Archives de catégorie : Colère @

Colère @16

Maman est née en 1939. Elle a donc 80 ans et souffre depuis la Guerre d’une bronchite chronique. Conclusion : elle tousse. Elle tousse même beaucoup et sa toux fait partie de mes références sonores. Quand j’étais enfant, et encore aujourd’hui, c’est à sa toux que je la retrouve dans une foule ou dans un lieu où je sais qu’elle est. J’ai donc toujours vécu sa toux comme un point de référence, quelque chose de positif en somme, même si je sais que cela rend ses bronches fragiles.
Je la mettais en garde la semaine dernière contre ce virus qui se répand comme une traînée (ah ! les traînées…) de poudre et permet au gouvernement de mener sa basse besogne antisociale en toute impunité. Voici une partie de sa réponse :

« Dès que je tousse, j’effraie les gens qui ne me connaissent pas.
« Au théâtre, il y a deux jours, j’ai dû discuter avec mes voisins pour qu’ils ne s’inquiètent pas.
« Au tango, il est inutile que j’aille ailleurs que dans mon club.
« J’ai dû parler de ma bronchite chronique aux Pilates.
« Les gens sortent de la queue chez le maraîcher si je tousse…
« Quatre situations que je viens de vivre cette semaine ! »

J’avoue, ça m’a mise sacrément en colère ! On m’a raconté depuis moult situations où, dans des lieux publics, des personnes soit « à tête de Chinois », soit toussant, ont vécu le même ostracisme.
Dans un mail suivant, maman m’écrit :

« Il faut tout de même savoir qu’il y aura plus de 8 000 morts de la grippe, et que j’y suis exposée chaque année comme tout le monde. Je ne vis pas en y pensant, et je n’ai encore jamais rencontré ce problème de peur chez les gens qui m’ont croisée.
« Mais le corona vient de Chine, et la Chine… c’est depuis longtemps le danger qui nous menace, ils sont tellement nombreux ! »

Tous les arguments sont là. Et ma colère est intacte.

Colère @15

Le crash du Boeing 737 abattu par un missile iranien a donné lieu à un long reportage sur FranceTV Info le vendredi 10 janvier dernier. Ce n’est que le lendemain que les autorités iraniennes ont reconnu leur responsabilité. Nos journalistes en étaient donc aux hypothèses et aux conjectures.
Le reportage dont je parle a été diffusé dans le journal de 21 heures 30, puis celui de 22 heures. Les soirées de FranceTV Info sont ainsi faites ; par tranche de trente minutes, on voit les reportages et commentaires plateau en boucle. Cela me laisse le temps d’enregistrer les infos.
Ce reportage donc m’a fait tourner la tête vers mon écran (j’écoute plus la télé que je ne la regarde). J’entends : « Parmi les débris… la biographie de Michelle Obama tachée de sang ». Quelle horreur ! Le temps que je tourne la tête, l’image a changé. Lors du passage suivant, je guette l’info et vois effectivement un livre et du rouge à l’écran.
Je m’insurge (Caddie m’en est témoin). Cela me rappelle l’accident du téléphérique de Bure qui a fait vingt morts en 1999. Paris Match avait publié des photos des corps écrasés au sol ; celui du neveu d’une amie y était. Insoutenable ! Mais c’est dans l’esprit Paris Match. Est-il entré dans celui de FranceTV Info de montrer un livre taché de sang, celui d’un passager mort dans un crash d’avion ?
Je n’ai sans doute pas été la seule à me poser la question. Au journal de 22 h 30, cette scène du reportage avait été coupée.

