Archives de catégorie : Courage @

Courage @6

La sortie du livre de Camille Kouchner La Familia grande a mis sur le devant de la scène médiatique la prégnance de l’inceste, ces violences sexuelles subies par des enfants et commises par leur père, mère, oncle, tante, frère, sœur… Dans le même temps, un hashtag #metooinceste a permis (et permet encore) aux victimes d’inceste de faire converger leurs témoignages sur les réseaux sociaux. C’est dans ce contexte que la page Facebook de Nous Toutes a reproduit (sous forme d’images inaccessibles aux déficients visuels) des microbillets Twitter afin de relayer ces témoignages et de leur donner de la visibilité (sauf pour les déficients visuels, donc ; mais c’est un autre problème).
La plus lisible de ces infographies est celle que je reproduis ci-contre. On y lit « Attention contenu violent Tw inceste ». Pourquoi cette mise en garde ? L’inceste est par nature une violence et diffuser ces témoignages a vocation à ce que la collectivité assume cette violence pour la prendre en charge, aider les victimes, juger les coupables, réfléchir aux moyens de prévenir les violences futures ; non ? N’est-ce pas un véritable déni de ces violences que de mettre en garde les internautes puisque celle-ci suppose que c’est le témoignage qui est violent là où c’est l’inceste qui l’est quand le témoignage, lui, est résilience intime ? J’avoue que je ne comprends pas.

Courage @5

Ça va Copain Mouton ?
— Ou*iiii* docteur Caddie !
— T’aaaaas pas changééé de couleuuur ?
— Est-ce qu’tu r’çois l’5G ?
— Bah n*oooo*n docteur Mouton et Petit Koala !
— T’eeeees toujouuurs biiiiien vivaaant ?
— Ou*iiii*, je cro*iiii*s…
— Tourn’toi qu’j’te regarde l’tiquette.
— Pourqu*oooi* ?
— Pour voir si t’as un pêt de travers.
— Je suis p*aaa*s c*ooo*mme t*ooo*i docteur Caddie !
— Parfaiiit ! On va pouvoiiir y alleeer !
— Où ç*ààà* ?
— L’vaccin, Copain ; la s’conde injection.
— C’est qu*eeeeee* ç*àààà* p*iii*que !
— La science, Copain Mouton ; la science…
— Les geeens veuleeent savoiiir si le vaciiin enlèèèèève pas l’amouuuur !
— Et pour ça, faut piquer !
— Si c’est s*iii* import*aaa*nt…
— L’amour, Copain Mouton… L’amour. C’est l’essentiel et tu es un super Copain d’amour à accepter de tester le vaccin.
— Et le fooooot ! C’est essentiiiiiiel aussiiiii.

