Archives de catégorie : À table ! @

À table ! @71

Un flacon en forme de gourde de compote.Je lis toujours l’article « produits au rappel » dans Que Choisir ; non que je pense avoir acheté l’un d’eux, mais parce que le motif du rappel est souvent édifiant sur les dérives de la société de consommation. Ce gel nettoyant pour les mains en est un bel exemple.
D’abord, je ne sais pas trop ce qu’est un « gel nettoyant » ; pour se laver les mains, je connais le savon et le savon liquide. Il y a aussi le gel hydroalcoolique dont la fonction est de désinfecter, pas de laver. La fiche produit a disparu puisque le produit a été rappelé. L’image sur le site de Que Choisir est de mauvaise qualité ; je comprends néanmoins qu’il doit s’agir d’un gel pour se laver les mains sans eau.
En ce temps de pandémie, il me semble que la confusion avec du gel hydroalcoolique peut exister, mais ce n’est pas la cause du rappel : « L’emballage de ce gel nettoyant pour les mains peut prêter à confusion. Les consommateurs (notamment les enfants ou les personnes malvoyantes) pourraient penser que le produit peut être mangé comme une compote. » Le gel se présente en effet exactement comme une gourde de compote, mais il est bleu layette et non aux couleurs pétantes d’une fiole de compote.
Les deux peuvent-ils être confondus ? J’ignore tout des mœurs alimentaires des enfants et je veux bien croire qu’ils peuvent faire la confusion, ne serait-ce que parce qu’aucun ne tique quand on lui donne à manger des « fruits » inodores et insipides dans une gourde en plastique alors que cela frise la tromperie, un peu comme le poisson carré. La société de consommation prend les enfants pour des abrutis sans odorat ni goût ; ou plutôt forme nos enfants à être des abrutis sans odorat ni goût. Je laisse les parents assumer cette responsabilité-là.
Et j’en reviens au motif de confusion, pour « les personnes malvoyantes » cette fois ; donc moi. Il est très très rare que nous fassions l’objet d’attention de la part de Que Choisir : jamais rien sur les modes d’emploi et notices de montage illisibles ou non disponibles en format numérique accessible ; jamais rien sur les écrans des appareils ni sur les fonctions tactiles ; jamais rien sur l’étiquetage en LED, l’absence de braille, etc. Et là ! Enfin… on nous protège en nous prenant pour des abrutis sans odorat ni goût (des enfants, donc).
J’exagère ? Je vous invite à faire le test : prenez plusieurs déficients visuels, toutes catégories confondues ; mettez-les au milieu d’un verger de gourdes en plastique, certains contenants de la compote, d’autres du gel nettoyant ; et vous comprendrez peut-être que nous ne sommes pas des enfants… pardon, que nous sommes pas des abrutis sans odorat ni goût, les enfants n’en étant pas, bien sûr.

À table ! @70

Il m’est impossible de mesurer l’impact réel de ma consommation sur le monde ; il est infinitésimal, j’imagine, mais en partageant, notamment via le blogue, mon expérience, j’espère l’effet boule de neige. Je vous raconte régulièrement la manière dont je réduis ma consommation d’énergie et d’eau ; je vous parle aussi de mes démarches antigaspi : paniers d’invendus, produits soldés chez le primeur (lots à 1 euro) ou au supermarché, magasin antigaspi, partages et dons mutuels.
Certains trouveront ce mode de consommation contraignant surtout en matière alimentaire : il faut cuisiner, multiplier les sources d’approvisionnement, et ne pas toujours choisir ce que l’on mange. Je le prends comme un jeu et fais de ces contraintes un mode de vie : j’ai toujours aimé cuisiner, avec une prédilection pour l’invention (heureuse ou malheureuse) ; j’ai besoin de marcher et faire le tour de mes fournisseurs est une balade comme une autre ; manger des choses que je n’aurais spontanément pas choisies est un moyen de lutter la routine des confinements et couvre-feu.
« Faire quelque chose de ce qui arrive », c’était mes vœux pour 2021 ; je suis en plein dedans et vous propose une assiette en adéquation avec ces choix.
* Duo de quinoa d’un magasin antigaspi.
* Purée marrons pommes de terre soldée fin de date (supermarché).
* Haricots verts d’un panier cuisiné avec les tomates, champignons et oignons de lots à 1 euro ; l’ail et les condiments sont achetés, à l’exception du laurier du jardin d’une voisine. Coriandre fraîche donnée par Isabelle.
* Aiguillettes de poulet d’un panier de supermarché, épices données par Isabelle.
* Purée de céleri rave à prix raisonnable d’un primeur bio.
J’utilise du sel que m’a donné une voisine qui déménageait. En dessert, j’ai mangé une crème dessert maison fabriquée avec des produits achetés au supermarché (cacao, sucre, Maïzena, lait) et une pomme déclassée prise chez le primeur bio accompagnée de noix données par un voisin. Avec mon café (en grains) acheté chez Ikea (très bon rapport qualité prix), j’ai croqué deux carrés d’un délicieux chocolat offert par Isabelle.
Et en boisson ? De l’eau de Paris, pardi !

