Archives de catégorie : Arc-en-ciel @

Arc-en-ciel @15

Pendant mon court séjour à Berlin (trois nuits), j’ai beaucoup circulé en bus. Le deuxième jour, alors que le bus venait juste de fermer ses portes et était encore à l’arrêt, une femme toque à la porte côté chauffeur. Le bus part sans lui ouvrir. J’étais suffisamment près de cette porte pour constater que la femme laissée sur le carreau portait un voile. Coïncidence ?
Le lendemain, rebelote. Le bus est à son arrêt, la porte se ferme, s’ouvre, se referme, s’ouvre, se referme, s’ouvre enfin ; une femme et une jeune fille montent. La femme porte un voile. La prise de bec (en allemand) avec la machiniste (très blonde) est violente. La femme et la jeune fille vont s’asseoir au fond du bus. La machiniste éteint son moteur. On reste là cinq grosses minutes.
J’interroge maman. Elle m’explique que la femme portant le voile essayait d’ouvrir la porte avec le bouton ad hoc pendant que la machiniste s’énervait sur le bouton à sa disposition pour la fermer. À l’évidence, la machiniste ne souhaitait pas que cette femme monte dans son bus. Elle a fort heureusement perdu la partie mais semblait trop ébranlée pour repartir tout de suite. Aucun passager n’est intervenu. Maman m’a assuré avoir fait les très gros yeux à la machiniste. Je n’en doute pas.
Deux jours. Deux incidents racistes. Ça fait beaucoup, non, pour un pays qui se targue d’accueillir à bras ouverts les réfugiés ? Je n’en ai jamais constaté avec une telle fréquence à Paris. Mais, qui sait ? La France est aussi un pays raciste, je n’ai aucun doute là-dessus.

Arc-en-ciel @14

Je ne me jette pas sur les chocolats. J’aime bien les fritures, poulettes et cousins belges, sans les dévorer. Cécyle m’a offert un cadeau de Pâques en précisant qu’elle avait choisi cette présentation, car on moins cette fois je la ferai disparaître plus vite que d’habitude. Pour cela, elle m’a offert une licorne ! Oui, une licorne, avec une corne et des étoiles roses !
Effectivement, je ne pouvais pas l’avoir pendant longtemps sous mes yeux sans agir. Elle est donc partie en Estomac en moins d’un mois. Je n’allais quand même pas la renier en l’abandonnant loin des yeux loin du ventre. Je dois donc avouer que je peux aimer des licornes jusqu’à les croquer. Mais cela ne m’a pas réconciliée avec l’imagerie licornesque pour autant, il m’en faut plus.

Arc-en-ciel @13

La synchronicité (encore elle) a voulu que Johnny, le champion de Cécyle (ici) lui ait envoyé ce très beau texte la veille du jour où elle publiait son billet « Préférence @3 » (). Quelle belle leçon de vie et de joie ! Il a toute sa place en Hétéronomie.
Merci, Johnny, pour ces pensées heureuses. Notre champion !

« On ne juge pas un homme sur le nombre de fois qu’il tombe mais sur le nombre de fois qu’il se relève » Jirono Kano.

