Archives de catégorie : Couple @

Couple @13

Je suis allée prendre un verre au 3W Kafé pour soutenir la commission lesbophobie de SOS Homophobie. À cette occasion, un jeu était proposé pour faciliter les échanges et les rencontres ; c’est vrai que ce n’est pas facile de se parler dans un bar, ce d’autant que les couples et les groupes constitués se parlent à l’intérieur d’entre eux. Des bracelets étaient distribués, indiquant la recherche de chacune : « Amies pour la vie », « À quand le mariage ? », « Chez toi ou chez moi ? ».
J’ai toujours eu du mal à comprendre comment on peut aspirer à une relation « durable » (ce que symbolise ici le mariage) sans passer d’abord par le fameux « Plan cul » (désigné par « Chez toi ou chez moi ? »). Autrement dit, quand on a du désir pour quelqu’une, comment savoir si c’est durable sans essayer ? J’ai toujours essayé et n’ai pas connu la durabilité que d’aucunes attendent. Ce doit être pour cela que la question me dépasse.
Cela dit, j’ai réfléchi et me suis dit qu’en fait, je n’ai envie d’aucun des trois. Ce qui me fait rêver aujourd’hui, c’est rencontrer une fille agréable, plutôt souriante, avec qui partager sans promesses excessives des moments de tendresse qui seraient plus ou moins empreints de sexe selon les jours ; une sorte de plan tendre, en quelque sorte. Est-ce parce que je vieillis ? C’est surtout parce que le présumé-durable m’ennuie d’avance et parce que je sais les limites du plan cul. J’ai donc envie de tenter autre chose.
Ne me demandez pas avec qui ; je risque de pleurer.

Couple @12

À l’occasion du Printemps des assoces de l’Inter-LGBT j’ai gagné un Carnet de mise à l’amende amoureuse (ici) sans que l’amoureuse ne soit fournie avec. Cela dit, je ne sais pas si cela aurait été une bonne idée qu’elle le fût…
Première « infraction » : « Consultation excessive de son téléphone portable lors d’une soirée à deux ». Trois amendes possibles « Un Je m’excuse par un SMS par jour », « Une soirée sans coup de fil aux amies », « Une invitation en tête à tête au restaurant ». Les amendes peuvent être majorées, la première par « Un bisou », la seconde par « Ni SMS », la troisième par « Et ne parler que de moi ».
Je conteste d’abord le moyen : j’aime bien dire à l’autre ce que je ressens sans besoin d’un carnet à souche, genre « Je trouve que tu passes beaucoup de temps sur ton téléphone… » Si la discussion ne peut avoir lieu et que je m’ennuie, le verdict risque d’être sans appel. L’amende pourrait-elle m’éviter la solution radicale ? Je ne serais pas sensible au SMS quotidien ; il ne me viendrait pas à l’idée d’appeler mes amies quand je suis avec l’autre hors une vie commune ; le resto, c’est sympa mais ma soupe n’est pas mal non plus. Quant aux « majorations » ; j’ignore le « bisou », j’embrasse ; et je n’ai jamais eu besoin d’une injonction pour parler de moi, on s’en doute !
Deuxième « infraction » : « Matage appuyé et excessif d’une personne extérieure au couple ». La verbalisation va du bouquet de fleurs à « L’après-midi shopping à deux rien que pour mes achats » en passant par la lettre d’excuse, le tout assorti de majoration d’un « Mot d’amour », de « Avec sa carte bleue », de « Dix lignes de Je suis nulle ». Comme à l’école ?
Point de discussion, donc. Point d’interrogation sur la raison de ce « matage », ce qu’il dit de la relation… quant aux solutions… Entre l’appel à la consommation, l’infantilisation et le mot d’amour sur ordonnance, je ne peux que constater mon décalage personnel avec cette vision de l’amoureux.
Dois-je continuer ? Entre l’oubli d’anniversaire, le manque d’écoute, la suroccupation de la salle de bains, la mauvaise humeur, le fait de ne parler que de son travail, l’absence de préliminaires… et les excuses à genou, les représailles genre « tout pour moi », le « Bisou après l’amour », les « Je t’aime tous les soirs au coucher », le week-end chez les parents… je crois que j’ai envie de pleurer ! C’est ça, le « couple », un espace où l’on se met à l’amende plutôt que de se parler, un espace de représailles et de punitions, de couvertures tirées à soi, de preuves d’amour et d’excuses sur commande, un espace de violence consentie ? Eh bien, je reste célibataire !
Vous dites ? C’était pour rire ? Bigre.

