Archives de catégorie : Brosse @

Brosse @45

Ma nouvelle coupeEn ce mois de février, je suis allée chez le coiffeur. Cela fait plusieurs fois que je vais dans le même petit salon de quartier, mais c’est la première fois que je voyais cette employée. Quand je lui ai dit que je voulais des cheveux courts, elle en a été réjouie. Elle m’a répété plusieurs fois qu’elle aime couper les cheveux, que cela lui fait plaisir, car sa clientèle est plutôt composée de femmes voulant des teintures et des brushings. Une cliente présente l’a confirmé, clamant qu’il était hors de question de se faire couper les cheveux !
J’ai les cheveux un peu plus courts que je ne pensais, mais au moins, pour une fois, je n’ai pas eu à insister pour une bonne coupe d’été et j’ai pu apprécier le plaisir évident de la coiffeuse. Et je sais que je dois m’attendre à ce qu’on m’appelle « monsieur ».

Brosse @44

Le 21 octobre 2018, j’avais fait un billet où il était question de Tour de France, d’hôtesses, de domination masculine, de maman, de mon grand-père, de féminin, de lutte féministe et/ou antisexiste… alors que le mouvement #NousToutes agissait pour que cette représentation de l’assujettissement des femmes cessât. Après un peu d’agitation, la revendication était tombée en désuétude et voilà que, subitement, elle obtient satisfaction ; ou non ?
Quand j’ai vu passer l’info, j’ai pensé que le covid-19 avait décidément des conséquences inattendues : après avoir fait diminuer le maquillage et le port du soutien-gorge pendant le confinement, plus de bisous-bisous à l’arrivée des coureurs ; plus d’hôtesses donc. Et bien non, ce serait trop beau. Il y aura en fait une hôtesse et un hôte (qui dans le sens assigné à hôtesse n’est pas son masculin, ce me semble), cette « parité » étant considérée comme « luttant contre le sexisme et l’objectification des femmes » dans la dépêche AFP reprise par Liébération.
Réduire le sexisme à une histoire de parité me semble douteux autant que réduire sa représentation ne me paraît pas le réduire lui-même. Quant à l’« objectification » des personnes, je la trouve aussi condamnable qu’il s’agisse d’une femme ou d’un homme. Et que va-t-il se passer quand on pourra de nouveau s’embrasser ? Le vainqueur de l’étape serrera la main de l’hôte avant de coller la bise à l’hôtesse ? Il va vraiment falloir m’expliquer ce que l’on vient de « gagner ».

 

Brosse @43

En passant sur le parvis de l’Hôtel de Ville, Isabelle a remarqué les oriflammes installées fin août par la Ville pour rendre visible les victimes des féminicides en France depuis le 1er janvier 2019. L’insupportable compte en est tenu par une page Facebook communautaire Féminicides par compagnons ou ex (ici). Elle m’a envoyé quelques photos où j’ai remarqué que « août » était accentué. Forcément, j’ai eu envie d’écrire au service de communication de la Ville qui, en plus de pratiquer le validisme, pratique le sexisme dans cette contribution typographique à l’ordre bourgeois, sexiste et raciste qui nous opprime. Les deux vont si bien ensemble…
Voici mon courrier, que j’ai également envoyé à Hélène Bidard et Célia Blauel, deux adjointes à la maire de Paris en pointe des luttes féministes. Je ne manquerai pas de vous dire si j’ai une réponse.

Madame,
Je tenais avant toute chose à vous remercier pour ces oriflammes apposées sur l’Hôtel de Ville énumérant les noms des femmes victimes cette année de féminicide, oriflammes qui, par leur puissance évocatrice, sauront, je l’espère, porter les Parisiens autant que les Parisiennes à se mobiliser contre ces violences.
L’écrivaine que je suis ne peut néanmoins vous épargner une remarque typographique qui, au-delà de l’anecdote, porte un sens politique majeur. Je remarque en effet que le nom de mois est écrit avec une majuscule, ce qui est une faute en français. La majuscule est un calque de l’américain, langue internationale qui symbolise le libéralisme mondial et l’exploitation des peuples qui va avec, donc des femmes. Cette majuscule vient donc ternir le message par son empreinte sexiste, considérant que le sexisme est un système d’oppression.
Cette faute typographique (et politique) est malheureusement très fréquente et je trouverais bien que la Ville de Paris n’encourage pas son usage.
Je vous remercie de l’attention que vous porterez à mon message.
Bonne journée
Cy Jung, écrivaine

