a là un terrain de jeux à sol mou pour enfants, une sorte de ponton en bois. Et si je prenais Caddie par la main après l’avoir rempli d’un tapis, une serviette, le bâton pour les rotations, l’élastique de Christian, les poids à 1,5 kg pour les exercices debout, ceux à 2 kg pour les exercices au sol…
J’y ai passé une heure quinze l’autre dimanche, enchaînant mes exercices habituels avec des séances sur les agrès. Il était presque tôt. Les oiseaux étaient nombreux. Le premier que j’ai entendu a fait un bruit comme un applaudissement. Merci ! Des pies sont passées, des corneilles. Dans un arbre, j’ai entendu comme un bruit de vieille radio qui crachote, siffle et crachote encore… J’ai savouré chaque bouffée d’air, écouté le silence, comptant mes exercices. Il y avait là une dame faisant une sorte de Tai-chi, un monsieur qui faisait des exercices debout, puis un autre qui a fait cinq minutes de vélo.
Au moment où je suis passée au sol, pas trop rassurée (je me sentais vulnérable), le jardinier est arrivé nettoyer l’espace pour enfants. Parfait. J’avais un protecteur. Petit à petit, les bruits se sont multipliés. Les promeneurs de chien sont apparus. Des cyclotouristes sont passés. Quelques promeneurs pressés ou non. Très peu de voitures… Et toujours, les oiseaux, les feuilles qui roulent, les craquements inconnus, les annonces de la gare Montparnasse, les trains qui arrivent ou partent. Oh ! que c’était bon tout ça. J’ai fait la triangulation et je suis rentrée avec une seule idée : recommencer !

Course @27

Course du ChâteauJ’ai toujours craint les chiens. Petite, j’en avais même très peur ; leurs aboiements résonnent étrangement à mon cerveau. Ils déclenchent invariablement un malaise très physique. À l’époque, nous vivions à la campagne, riche de chiens de garde plus ou moins bien dressés et de chiens errants. Adulte, j’ai vécu en ville. Cela n’empêche pas les mauvaises rencontres canines — je sais, les chiens n’y sont pour rien, ce sont leurs maîtres qui… — et, quand je me suis mise à courir, mon premier souci a été de gérer mes relations avec les canidés du quartier.
J’ai très vite remarqué que, de manière générale, je n’intéresse pas les chiens, ce qui est assez rassurant. J’ai donc pris pour habitude de ne jamais passer entre un chien et son maître, pour éviter la laisse et pour pas que le chien croie que j’en ai après son maître. Et quand le chien grogne, court avec moi, me fonce dessus ou autre, je m’arrête, planque mes mains et attends l’intervention du maître.
En général, cela suffit à me tirer d’affaire sans bobo. L’autre jour pourtant, j’ai croisé sur une passerelle trois dames de mon immeuble que je connais bien. Deux yorkshires (dont un sans laisse qui me suis toujours), un chien blanc genre bichon et le dernier, une espèce de petit cabot hargneux que sa maîtresse tient d’ordinaire en laisse serrée. J’arrivais dans leur dos. J’ai dit bonjour assez fort pour annoncer mon arrivée, la dame au chien hargneux a rembobiné prestement l’animal qu’elle avait laissé dérouler sa laisse. J’ai ralenti. Le chien fonçait sur moi pendant que la dame rembobinait et lui criait déjà dessus.
— Filou !! Filou !!
Je me suis arrêtée, reculant un peu. Le rembobinage n’a pas été assez rapide. Filou m’a sauté sur les cuisses, laissant derrière lui une douleur qui a produit une belle égratignure et un fort joli bleu. Je suis repartie à cloche-pied à reculons (je sais faire !) en désignant ma cuisse à la dame, l’air contrarié ; je n’ai pas vu sa réaction.
Le lendemain, je raconte l’histoire à une voisine dont le yorkshire adore entrer chez moi quand il en a l’occasion. Son verdict a été sans appel.
— Il a eu peur !
Mes fesses, oui !!