La vie marque chacun de nous du sceau de la souffrance, cependant, certains en sont plus marqués que d’autres. Je ne prétends pas être le plus fort ou le plus malheureux, loin de là. Malgré tout, je me suis battu, les danses nuptiales avec le danger, le travail, la misère je les ai connus. Oui j’ai vécu des épreuves. Mille fois je suis tombé et mille fois j’aurais pu ne jamais me relever. C’est ainsi que je me suis construit. Au grès des rencontres de la vie. La mort, l’amour, l’amitié, l’esprit… Mon papa. Mon seul désir est d’avoir l’opportunité de te dire que je t’aime. Je ne désire pas te dire tout ce que j’ai accompli, mais, simplement, avec humilité, te dire que tu me manques. Je ne retiens que les moments joyeux, instructifs et passionnants que nous avons vécus ensemble. Toutes ces histoires que tu m’as racontées ont fasciné mon imaginaire, tous nos débats ont construit mon esprit critique, tes confidences ont élaboré ma personnalité. Papa. J’ai rencontré de grands hommes sur ma route. La vie t’écorche, t’enlève ce à quoi tu tiens le plus mais elle peut donner. La vie c’est avoir le temps devant soi de réaliser ses rêves. Ou plutôt de les construire. J’ai eu la chance, la motivation, l’abnégation de donner le jour à certains de mes rêves. J’ai été heureux d’atteindre mes objectifs mais il me semble que les meilleurs moments ne sont pas ceux sur le haut de la montagne mais tout le chemin parcouru pour y arriver. Tomber, se relever, courber l’échine, vivre avec l’espoir de ce rêve, ressentir l’amour de ses proches qui nous encourage, imaginer le monde différemment, sentir sous ses pieds les gisements des risques. J’ai vécu tout ça, à des degrés variables, et je reste persuadé que ce qui compte c’est le processus, les moyens mis en œuvre et pas la destination finale. Papa, te souviens-tu de ce tour du Monde ? Quelle était votre destination ? Nulle part mais les images que tu en as gardées étaient magnifiques. Je désire vivre, m’évader, flirter avec la vie dans ses abysses et dans ces cieux, rencontrer le monde, porter et confronter mes idées, donner de la joie autour de moi, recevoir l’amour de ce monde.
Les réussites d’une vie ne doivent jamais être épurées, il est indispensable de ressentir de la fierté. Prendre le temps de s’arrêter, de regarder la symphonie qu’on a réalisée. Chaque jour est une note, aiguë ou grave, événement-dépendante mais qui est présente et doit être jouée. Prendre le temps de s’arrêter, de crier toutes nos réussites. Nous avons réussi à vivre, nous avons réussi à aimer, nous avons réussi à réfléchir, nous avons réussi à choisir, nous avons réussi à supporter le poids de nos choix, nous avons réussi à nous construire, nous avons réussi. Il est indéniable que notre société nous impose des codes de réussites sociales, économiques, familiales, administratives, pécuniaires… mais que nous impose la nature ? De vivre. Et de préférence de vivre heureux. De survivre dans un monde hostile. Si notre cœur bat à tout rompre dans notre poitrine alors nous sommes vivants. Et si, tous les cœurs battent en échos, nous sommes tous unis pour nous affranchir des codes qui détruisent nos vies. Aider quelqu’un à porter sa valise, indiquer un rayon sont des gestes quotidiens, que nous pourrions subjectivement nommer anodins. À la contradiction que nous avons donnée, un tribut immatériel à quelqu’un, une forme d’énergie positive qui pourra faire sourire, soulager d’un poids, réconforter, donner de l’espoir… Tel un effet papillon. Je crois aux petits gestes, je crois aux petites pierres fondatrices qui construisent des édifices magistraux. Je crois en la beauté de l’être humain.

Johnny D.

Arc-en-ciel @12

Centre LGBTJe soutiens depuis des années le Centre LGBT Paris-ÎdF en participant régulièrement au Vendredi des Femmes et à d’autres activités, en manifestant à ses côtés, en donnant quelques sous parfois, en choisissant d’y boire mon café quand je suis dans le quartier… Il y a deux ans, j’y ai adhéré sans l’intention d’en faire plus et, finalement, de fil en aiguille, j’en suis venue à proposer mes services pour des tâches de soutier que j’aime bien. Agir dans l’ombre, pour le plaisir d’agir, et valoriser l’action individuelle et collective. C’est ma posture préférée.
Le Centre a ses règles de fonctionnement. Pour avoir les clés de l’action que l’on souhaite y mener, il convient de devenir volontaire, au sens statutaire du terme : se former, apprendre à connaître le Centre, être « validé » dans cette fonction. Ma connaissance du Centre ne faisait de doute à personne mais j’ai choisi de suivre la formation dans la mesure de ma disponibilité. C’était intéressant et je vais tâcher de rattraper les sessions que je n’ai pu suivre.
Et la validation ?
J’ai eu un entretien très officiel avec Flora Bolter, coprésidente du Centre, et Jean-Marc, responsable de l’Accueil. Je n’étais pas inquiète, plutôt émue. Je ne l’ai pas appréhendé comme une « formalité », souhaitant que cet entretien dise mon attachement au Centre. J’en suis ressortie un peu plus émue, et très fière. J’ai signé la Charte des volontaires (écrite trop petite pour que je la lise, vous savez, l‘instant de la victoire !) avec la sensation d’entrer dans un chouette giron.
Je suis volontaire du Centre LGBT Paris-ÎdF, plus de vingt ans après Isabelle qui a été trésorière de ce Centre (qui s’appelait alors CGL) dans les années 90. Je suis fière. J’ai passé mes randoris quelques jours plus tôt. Je suis fière. J’ai créé un site Web pour publier mes Fragments d’un discours politique. Je suis fière. Je viens de signer un contrat pour la réédition de Piste rose chez Homoromance éditions. Je suis fière. Je n’arrête pas d’être fière, finalement ? Oui, c’est si bon !

