Archives de catégorie : Commémoration @

Commémoration @20

Marilyn Monroe est décédée dans la nuit du 4 au 5 août 1962, il y a donc tout juste 57 ans.
Assez jeune déjà, j’étais fasciné par cette actrice aux mille paradoxes : côté pile un talent unique, une ribambelle de films irrésistiblement drôles (et pas seulement), des rôles de blondes écervelées, l’incarnation du sex-symbole tandis que côté face, elle doutait profondément d’elle-même et de son talent, faisait preuve d’une finesse et d’une culture assez rare dans ce milieu et sa vie sentimentale était pour le moins aussi perturbée que sa sexualité troublée…
Cette complexité a été pour moi une première confrontation avec la complexité de l’être humain, ses paradoxes et ses abysses… Il y en aura bien d’autres par la suite mais Marilyn gardera toujours une place particulière. Tous les ans, au mois d’août, je pense à elle et du coup cette année, vous aussi.

Commémoration @19

Le mois de novembre est assez tristoune. Je suis née un jour de novembre. C’était deuil national, en raison de l’enterrement d’un homme politique d’envergure internationale. C’était déjà le lendemain qu’un jour d’armistice d’une guerre mondiale, qui ne sera pas la dernière et, depuis peu, c’est la veille d’une commémoration d’un attentat.
Bref, c’est vraiment tristoune le mois de novembre.

Commémoration @18

Camp 2Qui n’a pas déjà vu cette photo qui représente des rails menant à l’entrée d’un camp de concentration, bâtiment plat surmonté en son centre d’un petit mirador ? On voit aussi des barbelés sur la droite mais ces rails, surtout, qui mènent à la mort.
La fin de la route ?
Quand on arrive en navette au camp de Birkenau, après trois heures passées dans celui d’Auschwitz distant de deux trois kilomètres, on reconnaît immédiatement le bâtiment et l’on pense à la photo. On cherche les voies des yeux ; il y en a bien mais pas celles que l’on connaît. On passe sous un porche au centre de ce bâtiment. Et là.
Là.
Les rails de la photo apparaissent. Ils semblent mener loin, à l’orée d’une forêt. Quelque chose ne colle pas. Les rails sont devant, le bâtiment dans notre dos. Le guide nous emmène le long de ces rails. Le soleil tape. Les morceaux peinent à se recoller. On arrive au niveau d’un wagon, abandonné là comme témoin de ces déportés arrivés depuis toute l’Europe jusqu’à ce quai de débarquement.
Destination finale. La mort.
Le guide désigne à l’orée de la forêt un four crématoire un peu à gauche, un autre plus loin à 90 degrés. Il fait un geste large pour expliquer que le train entre dans le camp par la porte que nous avons passée à pied et… On se retourne pour suivre son bras. Le bâtiment, les rails. Elle est là, la photo, non pas prise de l’extérieur du camp, mais de l’intérieur.
On avance jusqu’au monument international, puis quelques pas encore sur la gauche pour affronter ce qu’il reste de la chambre à gaz et du four crématoire attenant. L’émotion atteint son paroxysme. On se pose à l’ombre d’un arbre, les yeux rivés sur ces voies qui vont jusqu’au bâtiment plat par lequel on est entrées.
La photo.
Celui qui la regarde est en fait à deux pas du four crématoire. Il a atteint la fin de la route. Et ce que montre la photo, c’est le chemin de fuite, celui qui permet de quitter ce camp là où l’on imagine depuis toujours qu’elle montre la fin de la route. Une photo à l’envers en somme, qui désigne l’issue que n’ont pas eu les déportés de Birkenau, ni tous les autres.
Fort symboliquement, j’imagine, le visiteur, lui, quitte le camp par un autre chemin, visitant au passage un baraquement reconstitué, s’échappant par une ouverture faite dans le grillage. Il peut s’échapper, lui ; retourner à la vie. Pour les déportés, la fin de la route n’avait pas de sortie de secours.

