Archives de catégorie : Bateau @

Bateau @11

Helgant et moi dans une barque sur un étang Durant les vacances de ce mois de juillet, j’ai passé une semaine dans un gîte avec étang privé. Mon neveu a passé quelques jours avec Helgant et moi, et tous les trois, nous avons vogué. Oui, un homme et une femme (sans compter le chien) dans une barque (pour le clin d’œil, cf. lien).
Nous avons passé de savoureux moments sur l’eau, et aussi dedans pour Helgant (involontairement en tombant d’un kayak) et pour moi (volontairement en plongeant du bateau) grâce au rameur, et quand de besoin sauveteur, hors pair que nous avions avec nous.
Helgant a pataugé dans l’eau et pour la première fois, je l’ai vu nager. Pas longtemps, mais sûrement.
Que du bonheur.

Bateau @10

FrioulMon séjour sur un bateau de luxe, en août 2015, s’il m’a été une souffrance, n’a pas été une vaine souffrance. Ce séjour a eu un effet cathartique qui m’a permis de mieux prendre conscience de mes choix personnels, de les discuter et de les porter à l’écriture dans un long texte de réflexion (cent cinquante pages), que vous pouvez lire ici.
À mon retour, j’ai également développé une manière d’être au monde où je le regarde un peu plus, où je me pose pour ce faire, où je dialogue avec mes tours et avec ce qui fait le « paysage » de ma ville, comme si ce paysage en était l’âme. Je marche, je fais corps avec elle, je regarde par la fenêtre, je vois cette cheminée que je n’ai jamais vue, il y a cet oiseau qui chantait tout à l’heure le long de la petite ceinture, cet autre qui court avec moi, le soleil qui passe à travers les vitres de Notre Dame du travail au moment de la triangulation, cette herbe qui n’est pas givrée et que je caresse pour m’en assurer, cette pierre que je touche pour faire un signe au pont d’Avignon à huit cents kilomètres d’ici.
J’ai découvert, il y a quelques années, la joie que procure un moment de silence dans un lieu dédié à la spiritualité ; je découvre un peu plus chaque jour comment le spectacle d’un nuage qui accueille le rosé du soleil m’emplit de félicité. Oui, félicité. Je m’apaise, je le sens, alors que ma colère ne tarit pas ; je m’apaise dans une capacité nouvelle à accueillir l’instant, son spectacle, ses odeurs, ses sons… et les personnes qui vont avec. Parfois, quand je marche, je m’arrête, juste pour apprécier l’instant, pas uniquement ce que je vois mais ce qu’à un instant je ressens. Je m’arrête aussi souvent quand j’ai l’impression que quelqu’un est en difficulté, ou quand quelque chose se passe de surprenant. Je m’arrête, je m’imprègne, j’interviens ou non. Je suis présente ; voilà, c’est ça, je me sens de plus en plus présente au monde et cela me fait un bien fou !
Puis-je partager avec vous ce que j’éprouve (c’est toujours difficile) ou au moins la démarche, vous donner envie de regarder là, autour de vous, tourner la tête vers la fenêtre, vous poser… et sourire à l’instant ?
Sourire à l’instant.

Note. J’ajoute que je dois à Isabelle cette idée de regarder le ciel ; chaque matin, sur le bateau, j’allais dérouler très tôt pour avoir le maximum de fraîcheur ; elle se levait avec moi et attendait le lever du soleil. Je crois que c’est la première fois que je regardais le soleil se lever. Depuis, je constate que, où que l’on soit, il est toujours aussi beau !
Merci Isabelle.
Et merci Soleil ! Boudhakarathaï.

 