Brosse @42

Je porte les cheveux très courts. Isabelle me fait le plaisir (elle me sauve du coiffeur) de me les tondre régulièrement sous l’œil attendri des Mouton qui, eux, gardent toute leur laine, été comme hiver. J’ai racheté une tondeuse il y a quelques mois, la mienne tirant plus les cheveux qu’autre chose. Cet accès de modernité a gagné Isabelle il y a une quinzaine de jours : elle s’est enquise d’un peignoir de coiffeur et d’une cape de coupe.
Jusqu’à présent, nous utilisions une cape de marathon après avoir découpé la capuche. Ce n’était pas terrible et Isabelle a sacrifié un tee-shirt qui fait ramasse-cheveux, le plus compliqué, finalement, pour les coupes maison, étant la gestion de la matière coupée. Avec ces deux nouveaux accessoires, j’ai moins été inondée de cheveux, même si un rouleau de col crêpe manque encore à l’appel.
Je ne sais pas si c’est l’émotion, mais en cours de tonte, Isabelle a lâché la tondeuse. Elle a volé au milieu du salon. Elle l’a reprise et a continué sa coupe, se rendant compte un peu tard que le réglage avait changé sous le choc, passant de n°3 à n°1. C’est court ! J’avoue que j’aime beaucoup, je ne vois pas mes cheveux, juste un reflet. En quelques jours, ils sont redevenus doux au toucher.
J’ai remarqué pourtant que les réactions sont nombreuses, souvent sous forme de boutade. Une femme avec les cheveux ras, albinos qui plus est, cela se remarque et choque. J’ai aussi des compliments, comme hier soir en rentrant assez tard d’un voisin en train de picoler sous mes fenêtres. On a les fans que l’on peut !

Brosse @41

Je cherchais dans Twitter si une écrivaine citée par Isabelle dans son billet « Grand Homme @26 » avait un compte Twitter. « Taguer » est un sport qui ne m’est pas encore aisé mais je m’y applique tant j’aime tisser des liens.
En faisant ma saisie dans le moteur de recherche, je me suis trompée de prénom (Florence au lieu de Françoise) et ai obtenu quatre résultats qui n’étaient évidemment pas les bons. J’ai passé en revue chaque résultat avant de me rendre compte de mon erreur. J’ai remarqué au passage que Twitter est d’un sexisme éclatant.
Sur les quatre comptes, trois n’avaient jamais écrit de microbillet. Ils en portaient la mention avec cette précision « Quand il publiera des Tweets, ils apparaîtront ici. » « Il » ? Florence est manifestement un prénom féminin. Pourquoi pas un simple « il ou elle publiera » ? On se le demande !

Note. Si Twitter veut éviter les questions de genre pour s’extraire du débat sur la binarité, il est aussi possible d’utiliser la voix passive (« Quand des microbillets seront publiés, ils… ») ou encore de faire une référence directe au compte (« Si ce compte publie des microbillets, ils… »)

Note 2. Je vous accorde que l’expression « Grand homme » est genrée ; mais « Grande femme » n’aurait pas le même sens. Il n’y a pas toujours de solution qui n’est pas dommageable au sens produit. Mais vous avez des suggestions… Les commentaires sont ouverts !

Brosse @40

Johnny, mon champion, m’a fait découvrir Eddy de Pretto et sa chanson Kid. Je n’avais pas spécialement écouté les paroles jusqu’à la semaine dernière où j’ai découvert sur Facebook une version réécrite par Barbara Pravi à l’occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes (8 mars).
Redoutable.


J’ai alors décidé de mieux écouter la version originale.

Je ne sais pas pourquoi mais la version « femme » me semble plus efficace que la version « homme » alors que le texte de Eddy de Prieto est rare et précieux. Elle me ramène au dernier livre numérique que j’ai lu, Ces hommes qui m’expliquent la vie de Rebecca Solnit. Ce recueil de textes en contient un qui appelle à réfléchir à la « condition masculine » et à ce qu’un homme endure quand il renonce à son privilège de mâle. Il ne s’agit pas de plaindre l’oppresseur ; il s’agit de le contrer autrement, de dire que la fabrique du masculin est tout aussi oppressive que celle du féminin.
En se situant sur le terrain de la nature de l’oppression, ne peut-on pas espérer que plus d’hommes s’impliquent dans les luttes féministes ? Je l’ose.

