Archives mensuelles : juillet 2022

Décroissance @80

Je ne peux pas dire que j’ai un mode de vie décroissant. Et j’en ai bien conscience sur certains aspects de ma vie. Pour autant, sur d’autres, je suis plutôt dans cette voie. Par exemple, je choisis de plus en plus d’acheter des vêtements particulièrement durables.
Et depuis quelque temps, j’ai décidé de trier mes anciens cours, de la presse, des documents divers, les livres, mes vêtements… Je passe de moins en moins par des systèmes de don direct entre personnes, qui demande du temps comme de l’énergie, parfois pour que les personnes ne se présentent pas.
J’ai découvert la ressourcerie de mon quartier. Tout y est bien valorisé pour une revente à prix modique. J’ai aussi découvert une boîte à livres dans laquelle j’ai envie de laisser magazines et ouvrages. Souvent, ces boîtes sont en plein vent, beaucoup prennent la pluie et ce qui est dedans s’abîme, ou s’empile anarchiquement jusqu’à tomber à l’extérieur. Cette fois, c’est une association de quartier qui en prend soin. Elle est très bien placée et il n’est pas rare quand je passe devant que je voie des personnes prendre et déposer.
C’est devenu un de mes tours de quartier que de passer à la ressourcerie et à la boîte à livres. Je fais ainsi du vide petit à petit. C’est lent, car parfois je me décide à lire ce qui était en attente ou à relire un roman apprécié il y a longtemps avant de me décider à m’en séparer. Et tout cela me fait du bien. Cela me permet de me sentir plus légère.
J’ai décidé de partir en vacances avec des livres, non pas de bibliothèque municipale comme souvent, mais des livres de ma bibliothèque que je pourrai déposer après mes lectures dans des boîtes à livres ici ou là. Une autre manière de partager et de s’alléger.

Fenêtres @28

Reproduction de l'avis de passage où on lit difficilement la date, le 26 juillet.Je me prépare à sortir. On sonne. J’ouvre.
— Bonjour madame, c’est pour l’entretien des chaudières.
— Bonjour, ce n’est pas aujourd’hui, c’est demain matin.
— Non madame, c’est aujourd’hui. [ton très sûr de lui]
— Eh bien, sur mon carton, il est indiqué que c’est demain matin.
Il regarde son porte-notes.
— Non, c’est bien le 25 après-midi et le 25, c’est aujourd’hui.
Il lève le menton, l’air de défi. Je vais chercher le carton que j’avais fort heureusement conservé. Je le tends au chauffagiste. Il lit avec difficultés ; pour ma part, j’avais dû demander à mon gardien, car même avec le compte-fils je n’arrivais pas à lire tellement c’est mal imprimé.
Il va pour me rendre le carton, se ravise et y lit autre chose.
— Ah ! [ton satisfait du gars qui a résolu l’énigme] mais ça, c’est la convocation pour madame Jung [prononcer June] !
— En effet, je suis madame Jung.
— Vous êtes sûre ? [sans rire, toujours aussi sûr de lui]
— Oui monsieur, je suis sûre que je suis madame Jung.
— Mais on est bien à l’appartement X ! [affirmatif, bien sûr]
— Non monsieur, vous êtes à l’appartement Y !
Il me rend le carton, s’excuse très modestement et s’en va. Quand je vous dis que je crains toujours la suffisance des chauffagistes ! Suspense pour demain.