Bateau @9

IstanbulQuand un attentat est commis dans un lieu que l’on connaît, que l’on a fréquenté, que l’on fréquente, où l’on a des amis, de la famille, l’impact est toujours plus grand, sans doute parce que cela accroît la proximité avec le terrible événement. Je me souviens très bien de l’obélisque de Théodose, à Istanbul, là où une bombe a tué dix personnes le 12 janvier. Nous y sommes passées, les quatre jours que nous étions cet été dans cette ville, en moyenne une dizaine de fois par jour ? Plus ou moins ; qu’importe ! Notre hôtel était à trois rues et la place Sultanahmet était un passage obligé pour toutes nos visites. Nous aurions pu être ces touristes morts ou blessés, comme nous aurions pu être ces Parisiennes tuées ou blessées le 13 novembre dernier.
Nous aurions pu. Nous n’avons pas été. Nous serons peut-être un jour. Je ne sais pas. Je n’ai pas changé mes habitudes à Paris mais je ne retournerai sans doute pas à Istanbul, sans que cet attentat n’y soit pour rien. Cette ville, sur les trois lieux de notre séjour estival, est sans doute celle qui m’aura laissé le moins de traces. D’Athènes, je garderai les trottoirs défoncés, les cafés glacés pleins de mousse et le petit musée consacré à Melina Mercouri. Je sais, au pied de l’Acropole, cela peut être étrange mais c’est comme ça. Mélina m’a plus émue que les Cariatides.
Quant au bateau… Ah ! le bateau. Il a monté de quelques crans mon désir de changer le monde et a déclenché l’écriture de Fragments d’un discours politique, texte qui m’est aujourd’hui majeur et qui trouve sa première traduction dans la rubrique « + 7 » de mon site inaugurée début janvier. C’est déjà énorme. Mais il y a encore mieux ! Le bateau m’a donné le goût de regarder le lever du jour, d’aller dérouler avant qu’il ne survienne pour en savourer les premières lueurs, faire ma gym en regardant le soleil se lever.
N’est-ce pas le plus précieux, le jour qui se lève ?
L’aurore.

Bateau déroulé

Bateau @8

Running trackEn plus de lire Despentes avec Petit Mouton et Petit Koala au bord de la piscine (ici), et de savourer aujourd’hui tout ce que ce bateau a pu déclencher en moi de réflexions politiques libertaires que je formalise avec beaucoup de plaisir dans mes Fragments d’un discours politique toujours en cours d’écriture, je dois accorder à cette centrale thermique flottante de m’avoir permis de dérouler sur sa « running track », piste de course, en français.
Il s’agissait d’un anneau d’une bonne centaine de mètres (treize tours étaient nécessaires pour couvrir un mile) surplombant la piscine… et la mer. Surtout la mer ! J’avais emporté mes affaires de course, espérant pouvoir utiliser cet équipement en dépit de la chaleur de cet août méditerranéen. 25° avant le lever du jour, à 6 heures. C’était déjà au-delà de ma limite habituelle, mon albinisme contraignant quelque peu la gestion de ma température intérieure. Mon dépit général était tel que je devais le tenter.
Comment dire alors mon plaisir ? La piste était trempée à mon arrivée, la nuit plus tout à fait noire. Au fil de mes tours, le jour se levait jusqu’à ce que le soleil apparaisse à l’horizon. Il n’y était pas et hop ! D’un coup, il y était. Il ne faut pas rater l’instant, il est si fugace. À une exception près, j’ai eu ce plaisir chaque matin, tournant avec la régularité d’une horloge entre quarante minutes et une heure, selon les jours, éprouvant parfois le roulis, luttant aussi contre le vent (mauvais du libéralisme ambiant ?)
C’est cher payé (je parle d’emprunte écologique et d’exploitation des personnes) l’heure de plaisir, mais au moins, j’aurai su le prendre. Il m’en reste celui du déroulé au lever du jour, avec d’autres périls, cette fois (). Et de ma seconde séance de sport quotidienne (il fallait bien ça !), en salle climatisée, cette fois, je garde le plaisir du rameur, appareil que je ne connaissais pas. Il m’a menée à entrer dans une petite salle de sport près de chez moi et à me renseigner sur les prix, qui n’étaient pas dissuasifs. Avant de partir, j’ai demandé au monsieur qui m’a reçue.
— Cela pose un problème si je suis malvoyante ?
— La dame qui est à l’entrée l’est aussi.
Chouette ! Une affaire à suivre…

