Exposer @26

Fragment d'une œuvre de charles Ray, une grande sculputre avec une dame allongée, le corps revouert de dessins de fleurs, sa main à son pubis.Je continue dans la rubrique musée, cette fois à partir d’une expo qui m’a touchée : Charles Ray au centre George Pompidou (jusqu’au 20 juin 2022). J’y suis allée avec Sarah, tout à fait par hasard ; nous devions nous balader ; il pleuvait dru ; nous sommes entrées à Beaubourg nous abriter ; et nous avons savouré ces sculptures et pas uniquement parce que « la dame se touche le zouzou ».
Oui, Sarah parle comme ça, parfois ; surtout quand elle veut attirer mon attention ! Il y a beaucoup de choses à voir dans un musée ; j’ai le zoom photo de mon téléphone pour m’aider (cela n’a pas toujours été le cas) ; mais si je suis occupée à gérer mon environnement et à chercher à voir (« savoir ce qui est où ») l’essentiel (la beauté ?) m’échappe. Notre rituel de visite est calé sans être véritablement explicité : elle me lit les présentations générales, puis je marche au centre des salles pendant qu’elle en fait le tour ; je m’imprègne et capture ce que je peux au passage.
Et puis, une main s’abat sur mon col ; Sarah me chope et me déplace (mieux qu’un judoka), me plante devant une œuvre, en dit ou non quelque chose et me laisse là. Parfois, je l’interroge, lui demandant des explications sur fond de « Qu’est-ce que c’est ? » ; il y a eu par exemple cette petite sculpture de Charles Ray, un petit tas grège au sol ; je n’étais même pas sûre que c’était une œuvre ; Sarah décrit, en toute subjectivité, s’aidant parfois des cartouches.
Et on repart… Parfois, on y revient ; le même jour ; ou un autre si cela nous a semblé important de revoir. Quand je m’ennuie, c’est que l’émotion ne passe pas. Je laisse à Sarah le temps de regarder, sans (trop) protester. Elle n’est pas du genre à s’appesantir devant les œuvres. Cela me va. Pour cette expo ce n’est pas le zouzou qui m’a le plus fasciné, mais la voiture et le pied que j’ai vu en nain. On y retournera.
À force de musées et visites, j’ai fini par demander à Sarah si le fait de nourrir mon œil ne portait pas préjudice à sa propre visite, ne contraignait pas ses émotions.
— Non, c’est un partage.
Oui, mais quand même. J’ai pris l’exemple de notre « visite » du camp d’Auschwitz-Birkenau, quand l’émotion est telle que parler est impossible. Ne la privé-je pas du plus intime en l’obligeant à me décrire ce qu’elle voyait ? Ma question l’a laissée dubitative, presque sans réponse tant cela ne lui était pas venu à l’esprit. Quant à moi, j’ai appris à voir ce que je ne vois pas à partir de descriptions qui m’ont été faites du monde et ce média ne gâche pas mes émotions ; je le raconte dans Tu vois ce que je veux dire. Que j’aime le monde de ceux qui aiment partager le leur ; une joie en cinq dimensions (trois pour l’autre, deux pour moi) ; pauvres sont ceux qui se privent de cela.

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