Élections @35

Cart de la 11e circonscription, anotée pour créer des zones.Pendant la campagne électorale dont je vous ai parlé, j’ai cherché des moyens de propagande qui permettent de rendre très visible notre candidate, puissent s’adapter en temps réel à la mobilisation (les circonstances rendaient impossible toute prévision du nombre de personnes présentes sur chaque action) et soient compatibles avec des températures particulièrement estivales.
Sont ainsi nées les « maraudes militantes » (ou « balade », le nom n’a pas été définitif) : un point de départ ; un éparpillement proportionnel au nombre de militants présents ; des parcours empruntant les espaces verts ou ombragés. Souvent, ces actions étaient couplées à un marché, un pied d’immeuble, un porte-à-porte, une sortie de supermarché… Il y a eu des couacs, bien sûr mais j’étais contente de cette solution qui a permis une grande visibilité à notre campagne autant qu’une mobilisation « à la carte » si chère à la politique « moderne ».
Parmi ces couacs, un m’a marquée ; et blessée (et a donné lieu à ce microbillet Twitter). J’ai expliqué dans un autre billet que chacun avait été informé de ma déficience visuelle. Parmi ces « informés », des élus de mon arrondissement soutiens de la campagne, d’autant plus informés que je les ai régulièrement sollicités (en vain) sur ces sujets depuis qu’ils sont élus. Ce jour-là, le rendez-vous était fixé à la fin d’un marché. Nous étions une bonne quinzaine, dont trois élus (et non des moindres), de quoi nous éparpiller. Je suggère deux axes principaux, et entame l’un avec quelques militants. Nous sommes arrêtés par des balayeuses. On attend, on repart et… Plus personne. Je cherche des yeux (qui, pour rappel, ont une portée maximale de cinq à dix mètres selon ce que je cherche). Personne.
Je décide donc d’attendre sur un banc le retour d’un militant parti chercher des tracts pour faire du réassort. J’envoie un texto à l’une des élues pour dire que je les ai perdus (sic). La réponse vient 45 minutes plus tard sous la forme d’un appel.
— On est rue… ? Tu es où ?
— Pour que nous soyons à égalité, je ne te le dirai pas. Je ne te vois pas à dix mètres. Tu ne sauras donc pas où je suis.
La dame a raccroché fâchée (moins que moi, sans doute), m’a promis plus tard une explication qui n’est jamais venue et tout ce joli monde a continué ses relations avec moi en mode contemption validiste, sans excuses, sans jamais modifier leur manière d’être, sans jamais faire acte d’adaptation. La campagne est terminée. Les liens sont rompus. Pour qui ferai-je campagne, la prochaine fois ? Pas pour eux, c’est sûr ; et si je suis contrainte par les alliances électorales de faire avec, j’irai peut-être un peu plus loin tant il n’est plus question pour moi de me compromettre avec des personnes qui me méprisent, fussent-elles mes alliés politiques. Qu’on se le dise !

Vérité syndicale @43

Caddie en galante compagnie, une poussette de marché noir et blanche comme lui, en mode zigzag pour elle, vache pour lui, en attente près d'une caisse. près des Ode XVII
Pierre de Ronsard, juillet 1545.

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las las ses beautez laissé cheoir !
O vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Charité @24