Colère @14

« Agribashing », « L’image des agriculteurs se dégrade »… Depuis quelques semaines, les titres et accroches évoquant la dégradation de l’image des « agriculteurs » se multiplient. Si cette tentative de manipulation desdits « agriculteurs » est grossière, elle n’en est pas moins classique : c’est d’ailleurs le premier pas de la « construction d’une image » ici par l’agro industrie.
Donc « notre image se dégrade », affirment les agriculteurs. Les principaux arguments avancés sont les accusations d’empoisonnement des populations avec les pesticides et fongicides (le dernier en date justement est ici) ou encore les accusations de destruction de la nature, des espèces et d’appauvrissement des sols.
Alors je vais tout de suite rassurer nos pseudos agriculteurs : non, votre image ne se dégrade pas car en fait, il ne s’agit pas d’une image mais de la réalité (l’appauvrissement des terres et des espèces par votre modèle agricole est un fait scientifique, la toxicité des produits que vous utilisez est, ou prouvée pour un grand nombre d’entre eux, ou fortement soupçonnée par les scientifiques pour les autres). L’image, c’est en fait l’image d’Épinal derrière laquelle vous vous cachez depuis des décennies, celle de l’agriculteur proche de la nature qui nourrit sainement la population. L’image, c’est ce que vous essayez de reconstruire à coup de propagandes (elles sont légion en ce moment sur les médias sous couvert de conseils nutritionnels sponsorisés par l’industrie, la grande distribution ou encore les lobbies de la viande, du lait, etc.), de victimisation sur le mode « achetez mes produits pour que je puisse survivre…. » Et quoi ? Tant pis si nous, on en crève ?
Alors non, votre image ne se dégrade pas. C’est juste que l’histoire que vous nous racontiez, que vous vous racontiez, est dépassée par la réalité et que cette dernière, elle ne fait plaisir à personne. Serez-vous capables de rejoindre ceux qui ont déjà choisi de l’affronter ?

Colère @13

Monsieur et Madame C. sont en vacances.
Monsieur et Madame C. pourraient tout à fait aussi s’appeler Monsieur et Madame A. ou encore Monsieur et Madame D. mais Monsieur et Madame C., c’est quand même le nom qui leur va le mieux.
Monsieur et Madame C. sont sympas. Et en plus, Monsieur et Madame C. aiment la nature. La preuve : pendant leurs vacances, ils découvrent la Corse et plus précisément, les magnifiques lacs des montages nichés entre les sommets de l’île de beauté. Ils aiment d’ailleurs tant la nature que Madame C. ne peut retenir un cri du cœur en découvrant les pozzines, ces épaisses pelouses gorgées d’eau vieilles de 10 000 ans : « Il faut préserver ça, c’est clair. C’est tellement beau, on ne peut pas détruire ça ».
Bon, évidemment, il faut préciser que Monsieur et Madame C. lancent ce cri du cœur depuis les pozzines eux-mêmes… et tant pis si marcher sur les pozzines, c’est les détruire. Car comme le dit Monsieur C en piétinant bien le trésor naturel : « Il serait probablement opportun de rester sur le chemin mais c’est tellement tentant. On se sent tellement bien là à marcher en souplesse. C’est spongieux, c’est tout mou. On sent que c’est extrêmement  fragile. »
Pas de doute, Monsieur et Madame C. portent vraiment bien leur nom !

Découvrez Monsieur et Madame C. en action (à 4 minutes 50 pour les plus impatients)

Colère @12

Horreur ce mardi 5 février 2019 à Paris (ici). Dix morts dans un violent incendie. Une enquête est en cours : une habitante de l’immeuble est plus que fortement suspectée d’avoir mis le feu volontairement suite à une altercation avec un ou une voisine. Elle est placée en unité psychiatrique ayant par ailleurs des antécédents en la matière. L’enquête dira si les normes de sécurité étaient respectées dans le bâtiment.
Temps de lecture : vingt secondes. Émotion : immense à la pensée de l’enfer vécu par les personnes, décédées comme rescapées…
Qu’ai-je besoin de savoir en plus sur cet horrible événement ? Ai-je besoin de dix minutes en continu et en une au 13 heures puis au 20 heures de France 2 (je n’ose même pas penser aux chaînes d’info en continu que je ne regarde pas). Ai-je besoin d’entendre les victimes survivantes raconter l’horreur de ce qu’elles ont vécu ? Ai-je besoin d’entendre le témoignage de cette jeune femme, recueillie en pleine nuit, visiblement sous le choc, qui s’était réfugiée sur le toit d’un bâtiment voisin pour échapper aux flammes ? Quelles informations cela m’apporte-t-il ? Ce fait divers fait-il sens dans notre société pour nous valoir une telle mise en exergue ? L’émotion suscitée par les horribles faits a-t-elle besoin d’être décuplée par l’horreur des témoignages de gens eux-mêmes, et à juste titre, emportés par l’horreur de ce qu’ils ont vécu ? Dans quel but décupler cette émotion ? Pour en faire quoi à part se repaître de ce spectacle et de nos propres peurs ?