Course @26

Ligne d'arrivéeJe ne regarde pas beaucoup le sport à la télévision. Le foot, jamais. Le rugby et le tennis, j’aimais bien quand j’étais étudiante. Les JO d’été, l’athlétisme surtout, quand je tombe sur une retransmission, je m’y intéresse. Par contre, le Tour de France… Ah ! ça, j’aime le Tour de France, me caler une après-midi devant la télé en faisant autre chose, écouter, jeter de temps en temps un œil à l’écran. Je suis bien. J’aime écouter les commentateurs ne rien dire pendant plusieurs heures, entendre les cyclistes parler et éteindre ma télé dès que Gérard Holtz prend l’antenne après la ligne, car lui, j’ai juste envie de lui mettre des baffes (à Nelson Montfort aussi, mais ce n’est pas le sujet).
La ligne… Le temps que les coureurs l’atteignent, il se passe du temps, la pression monte petit à petit, l’intérêt pour les différentes compétitions dans la compétition. 5 km. Je m’installe à 30 cm de ma télévision histoire de bien voir l’écran. Je frémis. J’ai peur. J’encourage (« Allez ! Bravo ! ») Je m’emballe (« Vas-y mon kiki ! ») 1 km. Je respire mal. Je me tends. Je serre les poings. Ça frotte ou ça se poursuit, selon le jour. Enfin, la ligne. Je me lève et… je pleure.
Oui, je ne sais pas pourquoi, quel que soit le coureur qui passe la ligne, je pleure. Et cela fait au moins trente ans que ça dure. C’est la seule compétition qui me déclenche une telle émotion, mélange de joie, de tension qui se libère, d’admiration pour l’effort produit. J’ignore pourquoi. C’est juste comme ça.

Course @25

Course du ChâteauEn fin de mon déroulé, l’autre jour, alors que je remontais la piste cyclable (ouverte aux piétons, panneaux obligent) sur la voie de gauche, j’ai de nouveau croisé un cycliste mécontent qui m’a lancé :
— C’est dangereux de circuler à contresens.
Sans réfléchir, je me suis retournée (je sais courir en arrière, grâce au judo) et ai lancé :
— C’est dangereux d’être con !
Le cycliste était déjà loin. J’imagine qu’il n’a rien entendu. J’ai quand même vérifié qu’il n’avait pas fait demi-tour en me disant que la conne, dans l’histoire, c’était moi : outre que mon injure n’était pas très fondée, je prenais le risque inutile d’un affrontement.
Effet ceinture bleue ? J’espère bien que non ! Je ne fais pas du judo pour me battre, juste pour être bien. Et je ne conçois pas d’être bien en me battant, sauf sur le plan politique bien sûr, et avec des armes non violentes !

Course @24

Le 20 heures de TF1 du 13 janvier 2013 a consacré un reportage à la Grande Odyssée Savoie-Mont Blanc, une course de chiens de traîneaux qui dure 15 jours. On y apprend notamment, images à l’appui, que la santé des chiens est contrôlée par des vétérinaires, à chaque étape mais aussi durant les étapes ; il est dit qu’il est important qu’ils soient protégés et que le règlement est très strict sur la manière dont ils sont traités.
C’est bien, non ? Très bien. Je remarque néanmoins qu’il n’en est pas de même des mushers. Il est vrai que ce sont des personnes, capables de prendre soin d’elles… Et les coureurs du Tour de France ? Ce sont des personnes, aussi, même si l’on peut craindre qu’ils soient sous la pression de leurs entraîneurs, un peu comme les chiens de traîneaux, non ?
Ah ! J’oublie toujours que la société protectrice des animaux a été créée en 1845, trois ans avant l’abolition de l’esclavage… J’adore cet argument !