Un déambulaeur quatre roues, indiqué à 89 euros.À l’occasion de l’un de mes allers-retours entre ma villégiature et mon appartement pendant mes vacances dans le 19e, j’ai croisé à quelques centaines de mètres de chez moi une vieille dame agrippant une poussette de marché à deux roues. Elle était à côté d’un passage piéton qui ne présentait aucun danger, mais semblait figée. J’ai traversé, me suis ravisée et l’ai interpellée de loin pour ne pas l’inquiéter.
— Bonjour madame ! Comment allez-vous ? Avez-vous besoin d’aide ?
Je m’approche d’elle, sans trop. D’une voix plutôt faible, elle me demande de l’aider à traverser, qu’elle a peur. Elle prend mon bras et s’y agrippe avec la force de ceux qui trouvent une bouée de secours dans un grand moment de péril. Je lui parle le plus chaleureusement possible, je lui dis que je vis dans le quartier et lui donne le nom de ma rue, tout ce qu’il faut pour la rassurer.
Passé le passage piéton, elle me dit qu’elle va à la pharmacie, ne sachant pas si elle est ouverte. Nous sommes le 15 juillet, il est 9 heures du matin. Je lui propose de l’accompagner, elle ne dit pas non. J’essaye de papoter un peu avec elle, je lui parle de Paris en compagnie, ces volontaires qui aident les personnes âgées dans leurs déplacements de proximité. On lui a déjà envoyé des bénévoles, mais ils en manquent… Elle me dit avoir des aides à domicile, mais qu’elles ne veulent rien faire, et surtout pas sortir avec elle pour les courses. Je sais cela, la division des tâches sévit aussi dans les aides humaines.
On arrive à la pharmacie. La vieille dame s’installe sur un tabouret qui est là, près de l’entrée. Je chausse mon masque et vais voir la pharmacienne qui est derrière son comptoir avec une autre personne. Je lui explique avoir croisé cette dame qui voulait venir à la pharmacie en lui précisant que sans doute elle la connaît…
— Oh oui ! Elle veut toujours venir alors qu’elle a ses médicaments. Qu’est-ce qu’elle a besoin de sortir ?
Le ton n’est pas empathique, il n’est pas aimable non plus. Jouant l’obséquiosité (ça marche souvent mieux que la colère), je compatis auprès de cette gentille pharmacienne, indiquant que je sais que c’est compliqué pour elle car sans doute il va falloir raccompagner la vieille dame, que ce n’est pas son rôle, m’excusant presque d’avoir aidé cette personne…
— Oui ! Je ne peux pas fermer la pharmacie comme ça !
Je suggère de commander un déambulateur digne de ce nom qui lui permettrait de s’appuyer correctement plutôt que cette poussette de marché que Caddie lui-même reconnaît comme instable. Peut-être peut-elle en prendre l’initiative, surtout si elle connaît son médecin qui lui enverra volontiers une ordonnance… La pharmacienne ne me dit pas grand-chose, à part se plaindre de son propre sort, sans aucun mot aimable pour cette vieille dame, à part un soupir de désespoir assorti de…
— Il faut qu’elle se fasse aider !
Quand je lui demande ce qu’elle pense de ma suggestion d’un déambulateur, elle me répond dans un autre soupir :
— Je ne pense plus, madame.
Je prends congé. Je sais que les professionnels de santé ont beaucoup souffert ces dernières années et que cette pharmacienne, comme beaucoup d’autres, est forcément très engagée auprès de ses clients. Je dis bien « client », car cette « praticienne » s’est comportée comme une (mauvaise) commerçante. Quant à cette vieille dame que j’ai accompagnée jusque-là, ce n’est peut-être pas un modèle de bienveillance ou de gentillesse. Les propos qu’elle a tenus sur les aides ménagères avaient un petit relent de mépris.
Est-ce une raison pour la planter sur son trottoir et ne pas prendre en considération sa demande, ce 15 juillet, et son envie de sortir alors que « il n’y a plus personne et pas beaucoup de commerces. » J’ai en tout cas de la peine pour elle car, en dépit d’un système de prise en charge qui avait l’air d’être en place, elle était seule, ou elle se sentait seule. Je ne sais pas. Elle n’a pas arrêté de me dire qu’elle avait peur. Mon impuissance est à l’aune de ma colère, de mon dépit aussi. Mais je refuse qu’une pharmacienne me fasse le reproche d’avoir accompagné jusque dans son officine une vieille dame qui sans doute avait simplement envie de sortir. N’est-ce pas d’ailleurs ce que l’on recommande à toutes les personnes âgées, de sortir ?
Je ne sais pas en fin de compte laquelle des deux je plains le plus. Peut-être pas cette vieille dame qui a osé sortir même si elle avait peur ; plus cette digne représentante de la gent épicière qui semble avoir perdu son humanité derrière son comptoir blindé de poudres de perlimpinpin qu’elle vend à vil prix à ses clients.
— Pétasse !
Caddie ! On ne dit pas ça.
— Quoi d’autre ?
… Conasse ?

Note. En illustration, le prix de la liberté !