Note : Des pages sont laissées vierges pour que chacun puisse imaginer d’autres violences, je suppose. Que l’on se rassure : une contestation de l’amende est prévue. Cela ne me rassure pas. Une note positive ? Je dois lire au compte-fils tellement ce n’est pas lisible. Aucune chance que je joue à ce jeux-là ; mon albinisme m’en garde ! Ouf.

Couple @11

Je feuillette vite fait un catalogue de VPC. J’y croise une housse de couette blanche avec cette inscription « Si je t’aime, prends garde à toi », le « o » du « toi » étant percé d’une flèche. Ouh là là ! Mais ça tache le sang sur des draps blancs ! Blague à part, Carmen meurt à la fin de l’opéra, elle qui pourtant avait proféré la menace. Qui doit mourir dans ce lit frappé de cet avertissement réécrit à la première personne ? Carmen sous les coups d’un Don José qui ne supporte pas qu’elle ne l’aime plus ? Ou Don José lui-même sous les coups d’une Carmen dopée par la réduction de 40 % appliquée à la couette ?
Ils vont en avoir, des nuits agitées, les clients de ce vépéciste ! Blague à part, je trouve que cette représentation de l’amour ne va pas dans le sens d’un apaisement des conflits amoureux. Bien au contraire, cela entretient l’idée d’un amour-passion exclusif, et qui tourne au pire si l’un des deux s’y dérobe ou que le troisième oreiller prend sens. Je préférerais une couette avec une citation évoquant un amour où l’on dort bien dans une confrontation qui ouvre à la joie et au meilleur de chacune, une citation comme « Aimer, c’est ne plus avoir peur. » Que du bonheur !

Couple @10

FragmentsUne amie m’a parlé, l’autre jour, sur un ton très naturel, d’un « dîner à quatre copines (deux couples) » qu’elle avait organisé, évoquant une des conversations de la soirée. De manière très inattendue, j’ai senti aussitôt un pincement au cœur, voire un peu de ressentiment à l’égard de cette amie, blessée voire jalouse de ne pas en avoir été.
« En être de quoi ? » s’emballe aussitôt mon Surmoi, toujours en veille. Je ne suis pas « en couple », n’aspire pas à l’être (au moins pas sous la forme couramment entendue) et j’ai toujours eu une sainte horreur des « dîners » même entre amies. Je trouve l’exercice convenu et le dernier auquel j’ai participé m’a coûté ces fameuses vacances à l’origine de mes Fragments d’un discours politique. Ce texte est-il une raison suffisante de regretter de ne pas pas fréquenter les dîners ?
J’en ai discuté avec Isabelle, souhaitant comprendre ma réaction. Elle m’a confirmé, surprise également, que depuis qu’elle me connaît, j’ai toujours fui les dîners autant que l’idée d’être « en couple ». Alors ? Alors ? J’y réfléchis depuis et me demande si cet épisode n’est finalement pas la mise en lumière de la solitude que j’exprimais dans mon premier billet sur ce fameux voyage, solitude aussi incontournable qu’excluante.
Je n’ai pas envie de m’exclure du monde. Et pourtant j’en suis en grande part exclue par les choix politiques que j’ai faits, notamment dans mes pratiques sociales. C’est bien fait pour moi ? Je n’ai pas envie de cette conclusion-là.

 

Couple @9

mariage Petit Mouton Lapin crétinDans le cadre de mes Fragments d’un discours politique, je travaille (entre autres) sur l’amour, opposant « l’amour bourgeois » (celui qui relève de l’avoir), à un amour que je qualifie volontiers de « libertaire » en peinant autant à la définir qu’à le vivre. J’ai en tête toujours, cette formule de Jacques Lacan « Aimer, c’est donner ce qu’on a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. » C’est toujours un peu confus, mais cette idée d’un don impossible (d’un amour impossible) a toujours attisé ma curiosité avec l’idée qu’il y avait là matière à sortir des « amours enjuguées » que l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste nous sert à toutes les sauces pour nous asservir là où cela est censé nous faire du bien.
Je cherchais la référence de cette phrase de Lacan et suis tombée sur un article très intéressant de Sandrine Malem [« Lettres de rêves », Che vuoi ?, 2011/1 (35), ici] qui présente un livre de Jean Allouch, L’amour Lacan (EPEL, 2009). Elle en cite le prologue dont l’intégralité est .