Commémoration @17

Camp Le 26 août dernier, j’étais donc en Pologne, un chapeau sur la tête et des écouteurs aux oreilles pour « visiter » les camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Cette visite mémorielle était prévue de longue date. Elle a été au-delà de ce qui je pouvais imaginer en termes d’émotion, l’horreur succédant à l’horreur à chaque pas.
Je reviendrai sur cela, d’une manière ou d’une autre, mais là, comme je l’indique sur mon site, il est un peu tôt. Je ne suis en mesure aujourd’hui que de me concentrer sur du « politique », loin de la souffrance des personnes tant celle-ci m’est tout à fait insupportable. J’enchaîne ainsi sur mon billet consacré aux Jeux olympiques (ici).
Au bout du bout du camp de Birkenau, entre les deux fours crématoires, un monument international à la mémoire des victimes a été érigé en 1967. Il est constitué d’une statue et de vingt et une plaques où l’on peut lire dans vingt et une langues « Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, en majorité des Juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement. Auschwitz – Birkenau 1940 – 1945. »
Je n’avais pas lu le texte sur place. Et notre guide nous avait présenté le monument comme portant la mémoire des victimes « par nationalité ». J’avais été surprise d’emblée, voire choquée de ce choix ; c’est en entendant des visiteurs allemands parler dans leur langue que j’ai compris en quoi. Les bourreaux d’Auschwitz-Birkenau étaient des nazis et leurs victimes étaient des juifs, des Tziganes, des résistants, des soldats du front russe, des communistes, des homosexuels, des « asociaux », des criminels, des anarchistes, des témoins de Jéhovah, des malades mentaux… La nationalité des uns et des autres importait peu ; seul le fait qu’ils soient des femmes, des hommes et des enfants non conformes à l’idéal hitlérien les a menés là.
Sans doute que les initiateurs de ce monument ont cru bien faire ; mais ces plaques « par langues nationales » demeurent un choix qui me semble nier la réalité de ce génocide, un génocide de l’humain désigné comme autre, pas un génocide national. La nuance est importante pour moi car toute dimension nationale est si dérisoire ! Si dérisoire.

Commémoration @16

DéportationJ’étais, dimanche 26 avril 2015, dans le hall de la mairie de mon arrondissement pour la Journée nationale du souvenir de la Déportation. Cette fois, nous avons bien eu la Marseillaise, juste après le Chant des partisans.
Par contre, Carine Petit, maire du 14e, dans un discours assez bon enfant, a réduit a minima l’énumération des populations déportées : « des juifs, des résistants, des tsiganes, des militants. »
La loi qui définit cette journée (ici) n’indique pas la « liste des victimes » qu’il convient de citer à cette occasion. Dans mon arrondissement, Pascal Cherki, aujourd’hui député, nous avait habitués à citer toutes les « catégories » de déportés, donc aussi les témoins de Jéhovah, les asociaux, les homosexuels, les apatrides et les droits communs.
J’en oublie ? J’espère bien que non et, quoi qu’il en soit, j’ai chanté pour tous, frissonnante d’émotion, comme toujours. Pour ma part, je ne les oublie pas.

 

Commémoration @15

esquisses_frank_gehryÀ l’exposition sur Frank Gehry au Centre Pompidou, le film Esquisses réalisé par Sydney Pollack sur l’architecte était diffusé. Au cours d’un échange entre les deux hommes, dans le bureau de Gehry, il est question de formes pensées hors un projet architectural particulier.
Gehry va décrocher la photocopie couleur d’un tableau : Le Couronnement d’épines (Christ Mocked ou The Crowning with Thorns) de Hieronymus Bosch. Il explique que la composition lui fait penser à celle d’un bâtiment. Il montre ensuite le plan d’un projet de musée, une vue d’en haut, et souligne le même mouvement de composition. Il évoque ainsi son inspiration à partir d’une scène religieuse où le Christ est supplicié pour un musée de la tolérance… à Jerusalem.
J’ai adoré ce rapprochement. Une tentative d’incarnation de la tolérance ? Le projet n’a pas abouti, Franck Gehry s’étant retiré du projet, assez discuté. Le chemin de la tolérance est toujours semé d’épines.

