Pauvres enfants ! @38

Mon passeportJe reviens sur ce billet où je raconte ma rencontre avec cette petite fille qui considérait son acte de naissance comme « une page de son livre ». Cela m’a rappelé une autre histoire, celle d’un enfant de 5 ou 6 ans que j’ai rencontré alors que sa maman d’adoption faisait face à des difficultés administratives et avait besoin d’aide.
Cette maman, sans enfants, l’avait ramené de son pays d’origine (membre de l’Union européenne) pour le « sauver ». De qui ? De quoi ? Je n’ai jamais bien compris ni cédé à la belle histoire qu’elle racontait car cet enfant, aux dires de ses papiers, avait des parents vivants. Je ne m’en suis pas mêlée mais il y avait (il y a) quelque chose qui me chagrinait (chagrine) sans que je ne susse (sache) quoi.
Lors de cette première rencontre où il s’agissait de mettre en œuvre une procédure d’adoption, cette dame a sorti la carte d’identité du petit à l’en-tête de la République européenne d’où il venait. À peine l’a-t-elle eu au bout des doigts que le garçon la lui a arrachée des mains, l’a mise contre son cœur, pleurant quand elle a voulu la lui reprendre.
Sans doute que le fait que mes origines n’ont jamais été bafouées participe de ma surprise face à cet attachement à un acte de naissance ou une carte d’identité. Je ne suis attachée ni à l’un ni à l’autre : je n’en possède d’ailleurs pas et fuis autant que faire se peut tout contrôle de mon identité que je ne rattache pas à ces « papiers ». Mais la détresse de ces deux enfants était telle que je ne peux en ignorer le caractère essentiel.
J’espère que cette petite fille saura forcer la France à lui faire la place qu’elle doit faire à chacune. Quant à ce petit garçon, il a 25 ans aujourd’hui. Il vit dans une souffrance absolue, faisant de nombreux séjours en hôpital psychiatrique à la demande de ses parents adoptifs. Pourquoi cela ne m’étonne-t-il pas ? Parce que j’ai lu le remarquable Une poupée en chocolat, d’Amandine Gay ? Pour cela, et parce que j’ai encore l’image de ce petit garçon criant et pleurant « C’est moi ! » accroché à cette carte avérant l’identité que d’aucuns étaient en train de lui voler.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.