Course @23

Mon « petit déroulé de la Saint Sylvestre » s’annonçait difficile : pluie, vent… et pourtant, j’y tenais. J’ai attendu que le jour se lève et je suis partie, pile au moment où la pluie cessait. Un rayon de soleil est apparu et j’ai décidé de faire mon « grand tour » qui me mène jusqu’à l’extrémité sud de la ligne 13. Petit à petit, le soleil a grandi, et j’ai fait tranquille, incapable de toute façon d’aller plus vite que ma foulée !
Quelle idée, de toute façon, de chercher à courir vite ? Je voulais en profiter, profiter du soleil naissant, du silence de ce 1er janvier, de cette sensation particulière que donne l’endorphine au fil du temps ! Ce que je. Et mes 51:51 minutes de course m’ont été un plaisir, celui de sentir mon corps s’adapter à l’effort jusqu’à le savourer. 51:51 minutes ? Pas tout à fait car à 2 minutes de l’arrivée, pile en bas du dernier faux plat montant, j’ai croisé deux personnes, dont un jeune homme, canette de bière en main (je le déduis à la taille de la canette), qui m’a apostrophée :
— Allez madame ! Vous avez le bon temps ! Vous être prête pour le marathon.
Vous trouvez ça drôle ? J’avoue que je n’ai pas apprécié le ton moqueur de ce jeune homme que j’aurais sans doute dû laisser à son alcoolisation. Je me suis retournée, courant en arrière (merci le judo !)
— Pourquoi vous vous foutez de moi ?
J’ai posé trois fois la question avant qu’il ne réponde. Une quinzaine de mètres nous séparaient déjà.
— C’est pour rire madame !
— Et ça vous fait rire de vous moquer des gens ?
— Je rigolais, madame ! (un peu agacé, cette fois)
— En vous foutant de moi ? Bonne année !
Et j’ai mis le turbo pour parcourir les 200 mètres qu’il me restait.
Cela pourra sembler exagéré mais j’aurais rêvé revenir en arrière, lui donner une bonne baffe en le clouant au sol et lui expliquer que l’on peut rire autrement qu’en se moquant des gens. La violence physique aurait été contraire à ma démonstration et autant la réserver à des œuvres de fiction. Au moins, relever son attitude a permis qu’il ne gâche pas ma course. Une bonne manière de démarrer l’année !

Course @22

La course du Château, quand j'étais jeune et belle !

Faute toujours de judo (je ne me suis pas ratée !), je cours tous les matins une demi-heure pour garder la forme. Et je croise tous les matins un petit campement de deux à cinq hommes, deux tentes abritées par des arbustes derrière une petite clôture de jardin parisien. À l’heure où je passe, ces hommes sont assis sur le banc devant les tentes et, à chaque fois, m’apostrophent en des propos sexistes qui mettent l’accent sur mon éternel féminin et mon incommensurable beauté ! Et forcément, j’ai envie de sortir les poings.
Il serait parfaitement inutile d’aller discuter tant il doit leur sembler naturel que tout morceau de chair de sexe féminin qui passe est bon pour égayer leur triste journée. Je rêve parfois d’aller leur casser la gueule, ce qui serait tout aussi vain, et plus dangereux encore. Et je songe parfois faire un petit mot à mon maire avec copie au procureur parce que j’en ai ras-la-course-à-pied de démarrer ma journée par une agression verbale sexiste.
Mais je ne peux pas faire ça ! Ce sont à coup sûr des sans-papiers et je ne dénonce pas les sans-papiers (je suis membre de la LDH, quand même !) Question de principe. Mais je dénonce le sexisme ; question de principe aussi (je suis membre d’OLF, tout autant !) Je suis coincée. J’ai donc opté pour la pire des solutions : abandonner le terrain. Un minidétour me permet de mettre une haie entre eux et moi le temps de passer leur campement. J’ignore si les réflexions ont cessé. Au moins, je ne les entends pas.
Pour autant… Que faire ?

Course @21

Quand je vais à Avignon, l’un de mes plaisirs est d’aller couvrir le long du Rhône, entre remparts, rocher des Doms, Palais des papes et pont Saint Bénézeth. Hormis la voie rapide, le spectacle est magnifique et c’est toujours un peu magique de tourner autour des piles du pont, m’y arrêter pour une petite gym, avec pompes debout les mains deux bien à plat sur la pierre qui a traversé les temps.
Les berges sont aménagées pour la promenade, allées cimentées et pelouses. Et qui dit pelouses dit… tourniquets d’arrosage, bien sûr ! À cinq mètres du Rhône, la ville d’Avignon arrose largement ses pelouses, alors que la sécheresse sévit et que d’autres plantations, tout aussi vertes mais adaptées au climat, pourraient enjoliver avec autant d’élégance les berges et les abords des remparts sans gaspillage.
Ce genre de chose m’agace parce que cela révèle une société qui ne pense ni son quotidien, ni son avenir alors que les outils sont là. J’ai quand même profité des débordements des tourniquets pour me rafraîchir. Faut pas gâcher ! quand même…

Note pour Isabelle : Spacy t’embrasse fort (elle vous expliquera… peut-être).