Coucher de soleil 1Coucher de soleil 2

Bateau @7

Port d'ÉphèseAlors que nous attendons à Roissy l’embarquement dans l’avion qui doit nous mener à Istanbul, un policier arrive, un passeport à la main, un homme sans aucun bagage à main à sa suite. Le policier fait asseoir l’homme et va voir le personnel d’Air France en train d’organiser l’embarquement. Discussion. Talkie-walkie. Téléphone. Discussion. Talkie-walkie. Attente. Arrivée d’un membre d’équipage par la passerelle. Discussion. Attente. Talkie-walkie. Attente.
J’entends des bribes de conversation. Je comprends que l’homme va être expulsé. Il est serein. Le policier est plus nerveux. Je surveille ce qui se passe. Je voudrais aider cet homme à ne pas monter dans l’avion. C’est idiot. Il ne demande rien. Il embarque le premier, sans violence. C’est la première fois que j’assiste à une expulsion. Je suis mal à l’aise. Je ne saurais dire pourquoi. Le principe sans doute.
Dix jours plus tard, le bateau est à quai dans un port turc. Nous devons appareiller à 22 heures. Pour assister à la manœuvre, nous nous installons sur le pont juste au-dessus de la passerelle. Deux agents de la sécurité du bateau sont là. Ils nous disent que nous attendons quatre passagères pour partir. Une arrive, puis deux. La dernière enfin. Elle est en retard. Elle ne court pas. Elle monte à bord. Allons-nous partir ?
Nous suivons le ballet des remorqueurs. Le paquebot sur l’autre ponton part avant nous. Sur celui où notre bateau est amarré, il y a beaucoup d’allées et venues. À l’évidence, on attend quelqu’un, ou quelque chose. Nous formons des hypothèses de série B en scrutant le bout du ponton, tentons de suivre les conversations entre l’équipage, la sécurité, les personnels du port. Les téléphones font échos aux talkies-walkies. Mais que se passe-t-il ? Le capitaine donne un passeport à un homme venu de terre. Il le lui rend. Le passeport circule de main en main. Le temps passe. Il est presque minuit quand une passagère passe la passerelle avec ses bagages. Elle quitte le bord. Le capitaine lui donne un courrier. Elle lit puis le lui rend. Il donne le courrier et le passeport à l’homme venu du port. Ils s’en vont. La passerelle se lève. Nous partons.
En discutant avec d’autres passagères qui attendaient avec nous, on comprend que c’était la même femme que celle qui est rentrée la dernière. On l’aurait vue à un autre moment titubant dans les couloirs, comme droguée. En recollant les morceaux, nous comprenons qu’elle a été expulsée du bateau peut-être pour une affaire de stupéfiants. Nous n’en saurons jamais plus. Je suis toujours aussi mal à l’aise. Je ne saurais pas plus dire pourquoi. Le principe, sans doute.
Avec cette dernière remarque : deux expulsions en dix jours de vacances ; ça fait beaucoup, tout de même ! Air du temps ?

Bateau @6

Bateau soleilAprès avoir pris réellement conscience que je m’étais trompée de vacances, et le retour approchant, une question m’a vite obsédée : qu’allais-je répondre à qui me demanderait « As-tu passé de bonnes vacances ? »
D’un côté, non, puisque je ne me suis guère amusée ni détendue en même temps que j’ai eu du mal à contenir ma propre violence. D’un autre côté, ce que j’ai pu partager avec Isabelle, même si c’était souvent du désespoir, a été très fort autant que je ressors de là gonflée à bloc pour m’opposer à cet ordre bourgeois hétérosexiste et raciste qui m’est de plus en plus insupportable. J’ai par ailleurs engagé une réflexion politique à l’écrit qui me fait un bien fou.
Mais comment formuler cela simplement ? Car je ne pouvais objectivement pas dire que j’avais passé de « mauvaises vacances » ni qu’elles étaient bonnes. Et j’avais cette crainte (que j’ai toujours) de m’éloigner un peu plus de personnes que j’aime à leur dire « Tu sais, le monde, j’ai envie de le changer sous une forme qui ne va pas forcément te plaire »…
Les premiers qui m’ont posé la question ont été mes judokas. Je n’ai pas su « faire semblant ». J’ai d’emblée répondu en parlant du bateau, centrale thermique flottante où le Sud en soute sert le Nord au bord de la piscine. Et là, je dois avouer ma surprise de constater qu’ils n’ont pas eu l’air surpris de ma réaction, amusés même de me voir remontée comme un coucou suisse, ravis de me trouver « en forme » !
Les jours suivants, j’ai fait la même réponse à mes amis, copains-copines et voisins, aux soignants de Sainte Marie Joseph, à tous ceux à qui j’en avais parlé avant de partir. Et toujours à ma grande surprise, pas un n’a été surpris, certains allant même jusqu’à dire « Je n’avais d’ailleurs pas compris ton choix de telles vacances. » Toutes ces personnes qui partagent un peu de ma vie me connaîtraient-elles mieux que moi-même ?
Voilà un bien joli cadeau de rentrée qu’ils me font. Je vais tâcher de penser une révolution à la hauteur de leur attention à mon égard. Ça va dépoter !

Bateau @5

Annuaire AzamaraDans la cabine, il y a une liste de numéros de téléphone au mur près de l’appareil. Le premier numéro est le comptoir de relation clients sur le bateau, joignable 24h/24h. Les autres sont des services, dans l’ordre :

    • le room service, aussi accessible tout le temps, contrairement aux suivants ;
      le comptoir d’accueil du spa ;
    • le comptoir pour les excursions à terre ;
    • le magasin de cadeaux ;
    • le magasin vendant les photos des passagères prises par des photographes professionnels du bateau pendant la croisière ;
    • le service médical, enfin ! Il est juste avant le centre de réservations pour les repas dans les restaurants payants du bateau.