Courage @4

Depuis deux jours, je n’ai plus envie de rentrer chez moi. C’est une sensation rare, dure, ce d’autant que ce « chez moi » est certes mon appartement, mais c’est aussi un peu moi, mon intimité, qui me sont étrangères. C’est comme si je ne m’appartenais plus ; comme si je vivais en automate en attendant de me retrouver ; je fais les choses de la vie mais ce n’est pas moi qui agis et, quand je me remets en mode moi, je pleure. Je ne m’attendais pas à cela ce d’autant que les événements qui me mènent là m’étaient initialement une fête et, qu’en fin de compte, tout cela est objectivement bien dérisoire. Je vous raconte.
J’attendais avec impatience que mon bailleur change mes fenêtres (l’opération a duré trois ans et demi) afin de rénover ma cuisine, comme je l’avais fait avec ma salle de bains (). Le sol partait en bouillie, le robinet et l’évier étaient hors d’usage, la peinture et les carrelages muraux n’en pouvaient plus, l’espace libéré par le ballon demeurait béant, l’électricité manquait de sécurité… Dès les fenêtres posées, j’ai mandé l’entreprise qui avait fait ma salle de bains, et le peintre. J’ai signé les devis, attendant avec impatience une date de travaux. Elle a été fixée au 4 novembre pour une durée de quinze jours.
La semaine précédente, j’ai déménagé ma cuisine dans ma pièce unique, installant au mieux pour avoir accès au minimum pour grignoter, travailler et dormir. J’ai réservé le canapé chez Isabelle les jours de judo et une place à table chez ma voisine, chez Danielle. J’étais prête. Mais déjà, je n’étais pas très bien. Je perdais tous mes repères, mes gestes automatiques ; et ma déficience visuelle, d’un coup, me pesait. Mais ça allait, j’étais encore chez moi. Et puis la déferlante est arrivée : du matériel et des matériaux pour refaire intégralement une cuisine ont investi l’espace que je leur avais libéré et un peu plus… de ces « un peu plus » qui foutent tout en l’air, parce que le fauteuil ne peut plus bouger pour libérer le petit coin de table devant la télé, parce que la théière n’est plus accessible, parce que je dois enjamber une machine à laver pour faire pipi la nuit…
Qu’importe ! On s’arrange avec le plombier ; il sait ma déficience visuelle et fait très attention. Et puis, je pars chez Isabelle. Quand je reviens trois jours plus tard, en soirée, le peintre a rajouté ses affaires mais tout est rangé au mieux ; avec des « un peu plus » qui s’accumulent. Je pars tôt le lendemain et reviens vers midi ; pour découvrir un carnage ! Par nécessité, une bibliothèque a été vidée un peu partout pour être déplacée, une porte démontée bloque l’accès à mon bureau… Je manque de m’effondrer mais résiste ; les deux ouvriers sont blagueurs ; on s’arrange encore mais le soir même, je me sens incapable de rentrer. Il le faut bien. Ils ont tout rangé. La porte est remise en place, la bibliothèque aussi avec une partie de son contenu. J’avais dit que je m’occuperais des livres.
Le jour d’après, nouveau revers. Le peintre m’informe par message avoir mis le chauffage et déplacé la télé qui était justement posée sur un radiateur. Pour cela, il a viré d’autres choses, les mettant là où cela lui était possible, détruisant mon espace manger. C’est donc bien dérisoire tout cela, une bibliothèque vidée et posée en vrac un peu partout, une porte mise là, le chauffage allumé, la télé déplacée… Tout est réversible. Tout est là ; rien n’a disparu. Reste à le trouver. Et même cela, c’est dérisoire ! Mais cela a agi comme un détonateur. Je suis perdue, égarée et pas parce que je ne retrouve pas mes affaires mais parce qu’elles ont été déplacées comme si cela se faisait, parce que le chauffage a été allumé car, c’est connu, tout le monde allume son chauffage au mois de novembre.
Ben pas moi. Et ma bibliothèque, ce sont mes livres qui sont dedans, mes contrats, mes notes de droit d’auteur, les quelques autres livres que je garde, et que tout ça, c’est toute ma vie d’écriture. Et le chauffage n’a pas besoin d’être allumé pour qu’il fasse 20° chez moi ; il fait 20° sans et l’idée que quelqu’un puisse décider à ma place d’une dépense ne m’est pas acceptable. Et me piquer au passage le pauvre mètre carré d’intimité que je m’étais fabriqué arrive comme une cerise sur le gâteau !
C’est comme ça ; c’est idiot ? Peut-être mais à Isabelle qui me demandait si j’avais besoin d’aide, j’ai répondu que j’avais juste besoin que l’on me rende mon intimité ; car même quand je suis en mode refuge chez elle, je la perds aussi en dépit de la chaleur de son accueil. Où que je sois, je ne suis plus à moi. Mais ce n’est rien, tout ça. Pas d’incendie. Pas d’inondation. Et c’est moi qui paie pour ces travaux que j’ai décidés. Chez ma voisine, il y avait une cousine dont le mari était mort et qui a été virée par sa belle-famille, avec juste ses papiers et un sac de voyage. Elle a dormi à la rue avant d’être recueillie chez les uns les autres. Mais de quoi je me plains ?
De rien. Juste je suis dépossédée de moi-même de mon plein gré. Et c’est insupportable. Serais-je si fragile ? Il semble. Et plus j’y pense, moins j’ai envie d’y renoncer.