Déo @45

Un tract de Lamia El AAraje, candidate PS dissidante de la Nupes à Paris. Sur on trac, son prénom est écrit trois fois plus gros que son nom, et plus gras aussi.J’ai l’impression d’inventer l’eau chaude si je dis que l’un des mécanismes de base de l’infantilisation des adultes soit, selon les époques et les lieux, les femmes, les handicapés, les esclaves et leurs descendants, les étrangers, etc. est de les nommer par leur seul prénom. Que penser, dans ces conditions, du choix d’une candidate aux élections législatives de mettre en avant sur ses affiches son prénom au détriment de son nom de famille ? Je remarque que sur ces mêmes affiches, l’inscription du nom de son de suppléant, un homme, ne voit pas de variation dans la taille des polices.
J’ai fort peu de considération pour cette dame qui, en plein mouvement populaire d’union des forces de gauche, a décidé de maintenir sa candidature contre la candidate Nupes au motif qu’il s’agissait de SA circonscription, comme si les électeurs appartenaient à ceux qui sont élus. Son choix de saborder un bon siècle de luttes féministes et quelques autres de luttes antiracistes sur ses tracts électoraux ne m’a évidemment pas réconcilié avec elle.
J’en cherche toujours le motif… Souhaite-t-elle faire plaisir à ces dinosaures du parti socialiste ravis de soutenir contre le Grand Mélenchant Loup une gentille Petite Chaperon rose qui les rajeunissait un peu ? Souhaitait-elle dissimuler son nom de famille que d’aucuns, c’est-à-dire la frange la plus raciste de notre société, auraient pu rejeter ? A-t-elle succombé aux sirènes nombrilistes des « communicants » de Tonton et de leurs héritiers qui rôdent toujours dans les entourages politiques pour y promouvoir une image Ultra Brigh des moyens de propagande pour le plus grand bonheur électoral de l’extrême droite ?
Je l’ignore mais je me réjouis que les électeurs concernés n’aient pas succombé à cette régression politique majeure qui aurait consisté à élire au Parlement une femme d’origine marocaine qui ne souhaitait pas dire son nom.

Déo @44

Il y a quelques années, j’ai découvert lakube, une petite société qui vend des livres soit via un abonnement avec des sélections par les fondateurs ou des libraires, soit dans des coffrets thématiques. À chaque fois, il y a des cadeaux originaux accompagnant les livres (souvent du thé ou du chocolat). J’en suis ravie et je soutiens largement en acquérant ces coffrets, qui me font découvrir des auteurs, des textes et des objets ou des aliments.
Enthousiastes, parfois un peu trop versés dans des travers de commerce, notamment avec des messages pour les fêtes commerciales (des mères, des pères et compagnie).
Cela fait deux fois qu’une offre promotionnelle est proposée par un des deux fondateurs (sur un total de trois) puis une autre, plus intéressante, sur les mêmes produits, par un autre, alors que la première n’est pas terminée. Les deux fois, j’ai envoyé un message pour dire ma déception sur ce manque de coordination, car j’avais bénéficié d’un code de réduction, moitié moins intéressante juste parce que j’avais commandé « un peu trop vite ».
Les réactions ont été plus ou moins agréables. À chaque fois, j’ai eu une compensation, mais j’avoue que cela m’a un peu dépitée et mon enthousiasme a été un peu douché. Je serai plus circonspecte à réception des prochaines propositions. Dommage.