À table ! @69

Quand j’étais petite, nous mangions, surtout chez ma grand-mère, du « jambon blanc ». À la maison, nous étions plus jambon cru que l’on faisait fumer l’hiver dans la cheminée du salon. Le jambon blanc (cuit donc), c’était cher ; mamy l’achetait chez le boucher ; maman n’en achetait pas si ce n’est parfois des talons, ou de l’épaule. Mais, quel que soit le morceau, c’était bien du jambon « blanc », et je me souviens qu’il l’était. Je suppose qu’il n’était donc pas infesté de nitrites, ce E250 qui rosit le jambon cuit.
Je ne sais pas pourquoi nous aimons le jambon plus rose mais il semble que cela ne date pas d’aujourd’hui. Et pour certains, par exemple, les jambons de Paris ou au torchon, frais dans leur barquette, ils n’ont pas l’air si roses… Je n’en achète plus guère tant je suis de moins en moins sensible aux produits qui n’ont d’autre goût que le sel. Mais j’en récupère parfois dans des paniers de récup’, l’autre jour six tranches que j’ai congelées pour les utiliser dans une tarte, un gratin.
Ce matin, j’en sors une part que je vais faire griller en petits morceaux pour accompagner du chou de choucroute cuit. En déposant le morceau dans une assiette à la sortie du congélateur, la couleur m’a frappée. C’est franchement rose ! J’imagine que les nitrotes, contenu dans l’eau du jambon, se révèle une fois gelé… Quoi qu’il en soit, si vous doutez du caractère chimique (et en l’espèce cancérigène) des nitrites, cette image me semble sans ambiguïté.

Note pour Frédéric. Si je te le présente en triangle rose, tu n’en veux toujours pas du jambon ?

À table ! @67

La veille de ce second confinement, je me suis souvenue que la chose qui m’avait le plus manqué dans le premier était de manger des sandwichs, peut-être parce que nous en mangeons d’ordinaire un tous les mardis avec Isabelle après mon cours de judo ; un rituel qui me réjouit tant ces retrouvailles hebdomadaires, même de courte durée, me sont devenues essentielles ! Faute d’Isabelle, le sandwich s’est donc transformé en objet transitionnel et c’est sur lui que je me suis rabattue ce fameux jeudi.
Le mardi, nous allons dans une sandwicherie où les légumes sont foison, et la sauce peu abondante. Pour pallier les semaines de disette annoncée, il me fallait du très-gras-très-salé-très-sucré. J’ai donc opté pour un kebab que j’aime bien, avant tout parce que les gars y sont plus gentils que la moyenne. J’ai commandé mon sandwich et, quand il allait l’emballer, ai dit au serveur que j’avais un cabas de commission et que je me passerais donc du sac en plastique. Cela ne l’a pas surpris, et il m’a dit quelque chose comme « C’est bien d’économiser les sacs. » avant d’ajouter…
— Je vous mets des fourchettes pour pas que ça s’ouvre dans votre sac…
Je l’ai remercié, sans trop comprendre, avant de me retrouver sandwich en main, une douloureuse question en tête : la planète y a-t-elle vraiment gagné ?

Audiodescription de la photo. Une boîte à kebab est fermée par deux fourchettes en plastique piquées dans l’emballage.

