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Clé @16

J’ai besoin d’écrire la mort de mon ami Daniel, professeur de judo, 4e dan, médaille de bronze de la Fédération française de judo. Vous trouverez ci-dessous une partie de mes souvenirs de mes deux visites au service de réanimation de l’hôpital Saint-Joseph, des visites qui interrogent, des visites qui disent la vie. La mort ? Si peu.
Merci à tous les judokas de l’Aclef d’avoir été si présents auprès de Daniel, et de moi. Sans eux, je n’aurais sans doute pas été capable d’aller au bout de cette histoire. Et merci aux soignants du service de réanimation de l’hôpital Saint-Joseph. Des personnes exemplaires (même la méchante !)

Après avoir été trouvé inanimé dans son canapé par les pompiers, Daniel a été hospitalisé en réanimation à l’hôpital Saint-Joseph. C’était un mercredi soir. Le jeudi, j’ai appris qu’il était possible de lui rendre visite. J’avais le temps de le faire avant d’aller donner le cours de judo que nous aurions dû donner ensemble. J’ai hésité. Je voulais y aller. J’avais peur. La personne qui m’avait passé l’info avait décrit le chemin de manière assez compliquée. Et surtout, qu’allais-je trouver ?
Je n’étais jamais allée dans un service de réanimation. J’en avais l’image des salles de réveil, une grande pièce, avec des lits alignés simplement séparés d’un paravent, souvent ouvert. Et puis chacun disait que c’était difficile à voir, une personne intubée, reliée à des tas de machines, quelqu’un que l’on avait vu quelques jours auparavant souriant, animé.
J’ai attendu le lendemain et la présence de Myriam pour y aller. L’accès n’était pas si compliqué. L’endroit était calme, ne sentait pas la soupe d’hôpital (perfusions obligent), les patients étaient chacun dans une chambre. Une infirmière nous a conduites jusqu’à Daniel. J’ai tout de suite reconnu son ventre avec son nombril qui semblait vouloir percer le drap (Daniel avait une grosse hernie ombilicale). Son visage était en effet dissimulé par le masque de l’intubation et d’autres choses. Je ne voyais pas bien quoi.
J’avais peur de voir du sang, des choses gores… Rien de cela. Les machines officiaient sans bips. Il y avait bien un pot au sol, avec un tuyau ; j’ai juste fait attention de ne pas mettre un coup de pied dedans. L’infirmière est passée nous donner quelques infos. Myriam ne cessait pas de parler à Daniel, en coma profond ; j’ai fait pareil. J’ai cherché sa main sous le drap. Elle était froide. Je l’ai tenue tout l’après-midi. Elle s’est réchauffée.
Myriam avait apporté des photos, des mots et dessins de ses enfants. Elle les a posés sur les jambes de Daniel, le temps d’attraper un rouleau de scotch.
— Excuse-moi Daniel, je pose les photos sur tes jambes.
Elle a dit ça avec une telle simplicité ! J’en suis restée baba. L’état de Daniel était critique, nous le savions. L’assurance de Myriam, sa manière d’être dans cette chambre de réa rendait notre ami si vivant ! Comment ne pas croire alors qu’il allait recouvrer la santé ? Nous y avons cru, Myriam et moi, en dépit de tout ! Merci Myriam. C’est bon de croire. Et Daniel est peut-être mort depuis ; mais il restera toujours ce fil que tu as débobiné et que nous tenions ensemble.