 

Courage @3

Judoka Petit MoutonPlus de deux ans après mon accident de genou, j’ai repris le sport. J’avais décidé de ne pas reprendre le judo, surtout pas le judo. Cécyle m’a convaincue après avoir négocié avec son sensei que je n’aurais pas l’obligation d’effectuer de randori, bref de combattre.
Des filles du club m’ont demandé pourquoi j’avais arrêté. L’une est ceinture bleue, l’autre marron. À mes explications, elles se sont exclamées très admiratives qu’elles n’auraient sans doute pas eu le courage de reprendre après un tel accident. Si je l’ai fait, c’est grâce à Petit Scarabée, merci Cécyle. Et merci Petit Mouton pour cette magnifique illustration.

Courage @2

AnniversaireJe fais partie des six mille Parisiens qui ont été privés d’électricité près de huit heures le vendredi 20 septembre 2013. Nous avions eu déjà deux coupures de deux heures chacune, la veille, une l’après-midi, l’autre en pleine nuit. Pour Paris, cela fait beaucoup, mais je suis équipée : des bougies, une frontale, une lampe tempête, une radio sur piles, un téléphone qui n’a pas besoin d’électricité pour fonctionner donné par Isabelle (et j’ai toujours ma ligne France Télécom), un pack d’eau de secours, une rallonge de 30 mètres pour me brancher dans les parties communes (les deux réseaux ne sont pas les mêmes)… Je peux faire face ! Et je me souviens d’une rédaction de 5e avec comme sujet « Vous êtes chez vous. Une panne d’électricité survient. Que faites-vous ? » J’avais répondu que j’allumais une bougie et continuais la lecture d’un livre sur Angela Davis puis consacré ma rédaction à la lutte pour les droits civiques. Déjà, toute petite…
Quand la panne est survenue (14 heures 30), j’ai tout de suite eu le réflexe d’aller me balader deux heures… Puis je me suis fait appeler par Isabelle, suis allée mettre le frais qui pouvait s’abîmer chez Ma-Jeanine (sans ouvrir le congélateur, bien sûr), suis allée avec Tranquille dans le local de mes locataires faire le plein d’énergie et relever mes mails et suis remontée chez moi vers 19 heures, toujours sans électricité. J’ai cuisiné des courgettes à la frontale, ai reçu plein d’amour par téléphone… Tout allait donc bien. Eh bien, non. Tout n’allait pas bien. Une drôle d’angoisse me courrait dans le ventre. J’étais pourtant en sécurité, avec des voisins que je connais bien, des amis et de l’électricité à moins de 500 mètres, une connexion Internet pas loin non plus. J’avais la possibilité d’écouter la radio ou la musique sur la tablette ; je ne l’ai pas fait. J’avais du temps pour ma leçon de créole ; et je n’ai rien fait. Et j’ai pris la frontale pour aller faire pipi (ma salle de bains est noire) alors que je circule d’ordinaire la nuit sans lumière chez moi…
Quand l’électricité est revenue à 22 heures 30, j’ai senti comme un soulagement ; il y a d’ailleurs une clameur dans la rue. Et depuis, je ne comprends pas cette angoisse qui ne correspond à rien que je connais. Je la trouve d’ailleurs assez idiote cette angoisse-là, au sens de « particulièrement infondée ». Mais c’est sans doute le propre d’une angoisse… Alors ? Je ne sais pas. Et j’espérais qu’écrire ce billet m’en dirait plus. Ce n’est pas le cas. Au moins pour l’instant. Suspens !

Courage @1

Au hasard de mes recherches pour la revue de presse de Media-G.net, je tombe sur un article du Dauphiné Libéré du 27 janvier 2011 : deux femmes, vivant à Saint-Fortunat-sur-Eyrieux, en Ardèche, réclament le droit de se marier. Et elles sont là, sur le site du Dauphiné et je suppose dans la version papier, en photo, assises côte à côte à la table de leur salle à manger, fières, sereines.
J’ai toujours milité pour que chacun soit respecté dans ses choix d’être visible, car ce n’est jamais facile, où que l’on soit, qui que l’on soit. Mais là, je me permets un commentaire, car je trouve ces deux femmes particulièrement courageuses, plus que les stars qui font la une de nos médias LGBT en tout cas.
Chapeau bas, les filles ! Et merci.