Brosse @39

Isabelle a consacré un billet avec une fort judicieuse analyse de l’utilisation par une femme du verbe « défigurer » en lieu et place de « dévisager » (ici). À l’occasion de ma relecture de son billet (nous relisons mutuellement nos billets avant publication), je lui ai fait remarquer qu’elle utilisait « domination machiste » plutôt que l’habituelle « domination masculine ». Elle m’a répondu : « Machiste renvoie plus à l’aspect culturel donc symbolique, je trouve. Je laisse comme ça. Tu pourras lancer le débat 😉 »
Je l’ai donc fait en commentaire :

« J’utilise plus volontiers le terme de « domination masculine », que « machiste ». Je n’aime pas le mot « macho » et le « machisme » qui va avec, sans doute parce que « macho » a été galvaudé et n’est pas utilisé de manière péjorative. Mais en regardant Antidote, il semble que « domination machiste » est particulièrement efficace vu que le machisme se définit comme « Idéologie prônant la suprématie de l’homme sur la femme. »
« L’avantage de machiste est que l’on n’incrimine pas directement les hommes, plus le système de domination… Je vais faire un billet ! 😉 »

Je trouve que le sujet mérite plus qu’un commentaire. J’utilise beaucoup le terme de « domination masculine » et, face à un homme, je remarque qu’il prend souvent cela pour lui. Je ne fais pourtant aucune attaque personnelle, ce d’autant moins que les hommes que je fréquente cherchent à éviter les comportements et propos sexistes avec moi (on se demande bien pourquoi !) Je peux ainsi avoir du mal à leur expliquer de quoi je parle car, souvent blessés, ils se braquent.
À mon sens, la domination masculine n’est pas question de sexe ou de genre ; je le disais ainsi dans mes Fragments d’un discours politique :

« (…) si je dis que l’ordre est fondé sur la domination masculine, cela ne veut pas dire que chaque personne de sexe masculin est coupable de cette domination. Il est donc inutile aux hommes de bonne intention de s’en défendre ou de chercher à aligner des gages de non-pratique dominante. La question n’est pas là. La domination masculine est une attitude collective, un « réflexe de classe », pourrais-je dire, savamment entretenue par l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste qui y puise là un de ses fondements. Les personnes de sexe masculin y participent autant que celles de sexe féminin parce que promouvoir la domination masculine, c’est promouvoir l’ordre établi et qu’il demeure assez rare de chercher à dénoncer et à détruire ce qui structure nos existences. »

À la relecture de ce passage, il me devient de plus en plus évident que je parle de « domination machiste » et non « masculine » voire simplement de « machisme », système de domination par définition. Mais supprimer le terme de « domination », qui est de fait redondant, me semble amoindrir mon propos. Ah ! que c’est compliqué. Il va me falloir choisir. J’y réfléchis.

 

Brosse @38

Le mouvement #NousToutes (je préfère le français) a des conséquences inattendues pour moi. Un reportage télé a donné l’idée à maman de ressortir son album photo. Mon grand-père était représentant chez Ricard, entreprise de spiritueux qui sponsorisait des courses cyclistes. Maman m’écrit : « Comme mon papa était fier de moi, il proposait que je sois l’élue qui officiait. Dans les photos jointes, c’était à l’arrivée à Bourbon-les-Bains du Tour de la Haute-Marne, en 1958. » Elle joint à son mail deux photos qu’elle m’autorise à publier.
Quel sourire ! J’en suis tout émue. Maman me précise : « J’avoue ne pas me souvenir de ce que je ressentais à l’époque, je pense que ça me flattait, ça me faisait certainement plaisir aussi, les photos en témoignent… ? » Bien sûr que cela la flattait, comme cela flatte toutes les femmes dès qu’un homme (voire une femme) les regarde comme un objet (et non un sujet) de désir. C’est bien le propre de la domination masculine d’arriver à ce tour de force de faire de ses victimes les plus belles ambassadrices du machisme.
On le sait, ça, depuis… Je ne sais pas mais on le sait. Et pourtant, #NousToutes n’a eu aucun effet sur la consommation de cosmétiques et autres tant, pour une femme, être belle, c’est plaire selon des canons véhiculés par l’industrie voire la médecine. C’est tellement plus acceptable d’opprimer les femmes avec de jolies robes et un certain tour de taille qu’avec des nerfs de bœuf surtout si l’on arrive à leur faire croire que cela leur fait plaisir. N’est-ce pas mesdames ?
J’adorais mon grand-père ; je ne suis pas contrariée de ce qu’il a fait vivre à maman (il lui a aussi offert une remontée improvisée des Champs-Élysées dans sa voiture Ricard un 14 juillet !) ; il l’a fait par fierté ; autant que maman l’était. Je suis juste triste que ces mécanismes d’oppression perdurent, et soient toujours consentis. Je suis aussi très émue de ces photos. Maman est belle au-delà de tout désir de séduction, en deçà même ; elle est belle soixante ans après que ces photos ont été prises sans besoin de la sueur d’un cycliste pour l’être.
Cela amène une question : dans le système hétérosexiste, qu’est-ce qu’être belle pour une femme si l’on s’extrait des regards libidineux des hommes (voire des femmes) et de ses enfants ? La fierté, sans doute ; la liberté. La vie de maman me prouve que l’on peut embrasser à 18 ans un cycliste qui pue par soumission à la domination masculine sans y aliéner le reste de son existence. Chaque seconde nous offre l’opportunité de sortir de l’engrenage. Ces photos sont cet espoir parce qu’elles sont notre histoire. La liberté.
Merci maman. La lutte continue !