Commémoration @14

Invitation 11 novembreAu mois de novembre dernier, Cécyle reçoit l’invitation à la cérémonie de l’anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Elle me présente les cartons contenus dans l’enveloppe : le carton officiel de la mairie, une présentation d’une exposition de photos « Chemin de mémoire : le 14ème (sic) pendant la guerre de 14 » et… une invitation où « Le Souvenir français vous prie de bien vouloir assister à la messe du souvenir à l’occasion » de cet anniversaire. Le Souvenir français « est ouvert à toutes celles et à tous ceux qui, Français ou étrangers, ont « une certaine idée de la France » et de l’idéal de liberté pour lesquels nos anciens se sont sacrifiés depuis la révolution » comme l’indique son site internet.
Que vient faire un tel carton pour une messe, à l’évidence imprimé avec les deux autres, dans une enveloppe de la mairie ? Cécyle était agacée par ce nouveau coup de canif à la laïcité. Je partage son opposition à ce prosélytisme, mais je ne suis pas sûre que beaucoup de destinataires aient été aussi vigilants et aient noté cette caution à un événement religieux.

Commémoration @13

Drapeau flottantVendredi 9 janvier après-midi, Cécyle et moi sommes allées au cimetière parisien de Bagneux, sur la tombe de mes parents. En rentrant à pied sur Paris, nous sommes passées par le cimetière communal de Montrouge. J’ai été très surprise que les deux drapeaux français à l’intérieur flottent au vent en ces jours de mise en berne. En sortant, je vais en parler aux agents. L’un, désigné comme le chef par ses collègues, m’explique de façon assez désinvolte que c’est parce que le système ne permettait pas de les mettre à mi-mât, mais seulement en haut ou en bas. Il se lance dans une explication sur la différence entre deux systèmes et que par exemple s’il y avait des drapeaux à l’entrée, ils auraient pu être mis en berne, mais pas ceux sur les mâts à l’intérieur.
Donc, le choix a été fait de les laisser en haut, pourquoi pas en bas ? Pourquoi ne pas prévoir de les laisser en haut en les attachant au mât ?
Le samedi, j’ai écrit au cabinet du maire de Montrouge. J’ai écrit combien je suis assez peinée et choquée qu’un simple système de ficelle serve de prétexte à une telle désinvolture. Il me semble qu’un hommage même symbolique est important, ne serait-ce que par respect pour les victimes (dont une policière municipale de Montrouge) et par solidarité avec les collègues qui se mettent en danger dans une telle situation de crise. Voilà bien peu de cas fait aux autres par le personnel du cimetière communal.
J’espère que la mairie rappellera à ses agents combien les minimes efforts symboliques participent du collectif, notamment quand c’est la mairie qui est représentée à travers ses agents.

Commémoration @12

Encore féministesChaque année, le 6 décembre, je participe avec beaucoup d’émotion à la commémoration du massacre de la Polytechnique de Montréal, quatorze femmes assassinées par un seul homme au cri de « Je hais les féministes ! » pour l’unique raison qu’elles voulaient devenir ingénieures. Vous trouverez plus d’information ici, ou dans le film de Patric Jean, La domination masculine, .
Cette commémoration est organisée par Florence Montreynaud et le réseau Encore féministe ! Parfois, nous sommes si peu nombreuses et nombreux que nous peinons à porter les quatorze roses et la banderole où s’inscrit cette phrase de Benoite Groult « Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tous les jours. » Au fil des ans, des associations apportent leur soutien, David et Jonathan, le Centre LGBT… Leurs militantes et militants sont là, dans un esprit de mémoire et d’hommage, de partage. Nous sommes tous identiques face au crime, unis avant tout par nos engagements et notre foi en l’humanité.
Quand je suis arrivée cette année place du Québec, j’ai immédiatement remarqué les fanions de Osez le féminisme ! Et j’en ai été tout aussi immédiatement choquée. Cette association a lancé une campagne pour la reconnaissance du « féminicide » (posant le fait que la victime soit une femme comme caractère aggravant des crimes et délits) et était venue là en fort grand nombre avec banderoles et affiches sur support en carton. C’était bien qu’elle soit là. Mais quel était donc ce besoin de se signaler, comme si l’on était dans une manifestation revendicative ?
Ce n’était pas le cas, nous étions dans une commémoration, certes revendicative, mais commémoration avant tout. J’ai discuté âprement avec une responsable de cette association, essayant de lui faire comprendre cela.
— Tu as déjà été à une commémoration, le 8 mai, le 11 novembre… ? On n’y vient pas avec ses drapeaux !
— Mais si, il y a des drapeaux le 11 novembre…
J’avoue qu’à cet instant, j’ai eu envie de pleurer en pensant aux poilus et à toutes les victimes de toutes les guerres dont elle venait d’insulter le drapeau en le comparant à son fanion à deux balles.
— Oui, des drapeaux tricolores, et on les abaisse pendant les dépôts de gerbe.
Je me suis arrêtée là, en lui indiquant que je trouvais l’attitude d’OLF indécente, et qu’elles pourraient au moins baisser leurs fanions pendant le dépôt des roses. Elles ne l’ont pas fait. Indécente. OLF l’était, fondamentalement, plus encore tant mon interlocutrice « responsable » a fait montre d’une bêtise politique coupable. J’avais déjà quelques griefs contre OLF. Je ne renouvellerai donc pas mon adhésion. Tant de suffisance à privilégier sa propre visibilité sur le mémoire de quatorze femmes assassinées est une manière d’agir qui n’a rien à envier à la suffisance machiste.