À table ! @66

J’ai récupéré dans un magasin bio un panier très riche en protéines animales : saumon, hareng, yaourts, œufs, viande de bœuf hachée… Cela me fait toujours bizarre car j’associe le bio au végétarisme ; c’est sans doute idiot mais… Idiot ?
Quand j’étais petite, maman fréquentait une association qui achetait du bio en quantité et le revendait à ses adhérents ; c’était l’occasion de manger des farines, des céréales, des légumineuses, des graines, des préparations (pâté végétal, galette, crèmes végétales, etc.) que l’on ne trouvait que là. C’est toujours ce que j’achète chez les bios, ce que l’on ne trouve pas ailleurs. Cela participe certainement à mon association bio équivaut végétarien.
Par ailleurs, si l’on considère que manger bio, c’est manger en préservant les ressources, sachant ce qu’il faut d’eau et de fourrage pour produire un kilo de viande, ce me semble assez logique d’y associer du végétal plutôt que de l’animal. Mais bon, je peux comprendre que quelqu’un de flexivore (ce que je suis) qui mange majoritairement bio (ce qui n’est pas mon cas) ait envie de protéines animales bio. De là à cautionner un double emballage plastique (un sac extérieur plus une barquette sous vide) avec un mode de conservation « longue durée » du steak haché ?
Là, franchement, c’est un grand écart à s’exploser les adducteurs ! Non ?

À table ! @65

Je faisais un tour dans un supermarché avec Isabelle qui cherchait à faire l’achat de quelques produits frais. Ce n’est pas une enseigne que je fréquente ; trop chère. Isabelle jette son dévolu sur un melon « type charentais » (à ne pas confondre avec les charentais en personne), sans regarder le prix.
— Il vaut combien ?
— Je ne sais pas, je m’en fous. Avec ce que je bosse, j’ai juste envie d’un melon.
— Sauf que si tu achètes un melon trop cher, tu encourages un prix que je ne pourrai pas payer.
Elle revient en arrière et m’indique qu’il vaut 1,50 euro (elle est patiente, Isabelle, vous aurez remarqué !) Vu le calibre, c’est moins que le prix en cours. J’avais vu les mêmes la veille dans mon enseigne à 1,70 euro et je ne l’avais pas acheté, attendant qu’il baisse. D’aucuns diraient que j’ai les moyens de payer un melon 1,70 euro. C’est vrai, même si à force de 20 centimes, cela grève un budget. Mais je pense aux personnes qui vivent avec deux ou trois euros par jour, elles ne peuvent pas.
La question devient : est-ce que le prix que chacun accepte de payer pour tel ou tel produit conditionne son prix bien au-delà des coûts de fabrication et de distribution ? J’en ai la conviction. Avec Caddie, on a, sur cette base, défini notre politique d’achats : si c’est « hors de prix », même si on a envie, on ne prend pas. Et franchement, on mange très bien chez moi. Les rares qui en profitent vous diront.

À table ! @64

Dans le cadre des travaux chez moi, j’ai remplacé four et four à micro-ondes par un four combiné. C’était la première fois que j’utilisais un tel four. J’avais lu le mode d’emploi, avec la pléthore de programmes et subtilités.
Pour ma première utilisation comme four à micro-ondes, pas de souci. Pour mon premier plat au four, j’ai aussi bien utilisé les bons boutons. Pourtant, surprise en ouvrant… la cloche en plastique que j’avais mise avait fondu ! Mais oui, c’était en version four donc à utiliser comme le four classique que j’avais jusque-là où il ne me serait jamais venu à l’idée de mettre une cloche en plastique.
J’avais senti une légère odeur, attribuée à une des premières utilisations de ce produit neuf. La cloche était artistiquement fondue sur le plat, sans le toucher et il était mangeable. Au moins, j’ai bien retenu de ne pas mettre de métal dans un four à micro-ondes, mais il va me falloir être vigilante sur la double vocation de l’appareil pour éviter les soucis.