Alors que Myriam venait juste de finir d’accrocher la déco dans la chambre de Daniel, une nouvelle infirmière est arrivée, avec une sœur de Daniel. Autant la première infirmière était ouverte à notre foi, intéressée par nos explications sur ce mot magique « hajime » qui pouvait donner envie à Daniel de se battre contre l’infection qui le rongeait, autant la seconde était fermée, rude, d’emblée réfractaire à toute expression de nos sentiments. Nous avons senti Myriam et moi que, à l’instar de la sœur de Daniel, elle considérait qu’il était mort. Je tenais sa main. Il était vivant.
L’infirmière a conduit la sœur de Daniel vers le médecin (sans nous, on n’était pas de la « famille »). Elles sont revenues l’air encore plus grave. L’infirmière était face à moi, de l’autre côté du lit. Myriam était à ma droite, je crois. La sœur de Daniel était au pied du lit. Je tenais toujours la main de Daniel. L’infirmière nous a expliqué que la famille souhaitait que nous connaissions l’état de santé réel de notre ami : il allait mourir, dans les 24 heures ; l’infection avait gagné la partie ; ses organes ne fonctionnaient plus depuis la veille ; il était maintenu en vie, au cas où… Où quoi ? Je ne sais pas trop, peut-être pour attendre le reste de la famille qui arrivait le soir.
Il était vivant. Nous étions soudées, Myriam et moi, et cette femme nous disait les choses comme s’il était déjà mort. C’était insupportable. Je m’accrochais plus fort à sa main. Daniel était vivant ! Je le jure. Il l’était et que sa sœur et cette infirmière se comportent comme s’il était mort est le pire coup de massue que j’ai reçu sur la tête dans ma vie. En écrivant ces lignes, je me rends compte que je n’ai pas pensé, une fois qu’elles ont été parties, à m’adresser à Daniel pour lui dire qu’il était vivant ; peut-être Myriam l’a fait. Je ne sais plus.
J’ai bien conscience que cette femme a fait son métier, que ce qu’elle avait à nous dire était difficile, je n’accepte toujours pas la manière dont elle l’a fait. J’ai posé deux trois questions sur sa souffrance, son cerveau, comment sa mort allait survenir. Elle a répondu. Elles sont parties. Nous sommes restées là un bon moment avec Daniel, Myriam a ajusté un ours en judoka qui avait glissé du scotch. On a réussi à se parler avec Myriam, pour se dire que le fil était là, qu’on ne le lâcherait pas, jamais.
Vivant.
Et puis on a lancé l’alerte ! Allô les judokas ? La méchante infirmière dit que Daniel va mourir d’ici demain midi. Nous, on n’y croit pas et c’est maintenant qu’il faut venir, le soutenir, l’aimer, le sortir de là. Ils sont venus, toute la nuit. Pas de la famille ? Mes fesses !

La famille avait autorisé l’hôpital à me prévenir si besoin. J’avais demandé que l’on n’appelle pas avant 7 heures. Je me suis réveillée à 6 h 57. Aucun coup de fil. J’ai un peu hésité et ai décidé de lancer un appel à qui voulait aller voir Daniel en réa. Xavier était partant. On s’est retrouvés devant l’hôpital. Daniel était toujours là, vivant, ses fils et son intubation. Je lui ai pris la main gauche avec ma main gauche ; de la droite je rédigeais des textos. J’en ai envoyé et reçu un nombre incalculable ces trois jours ; et les suivants !
Richard, un ami de trente ans de Daniel, est arrivé. Il s’est installé de l’autre côté du lit. L’infirmière est passée plusieurs fois ; c’était la première de la veille, celle qui était dans la vie. Xavier a dû partir. Vers 11 heures 30, l’infirmière est venue.
— Je dois vous dire qu’il n’y en a plus pour très longtemps.
— Combien de temps ?
— Vingt minutes, une demi-heure. Le médicament pour la tension n’agit plus. On l’a arrêté. Il va s’éteindre doucement. Je viendrai vous dire.
Je lui ai posé quelques questions, les larmes dans la voix. Ses réponses m’ont permis de comprendre que le foie de Daniel était plus abîmé que ce qu’il m’en avait dit. C’est ce piètre état qui a empêché les antibiotiques d’agir. J’ai compris également que le chiffre au-dessus du pouls était celui de la tension. Quand il serait sur zéro, Daniel sera mort. L’infirmière est restée avec nous, coupant les alarmes, faisant des bidouilles à l’évidence pour rester avec nous.
Olivier la Perche est alors arrivé, casque et blouson de scooter en main, comme un coup de vent qui amène la vie, l’espoir, la force ! Il comptait rester dix minutes. C’est le temps qu’il restait à Daniel. L’infirmière nous a laissés ensemble. On regardait le décompte de la tension, du pouls. Je m’accrochais autant à la main de Daniel qu’à mon portable duquel j’envoyais des textos à mes amis. Je les sentais, tous, chacun, là.
Et Daniel est mort.
Je n’ai rien senti, rien éprouvé de plus triste ou de différent. J’ai tenu sa main encore. Elle était chaude. Olivier m’a prise par les épaules, la voix toujours forte et sûre. Il m’a demandé si je voulais rester, partir. Nous sommes partis. J’avais besoin de dire, que tous celles et ceux qui étaient là depuis trois jours, qui avaient partagé, qui avaient cru, sachent. Je portais comme un secret, celui de la mort de Daniel. Je devais le partager.
Je porte toujours ce secret. Il m’est une énigme. Il me faudra beaucoup de textes pour le percer. Ou pas.