Commémoration @11

plaqueDans mon fil d’actualité Facebook, il y a la page d’Anne Hidalgo. Rien de politique… Je trouvais son photographe de campagne assez remarquable. Il semble qu’elle n’utilise plus ses services, je suis donc obligée de lire les infos qu’elle relaie sur ce canal. Et c’est ainsi que je découvre, samedi 18 octobre 2014, cette information : « J’inaugure aujourd’hui la plaque honorant la mémoire du dernier couple exécuté parce qu’homosexuel. Le 4 janvier 1750, Bruno Lenoir et Jean Diot étaient arrêtés avant d’être condamnés à mort, pour être exécutés quelques mois plus tard. C’est bien à Paris que cette infamie a eu lieu et c’est à Paris que nous affirmons aujourd’hui que plus jamais notre ville n’acceptera la moindre forme d’homophobie. (…) »
C’est chouette, non, que Paris dépose une telle plaque ? Oui, c’est chouette mais une chose me surprend : « la mémoire du dernier couple exécuté parce qu’homosexuel ». Est-ce le « couple » qui a été condamné ou les deux personnes le composant ? Quand j’ai vu l’info, je partais un peu à la bourre pour l’Existrans. J’ai posé la question autour de moi. J’ai eu des réponses évasives de type « oui, c’est bien le couple qui a été condamné », personne, en fait, semblant entendre le fond de ma question. En rentrant le soir, j’ai remarqué que Illico reprenait la même expression avec ce titre « Il y a plus de 250 ans, la dernière exécution d’un couple homosexuel à Paris », d’autres sites et média reprenant à l’identique.
J’ai donc bandé l’œil et lu la plaque : « (…) Bruno Lenoir et Jean Diot condamnés pour homosexualité (…) ». Le pluriel à « condamné » indique donc bien qu’il s’agit de chacun d’eux et non du couple qu’ils formaient au moment de leur arrestation. Quelques recherches plus loin, j’ai confirmation que les deux hommes ont été arrêtés alors qu’ils forniquaient, ce qui n’en fait pas un « couple » au sens où on l’entend aujourd’hui et que c’est bien chacun d’eux qui a été condamné pour « crime de sodomie » (tout est ).
Je trouve particulièrement déplacé que madame la maire communique ainsi sur un versant « couple » pour nous faire entendre « amour » là où il est question de sexe, de sodomie très exactement, semble-t-il pratiquée en pleine rue. Quel déni ! Il devient urgent de réaffirmer que l’homosexualité est une forme de sexualité à part entière qui a, entre autres, le bonheur de se nourrir de lieux interlopes. Alors bien sûr que le sexe et l’amour peuvent faire bon ménage mais il n’est pas moins injuste d’être condamné à mort et exécuté parce que l’on se faisait un petit orgasme par trou du cul interposé que parce que l’on s’aimait. Ce déni renaissant de la sexualité homosexuelle nous replonge quarante ans en arrière, quand le mouvement homosexuel voulait « jouir sans entraves ». Maintenant, on ne jouit plus, on se couple. Quelle tristesse !