« On appellera “amour Lacan” cette figure de l’amour où le caractère limité de l’expérience amoureuse s’est manifesté. Aimer ainsi vaut comme une figure inédite de l’amour. Elle mérite un nom. S’il n’y a nul au-delà de cet amour-là (l’analyse n’en est pas un), il y a, en revanche, un nouvel amour, celui qui saurait jouer pleinement le jeu de sa propre limite. Un mot, fort simple, pourrait approcher la teneur de ce jeu : aimer, c’est laisser l’autre être seul. Effectivement seul et cependant aimé. Un tel amour n’unifie pas, ne fabrique pas du “un”, n’en déplaise aux mânes d’Aristophane ; il ne permet pas davantage d’“être à deux”. Qu’advient-il donc à l’aimé ? Il est aimé, mais pas pour autant d’un amour qui porterait atteinte à sa non moins précieuse solitude. Aimé, il pourra s’éprouver non aimé. Non aimé, il pourra s’éprouver aimé. Ce qui se laisse abréger ainsi : il aura obtenu l’amour que l’on n’obtient pas. »

« (…) aimer, c’est laisser l’autre être seul », perspective un peu rude, sans doute, mais qui pose la question de la liberté respective du sujet aimé et du sujet aimant. À chacun d’y réfléchir… et je poursuis mes recherches en interrogeant maman, grande lacanienne s’il en est (son travail est lala), qui me renvoie à un texte de Jean-Paul Ricœur [« Lacan, l’amour » in : Psychanalyse 2007/3 (10), lalala] qui donne l’origine de la formule et conclut par cette autre formule de Lacan :

« L’amour comme réponse implique le domaine du non-avoir. Donner ce que l’on a c’est la fête, ce n’est pas l’amour… »

J’adore !

Couple @8

J’écoute beaucoup moins de balados* qu’Isabelle, mais je me régale toujours à écouter la chronique Savoir être de Claude Halmos sur France Info ; cela me rappelle sans doute quand nous écoutions religieusement Françoise Dolto sur France Inter. C’était en 1978 : « Lorsque l’enfant paraît ». Quel souvenir !
Je reviens à Claude Halmos. Elle ne fait pas de cadeaux, notamment aux mères ; et j’aime bien sa manière d’y aller petite claque par petite claque… Ce 4 août 2012, il est question d’une mère, justement, qui peine à laisser ses enfants jouer au Club enfants ; elle travaille toute l’année et les voit peu. « Quand on aime quelqu’un, on a envie d’être avec lui ou elle le plus souvent possible. (…) Mais aimer ses enfants, c’est faire en sorte qu’ils se construisent le mieux possible (…) devenir de plus en plus des êtres autonomes (…). Aimer ses enfants, c’est supporter qu’ils aillent aimer ailleurs, des choses, des gens. »
N’est-ce pas que du bonheur d’entendre une chose pareille ? Aussitôt, j’ai envie de transposer à la relation amoureuse, au « couple ». Claude Halmos conclut : « Pour supporter que ses enfants vivent leur vie, il faut avoir une vie à soi, une vraie vie. » N’est-ce pas la même chose quand on est adulte ? Et peut-on sérieusement construire une relation avec quelqu’un qui n’aurait pas « sa vie à soi » avec comme condition que l’on accepte qu’elle ou il « aime ailleurs », au sens où l’on accepte que la relation amoureuse ne soit pas l’unique espace de la vie de chacun ?
Je suis si convaincue de cela… Sans doute parce que j’ai reçu une éducation me permettant d’être « de plus en plus autonome », notamment vis-à-vis de mon handicap visuel. Et Claude Halmos pose sa dernière phrase : « Pour s’autoriser adulte à avoir une vie à soi, il faut avoir été autorisé enfant à vivre une vie d’enfant sans ses parents avec des enfants de son âge. » Si vous n’arrivez pas à avoir votre vie à vous, vous savez désormais auprès de qui porter réclamation !

* Terme français pour Podcast dit Antidote.