Arc-en-ciel @11

Guerre BrassensLe 18 juin dernier, je participais à l’organisation d’un tournoi de judo orchestré par le club de Hervé. Souvent, ces tournois sont dans le nord de Paris. Celui-là était porte de la Plaine. J’ai donc eu le plaisir d’y aller à pied en traversant le parc George Brassens dont je fais le grand tour quand j’ai besoin de marcher sans vouloir aller trop loin.
Cette fois, j’ai pris au plus court et me suis trouvée nez à nez avec un militaire, puis un second, un véhicule kaki, d’autres garés bien en ligne. On voit beaucoup de militaires à Paris sous cet inutile état d’urgence qui attente à nos libertés sans nous garantir aucune sécurité particulière. Ceux-là, pourtant, avaient quelque chose d’étrange… on aurait dit que c’était la guerre.
Je me suis encore approchée puis arrêtée. De quoi s’agissait-il ? Il y avait comme un campement au fond. Les militaires avaient quand même de drôle de tenues. J’observais tout ce que je pouvais ; mon cerveau big data chauffait ; et… Mais c’est bien sûr ! Nous étions le 18 juin, anniversaire de l’Appel du général de Gaulle !
Fêterons-nous un jour le mien ? Avec un autre décor, j’espère.

Guerre Brassens 2

Arc-en-ciel @10

TimbresIl m’est revenu en mémoire, il y a peu de temps, que dans les correspondants que j’avais lorsque j’étais ado puis jeune adulte, l’un d’eux était un jeune homo, Breton je crois. J’ai même retrouvé son nom très récemment. J’échangeais des lettres avec des jeunes de mon âge, rencontrés via un magazine de cinéma. Nous n’évoquions pas particulièrement notre vie privée et à l’époque, je n’avais pas véritablement conscience de mes désirs.
Un jeune garçon en était venu à me demander un service. Il s’agissait d’acheter des revues et de les lui envoyer contre un paiement par chèque. J’avais accepté. J’étais déjà majeure et je me suis ainsi retrouvée à acheter des magazines pornos gays.

Arc-en-ciel @9

Marche 2014C’est la marche des Fiertés. Cécyle et moi y allons plutôt en touristes, marcher un peu, notamment parce que j’ai mal au genou, se retrouver beaucoup. Après une soirée à papoter et manger une pizza à plusieurs encablures du Marais, nous allons dans une péniche où se tient une soirée spéciale pour la marche, pour prendre un verre. Nous y rencontrons quelques têtes connues, mais nous sentons en décalage d’avec ces filles essentiellement jeunes et sapées pour la soirée. Cécyle et moi avons une tenue pratique, fonction du temps, sans chercher à plaire. Je pense être seule à avoir un sac à dos avec dedans une pâte à tarte, un épi de maïs et un livre d’analyse économique.