Colère @11

Kata GurumaAu début de ce mois, j’ai passé quelques jours difficiles sur le thème « L’enfer, c’est soi-même ». Un premier jour, je ne me sentais pas en forme, sans raison apparente. Le second, pareil, avec des accents d’envie de pleurer. Le troisième, pire encore, pas bien, envie de pleurer, irritabilité… et cela a duré comme cela une bonne semaine. J’ai normalement dormi, mangé, travaillé, apprécié mon sport, souri à ces petites joies du quotidien que j’aime remarquer, partagé de bons moments avec celles et ceux qui me sont chers sans que cela n’influe sur mon humeur générale. J’ai tenté d’appliquer les bases de la « pleine conscience » de Christophe André et me sentais, en pleine conscience, pas bien, chagrineuse, colérique tout en savourant nombre de moments positifs.
Pas bien, chagrineuse, colérique ? C’est au quatrième jour que j’ai compris que j’étais en colère, de cette sorte de colère sourde qui est là, au fond de la chair, prégnante. Mais en colère contre qui, contre quoi ? Certainement pas contre ces petits faits ou comportements qui m’ont irritée ces jours-là, ils étaient si dérisoires… Contre qui ? Contre quoi ? Contre moi ? C’est au cinquième jour qu’est venue la question. Mais qu’aurais-je donc fait, dit, pensé qui me mettrait en colère contre moi-même ?
Je ne sais pas.
Ce n’était peut-être d’ailleurs pas la bonne question.
Je ne sais pas.
J’en ai parlé avec Isabelle, Sarah, Caddie, Jo et la Cocotte. J’ai reçu le soutien de Petit Mouton, Petit Koala et toute la bande. Rien n’y a fait. Je ne sais toujours pas contre qui, contre quoi, j’étais en colère. La seule chose qui est sortie c’est la vie, la mort, l’injustice, le mépris du monde envers les gens, la violence, la maltraitance… Mais peut-on être en colère contre pareille globalité ? Sans doute, oui. Cela s’appelle l’indignation, je crois. Et si j’aime m’indigner, il n’est pas question que cela me pourrisse la vie dix jours durant.
J’ai fait attention de ne pas trop « m’occuper » l’esprit pour chasser artificiellement cette colère. Je voulais vraiment savoir quelle elle était. Les réponses les plus évidentes au niveau personnel étaient l’anniversaire de la mort de Ma-Jeanine, mon incapacité à traduire en amoureux l’amour qui irradie mon cœur, le mépris dont je suis l’objet en tant que personne malvoyante par les institutions voire les personnes. Cela fait déjà un bon lot ! J’aurais voulu pouvoir trancher.
Je n’ai pas su.
Et puis, pour la fête de mon club de judo, on a refait le Nage no kata avec sensei Romuald. Je l’ai révisé tous les matins pendant huit jours, constatant à chaque fois combien ce kata m’équilibre. Notre seconde prestation était moins léchée que la première ; l’enjeu n’était pas le même, la joie non plus mais ma fierté a jailli, me sautant au cœur comme un Romuald qui chute sur Kata guruma (la troisième prise de la série). « Guruma », « roue » en japonais du judo. Elle a tourné, la roue. La colère s’est dissipée.
Mais je sais qu’elle reviendra puisque je n’ai pas réussi à l’identifier.
Dommage.