Écrivaine @50

Copie d'écran de la liste de mes livres, soit : Brocoli rose (Homoromance éditions, 2021). Kito Katoka, roman (L’harmattan, 2021). La mère Noëlle est une imposture (Homoromance éditions, 2020). Quartier rose (Homoromance éditions, 2017). Piste rose (Homoromance éditions, 2017). Camellia rose (Éditions gaies et lesbiennes, 2009 ; Homoromance éditions, 2019). « Le râteau » (nouvelle, Éditions de la Loupe, 2009). « Ça nous promet une belle soirée ! » (nouvelle, KTM éditions, 2009). Un roman d’amour, enfin (Éditions gaies et lesbiennes, 2008). Diadème rose (Éditions gaies et lesbiennes, 2007 ; Homoromance éditions, 2019). Bulletin rose (Éditions gaies et lesbiennes, 2006 ; Homoromance éditions, 2019). « Sarah » (nouvelle, La Cerisaie, 2005). « Le rêve d’Isabella » (nouvelle, La Cerisaie, 2005). Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (Éditions gaies et lesbiennes, 2005). « Comment lui dire ? » (nouvelle, Archipel, 2003). Carton rose (Éditions gaies et lesbiennes, 2003 ; Homoromance éditions, 2019). Cul nu, courts érotiques (KTM éditions, 2001). « Qu’est-ce qu’elle me veut ? » (nouvelle, Éditions gaies et lesbiennes, 2001). Tu vois ce que je veux dire, vivre avec un handicap visuel (L’harmattan, 2001). Es ist eine Poulette, roman lesbien (KTM éditions, 2000). « Le Temps est à l’orage » (revue Treize 56, 2000). Hétéro par-ci, homo par le rat (KTM éditions, 1999). Once upon a poulette, roman lesbien (KTM éditions, 1998).C’est la troisième fois que je décide de quitter une maison d’édition avec un motif commun : le mépris porté à mon travail voire à ma personne. Ce mépris s’est exprimé de manière différente : propos sexistes et autoritarisme pour l’une, mise en forme de l’objet livre en contradiction sémantique avec son contenu pour la seconde, corrections orthographiques erronées et nivellement stylistique par le bas pour la troisième. Il y en a eu également une quatrième chez qui je n’ai pas signé sur ce même argument, augmenté d’une suffisance inversement proportionnelle à l’âge de la capitaine.
Chaque fois que je suis partie, j’avais des manuscrits en stock et aucune perspective d’être éditée. Je suis néanmoins partie car il n’est pas question pour moi de travailler avec des entreprises qui ont le mépris en cœur de métier. Je n’ai pas besoin d’éditeur pour écrire ; par contre, il serait bon que les éditeurs (et les libraires aussi) n’oublient pas trop que sans auteurs (et sans lecteurs) ils ne sont rien.
Ces départs m’ont aussi permis, à chaque fois, de repenser mon travail en faisant une pause, me nourrir du monde, lire, mener d’autres projets toujours en lien avec l’écriture pour être une écrivaine vivante, en constante adaptation, toujours en quête de cette si délictueuse sublimation qui porte à la création. Je ne suis pas inquiète. Je vis dans l’écriture. Si un nouvel éditeur croise mon chemin, vous aurez d’autres livres à lire. Sinon, je trouverai bien un moyen de vous donner à lire.
En attendant, tous mes livres ne sont pas épuisés, notamment en occasion. Bonnes lectures !

Pucer @81

Une part de ma conversation avec le robot : — Pouvez-vous me dire si vous êtes déjà client chez nous en cliquant sur "Oui" ou "Non" 😉 Bouygues Telecom 8 aJe ne sais pas cliquer sur oui ou surnom. Je suis déficiente visuelle. Je crois que notre conversation va s’arrêter là — On se connaît déjà alors 😉J’ai eu de nouveau des problèmes avec ma connexion Internet qui cette fois ont duré un mois. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’intervention d’un technicien chez l’un de mes voisins a eu pour conséquence que ma connexion a été débranchée. J’ai eu la « chance », pour cette fois, que le technicien venu chez moi ait refusé de débrancher un autre voisin, appuyant ainsi mes demandes répétées et celles de mon bailleur d’une mise à plat de nos armoires fibre.
La « chance » s’est assortie d’une communication parfois compliquée avec mon FAI, me contraignant à passer sur Twitter pour tenter de faire avancer les choses. C’est ainsi, les réseaux sociaux sont une place publique qui peut avoir son utilité pour obtenir des réponses que l’on n’a pas par ailleurs. Chacun le sait et un certain nombre de commerçants font le choix d’une réponse automatique par robot à force d’être sollicités par ce biais. Le problème des robots, c’est que c’est aussi fermé qu’un protocole de réponses qui s’affiche sur l’écran de l’opérateur que l’on a au téléphone. C’est fermé… et pas accessible.
Ce n’est pas propre au robot, celui-ci agissant exactement comme son programmeur le demande. Cela présente l’avantage de mettre en évidence l’inaccessibilité d’un service là où un être humain peut tenter de produire un discours lénifiant pour noyer le poisson. Merci donc au robot de mon FAI d’avoir fait la démonstration de l’incurie de son programmeur (donc du donneur d’ordre, le programmeur agissant souvent comme le robot qu’il programme et obéissant sans discuter à celui qui le paie).
Je n’ai donc pas eu gain de cause avec le robot, ma connexion est restée coupée un mois, et quand l’indemnisation s’est réduite à 15 euros, le protocole de réponse de l’opérateur n’a pas su faire mieux. Par contre, le robot, à l’insu de son plein gré, a su faire réagir un humain par son obstination à répondre à côté de mes réponses. Cet humain a eu l’intelligence (vive l’humanité !) de remarquer que le robot et moi, on avait un souci de communication, lié certes à ma faculté de résistance, mais aussi à ma déficience visuelle.
Cet humain, miracle, a donc pris son téléphone pour m’appeler. Il m’a expliqué ce que je savais (les 15 euros correspondent à la part box de mon abonnement quadruple-play), ce qui m’a permis de lui expliquer ce qu’il ne savait pas (les histoires d’armoire fibre de l’immeuble et l’incurie de l’exploitant principal, l’incidence d’une coupure de box pour un déficient visuel, le défaut d’accessibilité de l’appli, du site, le caractère inopérant des surcouches, etc.). Notre conversation a duré assez longtemps. Je n’ai pas eu d’indemnisation supplémentaire mais au vu du coût horaire de cet humain, notre conversation a coûté cher à mon opérateur. Cela me va.
Encore merci au robot d’avoir été si robot, obligeant l’humain à intervenir. Petit Koala est fier de toi et moi, je suis (pour combien de temps ?) ravie que des humains parlent encore aux humains. Quand même, c’est un peu fou d’en arriver à cette conclusion-là, non ?