Et en cas d’urgence ? Il est indiqué de joindre le « 911 », numéro d’appel d’urgence nord-américain. En pleine mer Méditerranée, pas sûr que ce soit le plus rapide. Sans doute que joindre le comptoir de relations clients permet de faire alerter l’équipe médical. Ordre révélateur des priorités de l’affréteur…

Bateau @4

MuséeJe ne crois pas avoir vu autant de statues, bas reliefs et autres éléments de vaisselle de mon existence que durant ces quatre jours à Istanbul et huit à Athènes. Vous me direz qu’en ces contrées, c’est là le centre de l’attraction. Et n’est-ce pas « so amazing » (j’adopte l’expression en anglais, cela colle si bien !) de se trouver devant ces traces des us et cultures des peuples ayant vécus dans ces millénaires d’avant Jésus Christ ?
Cela l’est forcément, et certains lieux, certaines pièces, sont en tout point magnifiques et remarquables. Cela, pourtant, ne me touche pas, ne m’émeut pas, et la répétition m’a fait poser à Isabelle cette question au musée d’art cycladique d’Athènes : « Dans vingt-cinq mille ans, l’humanité s’extasiera-t-elle devant une collection d’assiettes Ikea ? »
Un blasphème, sans doute, cette question. Elle ne dit que mon désintérêt total pour ces cultures ancestrales, et la condescendance à l’égard de ces peuples que je ressens dans cet émerveillement organisé. On salue leur génie, leur habileté, non pas intrinsèquement mais en rapport avec l’âge du potier. Chaque époque n’a-t-elle pas ses arts, ses génies, ses inventions, produit d’elle-même et des époques qui les ont précédés ? Pourquoi l’une serait-elle plus méritante que l’autre, plus « amazing » ? Parce qu’elle est révolue, parce qu’il n’en reste que d’infirmes traces, parce que cela nous coûte un bras de venir jusque-là admirer la chose, parce que nos origines sont là, parce que…
Je suis convaincue que ces musées sont indispensables, que la mémoire est indispensable, que la culture et l’art sont indispensables. Tous disent l’humanité, à parts égales. Il n’empêche. J’ai eu plus de plaisir à acheter mes légumes sur un marché athénien qu’à visiter l’Acropole. Et à les manger !

Haricots verts

Bateau @3

UrinoirsDans un bateau de croisière n’accueillant que des passagères, une mesure concrète s’impose : apposer des panonceaux avec le pictogramme « Filles » sur toutes les portes des toilettes hommes.
Mais que faire des urinoirs ? Les bâcher ou les décorer, avec de jolis pots de fleurs ! C’est tellement plus agréable, à la vue comme à l’odorat !

Bateau @2

JumellesLa veille de ce matin où s’est imposée l’idée que je devais faire sauter ce bateau, je lisais Despentes au bord de la piscine dans de confortables canapés. Petit Mouton et Petit Koala scrutaient l’horizon pour apercevoir Isabelle en visite sur l’île. Nous étions en Crète. J’étais bien. Le bateau était très calme. Ma lecture était un régal. Je savourais, regardant un instant l’onde étale, quand une pensée espiègle est venue surtitrer le joli tableau.
— Je serais aussi bien à Charleville-Mezieres.
En quoi, en effet, mon plaisir de lire Despentes dans un bon canapé serait-il différent si j’avais été à Charleville-Mezieres, ou ailleurs ? Qu’est-ce qui faisait mon bien-être à cet instant ? La qualité du livre, bien sûr. Le confort de l’endroit. Le souffle de vent léger qui apaise le trop de chaleur. La présence de Petit Mouton et de Petit Koala. La perspective de retrouver Isabelle et nos amies à déjeuner. Oui, la somme de tout cela.
Mais le bateau ? Qu’est-ce que ce bateau, l’île de Crète, le room service (Antidote, peu formé à l’anglais, propose « Rom service » ; je l’adore) et les sept cents lesbiennes présentes ont apporté à ma lecture ? Je ne sais pas, à part une chose peut-être. Dès le deuxième jour de croisière, j’ai pensé que si les autres voyageurs étaient sept cents hétéros, l’expérience aurait été d’emblée insupportable. Mais je sais qu’il y a des lesbiennes, à Charleville-Mezieres ; c’est par la librairie de cette ville qu’a été commandé le premier exemplaire de Once upon a poulette. Il va falloir que j’y aille en pèlerinage.