À table ! @63

JambonJ’ai récupéré dans le congélateur d’une voisine qui déménage deux barquettes de « Duo jambon & emmental », beaucoup de plastique pour 150 grammes de marchandise. Devant ma mine, elle m’explique que c’est pratique pour faire des quiches ; tout est prédécoupé, pesé, et tu n’as pas à avoir l’un et l’autre. Bigre. Je n’y aurais pas pensé mais c’est vrai que je fais mes pâtes à tarte, achète mon emmental en bloc (que je congèle en parts de 30 g) et le râpe à la main ; et préfère le lard dans la quiche, que j’achète en bloc itou et découpe.
Je suis donc perdue pour l’industrie agroalimentaire. Cela me va bien. Mais je m’inquiète pour mes concitoyens. Je cherche le prix sur Internet, et ne trouve le produit ni dans les supermarchés en ligne ni sur le site du fabriquant. J’en conclu que mes concitoyens ne sont pas si idiots qu’ils en ont l’air et qu’ils ont compris que ce produit a pour seule fonction que de leur faire acheter du plastique.
La DLC sur mon emballage est le 10/03/16… cela fait donc quatre ans qu’il est dans le congélateur de la voisine. Je comptais faire demain des crêpes au sarrasin jambon emmental ; c’est pour moi du coup que je m’inquiète ! Je sais que ce produit a été congelé parce qu’en fin de date (ce qui ne me gène pas) mais quatre ans dans un congélateur sans que je ne connaisse le soin pris au respect de la chaîne du froid…
Je crois que ma lutte contre le gaspillage alimentaire atteint sa limite. Je vais me sortir de l’emmental ; je ferai griller des champignons avec le morceau de chorizo qui me reste, ajouterai des tomates séchées d’un bocal ouvert hier et je vais me régaler !

À table ! @62

En plus de permettre quelques économies et sauver des invendus, le confinement a donné un autre sens aux paniers de Too good too go : varier mon alimentation. Aussi bizarre que cela puisse paraître à celles et ceux qui connaissent mon goût pour la cuisine, je dois bien avouer que manger chez moi à tous les repas me lasse un peu. Je suis donc partie en quête de paniers de supermarché, espérant y récupérer un peu de trop gras trop salé trop sucré qui me change de ma diététique épicée.
Je dois bien avouer que je suis déçue. J’ignore si c’est un effet du confinement mais les deux paniers récupérés me semblent en deçà du prix annoncé, en plus de manquer cruellement de variété : quand je paie 4 euros, la « valeur réelle » est censée être de 12 euros. Les deux fois, les produits (cinq pour chaque panier) étaient pour la plupart indiqués soldés -30 % ou -35 % car en fin de date (dernier jour) ; il me semble donc que c’est ce montant que je dois prendre en compte puisque j’aurais pu, comme n’importe quel client de ces enseignes, les acheter à ce prix.
Pour le panier « jambon et pâte », le jambon était à -30 % (on ne voit pas les étiquettes sur la photo), soit 2 euros. Le prix des pâtes (en ligne) est de 1,38 euro. Le total est donc de 11,38 euros et non 12 euros annoncés. Si je prends le prix réel du jambon, 2,60 euros, j’arrive à 13,78 euros. Quant au manque de variété, TGTG le justifie sur le principe de l’invendu. Mais si je récupère un panier avec vingt tranches de jambon dernier jour, même en en mangeant à tous les repas, je vais avoir du mal à ne pas jeter. Heureusement, j’ai des voisins avec qui partager et un congélateur…
Pour le second panier, avec tout en fin de date (dernier jour), je fais cette fois une cure de salade de riz au thon (pas terrible), à manger en 24 heures ! Cela vaut, prix réel, 1,99 euro. Pour le reste, des prix soldés : 2,50 pour la viande, 1,35 euro pour les blinis (mais comment peut-on acheter de simples crêpes à ce prix ?) et 1,54 euro pour l’houmous. Je suis là à 9,37 euros, toujours loin des 12 euros. Et à « prix réel », qui ne tiendrait donc pas compte du fait que j’achète sans savoir quoi au risque de ne pas aimer des produits en fin de date, 3,84 + 2,05 + 2,16 +1,99 +1,99 = 12,03 euros. Ouf !
J’ai le même souci avec les paniers de légumes, ce d’autant que les commerçants qui les proposent ont des prix qui sont fort loin de ceux que j’accepte de payer. C’est donc bien difficile d’évaluer la valeur des paniers, entre ce que j’accepterais de payer pour des produits identiques, les prix du commerçant, et leur valeur quand ils sont à consommer dans les 24 heures sans avoir le choix. L’application argue toujours de mon héroïsme à sauver des invendus. Certes. Mais quid de mon héroïsme à bien manger avec un minima social ? Parfois, j’aimerais que l’argument soit entendu par l’appli. Ce billet y aidera-t-il ?