Colère @10

TextoJe ne vous ai pas encore parlé de mon nouveau téléphone, pourtant acheté en janvier dernier. Ce fut une épreuve. C’est une épreuve. Je souhaitais changer mon vieux Nokia équipé d’un logiciel de grossissement malheureusement peu performant mais seul disponible, Mobile Magnifier, aucun téléphone quand je l’ai acheté ne m’étant lisible, conséquence directe des meilleures qualités d’écran : quand on augmente la résolution d’un écran sans augmenter le nombre de points des caractères, ceux-ci rapetissent d’autant.
Sur mon Nokia, je pouvais lire mes mails et j’avais envie de l’équivalent. Je ne peux pas utiliser les smartphones, à cause du clavier Azerty le plus souvent. Leur coût et leur attrait pour les voleurs aussi me posent problème : j’utilise mon téléphone dans la rue et les lieux publics et je ne vois jamais autrui arriver. J’ai beau avoir une belle ceinture de judo, un smartphone m’expose donc à un mauvais coup sur la tête.
J’ai donc opté pour un Doro EasyPhone740, Doro, les « téléphones des vieux », version « smartphone », censé être lisible et pratique, « pour des vieux », donc. Il s’avère que ce téléphone une telle arnaque autant en matière technologique que d’accessibilité visuelle qu’il a fallu six mois pour que ma colère s’apaise et que je puisse écrire un mail (presque) serein au fabricant, fabricant qui ne m’a pas répondu. Depuis, mon téléphone a rendu l’âme. Sept mois de vie (en sachant que j’avais déjà dû renvoyer le premier reçu ; il n’avait jamais voulu démarrer). Je l’ai envoyé en SAV pour minimum quinze jours et ai repris mon vieux Nokia. Et pour le coup, je me dis que c’est l’occasion de voir si je ne peux pas me trouver un autre téléphone…
Ce billet est déjà long. Je vous colle ci-dessous le mail envoyé à Doro pour info consommateur (je le mets en petit, c’est juste une info). La suite de l’histoire dans deux jours…

À support.fr
Bonjour,
Je vous avais demandé des informations sur la taille des polices d’affichage des SMS avant de commander en janvier dernier un Doro 740. Je vous précise que je suis amblyope.
J’ai attendu pour vous écrire tant votre téléphone et son système d’exploitation me mettent en colère. Je voudrais rester calme dans mes arguments mais je dois vous avouer que c’est chose bien difficile eu égard à la piètre qualité ergonomique et technique de ce téléphone.
Je remarque déjà que la taille des polices annoncée par votre mail n’est pas réelle. Ils me semblent plus petits, principalement en lecture. Et votre choix d’une police fine en écriture n’est guère plus judicieux. Autrement dit, si j’avais la police d’écriture grasse en mode lecture, je pourrais lire mes textos sans loupe.
Vous avez déjà lu un texto avec une loupe ?
Permettez-moi de vous dire que pour le champion du téléphone accessible, c’est un comble de ne pas être capable de proposer des polices plus adaptées.
Un autre argument pour les SMS ? Cherchez le curseur… Même des personnes voyantes m’ont dit avoir du mal à le trouver. Comment corrige-t-on un texto sans pouvoir positionner le curseur ? On efface tout et on recommence ?
Autre chose ?
Oui, autre chose; Comment pouvez-vous proposer un téléphone sans possibilité de sauvegarder un SMS en mode brouillon à des personnes qui justement peuvent avoir des difficultés visuelles à lire et écrire ? Dans le même ordre d’idées, proposer des boîtes de réception et d’envoi distinctes permet de mieux retrouver ses textos, considérant que mon acuité visuelle ne me permet pas de distinguer vos icônes d’envoi et réception. Mais peut-être ne vous a-t-on jamais dit qu’un icône n’est pas un mode d’identification aisé pour un malvoyant ?
Et ??
Oui, je note par ailleurs, pour les SMS… (sauf si je n’ai pas trouvé) des choses pourtant usuelles dans tous les téléphones que j’ai utilisés depuis quinze ans…
* L’absence d’apostrophe sur la saisie clavier sur la touche 1. Passer par la touche étoile est laborieux pour une simple apostrophe, ce d’autant que le tableau d’affichage des symboles n’est guère lisible.
* L’absence de smiley.
* L’impossibilité de mettre une majuscule à un mot (un nom propre, par exemple) en cours de saisie automatique sans modifier le mode de saisie.
* L’impossibilité d’enregistrer un nouveau contact à partir d’un SMS.
Cela fait beaucoup, pour un seul téléphone, vous ne trouvez pas ?
Si je devais prendre un dernier exemple de l’ineptie qui préside à vos choix ergonomiques, je vous renverrais à la calculette. Très jolies, les grosses touches à l’écran. Et parfaitement inutiles puisque ce pavé numérique existe sur le téléphone lui-même. Par contre, le champ de saisie et de résultat s’affiche dans une petite police. Pouvez-vous m’indiquer l’intérêt d’une calculette dont on ne peut lire le résultat du calcul ?
Le reste de l’ergonomie est l’avenant. Je vous en ferai volontiers le détail si la chose vous intéresse.
Je vous signale enfin un bogue dans le comptage des caractères en mode de saisie automatique. Faites le test, vous verrez que très vite le compteur perd les pédales à la saisie d’un caractère accentué. Quand on doit envoyer des textos à l’étranger, ce défaut de fiabilité coûte cher !
Pour l’ergonomie générale, je remarque enfin que la diode rouge indiquant que le téléphone est en charge (ce qui prend tout de même 5 heures !!) désactive la diode verte indiquant un appel ou un texto.
Je continue ?
Oui, je continue.
Côté appel (fonction de base d’un téléphone), je remarque qu’aucun icône ne signale le dépôt d’un message dans la boîte vocale. J’avais appelé votre service technique sur ce sujet, qui m’a renvoyé sur mon opérateur; celui-ci m’indique que la fonction est activée chez lui. Qui dois-je croire ?
Vu ce qui précède et ce qui va suivre, je crois mon opérateur.
Ce qui suit, donc.
Les fonctions « smartphone » ; un article de Que choisir avait indiqué que ce téléphone n’en a que le nom. Et c’est exact. Comment se fait-il que je ne puisse pas télécharger des applications connectées, comme c’est la fonction d’un smartphone, notamment celles indispensables à un malvoyant (plan, itinéraire avec géolocalisation, applications transport type ratp, sncf, aéroport, …) ?
Je peux donc appeler au secours mais pas être autonome dans mes déplacements. Vous défendez là une drôle de conception de l’autonomie.
Et ce n’est bien sûr qu’un exemple, une personne malvoyante ayant (a priori) les mêmes besoins que toute autre personne, besoin impossible à satisfaire avec ce téléphone qui ne dispose même pas d’un bloc-note !
Dernier point ?
Il faut bien que je conclue…
Les mails et la synchronisation.
Il n’est pas admissible qu’il ne soit pas possible d’envoyer des mails avec l’adresse de son choix sans un webmail qui compenserait.
Et la synchronisation ne fonctionne qu’un jour sur deux, ou sur trois… avec des messages d’erreur très bruyants. Les écarts entre la version en ligne des contacts et de la galerie ne sont pas rares. Le système bogue et se réactive plusieurs fois par semaine… Allez, je vous fais grâce de tous les autres bogues. On n’en sortirait pas.
Je conclurai en disant que ce Doro 740 est un téléphone totalement raté, que ce soit d’un point de vue ergonomique et technique. Dès que je trouve un autre modèle dont je peux lire les SMS, je me ferai un plaisir de vous le renvoyer. Il n’a pas plus de valeur que ça !
(J’envoie bien sûr ce mail à Que choisir, vous l’aurez compris.)
Cordialement
Cécyle Jung