Clé @15

Ma « culture féministe » (mieux vaut mettre les guillemets) a intégré dès les années 70 ce fameux procès aux assises où Gisèle Halimi a excellé et qui a abouti à la criminalisation du viol. Je savais cela, fière de l’action de cette avocate et du mouvement féministe, n’ignorant pas combien ce combat-là avait été difficile, combien depuis la victoire est remise en cause par la domination masculine qui use du viol comme d’un moyen de coercition sous couvert de liberté sexuelle.
Je savais.
Mais qu’est-ce que je savais des victimes de ce viol, Anne Tonglet et Araceli Castellano ? Rien. Je n’en savais strictement rien. Ne m’avait-« on » rien dit ? N’avais-je pas écouté ? Pas entendu ? Je l’ignore et constate aujourd’hui qu’elles étaient deux, deux homosexuelles, à l’occasion de la diffusion d’un téléfilm de Alain Tasma, Le viol, sur France 3, le 19 septembre 2017 (ici) et d’une interview de Anne Tonglet dans Téléstar ().
Je suis atterrée. Comment ai-je pu ignorer cette histoire ? Comment ai-je pu me prévaloir de ce procès dans mon discours militant sans avoir l’idée d’aller regarder du côté des faits, des victimes, des violences commises, de leur atrocité ? Et cette question qui vient, aussitôt, effrayante : combien de victimes ai-je ainsi occulté, celles et ceux et hen qui, pourtant, par ce qu’elles ont subi, ont permis l’avancée de nos droits et de l’égalité ?
Je veux, à travers ce billet, m’excuser publiquement de ma mémoire à deux balles, de cette instrumentalisation — involontaire, j’espère qu’on me l’accordera — de leur souffrance pour nos luttes politiques, non que les deux soient incompatibles, nos luttes donnant à ces souffrances, à ces vies prises et gâchées, un sens mais à la condition que nous n’oubliions pas les personnes à l’origine de tout.
Pardon, Anne et Aracelie. Désormais, je ne vous oublie pas.

Clé @14

La politique d’accessibilité des lieux publics est en marche en France, comme toute la politique bien sûr depuis quelques récentes élections. En voici une belle illustration à roulettes. Il s’agit d’un panneau expliquant comment entrer dans le centre Pompidou.
L’entrée principale du centre est connue pour son beau pavé dénivelé sans cousins amortisseurs sur les barrières Vauban du bas pour recueillir les handicapés en fauteuil les plus audacieux et aux équipements démunis d’air bag. Une autre entrée permet d’éviter les collisions entre roues libres à l’entrée de la piazza. Elle est située à l’arrière du bâtiment.
Ce beau panneau présente un plan et des indications fléchées. Côté rue Beaubourg, vu de face, il indique en bien gros qu’il s’adresse aux personnes en fauteuil et aux malvoyants qui doivent se diriger vers la gauche. Juste au-dessus, l’accès pour les personnes à mobilité réduite est matérialisé sur le plan, situé justement à l’angle où se trouve cet accès, bien indiqué… à droite. Je crois qu’en psychologie, on parle d’injonctions contradictoires. Mais, c’est qu’ils n’ont qu’à bien lire les panneaux qu’ils ont le temps d’étudier, bien assis dans leur fauteuil.
Les malvoyants ne sont déjà plus concernés par la seconde indication, d’ailleurs marquée en plus petit. Il faut dire qu’ils auront eu la chance d’aller se perdre vers l’Ircam. C’est vrai que cela aurait été ballot de l’indiquer pour les handicapés auditifs. Peut-être, est-ce un panneau spécial albinos ? En effet, les malvoyants suivant la flèche peuvent trouver leur bonheur à la fontaine Tinguely et Saint-Phalle dont le rebord bas permettra aux plus vaillants d’effectuer un plongeon pour se rafraîchir par temps de canicule.
Pour rire, précisons que le même panneau est repris exactement perpendiculairement au premier, présentant une bonne orientation de la plus grosse flèche, mais pouvant être plus difficile à comprendre pour ceux qui ne connaissent pas les lieux et ont du mal avec un plan (ce qui est le cas de nombreux valides), surtout quand il n’y a aucune indication de rue.