Brosse @37

Vous aurez remarqué comme moi que l’« écriture inclusive » se développe notamment en ligne. Je mets des guillemets car cette écriture inclusive se résume souvent à mettre des points médians (ou « points milieu »), sans grande réflexion sur le reste du texte. Vous trouverez un guide à télécharger ici, avec quelques développements utiles sur ladite écriture. Pour ce qui est du point médian, sans que cela ne m’étonne, il est ainsi seule marque de l’écriture inclusive, sorte de tarte à la crème qui veut faire croire que l’on s’interroge sur la langue là où ne fait que de la comm’ branchouille.
Ce seul usage du point médian pour « faire inclusif » est d’autan plus ridicule que ledit point n’est pas correctement exécuté. On trouve en effet beaucoup de points de ponctuation « . » utilisés en guise de point médian « · ». Il est vrai que ce caractère n’est pas au clavier et requiert l’usage d’un code Asci sur PC et d’une combinaison à trois touches sur Mac. Sur téléphone et tablette, c’est encore plus hasardeux ; le copier-coller s’impose.
Et parfois, le ridicule tue, quand par exemple cette mauvaise typographie illustre un article sur les discriminations, article produit par un média LGBT qui se prétend inclusif. Lequel ? Il n’y en a pas tant… Je tais son nom. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres et tout aussi falots. Les modes passent ; les discriminations sexistes malheureusement pas.

Brosse @36

1132-cecyleJe suis avec grand intérêt quelques pages Facebook du mouvement afroféministe, d’abord parce que je suis noire, aussi parce que l’idée selon laquelle une femme noire subit un double système d’oppression m’est une évidence. Certaines de ces pages sont très assidues à publier des photos de femmes noires pour saluer leur beauté, une beauté très « féminine » au sens de « conforme aux stéréotypes de genre ». La chose m’a toujours surprise, moi qui considère que ledit « féminin » est un moyen particulièrement efficace d’oppression des femmes. Mais, dans la mesure où je ne peux contester l’engagement féministe de ces pages, je les ai observées, sans comprendre mais sans tirer de conclusions hâtives non plus.
Et puis, j’ai lu cet article, relayé par l’une de ces pages, surprise du constat de départ sur foi d’une citation de Rokhaya Diallo : « Les féministes blanches veulent se départir des attributs de beauté que les diktats leur imposent et qui les infériorisent vis-à-vis des hommes. Mais pour les Noires, auxquelles on a toujours dit que leurs traits étaient laids, le fait de se battre pour que ces attributs soient reconnus comme beaux prend tout son sens. Notre revendication est d’affirmer que notre corps est aussi beau que les autres alors que nous sommes invisibles médiatiquement. »
Je n’avais pas imaginé que l’on puisse considérer comme laid le corps des femmes noires ! J’avais bien remarqué l’insistance de certaines femmes à blanchir leur peau, défriser leurs cheveux, voire modeler leur corps à la sauce blanche, souvent au péril de leur santé, mais je n’avais pas associé cela à une lutte contre une laideur supposée, plus une lutte pour une meilleure intégration par une apparence « plus blanche ». Je suis naïve parfois tant je me suis défaite des « diktats » de l’hétéronormativité. Pour le coup, je comprends mieux la démarche de ces pages et de ces militantes féministes. Puis-je pour autant la soutenir ? Je n’en suis pas là mais au moins, je n’en conteste rien.
Resterais-je à jamais une « féministe blanche » moi qui me sens si noire ? Sans doute que oui, ne serait-ce que parce que ma perception de l’être noir n’a forcément rien à voir avec le réel d’une femme noire. Autrement dit, la convergence des luttes ne peut être confondue avec l’identité des vécus. J’ai en outre trop de respect pour les femmes qui s’engagent, trop de colère contre l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste pour ne pas accepter d’être reléguée par celles qui en éprouvent le besoin, la nécessité presque historique, au rang de la petite-bourgeoise blanche parisienne que je suis. Je n’ai pas envie de faire mes preuves, de me justifier ; j’espère que mon engagement et mon écriture le font pour moi. J’espère aussi que nos luttes nous permettront de nous retrouver face à l’ennemi commun, le patriarcat, lui qui a toutes les couleurs de l’adversité.
Profitez de ce billet pour lire l’article que je signale. Il dit beaucoup de ce que nous avons à apprendre les unes des autres parce que s’affirmer « non raciste » ne suffit pas ; il est urgent de le vivre !