Arc-en-ciel @8

Petit Mouton en noeud pap pour sa Cécylou !Un court échange sur la page Facebook du blog « Parlons des femmes noires » alors que j’étais aux Journées annuelles de Genespoir, association française des albinismes, m’a fait m’interroger sur ce que signifie « être noir ».
En bonne logique, on peut penser qu’il s’agit d’avoir la peau noire mais Korotimi, femme albinos noire, a la peau blanche. Elle n’en est pas moins noire (elle me l’a confirmé et c’est également le point de vue du blog suscité). Un noir peut donc avoir la peau blanche. Et un blanc peut-il avoir la peau noire ? En Guadeloupe, il semble que l’on nomme ces noirs à l’esprit blanc des « Bounty », du nom de la célèbre barre chocolatée. Mais il semble que le terme inverse, soit celui désignant un blanc à l’esprit noir, n’existe pas… Dommage, je me le serais bien approprié.
Ceci étant, que pourrait signifier avoir « l’esprit blanc (ou noir) » ? Pas grand-chose, sans doute, mais je n’ai pas trouvé de meilleur terme pour indiquer que la couleur de la peau ne serait pas ce qui nous ferait noir ou blanc. Ce serait plus les représentations et systèmes de domination attachés aux noirs et aux blancs qui feraient le noir et le blanc. Ainsi, et pour faire très très court, être noir serait « être opprimé » et être blanc serait « être celui qui opprime ». C’est court, certes, mais cela reste globalement juste.
Pourtant…, des noirs oppriment et des blancs sont opprimés. Un noir qui opprime serait donc assimilable à un blanc… mais personne ne le considérera jamais comme blanc ! Pas plus que l’on ne considérera comme noir un blanc opprimé, comme si le fait d’avoir la peau noire ou blanche nous place d’un côté de l’oppression et que même en changeant de côté, on ne change pas de couleur de peau.
Reste, bien sûr, le « type » et, sans doute que si l’on voit Korotimi noire alors que sa peau est blanche, c’est parce qu’elle a les traits typiques des noirs et les cheveux crépus. Mais il y a beaucoup de personnes à la peau noire qui ne présentent pas ces caractères, alors que certains blancs conservent de leur afro-descendance quelques-uns de ces caractères…
Je sens bien que Petit Mouton, qui est blanc et dont certains congénères sont noirs, se gratte l’étiquette sur fond de « Ouh là là ! C’est fooooottttt ! » Mais justement, les moutons noirs sont du côté des opprimés… comme les albinos, d’ailleurs, que les opprimés noirs découpent parfois en morceaux. Alors… Alors… Le noir blanc serait-il de valeur encore plus inférieure que le noir noir ? Allez savoir ! Et quand le noir se fait jaune pour briser la grève du noir rouge, qui vaut quoi ?
Tu as raison, Petit Mouton ! « Allez les verts ! » et les Martiens seront bien gardés.

Arc-en-ciel @7

Le caté coloré !Le diocèse de Paris a lancé en cette rentrée une campagne d’inscription au catéchisme. Il y est notamment question des nouveaux rythmes scolaires. Toutefois, ce n’est pas ce qui vaut à cette campagne d’être évoquée sur La vie en Hétéronomie. C’est la photo qui m’a frappée, surtout ses couleurs. Non, pas celles de la peau, la mixité de ce point de vue là est limitée, mais des vêtements.
Sur fond d’église, on y voit cinq enfants, trois garçons et deux filles, en tee-shirts et polos de couleurs. Celles-ci ne sont pas mélangées, mais présentées dans un subtil dégradé qui n’est pas sans rappeler un arc-en-ciel. Rassurez-vous, il n’y a pas toute la gamme que l’on peut voir sur un drapeau à la marche des fiertés. Tout de même, l’évocation est assez troublante, le catéchisme s’adapterait-il à plus qu’aux rythmes scolaires ? Je n’ose le croire, mais peut-être que l’inconscient y travaille.

Arc-en-ciel @6

Je viens d’avoir une révélation ! Si ! Et Jésus n’y est pour rien.
Dans mon fil d’actualité Facebook, je remarque un clip de campagne contre l’homophobie de l’Idaho : « L’amour n’est pas un crime ». Et là… Miracle ! Je comprends pourquoi ces messages mièvres sur le thème de l’amour pour lutter contre l’homophobie et défendre le mariage m’agacent au plus haut point. Parce que contrairement à ce que j’ai écrit il y a quelques jours (ici) pour étayer un raisonnement spécieux, l’homosexualité, ce n’est pas de l’amour. C’est du désir ! Oui, du désir, donc du sexe, et ça change tout !
Combien de fois ai-je entendu « Mais on nous réduit à du sexe alors qu’il s’agit d’amour » ? Foutaise ! Car bien sûr que nous sommes du sexe, et ce qui caractérise notre désir, notre « manière d’appréhender le sexe », c’est de l’extraire de la génitalité et de ne pas avoir besoin d’une certification « amour d’État » pour le vivre. L’homosexualité, c’est le sexe pour le sexe, le désir pur, du Genet à toutes les lignes.
Bon, j’avoue, ce n’est pas vraiment une révélation. C’était le fond d’un article que j’avais écrit pour feu le magazine Ex Aequo en 1998 à propos du Pacs. Mais je me rends compte que j’ai aussi succombé à l’édulcoration de ma pensée pour ne pas donner argument aux homophobes de tous poils. Je n’édulcore plus ! C’est fini. L’homophobie ne reculera pas par la surenchère normative. Elle reculera quand l’hétérosexualité nous rejoindra sur le terrain du désir. « Notre corps, nous-mêmes »… Vous vous souvenez ?

Note : Dans le clip, ne ratez pas les filles en jupe rose et les garçons en pantalon bleu. Ils font partie de mon raisonnement.