Vous avez entendu parler de démocratisation culturelle ? De culture pour tous ? De culture pour chacun ? Je passe sur les autres grands plans des pouvoirs publics censés amener tous les publics à fréquenter musées, monuments historiques, etc. Au final, pour certains en tous les cas, l’accès aux établissements culturels se mérite.

Clé @13

Après une grosse journée d’examens, j’ai découvert en rentrant chez moi une fuite d’eau. C’était au niveau du compteur. Ne préférant pas prendre le risque d’utiliser le robinet du compteur qui était un peu dur, j’ai cherché à limiter les dégâts.
L’eau coulait beaucoup et en continu, le long de tuyaux, à des emplacements d’une hauteur trop basse pour mettre un verre en dessous, a fortiori un seau.. Afin de ne pas gaspiller cette eau, j’ai essayé de trouver des solutions de récupération de l’eau propre. Après quelques tâtonnements, un système adapté a permis de canaliser l’eau.
Un plateau a permis de faire glisser l’eau dans une bassine à partir de laquelle je pouvais transférer le liquide dans un seau. La difficulté était de récupérer l’eau sur le plateau. Des couvercles de boîte en plastique puis une grande cuillère bien placée ont permis de guider l’eau.
Heureusement, le plombier a pu passer dès le lendemain. De la soirée du lundi au mardi en début d’après-midi, ce sont ainsi huit seaux d’eau que j’ai récupérés. Ils ont servi de chasse d’eau, à arroser les plantes, à laver la vaisselle… pas de gâchis !

Clé @12

Hotel SevillePour ma première nuit de vacances en Espagne, je m’étais couchée tôt, fatiguée d’une nuit courte, du voyage, du contrecoup de mois intenses de travail…
La chambre donnait sur le hall de la réception, mais le bruit ne me réveilla pas jusqu’à entendre vers minuit et demi quelqu’un tentant d’ouvrir ma porte avec une clé. J’étais bien réveillée lorsque j’entendis une seconde tentative. Je percevais dans le fond des voix plutôt calmes.
J’ouvris alors la porte et vis un groupe de cinq ou six hommes, plusieurs avec bagages, visiblement tout juste arrivés. Je dis alors en français « Il doit y avoir une erreur. »
Il y eut petit un temps avant qu’un homme au milieu du groupe me réponde en anglais « Je suis désolée, j’ai cru que la chambre était vide. »
C’est bien la première fois que je me retrouve dans un hôtel où le réceptionniste de nuit ne sait pas quelles chambres sont libres. Quel début de vacances !

Clés @11

BoudhakarathaiVous croyez au hasard ? Moi, de moins en moins, et mon « animisme urbain » (ici) rampant (galopant ?) me porte à faire des constats qui me réjouissent. Dans « réjouisse », il y a … joie ! De la joie, oui. J’aime quand les signes se rejoignent (la joie joint ?) au point que j’en fais le constat. Quel qu’il soit, je souris à ce qui dépasse mon entendement, ravie que ce qui a été mis en place, petit à petit, fasse sens. La foi ? Quelque chose comme ça.
Ce matin.
Je me suis rendormie après mon réveil, levée donc dans ce pâté cher au réveil à rallonge. Café. Je commence par relire mon billet du matin : « Régis @17 ». Je l’avais écrit deux semaines plus tôt. Il me va toujours et je m’en vais lire mon horoscope sans doute encore l’esprit (le mien) dans cette image efficiente qui est venue clore la souffrance de cette histoire-là.

« Et bien chère CY, que de changements ! C’est une journée à mettre au grenier les vieilles affaires dont vous n’avez plus du tout envie de voir dans votre intérieur. À moins que vous ne choisissiez de les donner ou même les jeter ? L’important pour vous aujourd’hui, c’est de faire réellement de la place à vos nouveaux goûts, à vos nouvelles relations, bref, à la nouvelle femme que vous êtes en train de devenir… »

Une souffrance s’évapore et voilà que mon horoscope, écrit par un mécréant à fins purement commerciales (ceci pour dire que les astres n’y sont forcément pour rien) me dit qu’une vie nouvelle commence. Je souris de la coïncidence. Je ne suis pas au bout de la synchronicité du jour.
Je bois mon café en préparant ma matinée de travail avant d’aller dérouler. Je dois écrire la nouvelle en [e-criture] pour octobre. J’ai un tableau où je stocke les « prétextes ». Je copie-colle dans un nouveau fichier avec l’idée de profiter du déroulé pour construire mon intrigue.