 

Hétéronomie @33

Couverture du livre de Matthew B. Crawford Éloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travailÉlectricien et mécano moto, titulaire de diplômes universitaires l’ayant amené à travailler dans un think tank à Washington, Matthew B. Crawford a choisi de s’installer comme réparateur de moto. Dans Éloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail, à partir de son expérience personnelle, et de références universitaires, il étudie l’évolution du mépris du travail manuel au profit du travail intellectuel en redonnant à l’artisanat sa dimension créatrice et réflexive.
« Le management scientifique introduisit l’« analyse des temps et du mouvement » pour décrire les capacités physiologiques du corps humain en termes mécaniques. (…) Cet exercice mécanique des facultés humaines, selon des types de mouvements qui sont étudiés indépendamment du travail particulier à réaliser, amène à la conception marxiste de « travail abstrait ». L’exemple le plus clair de travail abstrait est ce qui se passe sur la chaîne de montage.
« L’activité du travail autonome, maîtrisé par le travailleur lui-même, est dissoute ou démembrée en plusieurs parties et reconstituée en tant que procès de travail hétéronome contrôlé par le management en vertu d’un véritable saucissonnage. (…)
« La capacité d’agir est souvent comprise en référence à l’idée d’activité autonome (self-directed) et en opposition à celle d’activité hétéronome (dictated by another). Une telle distinction est a priori séduisante, mais elle est susceptible de nous amener à commettre une erreur d’interprétation typique de la modernité. On entend le plus souvent par activité « autonome » une activité orientée par la volonté du sujet conformément à ses choix personnels et purement arbitraires. Par conséquent, l’opposition généralement établie est celle qui distingue les fins choisies par autrui des fins définies par le sujet lui-même. Dans le premier cas, le travail est aliéné, dans le deuxième cas, il est censé ouvrir la voie à l’autoréalisation et à l’épanouissement personnel.
« Le concept d’agir humain que j’ai essayé d’illustrer dans cet ouvrage est différent. Il s’agit bien d’une activité orientée vers une fin qui est affirmée comme bonne par l’agent, mais cette affirmation n’a rien d’arbitraire ou de strictement privé. Elle découle plutôt de l’appréhension de caractéristiques réelles de son environnement. (…) Dans les activités orientées vers une fin déterminée (une canalisation bien vidangée, un châssis bien équilibré), la valeur positive de la fin en question n’est pas simplement présupposée. L’individu y fait l’expérience progressive de la révélation des raisons pour lesquelles il doit viser cette fin et de la meilleure façon d’y parvenir. Tout au long du processus d’apprentissage d’un métier, cette fin spécifique s’inscrit peu à peu dans un contexte plus ample qui offre une définition implicite de ce que signifie être un bon plombier ou un bon mécano. »