Couple @7

Attractif, non ?Un site Internet procède depuis quelque temps à une campagne de publicité mettant en scène deux fauteuils, l’un bleu, l’autre rose, avec l’accroche « Célibataire & exigeant ? »… Hum, serait-ce que seuls les célibataires hétérosexuels sont exigeants ?
Pour le savoir, j’ai regardé le site. Sur la première page ornée d’une image romantiquement cliché, il est en fait proposé de choisir de se définir par une rubrique « Je suis » suivie de choix dans cet ordre :
« un homme qui recherche une femme
une femme qui recherche un homme
une femme qui recherche une femme
un homme qui recherche un homme »
Les homos sont acceptés, reste la notion d’exigence. J’ai du coup regardé les CGU, notamment les « Conditions d’admission ». Lors du lancement, le site procède par « une campagne de cooptation et procède à une première admission, dans la limite de 1.000 membres fondateurs ». Ensuite, les « membres admis abonnés » votent pour admettre les candidats, chaque inscrit se soumettant « au vote des membres admis. » Mais sur quels critères puisque tout un paragraphe détaille les principes de non-discrimination de manière assez complète ?… Réponse : « L’admission repose sur une appréciation du pouvoir de séduction et de l’originalité de chaque candidat, suivant les critères de chacun des membres admis votants, en fonction du formulaire d’inscription que chaque candidat aura rempli au préalable et des réponses apportées par le candidat aux questions des membres admis pendant la période de vote. »
Le pouvoir de séduction ? Les critères des admis ?
Pour ma part, voilà de quoi donner envie de transporter un livre dans lequel me plonger pour ne pas voir cette affiche sur les quais du métro : King Kong théorie, et jouir de la lecture de Despentes, merveilleux antidote aux critères d’exclusion, pardon de sélection.

Couple @6

PiètaUn élément de la religion chrétienne me semble particulièrement étonnant…
Pour sauver l’humanité, déchue après la faute d’Adam et Ève, le premier couple, avec une sexualité explicite puisqu’ils ont eu des descendants, c’est un autre couple qui vient. Mais, il s’agit d’une mère… et son fils. Celui-ci se retrouve d’ailleurs le plus souvent à moitié nu dans ses bras (je ne parle pas de l’enfant dans les bras maternels, mais de la représentation en pièta). Entendons-nous bien, je ne veux pas sous-entendre qu’il y ait eu relation sexuelle, mais bien une relation charnelle, un rapport au corps. De quoi brouiller les esprits et provoquer chez certains le glissement de sens vers la dérive des sens, de La Passion à la passion de l’amour, non ?
NB : « passion » vient de « passio », c’est-à-dire souffrance en latin… aïe !

Couple @5

"Danses partagées" CNDCourant octobre, j’ai participé aux ateliers de « Danses partagées » proposés par le CND, centre national de la danse, sur un week-end d’automne. J’y vais depuis plusieurs années, me lançant à cette occasion dans des mouvements de hip-hop, de danse classique, africaine, baroque ou contemporaine… sous la houlette de chorégraphes et danseurs connus et reconnus. Avec une gentillesse et une patience notable, ils permettent à des amateurs, passionnés ou néophytes se sentant comme des éléphants au pays des tutus, de découvrir une autre approche de leur corps.
Cette année au programme, Thomas Lebrun et Christine Corday animaient un « atelier-hommage » à West Side Story. Le texte évoque l’ambiance de la comédie musicale : « Imaginez-vous en Bernardo et en Anita déboulant vivement sur les planches du Grand Studio. » Ah ! le beau couple…
La dernière phrase précise « Tous les couples sont admis. » : on peut l’interpréter comme on veut, mais j’y vois essentiellement une précision relative aux couples de danseurs de même sexe.
Pour l’atelier « Danse de couple / de groupe », aucune précision n’était apportée.
On peut se dire « Encore heureux ! » et considérer que c’est normal, une évidence précisée maladroitement, voire malvenue. Pour ma part, je trouve que c’est une mention simple, permettant à certains de se sentir plus à l’aise pour s’inscrire et à d’autres de se poser des questions et comprendre peut-être combien ce n’est aujourd’hui pas si facile de sortir du cadre de référence hétérosexuel dans des activités à deux.

NB : ceci tout en sachant qu’au final ces rendez-vous participatifs du CND attirent à environ 90% des femmes…