« [Le prétexte] Une femme avance vers moi. La voix d’une petite fille, venue des étages d’un immeuble, l’interpelle.
— Maman ! Maman !
— Je suis là ma chérie. Je t’aime !
Je ne comprends pas bien ce que dit la petite fille. La maman continue en marchant toujours vers moi. Elle a un téléphone à la main.
— Je t’aime ma chérie ! Je t’aime ! À tout à l’heure.
— Tu m’aimes ? Mais tu ne me regardes pas. »

Je ne sais pas de quand date cet épisode mais c’est aujourd’hui qu’il sort, en même temps que le billet est publié et que mon horoscope me dit que le ménage est fait. Voilà.
Autre chose ?
Oui. Je lis en ce moment Ségou de Maryse Condé (un régal !) Le héros de cette nouvelle en [e-criture] sera donc un Bambara qui… Avec tous ces signes que je vous livre, il faut bien que je garde quelques secrets. Sinon, vous allez croire qu’il n’y a aucune magie dans l’écriture…
Boudhakarathaï !

Clé @10

escargotJe crois que ma cuisine est habitée, à moins que ce ne soit moi qui le suis ! Elle accueille en tout cas des messagers, des signes… Il y a eu le papillon, auquel je pense toujours avec émotion, et après les deux escargots passés par là au détour d’une salade, une guêpe peu agressive mais qui ne voulait pas sortir, me voilà pétrifiée à la vue d’une énorme bestiole non identifiée collée au plafond.
Je sors et ferme la porte. C’est déjà quelques secondes de gagnées sur l’abominable bestiole de l’été. Je songe alors qu’Isabelle est chez elle, que je peux prendre une photo avec Tranquille et la lui envoyer. Elle me dira de quoi il retourne. J’entrouvre la porte ; l’abominable n’a pas bougé. Je brandis la tablette. Clic, clac. Je referme la porte. Je visionne ma photo, zoome deux doigts et ô ! surprise… L’escargot !
Qui est-il ? Un cousin de celui de Sarah qui illustre désormais mes nouvelles en [e-criture] ? Un pote aux deux précédents ? Et d’où vient-il ? J’envoie la photo à Isabelle qui me confirme que c’est bien un escargot. Je reviens dans ma cuisine. Il avance toujours sur le plafond, en provenance du plateau à compost, direction la fenêtre. Serait-il sorti de la salade que j’ai remontée du jardin partagé après que Françoise l’ait récoltée à côté de la parcelle de ma-Jeanine ?
C’est sûr qu’il vient de là. Où va-t-il ? Il ne le sait sans doute pas lui-même. Il s’est arrêté juste au-dessus de l’évier. Tout à l’heure, j’irai le chercher et je le ramènerai dans le jardin. Il ne faudrait pas que l’escargot me tombe sur la tête, on a déjà assez à craindre du ciel ! Par toutatis ! La vie.