 

 

Colère @9

Metro newsEn faisant ma revue de presse, je découvre cette info sur le site de Metro : « Une fillette de 8 ans meurt dans l’incendie d’un camp de Roms à Bobigny » (ici). Je lis l’article. La colère me monte aux yeux et ma première pensée va au ministre de l’Intérieur : alors, Manuel, heureux ?
Il ne l’est sans doute pas mais peut-être sera-t-il conforté dans l’idée que « ces gens-là » n’ont pas « vocation » à rester en France. La preuve : ils vivent dans une misère sans nom et leurs enfants en meurent. N’est-il pas de notre devoir de les sortir de là ? Hop ! dans l’avion ! Et ma colère monte d’un cran. Je sens d’ici venir les commentaires qui considèrent que la misère est la conséquence d’une situation que les Suisses ont nommée « immigration massive » là où la misère en est la cause !
Ce sont les pays riches qui entretiennent la misère dans l’autre partie du monde pour mieux l’exploiter à leur seul profit. Ce sont les populations riches de ces pays riches qui entretiennent la misère d’une bonne part de la population pour mieux l’exploiter à leur seul profit ! Mon raisonnement est simpliste ? Il est la réalité de ce monde où le profit des uns réclame la misère des autres.
Et nous, citoyens, à force d’oublier que « ces gens-là » sont avant tout des personnes, des familles (ça devrait plaire, un concept pareil), des femmes, des enfants, des hommes dont l’ADN ne contient ni le gène de la « bande organisée », ni celui du « s’il vous plaît, madame », ni celui de la misère, celle qui allume le feu et brûle les enfants, à force d’oublier, nous les stigmatisons et faisons le lit du populisme, et la boucle est bouclée.
La colère monte encore… Mais quand est-ce qu’on lui botte le cul à Manuel, et à sa nouvelle copine Marine ? J’exagère ? Si peu.

Colère @8

Petit CanalIl y a un peu moins de quarante ans (j’avais 13 ans), je suis allée rendre visite à mon papa qui travaillait à Dakar. Ce fut pour moi un séjour difficile mais j’en garde beaucoup de traces, comme la visite de l’île de Gorée, point de départ des esclaves déportés vers les Caraïbes et l’Amérique dont je conserve une image qui ne correspond à aucune photo que j’ai vue depuis, quelque chose comme gravé dans ma chair.
Et le mois dernier, je suis allée à l’autre bout du voyage, à Petit-Canal, en Guadeloupe, là où les survivants descendaient des bateaux, marchaient le long d’un bras de mer, et montaient l’escalier qui les menait là où ils allaient être vendus. Et là, qu’y a-t-il ? Un sobre mémorial, en bas des marches, aucun aménagement sur le chemin, rien comme à Gorée, rien, comme un effacement de la mémoire. Mais on n’efface pas tant de souffrance et les marches sont bien là. Je les ai descendues avant de les monter et de mesurer le souffle un peu court l’ampleur du déni.
Car en haut de ces marches, frêle étape de ce parcours de souffrance, que trouve-t-on ? Une église, pardi ! Quoi d’autre ? Une église, grasse et cossue, une des plus grosses que j’ai vue en Guadeloupe, symbole de la fierté de ces missionnaires qui ont activement participé, par leurs actes et leur discours, à la mise en esclavage de millions de femmes et d’hommes, trois siècles durant, et n’ont pas fait grand-chose pour laver leur âme depuis d’une telle souillure.
Une église, comme un furoncle qui masque de sa fatuité ce crime contre l’humanité qui ne dit pas encore son nom. Une Église, celle-là même qui se gausse de ses missions humanitaires pour cautionner depuis des siècles les pires exactions contre le genre humain. Une Église… Ça vous donne envie d’une galette ? Eh bien moi, ce sera « dans ta gueule », l’Église, que je te la colle, et « dans tes fesses », la couronne sans frangipane ! Deviendrais-je grossière ? Oui. Je n’ai que cela pour l’instant pour m’indigner. Mais gare à toi, l’Église. Il se peut que je me trouve d’autres armes.

 

Colère @7

Une œuvre vient d’être vandalisée au musée du Louvre-Lens, un chef d’œuvre La liberté guidant le peuple. Il semble que l’atteinte soit légère et le tableau a pu être immédiatement restauré. Mais, c’est l’iceberg qui cache la bêtise assez quotidienne, une bêtise qui me fout en colère…
Dans ce même musée, j’ai visité début janvier la galerie où se trouve la peinture de Delacroix. Il y avait du monde et à un moment, j’ai surpris un homme d’une cinquantaine d’années faisant le beau devant ses proches en racontant une blague et, surtout, en caressant les fesses d’un kouros (ou couros, et au pluriel kouroi), une statue grecque d’homme nu. Je l’ai interpellé en lui disant qu’il ne faut pas faire ça. Il a réagi en disant « Je sais, mais ça ne fait rien ! » « Mais, si, ça abîme. » Vexé, l’homme m’a demandé un peu agressivement « Vous êtes de la sécurité ? » « Pas besoin pour respecter les œuvres. » Il est parti avec une dernière bravade peu crédible : « Je suis dans la police. » Ce qui lui a valu un « Honte de la police ! » en réplique.
Cette crétinerie est hélas ordinaire, entre ceux qui caressent des sculptures, abîmant des statues millénaires avec leur sueur, jusqu’à ceux qui grattent les tableaux pour estimer si la couche est épaisse.
Espérons que cette histoire sensibilise un peu certains et facilite la préservation des œuvres.