Clé @9

GuadeloupeIl est parfois des expériences sensibles qui me troublent sans que je n’aie la clé du mystère, comme ce papillon qui est venu hanter ma cuisine. Mon séjour en Guadeloupe m’en a valu une autre, que je n’explique pas plus.
D’abord, le contexte général. Je ne suis pas allée dans ce pays me dorer sur la plage, chacun s’en doute. J’y suis allée vivre mes émotions. Je pensais y être dépaysée, fortement, mais je me suis sentie « chez moi » d’emblée, les paysages m’étant familiers et tout ce que j’ai pu découvrir m’a paru s’imposer comme existant déjà en moi. Je n’identifiais pas ce que je voyais, entendais, mangeais, sentais, éprouvais, mais cela allait de soi et je n’ai pas eu le sentiment d’être en terrain véritablement inconnu.
Dans ce contexte, je me suis retrouvée à grignoter de la canne à sucre au retour du marché. J’en avais mangé une fois, quand papa en avait ramené d’un séjour à Madagascar. C’était… au début des années 70. Il avait ramené un panier tout en hauteur rempli de fruits exotiques. Mes premiers fruits exotiques ! Litchis, mangues… d’autres dont je ne me souviens pas, et canne à sucre. Ce panier avait une drôle d’odeur, ça je m’en souviens, pas très agréable, un peu comme le rayon fruits de chez Tang à certaines saisons.
Et la canne à sucre. Je la grignote, assise sur le siège passager dans une voiture qui roule sur une route de Guadeloupe et là ! Je me souviens d’un rêve, fait il y a quelques mois, où je grignotais de la canne à sucre dans une voiture en mouvement. Quel rêve ? Je cherche dans ma conscience. Je ne trouve pas ; mais je sais que j’ai fait ce rêve et qu’il était plein d’autres ingrédients que la canne à sucre sans que je ne sache lesquels. Depuis, je cherche ce qu’il y avait dans ce rêve non pas parce que je le crois prémonitoire, juste parce que le sucre qui coule sur mon menton dit autre chose que du sucre sur mon menton.
Quoi ? Peut-être que le papillon savait… Il est venu se coller dans mes jambes pendant que je faisais la vaisselle et… Oui. J’ai écrasé le papillon. Mais je ne crois pas qu’il soit mort. La Guadeloupe n’est-elle pas l’« Île papillon » ? Et la canne alors ? En corrigeant ce billet, j’ai trouvé une jolie coquille : « canne à suivre ». D’accord. Je suis. Je vous dirai où cela me mène, si jamais je le sais un jour !

Clé @8

Blog balJ’ai choisi d’emménager dans un appartement au dernier étage, qui est au septième. En emménageant, j’ai découvert que la répartition des boites aux lettres suit la répartition des appartements. Je me suis donc retrouvée avec une boite dans la rangée du haut. Je vous rassure, je peux l’atteindre, mais impossible de regarder dedans. Ce qui me manque, car j’aime bien vérifier visuellement si j’ai du courrier, et n’est pas pratique. Je dois donc passer la main dans tout l’intérieur pour savoir si j’ai du courrier, le bras complètement levé. C’est confirmé : habiter au septième, c’est du sport !

Clé @7

mariage Petit Mouton Lapin crétinÀ relire mon avant-dernier billet, il semble qu’il m’a permis de prendre conscience de ce que j’avais compris… En déroulant ce matin, j’ai songé en effet que l’amour était la seule voie, le sens qui est intrinsèque à la vie. Mais quel amour ? Tout amour. L’acte d’aimer, en fait, celui qui en tant que tel donne la joie, qui donne l’énergie. Aimer, donc, le verbe, plus qu’amour, le nom. Car le verbe dit l’action et l’action, c’est l’énergie de vie, l’en-vie.
Arrivée à ce stade de ma réflexion, j’avais la tour Montparnasse en point de mire. Il faut savoir que c’est une de mes interlocutrices privilégiées. Elle est d’une telle sagacité ! Et d’un tel secours ! Nous avons donc devisé dans cette longue ligne droite en faux plat descendant qui termine mon parcours. Je lui ai expliqué que les trois mamelles de mon existence seraient désormais le sport, pour le bien-être de mon corps, l’écriture, pour la sauvegarde de ma santé mentale, et l’amour, pour dire le sens et me donner la joie. Et là, seule, j’ai ri (aussi jaune que mon tee-shirt) : mais comment fait-on quand l’autre ne veut pas qu’on l’aime ?
La Tour m’a alors expliqué que l’amour n’avait pas vocation à exiger quelque chose en retour et qu’il fallait aimer, « pour la beauté du geste », comme le chante… je ne sais plus. Aimer, pour exister, être, aimer, donner, créer. Aimer comme on respire. Aimer parce que cet acte en lui-même est nourrissant. Quelques heures plus tard, Sylvie L. me faisait remarquer que tout le monde n’est pas aimable. En effet. Et il m’appartient, bien sûr, de décider de qui j’aime. Mais aimer, ça oui, c’est acquis ; je veux que telle soit ma joie, à tout instant.
Merci la Tour. Et merci Sylvie. Transpirer. Écrire. Aimer… Hardi ! C’est bon, la vie.